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Full text of "Trait© de l'immunit© dans les maladies infectieuses"

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TRAITE 


DE 


L'IMMUNITÉ 


DAISS     LES 


MALADIES    INFECTIEUS'ES 


TRAITE 

I)K 

L'I  M MUNITE 

=======     DANS     LES  

MALADIES   INFECTIEUSES 

P  A  H 

le  D    JULES  BORDET 

DIRECTEIR    IJE    LINSTITUT    PASTEUR    DE    BRUXELLKS 
ET     PROFESSEUR     A     l/UNIVERSITÉ 


MASSOiN    ET    eie,     ÉDITEURS 

MB  RAI  RE  S      DE      l'aCADÉMIE     DE     M  É  D  E  C  I  >' E 

120.     hOULEVAKI)     SAINT  -  (iEKMAIX,     PARIS 

—      I  0  2  O  — 


ì<<l 


Tous  droits  de  traduciion, 
de  reproduciion  et  d'adapia- 
fion  réservés  pour  tous  pays. 


\m  3 1  1963 
843642- 


Copyright  by  Masson  et  C® 
==  1920==z 


PRÉFACE 


L'étude  dcs  phénomènes  en  rapport  avec  l'immunité  attire 
une  fonie  de  chercheurs;  elle  a  réuni  d'innombrables  matériaux; 
on  peiit  dire  qu'elle  s'est  élcvée  au  rang  d'une  science  distincte 
i^t  autonome.  Ses  front ières  assurément  sont  assez  indécises; 
il  n'est  pas  aisé  de  la  délimiter  nettement  des  sciences  connexes 
auxquelles  elle  fait  appel  ou  dont  elle  amalgame  les  données. 
Elle  observe  un  cas  particulier  de  ce  phénomène  general,  la 
lutte  pour  l'existence,  elle  suit  attentivement  les  péripéties 
d'un  conflit,  la  maladie  infectieuse,  dans  lequel  on  voit  se  mani- 
fester  de  multiples  qualités  tant  de  l'organisme  que  de  l'agent 
pathogène.  Elle  est  donc  tributaire  de  la  bactériologie,  de  la 
physiologie,  de  la  biochimie,  qui  considèrent  dans  l'ensemble 
de  leurs  propriétés  chacun  des  adversaires.  Mais  les  aptitudes 
duparasite  et  de  son  hóte  se  correspondent  et  s'ajustent  si  étroi- 
tement  que  leur  étude  forme  un  tout  homogène,  et  c'est  ainsi 
que  s'est  développée  avec  sa  physionomie  particulière  cetto 
science  de  l'immunité  qui  domine  véritablement  toute  la  patho- 
logie  des  états  infectieux,  puisque,  soumettant  à  une  penetrante 
analyse  les  ressources  de  l'ofTensive  et  de  la  résistance,  elle 
permet  de  comprendre  revolution  morbide,  rend  compte  des 
symptómes,  explique  la  guérison  et  la  mort. 

C'est  avec  cettc  ampleur  que  l'immunité  apparaissait  à 
l'illustre  biologiste  MetchnikofY  lorsqu'en  1901  il  lui  consacra 
un  ouvrage  dont  la  publication  fut  un  événement  et  qui  resta 
longtemps  classique.  Depuis  cette  epoque,  nos  connaissances 
mt  notablement  progresso,  surtout  dans    le    domaine    de    la 


VI    UIMMUNITÉ  DANS  LES  MALADIES  INFECTIEUSES 

serologie  ;  plusieurs  livres  sur  le  méme  su  jet  ont  paru,  en  Amé- 
rique  notamment.  Je  ne  puis  donc  prétendre  au  ménte  de  com- 
bler  une  lacune.  Mais  tous  les  esprits  ne  voient  pas  les  mémes 
questions  exactement  sous  le  méme  angle  ;  sans  doute  n'est-il 
pas  inutile  que  divers  spécialistes  développent  chacun  leurs 
points  de  vue  et  traitent  les  problèmes  de  l'immunité  chacun 
à  sa  fagon.  A  vrai  dire,  ce  sont  aussi  les  circonstances  qui  m'ont 
poussé  à  écrire  ce  traité.  C'était  la  guerre,  on  pouvait  presumer 
que  les  efforts  s'orienteraient  dans  le  sens  des  application» 
utiles,  vers  la  prophylaxie  et  la  thérapeutique,  et  qu'il  y  aurait 
une  pause  dans  le  développement  de  la  science  pure.  En  Bel- 
gique,  on  était  isole  du  monde  civilisé  ;  pour  nous,  la  science 
s'était  brusquement  arrétée  ;  n'était-ce  pas  le  moment  de 
récapituler  les  données  acquises  et  d'essayer,  puisque  le  sujet 
nous  apparaissait  immobile,  d'en  tracer  un  portrait  ressemblant? 
Je  sais  bien  que  le  progrès  reprendra  vite  sa  marche  rapide  ; 
un  livre  qui  dépeint  l'état  actuel  d'une  science  encore  pleine 
de  promesses  est  condamné  à  vieillir  promptement;  ce  sera,  je 
l'espère,  le  sort  du  mien.  Je  m'estimerai  très  heureux  si  cet 
ouvrage  répond  pour  quelque  temps  aux  légitimes  exigences 
du  lecteur,  lequel  veut  non  seulement  qu'on  énumère  les  faits, 
mais  aussi  qu'on  exprime  les  réflexions  que  les  constatations 
suggèrent.  Je  me  suis  efforcé  de  trier,  parmi  la  multitude  des 
résultats  expérimentaux  annoncés,  les  données  incontestables, 
sans  pouvoir  toutefois  m'abstenir  complètement  de  citer  les 
notions  qui  semblent  encore  un  peu  douteuses  et  demandent 
confìrmation.  Malgré  le  soin  que  j'ai  apporté  à  ne  rien  oublier 
d'essentiel,  il  est  probable  qu'on  me  reprochera  certaines 
omissions.  A  vrai  dire,  ma  préoccupation  n'a  pas  été  de  réunir 
tous  les  faits  en  rapport  avec  l'immunité  ;  je  devais  m'appliquer 
plutòt  à  mettre  en  relief  les  idées,  à  rechercher  comment  les 
problèmes  encore  à  résoudre  se  posent,  à  signaler  dans  quelle 
mesure  les  interprétations  proposées  s'harmonisent  avec  les 
documents  expérimentaux. 

Ma  prédilection  pour  les  réalités  ne  pouvait  me  détourner  de 
considérer  brièvement  les  hypothèses,  méme  téméraires  ;  elles 
ont  laissé  dans  de  nombreux  travaux  une  empreinte  trop  pro- 
fonde pour  qu'on  puisse  les  passer  sous  silence.  On  sait   avec 


P  RÉ  FACE  VII 

quello  luxuriance  elles  se  sont  développées  sur  cettc  terre  fertile 
de  l'immimité,  où  taiit  d'inconnu  sollicitc  encore  l'imagination 
et  (il  faut  bicn  l'ajouter)  invite  aux  conceptions  audacieuse- 
ment  synthétiques  Ics  écoles  désireuses  d'af flrmer  leur  supériorité 
par  de  géniales  anticipations.  Ainsi  surgissent  les  hypothè&es 
générales  aux  prétentions  dominatrices  et  conquérantes  qui, 
d'une  seule  étreinto,  veulent  embrasser  tout  un  territoire  scien- 
tifique,  désormais  annexé  ;  ainsi  s'échafaudent  les  systèmes 
tyranniques  qui  s'irritent  de  la  résistance  des  faits  difflcilement 
réductibles  et  qu'on  défend  avec  tout  le  parti-pris  qu'un  amour- 
propre  mele  de  chauvinisme  inspire  si  facilement.  On  se  rappelle 
par  exemple  la  célèbre  théorie  dite  des  chaìnes  latérales,  dont 
plusieurs  livres  assez  récents  sont  encore  imprégnés  ;  elle  devait 
tout  prévoir,et  tout  expliquer  :  «  Quand  la  pensée  est  saisie  de 
l'esprit  de  parti,  dit  M»»e  de  Stael,ce  n'est  pas  des  objets  à  soi, 
mais  de  soi  vers  les  objets  que  partent  les  impressions  ;  on  ne  les 
attend  pas,  on  les  devance,  et  l'oeil  donne  la  forme  au  lieu  de 
recevoir  l'image.  » 

Un  mot  concernant  le  pian  adopté  dans  cet  ouvrage.  Je  me 
suis  propose  surtout  de  contribuer  à  la  vulgarisation  des  notions 
fondamentales  d'immunité,  mais  j'ai  tenu  aussi  à  ce  que  mon 
livre  ne  fùt  pas  tout  à  fait  inutile  au  lecteur  déjà  bien  averti  ; 
il  devait  donc  étre  ciair  sans  étre  trop  incomplet,  Les  grandes 
lignes  ne  devaient  pas  disparaìtre  sous  l'abondance  des  détails  ; 
il  m'a  paru  que  le  meilleur  moyen  de  les  faire  ressortir  était  de 
commencer  par  un  sommaire  apergu  general,  sorte  de  tableau 
synoptique  résumant  le  sujet  entier  et  permettant  au  lecteur 
peu  familiarisé  avec  l'immunité  de  se  retrouver  plus  aisément 
ensuite  dans  la  complexité  des  problèmes  particuliers.  J'ai 
introduit  dans  cette  première  partie  diverses  notions  sur  les- 
quelles  ri  était  inutile  de  revenir  d'une  fagon  plus  circonstanciée  ; 
le  terrain  étant  ainsi  déblayé,  on  pouvait  réserver  les  chapitres 
suivants  uniquement  aux  questions  qui  méritent  vraiment  une 
étude  approfondie.  L'apergu  general  contient  aussi  diverses 
notions  qui  rentrent  plutót  dans  le  cadre  de  la  bactério logie, 
mais  dont  l'intérét  au  point  de  vue  de  l'immunité  est  évident  ; 
par  exemple,  il  convenait  de  rappeler  très  succinctement  les 
faits  relatifs  aux  modes  de  pénétration  des  virus  dans  l'organisme, 


vili     L'IMMUNI  TE  DANS  LES  M  AL  ADI  E  S  INFECTIEUSES 

aux  toxines,  à  la  variabilité  microbienne,  etc.  Quant  à  la  répar- 
tition  des  matières,  j'ai  observé  l'ordre  habituellement  suivi, 
en  considérant  successivement,  parmi  les  facteurs  de  la  défense, 
l'activité  cellulaire  actuelle  et  les  influences  purement  humorales, 
puis  en  recherchant  comment;  dans  quelques  exemples  spécia- 
lement  démonstratifs,  les  diverses  propriétés  se  combinent  pour 
assurer  la  protection. 

Je  ne  me  suis  pas  astreint  à  fournir  la  bibliographie  détaillée 
des  travaux  auxquels  il  est  fait  allusion  ;  la  tàche  eùt  été  trop 
considérable.  J'ai  cru  pouvoir  me  borner  à  citer  les  auteurs 
auxquels  on  doit  les  constatations  signalées,  en  mentionnant, 
autant  que  possible,  l'année  où  celles-ci  ont  été  faites.  Ces  ren- 
seignements  suffiront  pour  que,  dans  la  plupart  des  cas,le  lecteur 
puisse,  en  s'aidant  des  tables  des  publications  qui,  tei  le 
Bulleìin  de  Vlnslilul  Pasteur^  passent  en  revue  la  production 
scientifique,  retrouver  sans  diffìculté  les  mémoires  particuliè- 
rement  susceptibles  de  l'intéresser. 


Bruxelles,  juin  1919. 


L'IMMUNITÉ 

DANS   LES   MALADIES  INFECTIEUSES 


INTRODUCTION 


La  vie  est  le  niaintien  d'un  équilibre  incessamment  menacé.  G'est 
une  corrélation  de  fonctions  dans  un  milieu  qui,  n'étant  pasimmuable, 
est  rarement  parfait,  mais  aux  défoctuosités  duquel  parent  des  phéno- 
mènes  correcteurs  et  des  réactions  salutaires  d'adaptation.  G'est  par 
l'habile  combinaison  et  l'enchevétrement  de  processus  très  multiples 
que  l'organisme  réussit  à  sauvegarder  l'intégrité  de  sa  composition  et  la 
constance  de  son  fonctionnement.  Pour  assurer  l'harmonie,  il  assigne  à 
chacun  de  ses  éléments  constitutifs  un  róle  déterminé,  il  associo  et 
coordonne,  discipline,  déclanche  ou  arréte  à  l'instant  opportun  tei 
rouage  ;  il  tire  parti  de  l'antagonisme  aussi  bien  que  de  la  synergie  ; 
il  excite,  modère  ou  inhibe.  Les  heurts  ou  les  discordances  que  le  jeu 
niéme  d'organes  différents  tend  à  produire,  les  désaccords  et  les  per- 
turbations  que  l'activité  individuelle  des  tissus  et  des  cellules  et  leur 
compétition  semblent  devoir  entraìner,  il  les  prévient  par  un  système 
de  régulation  comportant  la  dépendance  mutuelle  et  les  répercussions 
incessantes.  Il  fait  face  aux  changements  extérieurs  par  la  souplesse 
et  l'élasticité  de  son  mécanismc.  Les  influences  nocives  qui  viennent  du 
dehors,  il  leur  répond  par  d'effìcaces  procédés  d'accommodation  et  de 
défense,  il  les  déjoue  en  combinant  selon  les  besoins  les  ressources 
variées  de  ses  propriétcs  et  de  ses  dispositifs.  Il  leur  oppose  ainsi  une 
force  de  résistance,  d'immunitó,  qui  parfois  réalise  l'appropriation  et 
garantit  l'intégritr,  mais  qui  parfois,  si  l'etì'ort  requis  est  trop  grand, 
flpchit. 

Los  varialion.^  de  la  temperature  ambiante  déterminent  des  réactions 

vaso-motrices,  le  sang  se  porte  à  la  périphérie  ou  l'abandonne,  l'activité 

de  l'évaporation  cutanee  s'en  ressent,  le  froid  avive  les  combustions, 

exrite  l'appétit,  stimule  correlai  ivcniont  los  fonctinus  ditrcvl  ivr^.  I  ■)•', 

L'immundé.  ' 


2  INTRODUCTION 

production  augmentée,  résultant  d'un  elTort,  d'acide  carbonique  ou  de 
déchets  du  tra  vai!  mus€ulaire,  amplifie  promptement  la  fonction  respi- 
ratoire,  la  circulation  s'opérant  aussi  avee  plus  d'energie.  Selon  les 
besoins  éminemment  variables  des  organes  au  repos  ou  en  activité, 
les  phénomènes  vaso-moteurs  règlent  le  débit  du  sang  dans  les  divers 
territoires.  La  réaction  du  plasma  s^anguin  se  maintient  très  approxi- 
mativement  constante,  quels  que  soient  les  changements  apportés  à 
l'alimentation.  Les  substances  dissoutes  provenant  des  organes  digestifs 
ou  des  divers  tissus  ne  sont  pas  admises  sans  autre  formalité  dans  le 
sang  :  rien  n'y  pénètre  sans  un  contròie  sevère.  Gette  tendance  à  l'équi- 
iibre  se  constate  pour  tous  les  matériaux  sanguins.  Chez  un  animai  que 
l'on  saigne,  les   organes  hématopoiétiques  manifestent  bientòt  une 
activité  inusitée.  Quand  on  dilue  le  sang  par  une  injection  aqueuse, 
son  poids  spécifique,  un  moment  abaissé,  remonte  promptement  au 
niveau  primitif,  l'excès  d'eau  passant  de  la  circulation  dans  les  organes 
abdominaux  et  notamment  dans  l'intestin,  soit  directement,  soit  par 
l'intermédiaire  de  la  bile  (Sherrington  et  Copeman).  Présidant  aux 
^changes  entre  le  sang  et  les  tissus,  la  paroi  vasculaire  parvient  à  main- 
tenir  invariable  la  tension  osmotiqne  du  plasma.  Cette  fonction,  qui 
s'exerce  dans  la  formation  de  la  lymphe  et  les  phénomènes  de  résorption, 
rétablit,  après  des  injections  intraveineuses  hyper-  ou  hypotoniques, 
la  valeur  normale  de  cette  tension  (Hamburger).  D'ailleurs,  toutes  les 
cellules  de  Forganisme  partieipent  de  ces  aptitudes,  et  eommandent 
Fosmose  avee  la  méme  précision   (Demoor)  ;  au  surplus,  parmi  les 
matériaux  sì  divers  que  la  circulation  leur  apporte,  elles  opèrent  une 
sélection  rigoureuse.  Un  ergane  est-ilendommagé,  deséléments  capables 
de  remplir  une   fonction  similaire   assument  un  róle  de  suppléance, 
ou  bien  des  processsus  compensateurs  s'établissent.  Quand  une  lésion 
valvulaire  créée  par  une  endocardite  vient  compromettre  la  circulation, 
riiypertrophie  cardiaque  apparaìt.  Le  traumatisme  déchalne  un  travail 
de  réparation  admirable.  L'activité  des  glandes  digesti-ves,  la  teneur 
en  ferments  de  leurs  sécrétions,  peuvent  varier  selon  la  nature  de 
Falimentation,  en  s'y  adaptant.  Dans  divers  cas  d'intoxi^ation,  les 
glandes    à    sécrétion    interne,    par    leurs    principes    actifs,    excitent 
des  fonctions  correctrices  capables  de   contre-balancer  les  proce&sus 
fàcbeux  que  le   poison  a  engendrés.  Les  continuels  rétablissements 
d'équilibre,  l'incessante  régulation,  les  stimulations  ou  les  avertisse- 
ments    lancés   sous    forme    d'influx     nerveux    ou    d'hormones,     les 
réflexes  approprrés  toujours  préts  à  répondre  à  l'appel,  n'est-ce  pas 
toute  la  physiologie? 

L'immunité  comprise  dans  le  sens  le  plus  large,  réaction  vis-à-vis 
de  causes  perturbatrices  de  toute  espèce,  résistance  aux  influences 
délétères  ou  qui  le  seraient  si  l'organisme  ne  se  défendait  pas,  nous  n'en 
considérerons,  cela  va  sans  dire,  qu'un  aspect  très  restreint.  En  lan- 
gage  medicai,  quand  on  parie  d'immunité,  c'est  de  l'obstacle  oppose  à 


tNTRODUCTION  3 

rinfection  qu'il  s'agit  :  les  bactériologistes  ont  confìsqué  le  terme. 
Plus  exactement,  c'était  seulement  de  la  résistance  aux  microbes  au  à 
leurs  produits  qu'il  s'agissait,  lorsquc  la  science  de  l'immunité  prit  &on 
essor,  mais  cette  limitation  stride,  naturelle  au  début,  est  devenue 
aujourd'hui  trop  étroite,  D'inévitables  extensions  se  sont  produites  : 
l'organisme,  qui  réagit  d'une  certaine  fagon  vis-à-vis  des  germes 
laorbides,  se  comporte  semblablement,  on  le  vit  bientòt,  à  l'égard 
d'éléments  qui  ne  sont  pas  infectieux.  Ce  ne  sont  più»  seulement 
les  microbes  ou  leurs  produits  que  les  spécialistes  de  l'immunité 
administrent  à  leurs  animaux  d'expériencc.  A  l'injection  des  microbes 
succèda  celle  des  cellules  animales  qui,  introduites  dans  l'economie, 
déterminent  des  phénomènes  d'immunité  analogues.  Gomparant  avec 
soin  les  effets  engendrés,  on  substitua  à  l'inoculation  des  produits 
bactériens,  celle  de  poisons  animaux  ou  végétaux,  d'enzymes,  celle  de 
matières  albuminoides  qui  ne  sont  pas  vénéneuses,  qui  appartiennent 
à  la  catégorie  méme  des  substances  dont  l'organisme  est  forme  et  dont 
l'étude,  au  point  de  vue  des  réactions  provoquées,  présentait  de  ce  chef 
un  intérét  considérable.  On  constata  d'ailleurs  que  l'organisme, 
lorsqu'il  cherche  à  se  protéger,  n'invente  rien.  Il  est  trap  l'esclave  de 
ses  tendances  héréditaires  pour  étre  capable  d'improviser  des 
moyens  de  défense  véritablement  neufs.  Ce  sont  des  aptitudes  pré- 
'xistantes  qu'il  met  à  contribution  et  qu'il  applique.  En  les  utilisant, 
-ouvent  il  les  exalte  ou  les  perfectionne  et  les  affine,  mais  elles 
n'en  existaient  pas  moins,  ne  fùt-ce  qu'en  germe,  avant  de  se  déployer 
~i  visiblement,  et  il  y  a  lieu,  en  conséquence,  de  scruter  leur  róle  ori- 
-:inel  et  de  definir  leur  signifiration  première  dans  les  conditions  de  vie 
normale. 

D'ailleurs,  les  méthodes  expérimentales  et  les  techniques  congues  en 

vue  des  recherclies  d'immunité  proprement  dite  se  sont  trouvées  parfois 

très  heureusement  appropriées  à   l'étude   de   certains   problèmes   de 

ithysiologie  pure,  qui  se  présentaient  en  cours  de  route,  et  l'investigation 

insi  armée  s'est,   naturellement,   engagée   dans   ces   voies   latérales 

uvertes  inopinément.  L'un  des  grands  services  que  chaque  science 

peut  rendre  à  nos  recherches,  c'est  de  nous  inviter,  en  nous  servant 

<l'introductrice,  à  la  quitter  pour  sa  voisine.  On  peut  étre  amene,  en 

partant   d'anticorps,  à   s'occuper  des  rapports  entre  le   sang  et  les 

tissus.  On  peut  étre  conduit,  étant  bactériologiste,  à  envisager  le  pro- 

blème  de  la  coagulation  du  sang.  L'étude  de  la  phagocytose,  inaugurée 

Il  zoologie,  mais  capitale  en  Iraraunité,et  dont  celle-ci  s'est  emparée, 

-iarde  tout  son  intérét  pour  la  physiologie  proprement  dite,  où  elle 

vient  enrichir  les  chapitres  des  ferments,  de  l'irritabilité  protoplasmique 

t   de  la  résorption  des  éléments  condaranés  à  disparaìtre.  Nous  ne 

-avons  pas  grand'chose  de  la  fièvre,  mais  l'étude  de  ce  phénomène 

morbide  comporte  indissolublement  celle  de  la  régulation  thermique 

normale.  Oue  nou&  réservent  l'anaphylaxie,  les  principes  enzymatiques 


4  INTRODUCTION 

du  sérum  ou  des  cellules,  d'autres  questions  encorc,  celle  de  la  parente 
chimique  entre  les  espèces  animales  par  exemple,  qui  semblent  étrc 
étrangères  à  l'immunité  méme,  mais  qu'elle  rencontrc  et  ne  saurait 
se  dispenser  d'envisager?  Que  de  transitions  insensibles  vers  de  nou- 
veaux  territoires  !  A  vrai  dire,  le  chemin  qu'une  science  parcourt  en 
progressant  est  trace  non  seulement  par  la  liaison  naturelle  des  faits, 
mais  aussi  par  les  compétences,  l'éducation,  les  habitudes  techniques 
de  ceux  qui  la  font  avancer.  Les  médecins  ont  fait  et  font  encore 
beaucoup;  le  ròle  des  chimistes,  comme  Duclaux  l'a  prophétisé  il 
y  a  longtemps,  grandit.  Les  phénomènes  dépendant  de  ferments, 
la  nature  des  antigènes  et  anticorps,  les  problèmes  relatifs  aux 
qualités  physicochimiques  des  cellules  et  des  humeurs  et  aux 
réactions  colloidales  attirent  plus  vivement  l'attention.  Ainsi  la 
science  de  l'immunité  évolue,  elle  rencontre  en  s'étcndant  le  domaine 
plus  vaste  de  la  physiologie  generale.  Le  champ  qu'elle  explore 
en  tous  sens,  la  défense  de  l'organismo  contre  les  microbes,  est 
aussi,  pour  elle,  un  point  de  départ.  Peut-étre,  un  jour,  semblera-t-il 
lointain. 

Sa  tàche  principale,  assurément,  c'est  l'étude  de  la  pathogénie 
et  de  la  guérison  des  maladies  infectieuses.  Elle  considero  lo 
plus  grand  nombre  possible  d'exemples  d'infection,  analysant  les 
réactions,  dressant  l'inventaire  des  propriétés  physiologiques  qui  y 
participent,  précisant  dans  quelle  mesure  chacune  d'elles  intervicnt 
dans  les  différents  cas  et  comment  elles  se  combinent.  Elle  nous 
explique  pourquoi  l'organismo  peut  échapper  à  l'invasion  micix)- 
bienne  ou  vaincre  fmalement  le  parasite  lorsque  celui-ci  est  parvenu 
à  s'installer. 

Mais,  en  réalité,  l'immunité,  c'est  l'histoire  d'un  conflit,  de  ses  péri- 
péties  successives,  quelle  qu'en  soit  d'ailleurs  l'issue.  La  valeur  des 
moyens  de  défense,  qui  apparaìt  clairement  quand  l'organismo  rem- 
porte  la  victoire,  peut  se  mesurer  aussi,  par  comparaison,  et  par  un 
cfYet  de  contraste,  dans  les  cas  où  la  réaction,  ne  s'oxorgant  pas  avec  la 
vigueur  ou  l'appropriation  voulue,  ne  surmonte  pas  l'agression.  La 
science  do  l'immunité  est  donc  aussi,  et  nécessairement,  celle  de  la 
Réceptivité.  Elle  est  également  celle  de  la  Virulence,  bien  qu'elle  con- 
sidero avec  prédilection  l'organismo.  Étudiant  un  conflit,  elle  ne  peut 
s'attacher  à  l'un  des  antagonistes  en  se  désintéressant  de  l'autre. 
Son  procède  d'étude  habituel,  c'est  la  confrontation  de  Tètro  réceptif 
à  rétro  réfractaire,  du  microbo  inolTensif  au  microbo  dangereux.  Cola 
va  do  soi,  un  germe  n'est  jugé  inoffensif  que  si,  chez  les  animaux  divors 
qu'il  rencontre,  il  se  heurte  régulièrement  à  une  défense  appropriée 
aux  moyens  d'attaque  dont  il  dispose  ;  lorsqu'on  le  considero  comme 
palhogèno,  c'est  qu'on  connaìt  des  organismos  qui  cèdent  à  ses  assauts, 
d'autres  pouvant  d'ailleurs  lui  étre  inaccessibles  :  la  virulence  n'est 
pas  un  attribut  inséparable  du  microbo,  elle  est  uno  notion  relative. 


INTRODUCTION 

La  possibilité  de  rcnvahissement,  expression  de  la  virulence  et  indice 
(le  la  réceptivité,  l'allure  de  la  maladie,  sa  durée,  son  issue,  sont  les 
lésultantcsdes  qiialitésagressivcs  du  parasite  et  des  capacitós  défensivcs 
de  l'hòte.  Virulence  et  Immunité  sont  choses  corrélatives  et  róci- 
proqucs,  liramunité  de  l'organisme  étant  sa  virulence  à  l'égard  du 
microbc,  la  virulence  du  microbo  étant  son  immunité  vis-à-vis  de 
l'organisme.  S'expliquer  le  triomphe  de  l'un  des  adversaires,  c'est  aussi 
comprendre  sa  défaite. 

En  résumé,  sans  empiéter  trop  largement  sur  le  domaine  propre  de 
la  bactériologie,  l' Immunité  considère  spécialement,  dans  le  parasite, 
les  fonctions  et  les  caractères  chimiques  qui  lui  permettent  d'entrer  en 
conflit  avec  les  facteurs  de  la  défense  et  d'éveiller  la  réaction.  Elle 
étend  cette  investiga tion  à  de  nombreux  éléments,  figurés  ou  amorphes, 
qui,  quoique  non  microbiens,  sont  capables  de  déchaìner  dans  l'orga- 
nisme quelque  processus  analogue.  Semblablement,  sans  vouloir 
embrasser  tonte  la  pathologie  des  états  infectieux  ou  d'intoxication,elle 
envisage,  en  les  étudiant  dans  leur  allure  et  leurs  eltets  comme  dans 
leur  déterminisme  physique  ou  chimique,  parmi  les  phénomènes  que 
suscite  la  pénétration  de  microbes  ou  autres  éléments  aptes  à  agir  de 
fagon  comparable,  ceux  qui  tendent  au  rétablissement  des  conditions 
normales,  soit  qu'ils  accordent  une  protection  sùre,  soit  que  simplement 
ils  puissent  étre  interprétés  comme  visant  à  la  préservation.  Elle  cherche 
à  dégager,  de  ses  constatations,  des  moyens  fidèles  et  pratiques  de 
conférer  l'état  réfractaire  aux  animaux  primitivement  sensibles,  ou  de 
guérir  les  infections  déclarées.  Elle  s'efforce  de  procurer,  au  diagnostic, 
des  ressources  nouvelles.  Par  les  services  qu'elle  rend  dans  cet  ordre 
d'idées,  elle  consacre  l'alliance  de  la  clinique  et  du  laboratoire.  Enfm, 
par  la  fécondité  de  ses  méthodes  qu'éventuellement  elle  prete  à  d'autres 
sciences,  par  les  clartés  que,  tout  en  poursuivant  son  but  propre, 
elle  projette  parfois  le  long  de  son  chemin  sur  les  domaines  avoisi- 
nants,  par  l'enchaìnement  souvent  imprévu  des  faits  et  la  filiation 
des  découvertes,  elle  contribue  efficacement  aux  progrès  généraux 
de  la  biologie. 

L'étude  intime  de  l'immunité,  l'analyse  physiologique  de  son  méca- 
nisme,  est  une  science  tonte  jeune,  née  il  y  a  quarante  ans  à  peine, 
mais  Ics  questions  fondamentales  auxquelles  elle  doit  répondre  ont, 
de  tout  temps  peut-on  dire,  préoccupé  l'esprit  humain.  De  nombreux 
exemples  d'immunité,  décisifs  et  faciles  à  observer,  étaient  connus 
des  ancicns.  On  savait  que  diverses  maladies,  très  contagieuses  pour 
l'homme,  ne  menacent  aucunement  les  animaux  domestiques,  et  que, 
en  revanche,  ceux-ci  peuvent  payer  tribut  à  des  épizooties  n'offratìt 
aucun  danger  pour  notre  espèce.  C'est  l'immunité  naturelle.  On  savait 
aussi  que  les  maladies  contagieuses  n'entraìnent  pas  fatalement  la 
mort,  et  que  certaines  d'entre  elles  confèrent,  aux  individus  qui 
rccouvrent  la  sante,  une  résistance  plus  ou  moins  solide  et  durable  à  de 


6  INTRODUCTIQN 

nouvelles  atteintes  du  méme  mal,  les  rendant  ainsi  insensibles  aux 
contagions  ultérieures.  C'est  le  fait  de  la  guérison  et  de  l'immunité 
aequise,  celle-ci  étant  en  somme  le  prolongement  de  celle-là  dans  le 
temps.  Le  bénéfice  qu'une  première  atteinte  procure  ainsi  fut  en  cer- 
taines  contrées  exploité  pendant  des  siècles  par  les  adeptes  de  la 
variolisation,  qui,  délibérément,  inocuiaient  le  contage  variolique  pro- 
venant  de  préférence  de  cas  bénins  ;  seukment  la  guérison  escomptée 
ne  se  produisait  pas  toujours  et  la  méthode  propageait  le  fléau  en 
créant  des  foyers.  Il  est  certain  que  l'immunisation  contre  le  venin  des 
serpents  était  pratiquée,  par  mainte  tribù  sauvage,  il  y  a  fort  long- 
temps.  Sans  accorder  trop  de  créance  aux  étonnantes  histoires  de 
Mithridate  (100  ans  avant  J.-C),  on  peut  admettre  que  les  anciens 
ont  constate  divers  exemples  d'accouturaance  aux  poisons.  Vers  la  fm 
du  xviii^  siècle,  Jenner,  que  des  observations  fortuites  des  paysans 
du  Gloucestershire  avaient  mis  sur  la  voie,  reconnut  la  vertu  prò- 
tectrice,  à  l'égard  de  la  variole,  du  contenu  des  pustules  que  l'on  voit 
se  former  chez  les  bétes  atteintes  de  cow-pox,  et  rendit  à  l'humanité 
un  inestimable  service.  Vers  1880,  Pasteur  fit  entrer  le  problème  de 
l'immunisation  dans  le  cadre  des  sciences  exactes  en  réalisant  son  admi- 
rable  découvertc  de  l'atténuation  des  virus. 

Immunité  naturelle,  prerogative  de  l'espèce  ou  de  la  race,  et  que 
l'organisme  possedè  par  droit  de  naissanc€,  immunité  aequise  due  à  une 
atteinte  spontanee  qui  guérit  ou  à  une  intervention  réalisée  à  titfe 
préventif,  ce  sont  deux  aspects  différents  de  l'état  réfractaire.  Il  y  a 
encore  l'immunité  dite  héréditaire,  laquelle  ne  se  confond  pas  avec 
l'immunité  naturelle,  car  elle  est  léguée  à  la  progéniture  par  des  mères 
nées  réceptives,  mais  en  puissance  d'immunité  aequise  :  c'ost  dono 
celle-ci  qui  se  transmet.  D'autre  part,  fì'il  existe  un  état  réfractaire^ 
inné  ou  acquis,  à  l'égard  des  microbes,  il  faut  considércr  aussi  la 
résistance  naturelle  ou  aequise  vis-à-vis  de  leurs  poisons,  ces  deux 
immunités,  antimicrobienne  et  antitoxique,  étant  distinctes  et  ne 
coexistant  pas  nécessairement  :  par  exemple,  de  l'homme  et  du  cobaye 
atteints  par  la  tuberculose,  c'est  l'homme  qui  resiste  le  mieux  au 
bacille,  mais  il  est  plus  sensible  à  la  tuberculine.  On  peut  se  piacer 
encore  à  un  autre  point  de  vue,  et  envisager,  dans  l'immunité,  sa  force,^ 
sa  solidité.  L'immunité  peut  étre  très  prononcée,  quasi  absolue  ;  elle 
peut  étre  mediocre  ou  tout  à  fait  partielle.  Une  immunité  toute  rela- 
tive, impuissante  à  supprimer  l'infection,  peut  suffire  à  en  modifier 
le  cours  et  à  en  changer  les  symptómes. 

La  mémorable  découverte  de  Jenner  a  été  faite  à  une  epoque  où, 
cela  va  sans  dire,  rien  de  scientifique  ne  permettait  de  l'expliquer. 
Elle  fut,  comme  le  dit  E.  Burnet,  une  magnifique  anticipation  de  la 
pratique  sur  la  théorie.  Pasteur  lui-méme,  qui  avait  exploré  le  monde 
nouveau  dee  étres  microscopiques,  révélé  leur  ròle  primordial  dans 
les  phénomènes  de  fermentation  et  de  putréfaction,  renversé  le  dogme 


JNTRODUCTION  7 

de  la  generation  spontanee  et  définitiveraent  éclairci  le  mystère  do 
l'étiologie  des  maladies  transmissibles,  Pasteur  qui,  sans  que  la  gioire 
de  Jenner  en  soit  aucuncment  ébranlé*?,  doit  étre  considerò  comme  le 
vrai  eréateur  scientifique  de  l'iminunisation,  Pasteur  lui-mémo  eùtété, 
à  l'epoque  où  il  publiait  ses  recherches  fondamentales  sur  les  virus 
atténués,  dans  l'impossibilité  de  préciser  le  mécanisme  physiologique 
assurant  l'état  réfractaire  que  ses  méthodes  conféraient.  Il  risqua 
pourtant  une  hypothèse  ;  elle  devangait  l'analyse  méthodique  et  pene- 
trante, elle  n'était  pas  fondée,  il  ne  s'y  obstina  pas.  Il  supposa  (théorie 
de  l'épuisement)  que  l'immunité  consecutive  à  une  maladie  guéric 
ou  à  la  vaccination  était  due  à  ce  que  les  microbes,  au  moment  où  ils 
se  sont  développés  dans  l'organisme,  y  ont  épuisé  certains  matériaux 
nutritifs  dont  ils  ne  peuvent  se  passer.  Désormais,  en  conséquence, 
le  terrain  est  sterile,  il  ne  permet  plus  la  culture.  Chauveau  formula 
une  autre  hypothèse  (théorie  de  la  rétention).  D'après  lui,  lorsque  le 
microbe  envahisseur  se  multiplie  dans  l'organisme,  il  y  déverse  des 
produits  d'excrétion  qui,  s'y  trouvant  retenus  et  s'y  accumulant, 
génent  tout  développement  ultérieur.  Si  ces  théories  étaient  vraies, 
le  microbe  devrait  toujours  refuser  de  pousser  dans  un  tissu  extrait 
d'un  organisme  immunisé  ;  il  n'en  est  rien.  En  réalité,  chez  un  tei  orga- 
nisme,  ce  n'est  pas  l'aliment  qui  manque,  ce  ne  sont  pas  des  produits 
microbiens  qui  créent  l'obstacle.  Au  surplus,  ni  l'une  ni  l'autre  des 
théories  ne  rendait  compte  de  l'immunité  naturelle,  pour  laquelle  il 
n'est  pas  question  de  pullulation  microbienne  antérieure. 

Le  mécanisme  protecteur  se  dévoila  lorsque,  en  1883,  IMetchnikoff 
surprit  l'intervention,  dans  la  lutte  contre  les  microbes,  d'une  fonction 
physiologique  normale,  la  phagocytose,  ouvrant  ainsi  le  chapitre  de 
l'immunité  cellulaire.  En  1888,  Richet  et  Héricourt  imaginèrent 
d'injecter  à  des  animaux  neufs,  dans  un  but  préventif  ou  curatif, 
le  sérum  d'animaux  immunisés,  et  cette  idée  feconde,  appliquée  par 
Behring  et  Kitasato  aux  cas  spécialement  favorables  du  tétanos  et  de  la 
diphtérie,  conduisit  ces  savants  (1890)  à  la  découverte  fondamentale 
des  antitoxines  dont  Roux  devait  bientòt,  à  propos  de  la  diphtérie,. 
montrer  toute  l'importance  en  médecine  ;  l'intérét  des  données  séro- 
logiques  apparaissait.  Confinée  jusqu'alors  à  l'étude  des  réactions 
provoquées  par  les  microbes,  toxines  ou  venins,  l'immunité  vit  son 
horizon  s'elargir  considérablement  lors  de  la  découverte  (Bordet,  1898) 
des  sérums  hémolytiques  et,  en  general,  des  sérums  actifs  sur  les  albu- 
minoides  de  provenance  animale,  qui,  touten  lui  fournissant  des  tech- 
niques  applicables  aussi  à  la  pathologie,  la  fit  pénétrer  plus  profon- 
dément  dans  le  domaine  de  la  chimie  physiologique  et  contribuer,  gràce 
notamment  au  fait  si  remarquable  de  la  spécifìcité  des  anticorps,  à 
l'étude  des  rapports  entre  les  espèces.  Le  phénomène  si  énigmatique 
encore  de  l'anaphylaxie,  impose  à  l'attention  par  les  expériences  de 
Richet    (1902)    et    d'Arthus    (1903)    et    qui    suscite    d'innombrables 


8  INTRODUCTION 

recherches,  conduira,  sclon  toute  vraisemblance,  à  une  connaissance 
plus  intime  des  principes  actifs  sanguins  et  de  leur  équilibre.  Pour  ce 
qui  concerne  les  applications  utiles,  chacun  sait  ce  que  l'Immunité 
a  donne  déjà  et  ce  qu'on  en  peut  légitimement  espérer,  les  services 
rendus  par  la  vaccination,  la  sérothérapie  et  le  sérodiagnostic,  et 
qu'elle  est  aux  prises  avec  les  plus  redoutables  problèmes,  celui  des 
affections  cancéreuses  par  exemple. 


PREMIÈRE  PARTIE 

APERgU    GENERAL 


e H  API  TRE   PREMIER 

L'INFECTION 

VARIÉTÉ  DES  MICROBES  PATHOGÈNES 

Il  y  a  soixante  ans,  on  admettait  encore  que  les  virus  étaient  des 
principes  chimiques  extrémement  subtils,  si  subtils  qu'ils  en  étaient 
indéfinissables,  les  miasmes  et  les  contages,  ceux-ci  se  transmettant 
directement  d'une  personne  à  une  autre,  ceux-là  pouvant  s'exhaler 
du  sol  qui  les  recélait,  et  se  propager  dans  l'air  comme  des  vapeurs 
vénéneuses  ;  il  y  avait  aussi,  comme  type  intermédiaire,  les  miasm^s- 
contages.  On  sait  bien  aujourd'hui  que  les  contages  correspondent  aux 
microbes  qui,  ne  résistant  guère  dans  les  milieux  extérieurs,  ne  peuvent 
se  transmettre  qu'en  passant  assez  directement  du  malade  à  l'individu 
sain  ;  on  le  sait  aussi,  le  terme  miasme  recouvre  généralement,  dans  le 
cas  de  la  malaria  par  exemple,  non  pas  des  vapeurs,  mais  des  parasites 
animaux  dont  la  piqùre  inocule  le  virus, 

Pourtant,  dès  1850,  Rayer  et  Davaine  avaient  observé,  dans  le  sang 
des  animaux  morts  de  charbon,  des  bàtonnets  particuliers,  qui  y 
apparaissaient  quelques  heures  avant  la  mort,  et  qu'on  ne  trouvait 
jamais  dans  le  sang  des  animaux  normaux  ;  peu  après,  Brault  montra 
que  l'inoculation  du  sang  contenant  ces  fìlaments  communiquait  la 
maladie.  Delafond  prouva  qu'il  s'agissait  d'un  vegetai  microscopique  : 
on  le  voyait,  dans  le  sang  extrait,  grandir  et  se  multiplier,  Davaine 
était  convaincu  du  róìe  de  cet  étre  minuscule  dans  l'éclosion  du  mal  ; 
pour  étr«  virulent,  le  sang  doit  renfermer  les  bàtonnets  ;  il  est  inoflensif 
si  on  l'extrait  de  l'animai  malade  au  moment  où  il  n'en  contient  pas 
encore.  Mais  Davaine  ne  disposait  pas  de  la  technique  perfectionnée 
qu'eussent  exigée  des  expériences  irréfutables,  C'est  en  réalité  gràce 
aux  travaux  de  Pasteur  et  de  son  collaborateur  Gernez  sur  la  maladie 
des  vers  à  soie  (1867)  que  le  principe  de  l'origine  parasitaire  des  affec- 
tions  contagieuses  fut  acquis.  Ces  savants  démontrèrent  que  lewcor- 
puscule  »  trouvé  chez  les  animaux  atteints  (lequel  d'ailleurs  n'est  |)as 
une  bactcrie,  mais  fut  rangé  plus  tard  dans  le  groupe  des  sporozoaires) 
représente  la  cause  animée  du  mal.  Ils  découvrirent  les  deux  modes 


12  VINFECTION 

possibles  de  propagation  :  la  contamination  par  contact  ou  apport  de 
nourriture  souillée,  la  transmission  héréditaire  par  infection  de  l'oeuf 
lui-méme.  Et  de  ces  notions  capitales,  Pasteur  déduisait  les  méthodes 
cardinales  de  la  prophylaxie.  En  vue  d'obtenir  des  élevages  indemnes, 
il  fallait  réserver  pour  ceux-ci  les  oeufs  pondus  par  des  papillons  que 
le  microscope  garantissait  exempts  de  corpuscules,  et  protéger 
ensuite  de  toute  contamination,  gràce  à  des  précautions  d'isolement, 
les  vers  issus  de  tels  ceufs. 

Pourtant,  et  bien  que,  en  1868,  Obermaier  eùt  fait  cette  constatation 
si  suggestive  de  la  présence,dans  le  sang  des  individus  atteints  de  llèvre 
récurrente,  d'un  spirille  particulier  très  mobile,  bien  que  les  travaux 
de  Pasteur  sur  le  ròle  des  étres  microscopiques  eussent  amene  Lister  à 
fonder  l'antisepsie,  bien  que  Rindfleisch,  Recklinghausen,  Waldeyer, 
Klebs,  d'autres  encore,  eussent  trouvé  des  microbes  dans  les  plaies 
et  le  pus  et  que,  en  1872,  Coze  et  Feltz  eussent  publié  leur  étude  sur 
la  septicémie,  la  doctrine  nouvelle  rencontrait  des  détracteurs  pas- 
sionnés.  Pour  les  suppurations,  par  exemple,  on  alléguait  que  les 
microbes  signalés  n'étaient  que  des  germes  banaux,  surajoutés  aux 
phénomènes  morbides,  mais  ne  les  produisant  pas.  Le  débat  sur  le 
charbon  notammcnt  n'était  pas  clos.  En  1876,  Koch,  ensemencant  le 
sang  charbonneux  dans  une  goutte  de  sérum  ou  d'humeur  aqueuse 
de  boeuf,  suivit,  pendant  un  nombre  suffisant  de  générations,  la  multi- 
plication  du  parasite  ;  il  vit  apparaìtre  les  spores,  formes  de  résistance 
analogues  à  celles  que  Pasteur  avait  trouvées  antérieurement  chez  des 
microbes  non  pathogènes,  et  dont  l'existence  expliquait  la  perpétuation 
si  remarq  ble  du  germe  dans  les  prés  infectés.  L'année  suivante,  le 
dernier  pas,  décisif  cette  fois,  fut  franchi.  Reprenant  cette  étude  du 
charbon,  Pasteur  et  Joubert  obtinrent  la  première  culture  pure  d'un 
germe  pathogène.  Observant  les  précautions  voulues  pour  éviter  toute 
introduction  fortuite  d'impuretés,  ils  ensemencèrent  le  sang  char- 
bonneux venant  du  coeur  dans  un  liquide  nutritif  stèrile,  obtinrent  par 
repiquages  successifs  une  sèrie  indèfmie  de  cultures,  dont  chacune, 
inoculée  à  l'animai,  provoquait  la  maladie. 

Onsaitcombien,  vers  cette  epoque,  les  conquétes  se  multiplièrent  : 
découverte,  par  Pasteur  et  ses  collaborateurs,  des  principaux  microbes 
de  la  suppura tion  (notamment  staphylocoque,  1880),  de  ceux  de  la 
fièvre  puerpérale  (streptocoque,  1880),  du  cholèra  des  poules,  du  rouget 
du  porc,  de  l'un  des  agents  de  l'infection  septique  ;  découverte  du 
bacille  de  la  lèpre  (Hansen,  1877),  du  gonocoque  (Neisser,  1879), 
du  pneumocoque  (Pasteur,  Chamberland  et  Roux,  1881  ;  Talamon, 
Fraenkel)  ;  des  bacilles  typhique  (Eberth,  1880  ;  GafYky),  de  la  morve 
(Bouchard,  Capitan  et  Charrin,  1882;  Loeffler  et  Schiitz),  tétanique 
(Nicolaìer,  1883;  Kitasato)  ;  découverte  par  Koch  du  bacille  de  la 
tuberculose  (1882)  ;  introduction  par  ce  savant  de  la  précieuse  mèthode 
de  séparation  des  microbes  par  les  milieux  solides  ;  découverte  par 


VARIE! É  DES  MICfìOBES  PATHOGÈNES  \?, 

Laverai!  en  1880  du  premier  protozoaire  parasite  de  l'hommc  (malaria): 
lei  fut  en  quelqiies  années  le  butin  d'une  exploration  dont  nous  n'avons 
pas  à  faire  ici  le  récit  détaillé.  Ce  fut  le  tour  ensuite  du  bacille  di{)ht('-- 
rique  (Loeffler,  1884),  du  vibrion  cholérique  (Koch,  1885),  du  méniii- 
gocoque  (Weichselbaum,  1886),  du  microcoque  de  la  fièvre  de  Malte 
(Bruce,  1887),  du  bacille  du  chancre  mou  (Ducrey,  1889),  du  bacillo 
de  la  peste  (Yersin,  1894),  des  bacilles  paratyphiques  (Achard  et 
Bensaude,  1896),  botulinique  (van  Ermengem,  1896),  dysentérique 
(Shiga,  1898,  signalé  déjà  par  Chantemesse  et  Widal,  1888), du  trypa- 
nosome  de  la  maladie  du  sommeil  (Dutton,  1901;  Castellani),  du  spiro- 
chéte de  la  syphilis  (Schaudinn  et  HofTmann,  1905),  du  bacillo  de  la 
coqueluche  (Bordet  et  Gengou,  1906),  pour  ne  citcr  quo  les  espèces  les 
plus  iniportantes  en  pathologie  huniaine;  mentionnons  toutefois  encoro 
Ics  champignons  inférieurs  qui  causent  certaines  alTcctions  de  la  peau 
ou  du  cuir  chevelu  (étudiées  surtoutpar  Sabouraud),  Ics  parasites  de 
lactinornvcose  (Bollinger,  1877),  de  la  sporotrichose  (De  Beurmann), 
divers  protozoaires  pathogènes  tels  que  l'amibe  dysentérique,  les 
leishmania  (Leishman,  Donovan,  Cathoire,  etc),  le  spirochéte,  récem- 
ment  découvert  (Inada  et  Ido,  1914),  de  la  fiévre  ictéro-hémorragique, 
et  les  divers  microbes,  notamment  le  bacille  perfringens  (Welch  et 
Nuttall,  1892)  qui  président  aux  complications  graves  des  plaies  do 
guerre. 

Décisif  pour  la  médecine,  cet  essor  des  recherches  éliologiques  enrichit 
la  biologie.  Le  principe  de  la  spéciflcité  d'action  des  germes,  démontré 
antérieurement  par  Pasteur pourles  fermentations,- —  desfermentations 
dill'órentes  étant  causées  pardesétresdifférents, —  s'af firma aussinettc- 
ment  pour  les  maladies  contagieuses.  L'existence  d'espéces  dilTércntes, 
conservant  leurs  caractéres  distinctifs  fondamentaux  à  travers  les 
gónérations  successives,apparut  aussi  indiscutable  pour  les  étres  rudi- 
mentaires  quo  pour  les  organismes  les  plus  élevés  ;  les  problémes  do 
physiologie  microbienne  purent  étre  étudiés  dans  des  conditions  nou- 
velles  de  précision  et  de  certitude.  D'autre  part,  les  recherches  bactério- 
logiques  élargirent,  au  delà  de  toute  prévision,  dans  le  sens  de  l'infi- 
niment  petit,  le  cadre  de  la  nature  vivante.  Le  microbo  du  charbon, 
qui  peut  atteindre  10  tx,  est,  dans  le  monde  des  étres  microscopiques, 
proportionnellement  presque  un  colosso.  Les  bacilles  cholérique, 
tuberculeux,  typhique,  etc,  sont  déjà  notablement  plus  menus.  Le 
bacille  coquelucheux  est  ancore  plus  petit,  il  peut  n'attcindrc  qu'une 
fraction  de  a.  Le  microbo  de  la  diphtérie  aviairo  n'est,  aux  plus  forts 
grossissemcnts,  qu'un  point.  Le  microbe  de  la  péripneumonie  des 
bovidés  est  tellement  ténu  qu'il  a  été  cultivé  pendant  des  années 
(Roux,  Nocard,  Borrel  et  Salimlteni,  1898)  sans  qu'on  connùt  sa  forme  : 
celle-ci  n'a  été  défìnio  qu'en  1909  (Bordet).  Et  l'on  sait  aujourd'hui 
c[u'il  existe  des  virus  tellement  infimes,  qu'ils  passent  à  travers  dos 
filtros  très  serrés  (bougies  de  porcelaine)  et  se  dérobent  obstinémont 


14  UINFECTION 

aux  plus  forts  grossissements.  Ce  sont  les  microbes  dits  invisibles  ou 
filtrants.  Diverses  raaladies  fort  importantes,  la  variole,  la  roiigeole, 
la  scarlatine,  la  fièvre  jaune,  la  poliomy élite,  le  typhus  exanthéma- 
tique,  probablement  aussi  la  rage,  et  plusieurs  infections  des  animaux 
{fièvre  aphteuse,  peste  bovine,  clavelée,  horse-sickiaess,  peste  aviaire, 
hog-cholera,  etc.)  sont  causées  par  des  virus  de  ce  genre.  N'est-il  pas 
surprenant  que  des  étres  puissent,  sous  un  volume  aussi  faible,  réunir 
toutes  les  fonctions,  nutrition,  réaction  vis-à-vis  des  agents  extérieurs, 
virulence,  reproduction,  nécessaires  à  la  vie  ? 

Si,  n'ayant  pas  à  traiter  ici  de  bactériologie  proprement  dite,  nous 
insistons  quelque  peu  sur  cette  diversité  des  agents  pathogènes,  c'est 
qu'une  question  préalable,  relative  à  la  virulence,  nous  y  invite.  Ges 
étres  si  difTérents,  parmi  lesquels  on  trouve  des  bactéries,  des  cham- 
pignons,  des  protozoaires,  et  aussi  des  éléments  inconnus,  un  trait 
commun  les  réunit,  la  virulence.  De  quoi  celle-ci  dépend-elle,  de  quel 
caractère  physiologique  chez  le  microbe  est-elle  l'expression?  Ne  peut- 
on  déceler  régulièrement,  ehez  tous  ces  parasites,  une  propriété  tou- 
jotìrs  la  méme,  substrat  en  quelque  sorte  de  la  qualité  pathogène,  et 
qui  nous  donnerait  la  clé  de  leurs  redoutables  aptitudes? 


PROPRIETES  MICROBIENNES  EN   JEU  DANS  L'INFECTION 

En  réalité,  ce  qui  est  responsable  de  la  virulence  et  en  rend  eompte, 
ce  n'est  pas  un  caractère  unique  et  iinmuable,  commun  à  tous  les 
germes,  Les  propriétés  agressives  sont  variées,  elles  sont  d'ailleurs 
inégalement  distribuées  chez  les  divers  microbes.  Elles  peuvent  se 
combiner,  mais  le  faisceau  qu'elles  forment  en  s'associant  n'est  pas, 
chez  les  différents  parasites,  compose  exactement  de  méme.  C'est 
pourquoi  l'infection  est  susceptible  de  revétir,  selon  l'agent  en  jeu, 
des  aspects  multiples. 

L'aptitude  à  se  développer  à  La  temperature  de  l'hòte  et  à  se  nourrir 
aux  dépens  de  ses  matériaux  est  naturellement  pour  le  microbe  un 
facteur  de  virulence  indispensable,  mais  il  est  clair  que  cette  condition 
n'est  pas  suffisante  :  si  elle  l'était,  de  nombreux  germes  de  putré- 
f action,  inofìfensifs  et  banaux,  prospéreraient  dans  l'organisme  vivant 
aussi  bien  que  chez  le  cadavre  ;  ils  seraient  des  parasites  terribles. 
Il  faut  donc  autre  chose.  Les  bactéries  de  la  putréfaction  représentent, 
dans  l'harmonie  du  monde  anime,  un  rouage  nécessaire,  puisqu'elles 
assurent  l'incessante  circulation  des  matériaux  nutritifs  azotés.  Si 
l'immunité,  à  laquelle  elles  se  heurtent,  venait  à  céder,  elles  anéanti- 
raient  les  étres  vivants  et  tariraient  ainsi  la  source  méme  où  elles 
puisent  l'existence. 

Tout  se  tient  dans  le  fonctionnement  vital,  il  n'est  pas  de  propriété 
physiologique  qui  ne  puisse  éventuellement  venir  à  point  aux  microbes 


PfìOPRIÉTÉS  MICROBIENNES  EN  JEU  15 

lorscju'ils  attaquent  l'organi&me.  Par  exemplo,  l'aptitude  à  prodaire 
des  spores  ne  siiffìt  pas  à  conférer  à  un  microbe  le  pouvoir  pathogène  ; 
néanmoins  c'est  gràce  à  ses  spores  que  le  bacille  létanique  peut,  mème 
chez  un  animai  qui  s'est  bien  défendu,  persister  parfoià  longtemps 
à  l'état  de  vie  latente.  Nous  considérerons  seulement  les  qualités  les 
plus  étroitement  en  rapport  avec  le  pouvoir  agressif. 

Les  toxines  et  leur  mode  d'action.  —  De  nombreuses  baetéries 
fabriquent  des  substances  vénéneuses,  parfois  très  redoutables.  Panum, 
le  premier,  en  1856,  montra  que  les  albuminoides  putréfiés  contenaienl 
souvent  un  toxique,  qu'il  appela  le  poison  putride.  En  1876,  Nencki 
trouva  dans  l'albumine  pourrie  un  alcaloide,  la  collidine.  Selmi  appela 
ptomaines  des  produits  analogues  extraits  des  cadavre*  ;  gràce  surtout 
aux  travaux  de  Gautier  et  de  Brieger,  ce  groupe  s'enrichit  bientót  de 
nouveaux  représentants,  la  saprine,  la  putrescine,  la  cadaverine,  la 
choline  ;  citons  encore  la  sepsine  étudiée  par  Bergraann  et  Schmiedeberg, 
Faust,  etc. 

Mais  ce  n'est  pas  à  des  produits  de  ce  genre,  de  constitution  rela- 
tivement  simple  et  qu'on  a  pu  definir,  que  les  virus  toxiques  doivent 
leurs  redoutables  aptitudes.  Ges  substances  ne  sont  pas  les  toxines 
vraies.  Gelles-ci  sont  beaucoup  plus  complexes,  leur  structure  chimique 
est  mystérieuse,  elles  sont,selon  toutevraisemblance,  de  nature  albuiai- 
noide,  elles  se  comportent  comme  des  colloides.  Tandis  qu'une  raéme 
ptomaine  peut  étre  fabriquée  par  des  microbes  différents,  elles  ont  ceci 
detrèsremarquable  qu'elles  caractérisent  les  microbes  qui  les  élaborent, 
et  par  conséquent  les  accidents  cfue  ces  microbes  déterminent  :  ce  sont 
des  produits  spécifiques  ;  les  bacilles  diphtérique,  tétanique,  etc,  ont 
chacun  leur  poison  particulier.  C'est  le  travail  fondamental  de  Roux 
et  Yersin,  pani  en  1887,  qui  fit  connaìtre  le  premier  exemple  typique 
et  precisa  les  caractères  essentiels  des  véritables  toxines.  Le  bouillon  (1) 
où  le  bacille  diphtérique  s'est  développé  quelques  jours  à  l'étuve  se 
montre,  après  élimination  des  microbes  par  filtration  (2),  extrèmement 
toxique,  mais  on  ne  parvient  pas  à  en  extraire  une  substance  chimique 
de  constitution  définie.  Le  poison  se  precipite  par  addition  d'alcool 
ou    de  sulfate    ammonique,  il  est  fragile,  la  conservation  prolongée 


(1)  Pour  obtenirunetoxine  bien  active,  il  importe  que  le  bacille  diphté- 
rique se  développé  en  voile,  c'cst-à-dire  dans  des  conditions  de  parfaite 
aérobiose,  sur  un  bouillon  porte  àuu  degré  convenable  d'alcalinité.  On 
cmploie  avec  avantage  le  bouillon  peiitonisé  à  2  p.  100,  que  l'on  neutra- 
lise  tout  d'abord  exactement  au  tournesol  par  addition  de  carbonate 
sodique  à  5  p.  100,  et  auquel  on  ajoute  ensuite7centimòtrescubes  par 
litre  de  solution  de  sonde  caustique  à  4  p.  100  (Park  et  Williams).  Le 
bouillon  préparé  selon  le  procède  -Martin  est  également  très  boa. 

(2)  On  peut  aussi  tuer  les  microbes  par  addition  de  toluol,  et  filtr.er  le 
liquide  sur  papier  après  un  certain  temps. 


16  L'INFECTION 

l'atténut',  le  chauffage  vers  70°,  le  contact  avec  certaines  substances 
telles  que  l'iode,  le  rendent  inactif.  Il  manifeste  une  tendance  remar- 
quable,  que  sa  nature  colloidale  explique,  à  se  coller  sur  les  précipités 
qu'on  fait  naìtre  dans  le  liquide  (phosphate  tricalcique  par  exemple) 
ou  sur  d'autres  adsorbants  encore. 

La  toxine  tétanique,  obtenue  par  Knud  Faber  (1890),  possedè  des 
propriétés  analogues  ;  elle  est  plus  delicate  encore  ;  il  vaut  mieux  la 
conserver  à  sec  (1).  Elle  est,  comme  la  toxine  diphtérique,  très  sensible 
à  l'action  des  acides  et  des  alcalis.  Les  rayons  ultra-violets,  que  déve- 
loppe  le  passage  du  courant  dans  la  lampe  de  c^uartz  à  vapeur  de 
mercure,  la  détruisent.  A  l'étude  de  l'influencc  alterante  de  la  lumière 
se  rattachent  de  curieuses  constatations  relatives  aux  effets  des 
substances  fluorescentes.  Tappeiner  et  lodlbauer  (1900-04)  ont  observé 
que  les  toxines  délicates,  diphtérique  et  tétanique  notamment,  de 
méme  que  divers  enzymes  et  certains  principes  actifs  dusérum, 
s'altèrent  lorsqu'on  les  expose  à  la  lumière  après  les  avoir  additionnées 
d'une  petite  quantité  d'éosine  ou  de  fluorescéine,  tandis  qu'elles  ne  se 
modifient  guère  si  la  lumière  intervient  seule  ou  lorsque  les  mélanges 
contenant  ces  substances  sont  maintenus  à  l'obscurité.  Les  rayons 
actifs  en  présence  d'éosine  ou  de  fluorescéine  sont  ceux  que  ces  matières 
sont  capables  d'absorber.  Ces  recherches  se  rattachent  à  celles  de 
Raab  (1900),  d'après  lesquelles  des  infusoires,  tels  le  Paramecium 
caudaium,  qui  supportent  bien  les  rayons  lumineux,  tolèrent  dans 
l'obscurité  la  présence  de  matières  fluorescentes,  éosine,  quinine, 
méthylphosphine,  acridine,  etc,  mais  périssent  lorsqu'on  les  expose, 
mélanges  à  ces  substances,  à  la  lumière  du  jour.  D'après  Ledoux- 
Lebard,  l'oxygène  intervient  dans  ces  phénomènes.  Des  animaux 
(souris,  grenouilles)  injectés  de  substances  fluorescentes  peuvent,  sous 
l'influence  de. la  lumière,  manifester  des  signes  d'intoxication,  et  pré- 
senter  notamment  de  l'irritation  cutanee. 

Von  Ermengem,  qui  a  découvert  le  bacille  du  botulismo  (1896), 
agent  important  d'intoxication  par  les  viandes  avariées,  a  trouvé  que 
ce  microbo  sécrète  un  poison  extrémement  dangereux,  délicat  comme 
les  précédents.  Le  bacille  du  botulismo  n'est  pas  infectieux  ;  incapable 
de  parasiter  l'organisme,  il  n'est  dangereux  que  par  la  toxine  qu'il 
elaboro  dans  les  viandes  où  il  a  pu  s'introduire  et  que  l'on  conservo. 

Lo  bacille  tuberculeux  produit  uno  substanco  bien  curieuse,  de 
nature  inconnue,  précipitable  par  l'alcool,  résistant  remarquablomont 
au  chauffage  (olle  roste  intacte  à  120°),  et  qui  possedè  le  surprenant 
caractère  d'otre  inoffensivo  pour  les  animaux  normaux,  tandis  qu'ellc 
provoquo  des  troublos  manifestes  et  memo,  à  doso  sufTisantc,  la  mort, 


(1)  A  cet  état,  elle  est  aussi  beaucoup  plus  résistante  au  cliauffage 
(Morax  et  Marie). 


PROPRIÉTÉS   MICROBIENNES    EN   JEU  17 

chcz  Ics  organismes  tuberculeux  ;  c'est  la  tubcrculine  (1).  De  inème,  la 
malléine,  produit  du  badile  de  la  morve,  et  fort  analogue  à  la  tubcr- 
culine, ne  produit  de  réaction  nette  que  chez  les  animaux  niorveux. 
Aussi  ces  produits  s'emploient-ils,  à  dose  convenable,  pour  le  diagnoslic 
respectif  de  ces  deux  maladies. 

Le  bacille  de  la  dysenterie,  conime  l'ont  montré  Rosenthal,  Gabri- 
tchewski,  etc,  le  vibrion  cholérique  (Ransom,  Roux,  MetchnikoIY  et 
Salimbeni,  1899),  d'autres  vibrions  analogues  (Kraus),  le  bacille 
pyocyanique,  le  bacille  du  charbon  (Marmier),  fabriquent  également 
des  toxines  plus  ou  moins  actives.  La  résistance  de  ces  poisons  au 
chaufTage  est  inégale  ;  par  exeniple,  la  toxine  cholérique  supporte  100^, 
la  toxine  dysentérique  se  détruit  vers  80^. 

L'étude  bactériologique  des  plaies  de  guerre  a  révélé  l'iuLervention 
de  microbes  très  toxigènes;  le  Bacillus  cedemaliens,  par  exemple,  a  été 
étudié  à  ce  point  de  vue  par  Weinberg  et  Séguin  (1917). 

La  fonction  toxigène  est-elle  répanduc  chez  tous  Ics  microbes? 
II  en  est  que  l'on  ne  cite  guère  lorsqu'on  parie  des  toxines.  Chez  Ics 
protozoaires  parasites,  la  production  do  poisons  vraiment  actifs  est 
particulièrement  difficile  à  mettre  en  évidence.  Mais  si  de  nomljreux 
microbes  n'ont  pas  acquis,  comme  agents  toxigènes,  la  célébrité  des 
bacilles  tétanique  ou  diphtérique,  il  ne  faut  pas  en  conclure  qu'ils 
émettent  exclusivement  des  produits  inoffensifs.  L'expérimentation  sur 
les  animaux  ne  décèle  nettement  que  les  troubles  très  manifestes,  et 
beaucoup  de  produits  sont  nuisiblcs  sans  étre  mortcls  à  dose  modérée. 
L'activité  toxique  est  d'intensité  très  variable  suivant  les  germes,  elio 
n'est  jamais  absente.  Très  généralement  l'injection  de  produits  micro- 
biens  provoque  la  fièvre,  par  un  mécanisme  d'ailleurs  mal  précise  (2). 
Les  liquides  de  culture  où  le  pneumocoque  a  vécu  tuent  dilTicilement, 
mais  l'action  prolongée  dans  l'organismo  des  sécrétions  de  co  microbo 
cngendre  de  graves  lésions  du  coeur  (Kiralyfi).   Divers  microbes  de 


(1)  Pour  l'oblenir,  on  ensemence  dans  du  bouillon  glycériné  à  4  p.  100 
le  bacille  tuberculeux  qui  y  pousse  en  formant  un  voile.  Après  un  mois 
environ  de  séjour  à  l'étuve,  on  stérilise  par  la  chaleur,  on  evaporo  a  a 
dixième  vers  90°,  et  on  Altre  sur  papier.  Le  liquide  sirupeux  (très  richo  ou 
glycérinc)  ainsi  obtenu  est  la  tuberculine  brute.  La  tubcrculine  est 
détruite  par  le  sue  gastrique  (Kohler,  Danielopol),  par  la  tryitsiue,  par 
ies  ferments  microbiens  protéolytiques  (Vaudremcr).  La  malléine  se  pre- 
paro comme  la  tuberculine. 

(2)  La  fiòvre  s'obscrve  aussi,  comme  on  sail,  dans  Ics  maladies  prò- 
duites  par  les  protozoaires.  Dans  la  malaria,  l'accès  so  déclare  au 
moment  où  les  rosaces,  se  désagrégrani,  niottontles  mérozoìtos  en  liberté. 
Il  semble  bien  qu'une  substanco  capablo  de  provoqucr  la  fièvre  soit 
libérée  à  ce  moment;  d'après  Brown  (1912),  il  so  pourrail  ({ut'  collo 
subsLance  fùt  l'hématino.  Il  y  a  lieu  di;  rcinarquor  quo  co  no  soni  pas 
nécessairemcul  h-,  Idxim^  Ics  jdus  danuiiiu^cs  ([ni  prosoquoiit  la  lìè\ro 
la  plus  intenso. 

L'  Immunité.  ^ 


18  UINFECTION 

l'intestin  empoisoniw3nt  ìentement  l'organisme  ;  l'indol  notamment 
peut  détermincr  de  la  sclerose  artérielle  (Metchnikoff,  1910).  Meme 
des  moisissures,  telles  que  VAspergillus  fumigaius,  peuvent  produire 
des  substances  toxiques  (Bodin  et  Gautier,  1906). 

Il  convieni  d'ajouter  que  chez  certaines  bactéries  la  production  de- 
toxine  s'opère  plus  activement  dans  l'organisme  que  dans  les  cultures  ; 
ce  fait,  à  vrai  dire,  n'est  pas  general. 

Diverses  toxin^s,  et  le  poison  tétanique  en  est  l'exenipìe  le  plus 
décisif,  sont  teliement  actives  que  leur  production  dans  l'organisme 
suffit  à  expliquer  tous  les  symptomes  observés  :  le  microbe  n'agit 
alors  que  parie  poison  qu'il  engendre  (1). 

Les  désordres  provoqués  par  les  toxines  varient  avec  la  nature  de 
celles-ci  ;  ils  les  caractérisent.  Ces  poisons  atteignent  de  préférence 
certaines  cellules  et  certains  tissus  (2).  Ainsi  la  toxine  tétanique  est 
un  poison  nerveux,  elle  manifeste  une  affmité  remarquable  pour  k 
tissu  nerveux.  Quand  on  l'injecte  sous  la  peau,  elle  se  propage  le  long 
des  nerfs  poiar  atteindre  fìnalement  la  moelle  épinière  (Morax  et 
Marie,  1902  ;Meyer  et  Ransom,  1903)  ;  elle  se  concentre  dans  le  cordon 
nerveux  et  chemine  dans  la  direction  centripete.  Il  en  résulte  que 
l'inoculation  à  la  patte  d'une  dose  modéróe  est  moins  dangereuse  si 
le  nerf  sciatique  est  sectionné  ou  degènere,  la  conduction  vers  le  centre 
étant  interrompue.  Quand  la  dose  est  trop  forte,  la  résorption  peut 
naturellement  se  faire  par  les  lymphatiques  et  la  toxine  se  répandre 
dans  le  sang  (Nissen,  Kitasato).  Le  sang  des  chevaux  en  puissance  de 
tétanos  peut,  méme  avant  l'apparition  des  symptomes,  renfermer 
des  quantités  très  appréciables  de  poison. 

Les  symptomes  tétaniques,  toujours  d'ordre  nerveux,  peuvent 
changer  d'aspect  suivant  la  région  où  Fon  introduit  la  toxine,  c'est- 
à-dire  selon  les  centres  qui  sont  touchés  en  premier  lieu.  Ainsi,  par 
inoculation  intracranienne,  on  provoque  un  tétanos  cérébral  très 
curieux,  à  caractère  convulsif  (Roux  et  Dorrei,  Binot). 

La  toxine  du  botulismo  est  également  un  poison  de  la  cellule  ner- 


(1)  Un  millionième  de  centimètre  cube  de  toxine  tétanique  peut  tuer 
une  souris  ;  un  millième  de  centimètre  cube,  un  cobaye  ;  un  dixième 
de  centimètre  cube,  un  cheval.  On  a  obtenu  des  bouillons  diphtériques 
mtrés  qui  tuent  le  cobaye  de  250  grammes  à  dose  de  0,001  cenUmètre 
cube  ;  on  dispose  couramment  de  toxine  tuant  cet  animai  à  dose  de 
0,005  centimètre  cube.  Pour  apprécier  comme  il  convieni  l'activité  de 
ces  poisons,  il  faul  lenir  compie  de  ce  que,  à  pari  les  sels,  le  bouillon 
ne  fournit  qu'un  faible  poids  de  résidu  sec  contenant  d'ailieurs  une  grande 
proportion  de  substances  inoffensives,  En  concentrant  les  toxines  par 
précipitation,  on  oblienl  un  produil  agissant  à  dose  extraordinairement 
faible. 

(2)  Signalons  à  ce  propos  qu'ils  n'agissenl  pas  sur  les  infusoires,  tels  que 
les  paramécies  (Gengou),  ni  sur  les  bactéries  et  levures  (O.  Metchni- 


PROPRIÉTÉS   MICROBJET^NES   EN   JEU  19 

veuse,  qu'elle  peut  altérer  profondéraent  ;  elle  détermine  des  parébies, 
des  paralysies,  des  troubles  sécrétoires  (s-uppressioa  de  la  sécrétion 
ealivaire),  de  la  dilatation  pupillaire,  du  ptosis,  de  la  diplopie,  etc; 
la  niort  survient  <iu  milieu  de  symptómes  de  paralysie  bulbaire. 

Les  troubles  provoqués  par  la  toxine  diplitéri({iie  ont  été  soumis  par 
Roux  et  Yersin  à  une  analyse  approfondie.  Suivant  la  dose,  la  raort 
survient  après  un  ou  plusieurs  jours.On  observe,au  point  d'inoculation, 
un  fort  cederne  qui  peut  aboutir  à  la  morti  fica  tion  et  à  l'escarre.  Des 
pétéchies  disséminées,  des  épanchements  de  la  plèvre  et  du  péritoine, 
se  produisent  ;  l'intestin  gréle  est  fortement  eongestionné  ;  on  remarque 
surtout,  à  l'autopsie,  un  état  hémorragique  très  particulier  et  caracté- 
ristique  descapsules  surrénales.  La  baisse  de  pression  sanguine  observóe 
au  cours  de  la  diphtérie  (Arloing,  Enriquez  et  Hallion)  est  vraiserabla- 
blement  dans  une  certaine  mesure  en  relation  avec  cette  lésion  et  la 
baisse  correlative  de  la  production  d'adrenaline  (1).  Mais  il  faut 
signaler,  à  ce  propos,  que  k  toxine  agit  directement  sur  le  coeur  dont 
elle  aflaiblit  beaucoup  l'energie  (Roux  et  Yersin)  ;  elle  y  produit  du 
gonflement  des  faisceaux,  des  vacuolisations  de  la  fibre  musculaire, 
des  modifìcations  de  la  striation  (Mollard  et  Regaux).  Elle  impressionne 
beaucoup  aussi  les  éléments  nerveux,  ainsi  qu'en  témoignent  notam- 
ment  les  paralysies  post-diphtériques,  que  Roux  et  Yersin  ont  pu 
reproduire  par  des  injections  de  toxine.  Chez  les  enfants  diphtériques^ 
le  liquide  sanguin  renferme  parfois  la  toxine  en  quantité  très  notaMe  : 
injecté  au  cobaye,  il  peut  développer  de  l'oedèrae  (Uffenheimer).  Roux 
et  Yersin  ont  retrouvé  le  poison  dans  l'urine. 

Un  caractère  remarquable  des  toxines  dipàió-ique  et  tétanique, 
c'est  de  ne  jamais  produire,  quelle  que  soit  la  dose  injectée,  d'accidents 
immédiats.  C'est  toujours  une  question  d'heures.  Il  s'agit  donc  d'une 
espèce  d'incubation.  Celle-ci,  dans  le  tétanos,  peut  aller  ju&que  quatre 
jours  ;  elle  est,  à  vrai  dire,  considérablement  abrégée,  mais  non  sup- 
primée,  lorsque  le  poison  est  introduit  directement  dans  les  centres 
nerveux  ;  les  symptómes  peuvent  alors  apparaltre  au  bout  de  trois  à 
cinq  heures.  D'autres  toxines,  la  toxine  cholérique  parcxemple,  agissent 
très  vite. 

La  toxine  cholérique  agit  sur  l'intestin  gréle,  dont  elle  détermine  la 
congestion  extréme  ;  la  toxine  dysentérique  ne  semble  pas  inoffensive 
pour  le  système  nerveux,  car  elle  détermine  souvent  chez  le  lapin  la 
paralysie  du  train  postérieur,  mais  elle  frappe  tout  spécialement  le 
gros  intestin.  Chose  remarquable  et  qui  rappelle  la  sympathie  du  poison 
tétanique  pour  le  tissu  nerveux,  une  affluite  élective  intervieni  ; 
les  effets  du  poison  dysentérique  sur  l'intestin  s'observent  méme  quand 


(1)  Cependant  rinjeclion  d'adrenaline  au  cours  de  la  diphtérie  n'amé- 
liore  pas  netteraent  la  situation  (Ritchie  et  Bruce,  Abramow). 


20  UINFECriON 

il  est  introduit  sous  la  peau  du  lapin  ;  on  constate,  à  l'autopsie,  de 
l'oedème  et  des  hémorragies  multiples  du  cacum, 

D'autres  produits  microbiens  impressionnent  d'une  manière  frap- 
pante les  cellules  sanguines  ;  ce  sont  les  bactérioleucocidines  et  les 
bactériohémolysines.  Metchnikoff  avait  déjà  constate  une  influence 
toxique  du  champignon  parasite  des  Daphnies  sur  les  globules  blancs 
de  cet  animai.  Mais  la  première  leucocidine  typique,  et  l'une  des  plus 
importantes,  a  été  découverte  par  van  de  Velde  en  1894,  étudiée  ensuite 
par  Neisser  et  Wechsberg  (1901)  et  d'autres  observateurs  ;  dans  les 
exsudats  où  il  pullule,  le  staphylocoque  produit  une  substance  assez 
delicate  (destructible  vers  58o),  qui  empoisonne  et  tue  les  leucocytes 
en  leur  imprimant  des  modifications  visibles  :  le  protoplasma  semble 
se  vider,  le  noyau  devient  plus  apparent.  On  conQoit  désormais  l'apti- 
tude  si  prononcée  de  ce  microbe  à  produire  des  suppurations,  les 
leucocytes  étant  détruits  à  mesure  qu'ils  affluent,  Eisenberg  a  étudié 
de  méme  l'action  leucocidique  des  sécrétions  du  vibrion  septique 
et  du  microbe  du  charbon  symptomatique  (1908).  Il  est  certain  que 
les  bacilles  tuberculeux  et  morveux  engendrent  des  principes  capables 
de  nécroser  les  globules  blancs  ;  par  exemple,  le  bacille  tuberculeux, 
comme  l'a  vu  Dorrei,  tue  le  leucocyte  qui  l'a  englobé. 

Pasteur  avait  note  déjà  que  les  globules  rouges  des  animaux  morts 
du  charbon  sont  dans  un  état  special  de  viscosité  et  de  fragmentation, 
Bordet  constata  (1897)  que  les  lapins  infectés  de  streptocoque  très 
virulent  meurent  en  présentant  une  hémolyse  totale  du  sang,  lequel 
ressemble  alors  à  du  sirop  de  groseille.  Gette  hémolysine  strepto- 
coccique  a  été  obtenue  ensuite  dans  les  cultures  en  bouillon-sérum 
(Besredka,  1901).  Le  pouvoir  hémolytique  est  fort  prononcé  aussi  dans 
les  cultures  de  tétanos  (Ehrlich,  1898;  Madsen,  1899),  dans  celles  de 
certains  vibrions  paracholériques  (Kraus  et  Clairmont,  1900),  etc. 
Le  staphylocoque  produit  une  hémolysine  active  (Neisser  et  Weichs- 
berg,  1901)  qui  semble  bien  identique  (Gengou)  à  la  leucocidine  (1). 
Bulloch  et  Hunter  (1900)  ont  pu  obtenir  une  pyocyanolysine  ;  Casa- 
grandi,  Heyrovski  et  Landsteiner  (1907)  ont  étudié  l'hémolysine  du 
charbon. 

La  tétanolysine  est  differente  du  poison  tétanique  |)roprement  dit  ; 
elle  est  plus  sensible  au  chauffage  (elle  se  détruit  à  50°)  ;  les  globules 
rouges  absorbent  la  tétanolysine,  mais  non  la  toxine  vraie. 

G'est  à  coté  de  ces  lysines  qu'il  convient  de  ranger  les  sécrétions  dites 
agressiques,  sur  lesquelles  Bail  notamment  a  beaucoup  insistè,  et 
dont  l'eiTet  principal  est  de  paralyser  la  phagocytose  en  favorisant 
ainsi  l'infection  ;  Wassermann  et  Gitron  (1905)  ont  vu  que  ces  sub- 
stances  peuvent  aussi  se  former  dans  les  milieux  artificiels.  Bouchard, 

(1)  Les  émulsions  de  staphylocoques  développés  sur  gelose  addilion- 
née  de  sang  chauffé  vers  80°  contiennent  cette  matière  en  abondance. 


PliOPRIÉTÉS   MJCROBIENNES   EN   JEU  21 

Roger,  en  1889,  avaient  déjà  constate  que  les  produits  sécrétés  par  les 
hacilles  pyocyanique  et  du  charbon  symptomatique  favorisent  nette- 
ment  l'infcction. 

Les  poisons  que  nous  venons  de  considérer  méritent  le  nom  de 
toxines  diffusibles,  car  les  microbes  dont  ils  proviennent  les  libèrent 
aisóment   dans   le    liquide   ambiant.    Mais   d'autres    principes   nocifs 
restent  plus  obstinément  confìnés  dans  la  trame  méine  du  microbe 
producteur.  Ce  sont  les  endotoxines,sur  lesquelles  Pfeiffer  a  particu- 
lièrcment  attiré  l'attention.  Chose  remarquable,  les  protéines  micro- 
biennes,  méme  lorsqu'il  s'agit  de  germes  non  pathogènes,  sont  très 
généralement  toxiques,  provoquent  une  fìèvre  intense  et,  selon  Schit- 
tenhelm  et  Weichardt  (1911),  augmentent  notablement  l'élimination 
azotée  (1).  Divers  virus  fournissent,  lorsqu'on  traite  les  corps  micro- 
biens  par  des  procédés  appropriés,  des  extraits  très  vénéneux.  A  vrai 
dire,  la  démarcation  entre  les  toxines  diffusibles  et  les  endotoxines 
n'est  pas  très  stricte,  la  facilité  avec  laquelle  les  principes  nuisibles 
se  dégagent  présente  tous  les  degrés  ;  les  corps  des  bacilles  tuberculeux 
sont  très  riches  en  tuberculine,  laquelle  diffuse  partiellement  dans  le 
liquide  ambiant  ;  le  bacille  typhique  libere  assez  aisément  son  poison 
(Ciiantemesse).  Dans  les  cultures  jeunes  de  bacille  dysentérique,  le 
poison  est  concentré  dans  les  corps  microbiens  ;  la  diffusion  enrichit 
peu  à  peu  le  liquide  en  toxine.  Les  vibrions  cholériques  retiennent 
dans  leur  trame  une  proportion  très  notable  du  poison.  On  peut  retirer 
une  certaine  quantité  d'endotoxine  par  simple  macération  prolongée 
dans  de  l'eau  (autolyse),  mais  on  obtient  des  résultats  meilleurs  en 
désagrégcant  Ics  microbes  pour  libérer  leur  contenu.  Hahn  les  soumet 
après  broyage  à  une  pression  considérable  (2).  Mac  Fadyen  et  Rowland 
(1902)  les  triturent  après  congélation  dans  l'air  liquide.  Besredka  (1906) 
dessèche  les  microbes,  y  ajoute  du  sei,  broie  le  tout  en  poudre  fine, 
additionne  d'eau  distillée  jusqu'à  teneur  saline  de  0,9  p.  100.  Il  obtient 
par  ce  moyen,  qui  fait  intervenir,  outre  la  trituration,  des  influences 
osmotiques,  des  endotoxines  fort  actives,  aux  dépens  notamment  des 
bacilles  typhique,  dysentérique  et  pesteux.  Rowland  broie  les   corps 
microbiens  avec  du  sulfate  de  sonde  fraìchement  calcine  et  ajoute  à  la 
poudre  sèdie  ainsi  obtenue  20  parties  d'eau  distillée,  NicoUe,  Debains 
et  Loiseau  (1916),    qui  ont  adopté  ce  procède  pour  le  poison  dysen- 


(1)  Vaughan  et  ses  collabora teurs  ont  beaucoup  étudié  les  protéines 
microbiennes,  aux  dépens  desquelles  ils  ont  obtenu,  par  digestion  avec 
des  acides  étendus  cu  des  alcalis  (solution  de  NaOH  à  2  p.  100  dans 
ralcool)  des  produits  toxiques.  A  vrai  dire,  ceux-ci  apparaissent  égUo- 
mcnt  lors'^u'on  traite  de  la  méme  fagon  des  albuminoides  animaux  ou  vé- 
gétaux. 

(2)  On  le  sait,  c'est  par  ce  procède  que  Buchner  a  retiré  de  la  levure  de 
bière  la  zymase  qui  transforme  directement  le  sucre  en  alcool  et  acide 
carbonique. 


22  UINFECTIQN 

térique,  fìltrent  après  un  jour  sur  papier  tapissé  die  terre  d'infusoires, 
Slalineano  a  extrait  rendotaxine  du  coecobacilie  de  l'inflaenza, 
Noèl  Bernard  celle  du  microcoque  de  la  fièvre  de  Malte,  Roger  celle 
(fu  champignon  du  muguet,  Ouveilhier  celle  du  bacille  diphtérique. 
Bordel  et  Gengoa  (1909)  extraient  du  bacille  coqueluchcuac  un  principe 
très  actìf ,  doué  de  propriétés  irritantes  et  nécrotisantes  fort  intenses  ; 
on  doit  admettre  que,  chez  l'enfant  atteint,  le  rakrobe  libere  des  quan- 
tités  appréciables  de  ce  poison  qui  détemiine  une  vraie  corrosìon  de  la 
surface  des  bronches  et  tes  quintes  caractéristiques. 

Gomme  celie  des  toxines  plus  diffusibles,  la  résistance  des  endo- 
to^nes  aux  agents  physiques  ou  chimiques  est  très  variable.  L'endo- 
toxine  pesteuse  s'altère  vers  70«,  Fendotoxine  typhiquie  seulement 
vers  130<^  (Besredka).  Le  poison  co^juelucheux  est  très  fragile  ;  le 
chaufTage  a  55®,  le  chloroforme,  le  toluol,  etc,  le  rendent  inaetif 
(Bordet  et  Gengou)  ;  il  convient  de  le  conserver  à  l'état  sec. 

L'injection  d'émulsions  microbiennes  méme  tuées  provoque  fré- 
quemment  la  suppuration.  Oue  sont  ces  principes  pyogènes?  Si  l'on 
centrifuge  de  telles  émulsions  et  injecte  seulement  le  liquide  surnageant 
lìmpide,  on  n'observe  d'ordinaire  pas  de  suppuration.  Buchner  en 
concluait  que  les  matières  pyogènes  sont  liées  aux  corps  microbiens. 
Il  faut  en  réalité  tenir  compte  de  ce  que  la  suppuration,  c'est-à-dire 
l'afflux  abondant  et  prolongé  des  leucocytes,  n'est  possible  que  si  les 
matières  actives  restent  assez  longtemps  sur  place  ;  il  faut  donc  que 
celles-ci  soient  présentées  de  fagon  à  n'ètre  point  promptement 
résorbées  ;  on  congoit  ainsi  qu'elles  puissent.sans  provoquer  d'abcès, 
exister  dans  les  liquides  limpides,  aisément  résorbables,  qu'on  séparé 
des  microbes.  On  démontre  au  surplus,  nous  le  verrons  plus  loin,  que 
ces  liquides  attirent  les  leucocytes.  On  est  mal  renseigné  quant  aux 
rapports  éventuels  entre  ce  pouvoir  attractif  et  la  toxicité  proprement 
dite. 

Les  poisons  microbiens  si  actifs,  si  complexes,  de  nature  mal  eonnue, 
mais  très  vraisemblablement  albuminoi'de,  que  nous  avons  considérés, 
trouvent  leurs  pareils  dans  le  monde  des  animaux  et  des  plantes.  Les 
premiers  renseignements  précis  concernant  les  toxines  végétales  sont 
dus  à  Bruylants  et  Venneman  (1884).  On  savait  que  la  macération  de 
graines  d'Abnis  precalorius  ou  jéquirity  est  douée  d'un  pouvoir 
phlogogène  très  intense,  que  l'on  attribuait  à  des  microbes.  Bruylants 
et  Venneman  montrèrent  qu'on  peut  extraire  du  macere  une  substance 
albuminoide  très  irritante  à  laquelle  celui-ci  doit  ses  propriétés  et  dont 
l'injection  au  lapin  est  dangereuse  :  c'est  l'abrine.  De  méme,  les 
graines  de  Ricinus  c&mmunis  (euphorbiacée)  donnent  par  macération 
la  ricine.  La  robrne,  qui  provient  de  Técorce  de  Robinia  pseudoacacia, 
la  crotme,  qui  provient  du  Crolon  iiylium,  sont  analogues.  Ce  sont  d^s 
substances  extrémement  toxiques,  delicate»,  sensibles  à  la  chaleur, 
n  empoisonnant  en  general  qu'après  une  période  d'incubation  plus 


PROPRIÉTÉS   MICROBFENNES   EN   JEU  23 

ou  moins  longue.  EHes  sonttrè&  irritantes  :  rabrinemstillée  dans  I'cbìI 
provoque  une  inflaramation  violente  de  la  conjonctive  ;  la  ricine  déter- 
mine  de  l'enterite  hèraorragique,  de  la  néphrite,  de  la  dégénérescence 
des  parenchymes.  Une  propriété  curieuse,  très  prononcée  surtout  chez; 
la  ricine,  est  d'agglutiner  violemment  les  globules  (Kobert  et  Still- 
marck)  et  de  précipiter  Ics  alburainoides  du  sérom  et  du  lait  (1). 
On.  a  retiré  des  champignons  vénéneux  divers  poisons  :  l'extrait 
<l'.4ffiani7a  phallotdes  notamment  contieni  une  toxine^  et  une  hémolysine 
(Kobert,  1901;  Abel  et  Ford,  Ford  et  Rockwood);  la  saponine,  qui  est 
hémolytique,détruit  les  protozoaires,  trypanosomes  parexemple,  mais 
non  ks  bactéries  (Landsteiner,  Russ,  Neufeld  et  Prowazek). 

Les  poisons  animaux,  comme  ceux  des  plantes,  ont  joué  un  role 
important  dans  l'étude  de  l'immunité.  Les  venins  des  serpents,  à 
l'étude  desquels  de  nombreux  savants,  et  notamment  Calmette,  ont 
consacré  beaucoup  d'elTorts,  déterminent  des  effets  toxìques  nombreux 
ai  variés,  qui  diffèrent  d'ailleurs  suivant l'animai  producteur.  Celui  des 
vipéridés  tue  plutót  par  altération  du  sang,  celui  des  colubridés, 
plutòt  par  intoxication  nerveuse  aflectant  les  fonctions  circulatoire 
et  respiratoire.  On  trouve  dans  ces  venins  des  neurotoxines  (2),  des 
héraolysines  (Stephens  et  Myers,  1898),  des  substances  coagulanl  le 
sang  (vipéridés)  ou  anticoagulantes  (colubridés),des  enzymes  protéoly- 
tiques  (Flexner  et  Nogucbi,  Delezenne,  1902;  Launoy,  1903  ;  Noe,  1904), 
<3apables  de  digérer  par  exemple  la  gelatine  et  la  fibrine.  Les  venins 
tuent  les  protozoaires  (Noe,  Goebel).  Une  propriété  d'ordre  diastasique 
«t  très  intéressante,  notée  par  Ludecke  (1905),  Manwaring,  et  étudiée 
surtout  par  Delezenne  et  W^^  Ledebt,  est  de  décomposer  la  lécithine 
en  éliminant  les  acides  gras  non  saturés  (acide  oléique)  et  de  la  trans- 
former  ainsi  en  une  substance  très  hémolytique  (3).  Cette  désinté- 


(1)  Diverses  albumines  végétales  extraites  notamment  des  graines  de 
certaines  papillonacèes  {Phas^olus,  Pisjm,  Vida,  etc.),  manifestent 
aussi,  sans  posseder  de  toxicité  appréciable,  ces  propriétés  aggluti- 
nante et  precipitante  (Landsteiner  et  Raubitschek). 

(2)  Les  lésions  des  cellules  nerveuses  chez  les  animaux  morts  d'enve- 
nimalion  ont  élé  éludiées  notamment  parEwinget  Bailey  (1900),  par 
L^mb  (1904),  etc.  D'autres  organesd'ailleurssouffrent  encore;  le  foie  est 
Irès  atleint,  les  cellules  hépaliques  subissent  la  né>crose,  les  altérations 
rénales  sont  manifesles,  les  poumons  présentent  des  infarctus.  L'analyse 
physiologique  des  troubles  engendrés  par  les  divers  venins  a  été  faite 
notamment  par  Arthus  ;  nous  y  reviendrons  brièvement  à  propos  des 
anticorps.  La  dose  minima  mortelle  des  venins  est  tròs  réduite  :  il  sufTìt 
par  exemple  de  0,0002  grammo  de  venin  sec  de  Naja  tripudìans  pour  tuer 
un  cobaye  de  600  à  700  grammes,  de  0,025  grarome  de  venin  sec  de  cobra 
pour  tuer  un  cheval  (Calmetle). 

(3)  C'est  ainsi  que  s'explique  le  pouvoir  hémolytique  puissant,  signalé 
par  Kyes  et  Sachs,  des  mélanges  venin-lécilhino  ;  nous  y  reviendrons. 
L'action  toxique  sur  les  protozoaires  s'explique  de  mème  (Lovaditi  et 
Rosenbaum,  1908).  On  peut  citer,  à  ce  propos,  comme  analogue  à  la  dias- 


24  VINFECTION 

gration  Ubère  en  outre,  dans  les  mélanges  de  venin  et  de  jaune  d'oeuf , 
des  substances  très  toxiques  (Delezenne  et  Ledebt). 

Tandis  que  les  diastases  des  venins  sont  sensibles  à  la  chaleur,  la 
neurotoxine,  très  abondante  dans  le  venin   de  cobra,  resiste  à  85°. 

Le  venin  d'araignée  est  très  hémolytique  ;  Robert  (1901),  Sachs 
(1902)  ont  étudié  cette  arachnolysine  {Epeira  diadema),  ainsi  que  ses 
effets  physiologiques. 

Le  venin  des  scorpions,introduit  dans  la  plaie,  provoquedes  douleurs 
vives,  une  excitation  violente,  des  contractions,  puis  de  la  paralysie 
respiratoire  comme  le  venin  de  cobra  (Valentin,  1876;Bert,  1885).  Il  est 
hémolytique  ;  son  étude  a  été  poursuivie  notamment  par  Calmette, 
Kyes,  etc. 

Le  venin  des  scolopendres,  introduit  dans  les  veines  du  lapin,  donne 
de  la  paralysie  immediate  et  coagule  le  sang  (Briot,  1904). 

Phisalix  (1890),  Langer,  d'autres  encore,  ont  observé  les  efTets  du 
venin  des  abeilles  ;  ce  poison  est  hémolytique  (Morgenroth  et  Carpi, 
1905). 

Phisalix  et  Bertrand  ont  étudié  le  venin  des  crapauds  ;  en  extrayant 
par  la  solution  physiologique  de  sei  marin  la  peau  de  crapauds  tels  que 
Bombinaior  igneiis,  on  obtient  par  filtration  un  liquide  hémolytique 
très  actif  sur  les  globules  rouges  de  mouton,  peu  actif  sur  ceux  des 
oiseaux,  inactif  sur  ceux  de  la  grenouille  etdu  crapaud  (Pugliese,  1898; 
Proscher,  1902)  et  dont  les  propriétés  disparaissent  par  chauflage 
à  560. 

Divers  poissons  possèdent  également  un  appareil  venimeux  ;  celui 
de  la  vive  notamment  a  été  beaucoup  étudié  (Gressin,  1884;  Phisalix, 
1899;  Robert,  1902;  Briot,  1904).  Les  glandes,placées  à  la  base  d'épines 
piquantes,  fournissent  un  venin  dont  la  pénétration  dans  la  plaie  est 
très  douloureuse,  et  qui  est  hémolytique. 

On  a  constate  la  présence  de  substances  nuisibles  dans  le  corps  do 
certains  vers  parasites  ;  ainsi  le  liquide  périentérique  de  VAscaris 
contiendrait  un  produit  irritant.  L'extrait  de  sclérostome,  parasite  du 
cheval  et  qui  se  nourrit  de  sang,  est  hémolytique  ;  il  renferme,  comme 
l'extrait  de  sangsue,  un  principe  qui  empéche  la  coagulation. 

La  sarcocystine,  extraite  des  grosses  sarcosporidies  de  l'oesophage 
du  mouton,  produit  chez  le  lapin  des  troubles  nerveux. 

Comme  nous  le  verrons  plus  loin,  c'est  une  règie  generale  que  les 
sérums  manifestent  une  toxicité  plus  ou  moins  accusée  vis-à-vis  des 
espèces  animales  différentes.  Le  sérum  de  certains  animaux,  tels  qué 
l'anguille,  est  extrémement  vénéneux  pour  les  mammifères  (Mosso, 
1888)  ;  il  agit  sur  le  système  nerveux  et,  d'autre  part,  il  est  très  hémo- 


tase  du  venin,  la  lipase  pancréatique  ;  celle-ci,  ajouté^  à  diversesgraisses, 
fait  apparaìtre  des  acides  gras  et  des  savons  doués  de  propriétés  hémo- 
lyliqucs  (Noguchj,  1907). 


PROPRIÉTÉS    MICRODJENNES    ElSi   JEU  25 

lyLiquc  (1).  Les  infusoires  (paramécies)  résistent  (0.  Metchnikofl'j. 
Le  sérum  de  nombreux  serpents,  venimeux  ou  non,  est  toxique  éga- 
leniont,  de  méine  que  celui  de  nombreux  poissons  (lamproie,  raie, 
torpillc,  etc.)  étudiés  à  ce  point  de  vue  notamment  par  Gley,  Camus 
et  Gley,  Briot. 

Commcnt  agissent  les  toxines?  Nous  l'avons  vu,  certaines  d'entre 
elles  déterminent,  dans  les  cellules  qu'elles  atteignent,  des  lésions 
parfois  très  évidentes.  Mais  une  propriété  très  répandue  parmi  ces 
substances,  et  qui  est  essentielle  en  ce  qu'elle  explique  comment  elles 
pcuvent  entrcr  en  réaction  avec  les  éléments  cellulaires,  c'est  l'aptitude 
à  la  fixation.  Nous  l'avons  rappelé  plus  haut,  les  toxines,  comme 
d'ailleurs  les  colloides  en  general,  ont  une  tendance  très  manifeste  à 
s'accoler,  à  se  souder  à  des  substrats  divers  qui,  gràce  à  de  tels  phéno- 
mènes  d'adsorption,  peuvent  les  happer  au  passage.  L'alcool,  le  sulfate 
ammonique  précipitent  aisément  les  toxines,  mais  il  n'est  pas  certain 
que  celles-ci  soient,  par  elles-mémes  et  directement,  bien  sensibles  à 
cette  influence  ;  peut-étre  sont-elles  simplement  adsorbées  par  d'autres 
matériaux  albuminoides  que  les  réactifs  employés  condensent  en 
flocons  ;  l'adhérence  aux  précipités  minéraux  (phosphate  calciquc,,noir 
animai,  etc),  signalée  par  Roux  et  Yersin,  Zunz  et  Jacqué,  plaide  en 
faveur  de  cette  manière  de  voir.  Sans  doute  la  chaleur  agit-elle  parfois 
en  agrégeant  les  molécules  de  matiòres  inofTensives,  lesquelles,  en  se 
réunissant,  entraìnent  avec  elles  les  molécules  toxiques.  Ainsi,  la 
staphylolysine  est,  par  clle-méme,  beaucoup  plus  résistante  au  chauf- 
fage  qu'on  ne  le  croyait  au  début  ;  la  lysine  du  Bjcillus  megaih'rium 
a  donne  lieu  à  la  méme  remarque  (Atkin).  Certaines  toxines  sont 
adsorbées  par  la  lécithine,  la  cholestérine  (Landsteiner),  par  des 
graisses  ou  des  cires  (Walbum),  par  le  karragen  (Lingelsheim),  le  carmin 
(Stoudensky)  ;  les  toxines  tétanique  et  diphtérique,  l'abrine,  la  ricine, 
s'accolent  aisément  à  l'adrenaline,  qui  les  rend  inoffensives  (2)  (Marie)  ; 
la  fibrine  absorbe  la  ricine. 

On  peut  considérer  comme  un  fait  general  que  les  toxines  se  fixent 
sur  les  cellules  qu'elles  empoisonnent.  Les  leucocidines  et  hémolysines 
microbiennes  se  fixent  sur  les  globules  blancs  ou  rouges  (3).  Rehns 

(1)  Selon  les  cspècesanimales,  les  globules  rouges  ou  les  éléments  ner- 
veux  sont  spécialement  vulnérablcs.  Chezla  marmotte,  les  globules  rouges 
sont  relativement  résistants,  mais  les  centrcs  nerveux  sont  très  sensibles 
(Camus  et  Gley,  1905). 

(2)  Ce  phénomcne  ne  se  produit  pas  dans  l'organismo,  ni  mème  au 
contact  de  capsule  surrenale  broyéc  (Marie);  il  est  probableque  l'adsor  )- 
tion  est  empéchée,  dans  ces  conditions,  par  des  matières  colloidales. 
L'union  du  poison  et  de  l'adrenaline  ne  s'opère  pasen  proportions  fìxes  ; 
elle  est  sans  doute  de  nature  colloidale  (Abramow  et  Mischenikow)  ;  on 
congoit  ainsi  qu'elle  n'enlève  pas  au  poison  sa  qualité  antigénique 
(Marie,  1918). 

(3)  La  fixation  de  poison  est  la  condilion  première  de  l'hémolyse,  mais 


26  VINFECTJON 

a  vu  (1902)  que  le  contact  des  globules  rouges  enlève  à  la  ricine  sa 
toxicité  et  son  pouvoir  aggltttinant  ;  les  globules  aiasi  traités,  séparés 
par  centrifugation,  se  montrent  toxiques.  L'arachnolysine  se  fixe  sur 
les  globules  rouges  qu'elle  est  capable  d'hémolyser,  mais  non  sur  les 
hématies  résistantes  d'autres  espèces  animales  (Sachs).  La  cretine  se 
comporte  semblablement  (Jacoby).  Les  trypanosomes,  qui  sant  détruits 
par  le  venin  de  cobra,  l'absorbent.  La  saponine,  qui  est  hémolytique, 
entre  en  réaction  avec  les  globules  en  s'unissant  à  leur  lécithine  ;  elle 
peut  agir  sur  d'autres  substances  encore,  telles  que  la  eholestérine. 
Chez  les  tuberculeux,.  qui,  on  le  sait,  sont  sensibles  à  la  tuberculine, 
celle-ci  semblebien  se  flxer  surlestissus  dont  eileprovoquelacongestion. 

On  eomprend  dès  lors  pourquoi  les  toxines,  poison  dipbtérique  ou 
tétanique  par  exemple,  injectées  dans  les  veines,  disparaissent  d'ordi- 
naire  très  vite  de  la  circulation,  ainsi  que  Heyraans  et  Deeroly,  Decroly 
et  Ronse,  Donitz,  Knorr,  etc.,l'ont  observé,  sans  qu'on  les  retrouve 
dans  les  émonetoires  ;  elles  se  fìxent  sur  les  tissus.  Parfois,  on  peut 
constater  leur  présenee  dans  les  organes  interaes,  qui  se  montrent 
toxiques.  A  vrai  dire,  la  promptitude  avec  laquelle  le  sang  se  débarrasse 
des  toxines  injectées  est  inégale  selon  la  nature  de  celles-ci  et  l'espèce 
animale.  Si,  ayant  broyé  du  cerveau,  on  ajoute  à  cette  pàté  de  la 
toxine  tétanique,  le  mélange  n'est  pas  vénéneux  (Wassermann  et 
Takaki)  ;  la  toxine  est  adsorbée.  La  substance  qui  opere  cette  fìxation 
est,  selon  toute  vraisemblance,  de  nature  albuminoide  (Marie  et 
Tiffeneau)  ;  seulement,  on  ne  peut  affirmer  avec  une  entière  cértitude 
que  ce  principe,  pour  la  plus  grande  part  responsable  de  l'absorption 
in  vitro,  soit  précisément  eelui  qui,  in  vivo,  arrète  la  toxine  et  lui 
permet  ainsi,  en  Femmagasinant  dans  l'élément  cellulaire,  d'exercer 
sa  funeste  influence. 

Yu  l'impossibilité  de  caractériser  ehimiquement  les  toxines,  et  la 
petitesse  des  doses  auxquelles  elles  sont  encore  actives,  il  est  parti- 
culièrement  diffìcile  d'élucider  le  mécanisme  de  leur  fìxation  et  la 
raison  de  leur  affluite  élective  pour  certainséléments.  Rien  ne  démontre, 
certes,  que  les  interprétations  proposées  concernant  la  fìxation  d'autres 
substances  que  l'on  retrouve  plus  aisément  et  que  l'on  a  étudiées  à  ce 
point  de  vue  s'appliquent  à  l'absorption  des  toxines,  mais  les  rappro- 
chements  ont  leur  intérét.  Les  recherches  d'Ehrlich  sur  les  colorations 
vitales  ont  montré  que  de  nombreuses  eouleurs  d'aniline,  injectées 
dans  la  circulation,  manifestent  une  affluite  remarquable  pour  le 
système  nerveux,  sont  en  d'autres  termes  neurotropes  (1)  ;  en  règie 


celle-ci  n'apparai t  (Madsen,  1899)  qu'après  une  perioda  latente  dont  la 
durée  dépend  de  la  dose  mise  en  oeuvre  et  de  la  temperature  ;  le  froid 
la  contrarie. 

(1)  Ehrlich  a  émis  l'opinion  que  la  propriété  des  eouleurs  de  teindre  tei 
ou  tei  constituant  cellulaiye  dépendrait  de  l'existence,  dans  la  molécule 


PROPHIÉTÉS   MICBOBIENNES    EN   JEU  27 

très  generale,  ces  couleurs  ont  le  caractère  bafsique  ;  telles  sont  la 
vésnvine,  la  chrysoidine,  l'auramine,  le  rouge  neutre,  le  bleu  de  méthy- 
lène,  la  pbosphine  ;  on  congoit  d'ailieurs  que  Ics  couleurs  acides  soient 
retenues  plus  énergiquement  par  le  sang^dont  la  réaction  est  alcaline. 
On  s^est  fréquemment  inspiré,  pour  expliquer  les  phénomènes  de 
fixation,  de  la  notion  des  co^f  ficients  de  partage.  Lorsque  deux  liquideg 
peu  solubles  Fun  dans  l'autre,  tels  l'eau  et  l'éther,  se  trouventen  pré- 
>pnee,  et  qu'on  ajoute  une  substance  inégalement  soluble  dana  ces 
liquides,  cetle  matière  se  partage  entra  les  deux  solvants  suivant  un 
coeffìcient  suscoptible  d'ailieurs  de  varier  soua  certaines  influences, 
celle  de  la  temperature  notamment  ;  on  la  retrouve  en  plus  grande 
abondance,  corame  on  peut  le  prévoir,  dans  le  liquide  qui  la  dissout 
le  niieux.  Overton  attaché  grande  importance  à  ce  fait  que  la  couche 
périphérique  du  protoplasme  des  cellules,  et  notamment  des  cellules 
nerveuses,  est  imprégnée  de  matières  grasses  ou  lipoi'diques,  lesquelles 
manifestent  un  pouvoir  dissolvant  prononcé  vis-à-vis  de  diverses 
substances  qui,  par  suite,  tendent  à  s'accumuler  à  ce  niveau  ;  ainsi 
s'expliqucrait  l'action  des  anesthésiqties  et  narcotiques  sur  les  éléments 
nerveux.  Traube  insiste  en  outre  sur  la  notion  qu'en  règie  generale  les 
matières  de  ce  genre  abaissent  la  tension  superfìcielle  de  l'eau  et 
tendent  corrélativement,  corame  Gibbs  l'a  montré,  à  se  porter  à  la 
périphérie  du  liquide  et  mème  à  le  quitter  si  elles  rencontrent  une 
-ubstance,  telle  un  lipolde,  capable  de  les  dissoudre  ;  l'abaissement  de 
la  tension  contribue  donc  à  assurer  leur  absorption  par  les  membranes 
cellulaires.  On  ne  saurait  méconnaìtre  l'importance  primordiale,  dans 
les  processos  de  fìxation  en  general,  et  notamment  dansl'absorption  des 
toxines,  de  ce  faeteur  physique,  l'adhésion  moléculaire,  quelle  que  soit 
d'ailieurs  la  cause  première  qui  commande  ce  genre  d'affinité,  l'affmité 
(lite  de  contact,  dont  dépendent  par  exemple  les  phénomènes  de 
leinture.  Le  ròle  prépondérant  joué  par  les  facteurs  physiques  leur  est 
reconnu  par  la  plupart  des  interprétations  proposées. 

La  fìxation  de  la  toxine  étant  le  premier  acte,  comment  se  déroule  la 

faconde  phase,  celle  de  l'intoxication  proprement  dite?  La  réponse 

-t  moins  aisce  encore.  La  sensibilité  de  nombreuses  toxines  au  chauf- 

fage,  leur  tendance  à  l'adsorption,  leur  surprenante  activité,  ont  porte 

certains  auteurs  à  les  rapprocTier  des  diastases.  On  a  émis  l'opinion 


de  ces  couleurs,  de  certains  groupements  atomiques  spéciaux,  qui  pré- 
sideraient  à  la  fìxation  en  se  combinant  au  substrat.  Gomme  nous  le 
verrons  plus  loin,  il  a  étendu  aux  toxines  cotte  conceptioii  relative  à  la 
colora tion.  D'après  lui,  les  toxines  s'uniraient  à  la  cellule  gràce  à  un 
groupement  atomiquc  combinable  (haptophore)  et  l'iritoxiqueraient 
ensuite  gràce  à  un  autre  groupement  (toxophore).  Mais  les  recherches 
d'Evans  et  Schuiemann  (1914)  concemant  les  couleurs  ne  sont  pas  favo- 
rablcs  à  l'idée  que  le  pouvoir  colorant  serali  lié  à  l'existence  de  tei  ou  tei 
groupement  atomique  definì. 


28  VINFECTION 

qu'elles  ne  seraient  pas  toxiques  par  elles-mémes  et  primitivement, 
mais  qu'elles  développeraient  dans  l'organisme  des  processus  fermen- 
tatifs  aboutissant  à  la  production  de  substances  directement  véné- 
neuses  ;  on  s'expliquerait  ainsi  plus  facilement  qua  plusieurs  toxines 
n'empoisonnent  qu'après  une  période  latente  assez  longue.  Si,  comme 
Delezenne  le  fait  remarquer,  cette  hypothèse  puise  une  vraisemblance 
nouvelle  dans  les  observations  récentes  relatives  aux  poisons  résultant 
de  l'action  enzymatique  du  venin  sur  la  lécithine,  il  n'est  pas  démontré 
néanmoins  qu'elle  corresponde  à  la  généralité  des  faits  (1). 

Le  peu  que  nous  avons  rappelé  des  toxines  suffit  à  faire  apprécier 
toute  la  valeur  de  l'arme  ofTensive  qu'elles  représentent  pour  les 
microbes.  Mais  le  pouvoir,  dont  le  bacille  tétanique  par  exemple  est 
éminemment  doué,  d'intoxiquer  des  éléments  nobles  tels  que  les 
cellules  nerveuses,  n'autorise  pas  à  lui  seul,  cela  va  sans  dire,  le  germe 
à  s'implanter  chez  son  hòte.  Le  bacille  du  botulisme  scerete  uh  des 
poisons  les  plus  terribles  que  nous  connaissions  ;  il  n'est  cepcndant 
pas  virulent,  car  il  ne  peut  s'installer  dans  les  tissus.  Virulence  et 
toxicité,  celle-ci  si  puissant  auxiliaire  de  celle-là,  ne  sont  pas  stricte- 
ment  parallèles.  Si  toxigènes  qu'ils  soient,  les  bacilles  diphtérique  et 
tétanique  manquent  de  certaines  aptitudes  nécessaires  à  l'envahisse- 
ment  total  de  l'organisme  ;  ils  restent,  le  second  surtout,  étroitement 
confmés  au  point  de  pénétration,  d'où  leurs  poisons  malheureusement 
diffusent  au  loin.  Quand  on  compare  divers  échantillons  d'une  méme 
espèce,  il  est  logique  de  presumer  (et  la  prévision  se  vérifie  souvent) 
que  le  plus  toxigène  est  aussi  le  plus  redoutable  ;  c'est  bien  ainsi  que 
se  comportent  par  exemple  les  bacilles  diphtériques.  La  concordance 
pourtant  ne  s'observe  pas  toujours  :  ainsi,  chez  le  microbe  du  charbon 
symptomatique,  le  pouvoir  toxigène  et  l'infectiosité  ne  marchent  pas 
de  pair  (Grassberger  et  Schattenfroh)  :  les  germes  très  virulents  qu'on 
retire  de  l'exsudat  ne  fabriquent  pas  beaucoup  de  poison  ;  l'aptitude 
à  le  produire  se  développe  nettement  dans  la  suite  par  cultures  suc- 
cessives  en  bouillon. 

Capacitò  d'adaptation,  variabilité.  —  S'implanter  dans  l'orga- 
nisme, s'y  maintenir  ou  méme  s'y  généraliser  en  déjouant  la  défense, 
c'est  dans  cette  aptitude  à  s'établir  en  dépit  des  obstacles  qu'intervient 
avec  évidence  cette  propriété  fondamentale  si  répandue  et  si  souvent 
en  jeu  chez  les  étres  vivants,  le  pouvoir  de  s'adapter.  Cette  qualité, 


(1)  La  lécithine,  ou  certains  produits  analogues,  favorise  remarqua- 
blement  l'action  de  certains  poisons.  Un  exemple  frappant  esl  celui  de 
la  toxine  tétanique  (Marie,  1914).  Des  traces  de  toxine  considérablement 
inférieures  aux  doses  capables  par  elles-mémes  de  développer  la  maladie 
déterminent  un  tétanos  locai  lorsqu'on  les  a  additionnées  de  jaune 
d'ceuf. 


PROPRIÉTÉS    MICROBIENNES    EN   JEU  29 

précieuse  expression  de  la  plasticité  physiologique^  est  d'une  impor' 
lance  extréme  pour  l'étu<5e^de  l'infcction. 

Que,  gràce  à  l'accoutumance,  les  étres  microscopiques  paiviennent 
souvent  à  s'accommoder  de  conditions  de  vie  inusitces  ou  rnéme  très 
défectueuses,  c'est  ce  que  prouvent  de  multiples  exemples,  Parmi  ceux 
que  l'on  cite  souvent,  beaucoup  se  rapportent  à  des  germes  non  patho- 
gèncs  ;  peut-étre  estimcra-t-on  qu'en  les  considérant  nous  sortirions 
de  notre  cadre. 

Mais  puisqu'il  s'agit  d'une  propriété  très  generale,  et  qu'on  retrouve 
dans  les  diverses  manifestations  de  la  vie,  un  exemple  en  vaut  un 
autre.  Rappelons  tout  d'abord  quelques  faits  relatifs  aux  phénc- 
mènes  de  nutrition. 

La  levure  de  bière,  qui  s'accommode  fort  bien  de  l'anaérobiose,  se 
trouve  parfaitement  à  l'aise  dans  les  milieux  largement  aérés  ;  la  diffé- 
rence  c'est  que,  dans  le  premier  cas,  l'impossibilité  d'oxyder  l'oblige 
à  s'arréter,  dans  la  désassimilation  de  son  sucre,  au  terme  alcool, 
tandis  que,  dans  le  second,elle  combure  activement  raliment,en  retire 
beaucoup  d'energie,  et  se  multiplie  corrélativement  avec  une  luxuriance 
extréme  (Pasteur).  Mais  la  levure  s'est  habituée  depuis  longtemps  à 
joucr  l'un  ou  l'autre  de  ces  roles,  et  nous  trouvons  sa  plasticité  très 
naturelle.  Les  mucors,  végétaux  normalement  aérobies,  se  mettent, 
lorsqu'on  les  immerge  dans  une  solution  de  sucre,  à  faire  fermenter 
celui-ci  ;  dans  ces  conditions,  ils  rappellent,  dans  une  certaine  mesure, 
la  forme  des  levures  dont  ils  imitent  les  fonctions  ;  ils  se  cloisonnent  en 
segments  trapus,  souvent  méme  ovoides.  La  levure,  quand  on  lui  offre 
du  glucose  ou  du  saccharose,  ne  produit  pas  de  diastase  dédoublant 
le  maltese,  elle  en  fabrique  en  préscnce  de  ce  sucre  (Bourquelot). 
Dienert  a  habitué  la  levure  à  faire  fermenter  le  galactose,  ce  qu'elle 
ne  fait  pas  sans  une  cducation  préalable.  L'Aspergilliis  glauciis,  nourri 
de  lactate  calcique,  y  pousse  fort  bien,  mais  n'y  engendre  ni  sucrase, 
ni  presure,  ni  caséase  ;  la  première  apparaìt  dans  les  solutions  de  sucre, 
les  deux  autres,  seulement  dans  le  lait  (Duclaux).  L'Aspergillus  niger 
ne  produit  de  tannase  qu'en  prcsence  de  tannin  (Pottevin).  Souvent 
donc,  les  diastases  se  montrent  seulement  quand  leur  présence  est 
utile.  Aux  dépens  du  bacille  pyocyaniquc,  qui  normalement  fait  deux 
pigments,  un  vert  et  un  bleu,  Gessard  a  obtenu,  par  des  changements 
dans  l'alimentation,  une  race  de  couleur  bleue,  une  autre  de  teinte 
verte,  une  troisicme  qui  reste  incolore.  Neisser  et  Massini  ont  étudié 
attentivcment,  au  point  de  vue  de  la  variabilité,  un  microbe  coliforme, 
le  Coli  mulabìle.  On  sait  que  le  coli  typique,  ensemencé  sur  milieu  solide 
contenant  du  lactose  et  du  tournesol  bleu,  attaque  ce  sucre  en  produi- 
sant  des  acides  et  forme  par  conséquent  des  colonies  teintes  en  rouge. 
Ouant  au  Coli  mulabile,  ses  colonies  sont,  au  début,  «ntièrement 
bleues,  mais  donnent  souvent  naissance  ensuite,  sur  leur  bord,  à  des 
colonies  filles  qui  rougissent  et  qui,  repiquées,  engendrent  des  colonies 


30  L'INFECTION 

nouvelles  se  comportant  de  mérae  (1).  Donc,  chez  certains  individias 
microbiens  de  la  colonie  primitive,  le  pouvoir  de  trans former  le  lactose 
en  acide  se  manifeste  pour  se  transmettre  ensuite. 

S'ils  s'adaptent  à  la  nature  de  l' alimenta tion,  Jes  étres  vivants 
peuvent  aussi  s'accoutumer  à  t)rav«r  des  influences  nuisibles,  Colin 
(1854)  a  habitué  les  euplotes  d'eau  douce  à  vivre  dans  de  l'eau  de  mer 
artificielle  renfermant  4  p.  100  de  NaCl.  Certains  infusoires  ont  pu 
progressi vement  s'habituer,  soit  à  de  hautes  températures  (D-allinger), 
soit  à  des  Solutions  coocentrées  (Massart)  ;  chose  digne  de  remarque, 
les  races  ainsi  modifiées  se  raontrent  corrélativement  trés  sensibles, 
soit  au  froid,  soit  à  l'abaissement  de  la  tension  osmotique.  Davenport 
et  Neal  (1896)  ont  amene  des  infusoires  à  tolérer  un€  concentration 
de  sublime  quadruple  de  celle  qui  d'habitude  est  mortelle.   Daniel 
(1908)  a  accGutumé  des  paramécies  et  des  stentors  à  l'eau  distillée  ou 
à  des  doses  assez  fortes  d'alcool.  Kossiakoff  est  parvenu  à  faire  tolérer 
par  diverses  bactéries  des  doses  de  sublime  ou  d'acide  borique  doubles 
de  celles  que  primitivem^nt  elles  supportaient.  Les  levures  s'accou- 
tument  remarquablement  aux  fluorures  (Effront)  (2)  ;  chose  curieuse, 
elles  produisent  alors  plus  d'akool.  Ouignard  et  Charrin  ont  habitué 
le  bacille  pyocyanique  à   divers   antiseptiques   (naphtol,  acide  sali- 
cylique,    etc),    Danysz,   Marks,  les   bacilles   charbonneux  ou   para- 
typhique  (3)  à  l'arsenic,  Haendel  et  Ba«rthlein  le  bacille  paratyphique 
à  la  quinine  Kòhne  (1914)  ceux  du  rouget  et  du  charbon  au  salvarsan^ 
Shiga,  diverses  bactéries  à  des    couleurs,  bleu   de  méthylène,  violet 
d'éthyle,  etc,  ì'accoutumance  à  l'une  de  ces  couleurs  n'entralnant 
pas  nécessairement  celle  à  d'autres.  A  l'occasion  de  tentatives  de 
chimiothérapie  de  l'infection  due  au  pneumocoque,  Morgenroth  et 
Kaufmann,  Rosenthal  et  Stein  (1914)  ont  constate  que  ce  microbe 


(1)  On  pourraìt  croire  qu'en  de  tels  cas  on  assiste  à  l'apparition  d'une 
propriété  nouvelle,  à  la  création  d'une  fonction.  C'est  peu  probable.  II 
s'agitvraisemblablementd'aptitudes  qui  restent  latentes  aussi  longtempa 
qu'il  n'y  a  point  de  raisonjpour  elles  de  se  manifesterà  mais  qui  s'éveillent 
au  moment  opportun.  Parfois,  à  vrai  dire,  l'habitude  deproduire  une  dias- 
tase  donnée  s'est  tellcment  incrustée  dans  Tètre  vivant,  qu'on  voit  ce 
principe  actif  apparaìtre  encore  en  l'absence  de  l'aliment  correspondant. 
Ainsi,  V Aspergillus glaucus  produit  toujours,méme  en  l'absence  d'amidon, 
de  l'amylase  (Duclaux).  D'après  Grezes,  V Aspergillus  niger  fabrique  de 
la  sucrase  quand  on  lui  offre,  au  lieu  de  sucre,  de  l'acide  suscinique. 

(2)  D'après  Euler  et  Gramer  (1914),  cela  tient  à  ce  que  la  levure  par- 
vient  à  fabriquer  des  produits  qui  la  protègent  contre  ces  poisons.  Les 
extraits  aqueux  de  levures  accoutumées,  ajoutés  au  liquide  fluoré  où  l'on 
ensemence  une  levure  ordinaire,  permettent  à  celle-ci  de  s'y  développer. 

(3)  Dans  les  expériences  de  Marks  (1910),  le  paratyphique  a  fini  par 
tolérer  huit  fois  la  dose  d'acide  arsénieux  qu'il  supportali  au  début.  Mais 
le  bacille  accoutumé  perd  sa  mobilile  ;  il  la  reprend  lorsqu'on  le  reporte 
sur  milieu  exempt  d'arsenic.  Fati  assez  curieux,  le  microbe  adapté  à 
l'arsenic  l'est  aussi  à  l'antimoine. 


PliOPRIÉTÉS  MICEOBIENNES   EN   JEU  31 

peut  devenir  résistanl  à  l'éthylhydrocupréine  ou  au  camphre.  Richet 
(1917)  a  aecoulumé  le  ferment  lactique  à  de  nombreuscs  substances  : 
bromuro,  arséniate  et  séléniate  de  potassium,  siilfate  de  euivre,  nitrate 
de  thallium,  etc.  Chez  les  malades  traités  par  l'atoxyl,  les  trypa- 
nosomes  peuvent  se  modifier  au  point  de  ne  plus  ressentirl'influence, 
pemicieuse  pour  eux  tout  d'abord,  de  ce  médicament  ;  leurs  descen- 
dants  héritent  de  cette  immunité  et  dév^loppent  en  conséquence  une 
maladie  que  l'atoxyl  n'amende  pas.  Ehrlich,  qui  observa  ce  fait,  obtint 
des  races  respectivement  et  spécifiquement  résistantes  vis-à-vis  soit  de 
l'arsenic,  soit  des  couleurs  de  benzidine,  soit  des  couleurs  de  tri- 
phénylmétàane. 

On  pourrait  multiplier  ces  exemples.  Pour  l'étude  de  l'immunité, 
ils  sont  très  suggestifs,  car,  dans  l'organismi  où  iis  végètent,  les  microbcs 
se  trouvent  dans  la  nécessité  non  seulement  de  s'adapter  aussi  parfai- 
tement  que  possible  aux  conditions  alimentaires  oflertes,  mais  aussi, 
bien  souvent,  de  se  dérober  aux  armes  qui  leur  sont  opposées  :  pour  y 
réussir,  ils  ont  recours  parfois  à  des  procédés  bien  curieux  que  nous 
rencontrerons  et  qui  leur  servent,  par  exemple,  à  échapper  aux  cellules 
chargées  de  la  défense  de  l'organisme,  à  resister  à  l'influence  anta- 
goniste des  principes  dissous  dans  le  sérum,  etc.  Mais  nous  pouvons 
dès  à  présent  comprendre,  en  principe,  le  phénomène  si  important 
du  renforcement  de  la  virulence  par  la  méthode  des  passages,  que 
Pasteur  découvrit.  Inoculons  par  exemple  au  lapin  un  streptocoque 
provenant  de  l'homme.  En  general,  il  faut  employer  au  début,  pour 
tuer  l'animai,  une  dose  assez  forte.  Ayant  retiré  le  microbe  du  cadavre, 
injectons-le  à  un  second  lapin,  puis,  de  la  méme  fa^on,  à  un  troisième, 
et  ainsi  de  suite.  La  dose  minimale  nécessaire  s'abaisse  progregsi- 
vement  jusqu'à  une  quantité  limite  qui  peut  étre  très  faible  (1).  Ce 
phénomène  de  l'appropriation  à  l'hóte  peut  méme,  dans  certains  cas 
(pas  très  fréquents  en  vérité),  se  réaliser  in  vilro.  Dans  la  nature,  le 
virus  péripneumonique  parasite  la  bète  bovine,  et  non  la  chèvre  ; 
or,  on  peut,  en  le  cultivant  dans  du  sérum  de  chèvre,  le  rendre  patho- 
gène  pour  celle-ci  (Dujardin-Beaumetz).  In  vivo,  à  vrai  dire,leméca- 
nisme  est  plus  complexe,  la  raison  de  l'exaltation  de  la  virulence  par 
passages  à  travers  l'organisme  est  doublé  :  à  coté  d'une  adaptation 
plus  étroite  du  microbe  à  la  constitution  chimique  du  milieu,  intervieni 
(Bordet)  une  véritable  sélection  réalisée  par  l'hòte  lui-méme,  les  armes 
dont  celui-ci  dispose  éliminant  de  préférence  les  individus  microbiens 
les  plus  vulnérables  et  respectant  ìes  autres. 

Mais  l'accoutumance  à  un  genre  de  vie  différent  comporte  et  entraìne 


(1)  Marmorek  est  arrivé  à  obtenir  un  streptocoque  tuant  le  lapin  à 
dose  de  0,000  001  centimètre  cube  de  culture. 

L'accroissement  de  virulence  qu'on  peut  obtenir  gràce  à  la  mélhode  des 
passages  est  plus  ou  moins  prononcé  selon  les  espèces  microbiemies.  Eii 


32  UINFECTION 

parfois,  on  le  congoit  sans  peine,  l'oubli  des  conditions  primitives. 
Rencontrant  des  influences  nouvelles,  auxquelles  il  fait  face,  l'otre  se 
déshabituc  de  cclles  qu'il  subissait  autrefois.  Ainsi,  le  microbe  du 
rouget,  dont  le  poro  est  l'habitat  naturel,  et  qui,  gràce  à  des  passages 
répétés  chez  le  lapin,  est  devenu  virulent  pour  celui-ci,  se  mentre 
désormais  moins  dangereux  pour  son  hóte  primitif  (Pasteur).  Le  virus 
rabique  que  l'on  fait  passer  sur  le  singe  devient  moins  actif  pour  le 
chien  (Pasteur).  Le  virus  péripneumonique  cultivé  dans  le  sérum 
do  cheval  s'atténue  pour  le  boeuf  (Dujardin-Beaumetz)  ;  il  reprend 
d'ailleurs  sa  virulence  pour  celui-ci  lorsqu'on  le  reporte  ensuite  sur  le 
sérum  de  boeuf.  Le  séjour  prolongé  sur  les  milieux  de  culture  artificiels 
entralne  souvent  l'affaiblissement  ou  la  perte  du  pouvoir  pathogòne  ; 
le  souvenir  de  la  vie  parasitaire  s'eflace  ;  le  premier  exemple  signalc 
à  ce  propos  est  celui  du  choléra  des  poules  (Pasteur)  (1).  Pour  tuer 
une  souris  bianche,  il  faut  beaucoup  moins  de  microbes  du  charbon 
si  le  virus  provieni  directement  du  sang  d'un  animai  miort  que  s'il  est 
fourni  par  une  culture  sur  gelose.  Parfois  aussi,  dans  les  cultures  arti- 
ficielles,  d'autres  propriétés  tombent  en  désuctude  :  entretenu  cons- 
tamment  sur  gelose,  le  vibrion  cholérique  perd  le  pouvoir  de  liquéfier 
la  gelatine.  Naturellement  la  facilité  avec  laquelle  certaines  fonctions 
s'affaiblissent  ou  disparaissent  varie  beaucoup  selon  les  microbes. 
La  baisse  de  virulence  dans  les  cultures  peut  s'observer  aussi,  à  la« 
longue,  chez  les  trypanosomes  (Novy  et  Me  Neal,  Behrens). 

Tonte  élasticité  a  ses  limites,  la  faculté  d'adaptation  a  les  siennes. 
Quand  l'effort  à  produire  n'est  pas  exagéré,  l'étre  le  réalise  sans  trop 
s'en  ressentir  ;  quand  le  milieu  où  il  doit  vivre  est  trop  défavorable, 
il  ne  peut  sans  soufTrir  surmonter  les  influences  nocives  ;  l'accommo- 
dation,  si  elle  est  tentce,  est  chèrement  payée  ;  certaines  fonctions 
peuvent  étre  endommagées,  la  morphologie  elle-méme  peut  s'altérer. 

Dans  les  cultures  en  bouillon  antiseptisé  préparées  par  Guignard 


faisant  passer  ìe  méningocoque  ou  le  gonocoque  à  Iravers  l'organismo  du 
lapin,  on  ne  parvient  pas  à  ob lenir  un  virus  tuani  cet  animai  à  dose  très 
faible.  Des  microbes  présentant  entre  eux  des  analogies  manifestes 
peuvent,  à  cet  égard,  se  comporter  très  différemment.  Par  exemple,  le 
coccobacille  de  Pfeifler  (influenza)  et  le  microbe  de  la  meningite  septi- 
cémique  (Cohen)  se  ressemblent  beaucoup  ;  il  est  presque  impossible  de 
rendre  le  premier  virulent  pour  le  lapin  ;  après  quelques  passages,  le 
second  tue  cet  animai  à  dose  trJs  minime.  Bien  que  fort  semblable  au 
bacine  tuberculeux,  le  bacillo  léproux  ne  s'acclimate  pas  chez  Ics  animaux 
de  laboratoire. 

On  peut  faciliter  les  premiers  passages  en  faisant  intervenir  un  aulre 
virus.  Ainsi,  contrairement  au  chien  normal,  le  chien  enragé  est  réceptif 
au  charbon.  Or,  le  microbe  charbonneux  qui  a  passe  par  le  chien  enrrgé 
est  pathogène  pour  le  chien  normal  (Martel). 

(1)  Dans  l'atténuation  de  ce  microbe  sur  les  milieux  artificiels,  l'in- 
fluence  de  l'oxygène  de  l'air  intervieni. 


PR0PRIÉTÉ6    MlClUJblEiSiMlS    EÌS    JEU  33 

et  Cliarrin,  le  bacille  pyocyanique  affecte  en  se  développant  des  formes 
anormales  (1).  Le  Bacillus  prodigiosus  prcfère  une  temperature  peu 
élevée  ;  cultivé  à  37°,  il  perd  son  pouvoir  chromogène  (Schottelius); 
l'exposition  ò  la  lumière  produit  sur  le  Itacille  de  Kiel  le  méme  effet 
(Laurent).  Mais  l'exemple  le  plus  mcmorable  et  le  premier  en  date 
est  cehii  du  charbon,  quo  Pasteur,  Roux  et  Chamberland  apportèrent 
en  188L  Pour  ce  microbe,  la  temperature  optimale  de  culture  est 
vrrs  37°  :  il  pousse  encore  à  43°,  mais  ne  forme  plus,  dans  ces  conditions, 
de  sporos.  Chose  plus  importante,  si  l'exposition  à  cette  temperature 
trop  haute  dure  le  temps  voulu,  la  virulence  s'afTaiblit  graduellement, 
et  fìnit  par  disparaìtre.  Reporté  ensuite  à  37°,  le  bacille  se  remet  à  fairo 
des  spores,  mais  il  reste  attenuò.  Quelques  jours  de  séjour  à  43^  suf- 
fìsent  à  rcndre  le  microbe  inoffensif  pour  le  lapin,  animai  assez  résistant 
d'ailleurs  à  l'infection  charbonneuse  ;  après  une  semaine,  le  bacille 
ne  tue  plus  le  cobaye,  animai  beaucoup  plus  sensible  ;  au  delà  de  ce 
terme,  il  finit  par  ne  plus  nuire  méme  à  la  souris,  dont  la  réceptivité 
pourtant  est  extréme,  et  qui  par  conséquent  ne  teière  que  des  germes 
dont  la  virulence  a  presque  totalement  disparu. 

Pour  atténuer  ainsi  le  bacille  charborineux,il  importe  d'ensemencer 
le  bouillon,  qui  doit  étre  porte  à  43°,  au  moyen  de  sang  provenant  d'un 
animai  mort  de  la  maladic.  Le  sang  virulent  fratchement  extrait  ne 
contient  pas  de  spores  ;  il  faut  éviter  d'introduire  ces  graines,  car 
elles  ne  céderaient  pas  à  l'influence  atténuatrice,  etsemaintiendraient, 
à  43°,  dans  leur  état  primitif.  La  spore,  cette  forme  si  bien  faite  pour  la 
résistance  et  la  durèe,  qui,  sous  son  enveloppe  rigide,  sorte  de  cuirasse 
difficilement  pénctrable,  perpétue  et  protège  contre  les  dangers  du 
dehors  la  vie  latente  dont  elle  a  la  garde,  est  un  écrin  qui  préserve, 
comme  en  une  minuscule  forteresse,  les  caractères  de  l'espèce.  Mais  si 
la  spore  se  constitue  aux  dépens  de  bacilles  qui  ont  déjà  subi  des  modi- 
fications,  elle  recueille  avec  fidélité  la  variation  survenue,  l'abrite 
et  la  met  sous  scellés  pour  la  léguer  ensuite  à  la  descendance,  aux 
nouveaux  éléments  bacillaires  qu'elle  engendre  en  germant.  Ainsi,  dans 
l'exemple  du  charbon,  le  bacille  attenne  sert  de  point  de  départ  à  une 
race  nouvelle,  l'affaiblissement  étant  héréditaire. 

L'atténuation  s'obtient  égalcment  lorsqu'on  additionne  le  bouillon 
nutritif  de  certains  antiseptiques  ;  on  ajoute  par  exemple  (Roux  et 
Chamberland),  1/1  200  de  bichromate  de  potasse.  On  peut  aussi  enlever 
au  microbe  sa  propriété  sporogene  ;  l'addition  au  bouillon  d'une  dose 
convenable  d'acide  phénique  produit  ce  résultat  (2).  Il  est  possible  d'ob- 
tenir  des  races  qui  ne  font  plus  de  spores,  mais  ont  gardé  la  virulence; 


(1)  On  sait  que  dans  les  cultures  en  milieux  favorables,  mais  àgées,  les 
microbes  prennent  égaJement,  sous  l'influence  des  produils  nocifs  d'ex- 
crétion  qui  s'accumulent,  des  formes  régressives  (involution). 

(2)  Lt  culture  prolongée  à  une  temperature  un  peu  élevée  (de  pré- 

L' Immuniti.  3 


34  L'JNFECTION 

d'autre  pari,  en  combinant  les  influences  aitérantes,  on   en  créc  qui 
sont,  à  la  fois,  atténuées  et  asporogènes. 

Des  modifications  de  ce  genre,    due&  à  des  influences  bien    per- 

ceptibles,  changement  des  conditions  d'alimentation,  action  d'anti- 

septiques  ou  de  températures  trop  hautes,  nous  nous  les  expliquons 

aisément.  Mais  il  en  est  qui  surviennent  sans  qu'on.  puisse  en  déméler 

la  cause.  Parfois,  sur  des  milieux  nutritifs  favorables  qui  permettent 

un    développement   abondant,    des    formes    anormales    apparaissent. 

L'aspect  des  colonies  se  modifie  parfois  aussi,  sans  qu'on  en  comprenne 

la  raison.  Les  échantillons  de  colibacille,  ensemencés  sur  milieu  solide, 

donnent  de  temps  à  autre,  au  milieu  d'une  majorité  de  colonies  nor- 

males,  d'aspect  bleuté  et  un  peu  transparentes,  quelques  colonies  plus 

blanches,  opaques,  constituées  uniquement  de  microbes  plus  courts 

et  plus  trapus  (Baerthlein).  Rappelons  à  ce  propos  une  constata tion 

déjà  ancienne  de  Wasserzug  :  si  l'on  ensemenee  sur  nfiilieu  solide  un 

microbe  chromogène,  le  Bacillus  prodigiosns,  de  manière  à  obtenir 

un  nombre  considérable  de  colonies  isolées,  on  trouve  que  celles-ci 

ne  se  teignent  pas  toutes  avec  la  méme  intensité,  quelques-unes  memo 

restent  tout  à  fait  incolores  ;  en  les  sélectionnant,  on  obtient  une  race 

qui  ne   fait  plus  de  pigment  rouge.  Ces  variations,  qui   se  montrent 

brusquement,  sans  déterminisme  appréciable,  rappellent  celles  que  le 

botaniste  Hugo  de  Vries  a  soigneusement  observées  chez  les  plantes  : 

parmi  les  nombreux  descendants  d'une  piante  normale,  entièrement 

conforme  au  type  habituel,  quelques  individus,  très  rares  en  general, 

se  trouvent  investis  de  caractères  nouveaux  qui,  se  transmettant  héré- 

ditairement,  font  d'enx  le  point  de  dépari  d'une  race  nouvelle.  On  le 

sait,  de  Vries  attribue  à  ces  phénomènes  de  mutation  brusque  une 

importance  capitale  dans  revolution  des  espèces.  D'après  Gh.  Richet 

(1917),  c'est  brusquement  que  s'établit  l'accoutumance  du  ferment 

lactique  à  des  sels  toxiques,  tels  le  nitrate  de  thallium. 

Quelle  que  soit  l'origine,  connue  ou  non,  des  raodifications  sur- 
venues,  leur  sort  varie  beaueoup  suivant  les  cas.  Souvent  le  vieil  adage: 
«  le  temps  ne  respecte  pas  ce  qu'on  a  fait  sans  lui  »  se  vérifle.  Si,  sur  le 
microbe  du  charbon,  l'influence  atténuatrice  ne  s'est  pas  exercée  assez 
longtemps,  la  descendance  peut  récupérer  la  virulence  première  ; 
si  l'impression  a  été  prolongée,  le  retour  à  la  virulence  ne  s'obtient,  et 
encore  bien  difficilement,  que  par  des  procédés  mettant  en  jeu  des 
influences  contraires  flì. 


férence  sur  gelose  glycérinée)  supprime  souvent  le  pouvoir  sporogene 
(Eisenberg). 

Enlretenu  pendant  des  années  au  laboratoire,  sur  gelose  ordinaire,  le 
microbe  charbonneux  perd  parfois  la  qualité  sporogene  et  la  virulence. 
On  a  obtenu  ainsi  des  races  qui,  inoculées  méme  à  forte  dose,  ne  tuent 
l)lus  lo  cobaye. 

(1)  M"e  Tsiklinski  (1891)  a  réussi  à  remonter  la  virulence  duvaccin 


PfìOPBIÉTÉS   MICtìOBlENNES    EN   JEU  35 

Si  le  séjour  dans  la  solution  de  galactose  a  éLé  href,  la  levure  perd 
hioiitCt  le  pouvoir,  qu'elle  avait  acquis,  de  faire  fermenter  ce  sucre. 
Souvent,  l'accoutumance  des  bactéries  aux  antiseptiques  se  perd  au 
bout  d'un  temps  plus  ou  moins  long,  lorsqu'on  reporte  le  germe  sur 
un  milieu  nutril.if  normal  (Masson,  1910).  D'autre  part,  chez  les  trypa- 
nosomes,  l'accoutumance  aux  sérums  qui,  nous  le  verrons  plus  loin, 
se  réalise  rapidement,  se  maintient  avec  une  persistance  remarquable  au 
coursdcs  générationsultérieures.  Rappelons  encore  que  ccrtaines  adap- 
tations  nouvelles  peuvent  se  substituer  à  d'autres,  devenues  sans  objet, 
«t  qui,  sans  doute  imparfaitement  ancrées,   peu   à   peu  se  dissipent. 

Ainsi  l'otre  évolue  en  se  pliant  aux  nécessités  de  l'ambiance;  il  obéit 
à  des  sollicitations  multiples,  qui  souvent  se  font  sentir  à  notre  insù. 
Les  changements  subis  peuvent  étre  éphémères,  ou  se  graver  profon- 
dément  en  ailectant  la  descendance.  Ges  changements,  il  arrive  que 
nous  puissions  les  imprimer  dans  nos  laboratoires.  Mais  ce  que  nous 
réalisons  quelquefois,  la  Nature  le  fait  incessamment  ;  au  sein  d'une 
méme  espèce,  des  variétés  apparaisscnt.  L'alluri  d'une  fermentation 
peut  varier  suivant  la  semence.  Certaines  épidémies  sont  d'une  béni- 
gnité  inusitée;  d'autres,  dues  à  un  virus  de  mème  nom,  sontmeurtrières. 
Tel  pneumocoque  est  extrémeraent  virulent,  tei  autre  est  presque 
inofì'ensif.  On  trouve  des  bacilles  diphtériques  qui  sont  d'excellents 
toxigènes  (1),  d'autres  ne  fournissent  qu'un  produit  mediocre.  La 
manière  dont  les  microbes  se  comportent  sous  nos  yeux  dépend  non 
seulement  des  influences  actuelles  que  nous  pouvons  apprécier,  mais 
aussi  des  conditions  d'existence  antérieures,qui  nous  échappent.  Tel 
caractère  que  nous  croyons  tout  nouveau  est  peut-étre  une  propriété 
ancienne,  qui,  s'étant  assoupie,  se  réveille  ;  tei  autre,  que  nous  croyons 
faire  défaut,  est  peut-étre  latent,  et  n'attend  pour  se  dévoiler  que 
l'occasion  propice  ;  des  vicissitudes  traversées  et  que  nous  ne  soup- 
connons  pas  ont  des  elTets  qui  se  prolongent  ;  chez  les  microbes  comme 
chez  les  étrcs  plus  élcvcs,  les  ancètres  vivent  dans  leurs  descendants. 

Origine  de  la  vìrulence.  —  La  faculté  d'adaptation  doit  ètre  bien 
souvent  invoquée.  Pouvons-nous,  gràce  aux  notions  que  nous  venons 
de  récapituler,  nous  représenter,  sans  crainte  d'erreur,  comment  la 
virulence  a  apparu?  Quelle  est  son  origine?  Poserlaquestion,  c'est  étre 
presque  sur  de  ne  pas  la  résoudre,  au  moins  avec  la  précision  désirable. 
D'où  vient  la  première  diastase?  D'où  vient  la  chlorophylle  qui  permei 


charbonneux  en  l'inoculant  d'abord  à  des  animaux  cxtrèmement  récep- 
lifs  (jeune  souris),  puis  le  faisant  passer  à  travers  des  animaux  graduelle- 
iiieat  plus  résislanLs  (jeune  cobaye,  cobaye  adulte,  lapin). 

(1)  Park  et  Williams  ont  isole  un  badile  qui  fuuniit  uno  loxino  excep- 
lionnellemcnt  active.  Connu  sous  le  nom  de  «badile  américuin  »,  ce 
inicrobe  est  ulilisé  duns  presque  tous  les  InsUtuls  producteur:?  »1.'  sérum 
;.iitidiphtérique. 


36  UINFECTION 

aux  végétaux  d'utiliser,  à  l'aide  de  la  lumière,  l'acide  carbonique  de 
l'air?  Gertes,  pour  la  virulence,  une  interprétation  facile  se  présente 
immédiatement.  D'un  germe  virulent,  on  réussit  à  faire,  l'exemple  du 
charbon  est  péremptoire,  sans  trop  de  peine,  un  germe  inofTensif  ; 
si,  sans  ótre  prévenu,  on  se  trouvait  en  présence  du  second,  on  ne 
pourrait  pas  deviner  qu'il  derive  du  premier.  Pourquoi  la  nature  ne 
pourrait-elle,  gràce  à  l'adaptation,  réaliser  l'inverse?  Un  germe  inof- 
fensif  se  trouve  par  hasard  introduit,  à  la  suite  par  exemple  d'un  trau- 
matisme  grave,  et  en  quantité  assez  forte,  dans  un  organisme  donne  ; 
la  détérioration  des  tissus  aidant,  d'autres  influences  favorisantes 
intervenant  peut-étre  aussi,  il  réussit  à  s'implanter.  Il  s'adapte  à  son 
nouveau  milieu,  au  point  d'étre  capable,  ultérieurement,  d'envahir 
méme  un  organisme  bien  portant  :  une  maladie  contagieuse  est  née. 
Remarquons  tout  d'abord  que  les  bacilles  tétanique  ou  de  la  gangrène 
gazeuse  ont  eu  maintes  fois,  et  ont  encore,  l'occasion  de  s'installer 
dans  l'organisme  à  la  faveur  du  traumatisme,  et  qu'ils  restent  néan- 
moins  des  parasites  accidentels,  incapables  de  se  propager  épidémi- 
quement.  Quoi  qu'il  en  soit,  prenons,  à  l'exemple  de  Vincent,  des 
microbes  non  pathogènes,tels  que  Bacillus  meseniericus,  Bacilliis  mega- 
ìherium.  Enfermons-les  dans  des  sacs  de  collodion,  à  paroi  suffi- 
samment  perméable  non  aux  microbes  ou  à  des  cellules,  mais  aux 
matériaux  nutritifs  ;  plagons  les  sacs  dans  le  péritoine  d'animaux, 
où  nous  les  laissons  quelque  temps  ;  du  contenu  d'un  premier  sac 
ensemencons  un  second,  que  nous  traitons  de  méme,  et  ainsi  de  suite 
un  certain  nombre  de  fois  ;  nous  constatons  que  les  microbes  sont 
devenus  plus  dangereux  ;  le  problème  n'est-il  pas  résolu? 

D'abord,  la  technique  employée  est  bien  savante,  peu  naturelle. 
Mais  a-t-elle,  d'autre  part,  créé  un  germe  pathogène  véritable,  fon- 
cièrement  virulent?  Il  n'existe  pour  ainsi  dire  pas  de  microbe  qui  soit 
incapable  de  tuer  les  animaux,  quand  l'expérimentateur  s'en  mèle  : 
c'est  surtout  une  question  de  dose.  Or,  pour  les  microbes  considérés, 
la  dose  mortelle  minima,  qui  était  considérable,  s'est  notablement 
abaissée  ;  les  germes  sont  devenus  un  peu  moins  inolTensifs  qu'ils  ne 
l'étaient  au  début.  Mais  ils  restent  incapables  de  se  propager,  par  leurs 
propres  moyens,  à  de  nouveaux  organismes  ;  ils  ne  sont  pas  contagieux, 
ils  ne  créent  pas  d'épidémies  ;  reportés  sur  milieux  ordinaires,  ils 
perdent  très  rapidement  le  peu  qu'ils  avaient  gagné  et  retombent  au 
niveau  primitif .  En  réalité,  on  n'est  jamais  parvenu  à  créer  de  véritables 
virus,  pas  plus  qu'on  n'a  transformé  une  espèce  donnée  en  une  espèce 
difTérente.  Les  microbes  charbonneux  atténués  ne  représentent  pas  une 
espèce  nouvelle.    Ils  sont  les  rejetons   chétifs,  tarés,   dégénérés    (1),. 


(1)  C'est  une  race  delicate;  il  faut,  pour  la  conserver,  la  repiquer  assez. 
souvent  ;  elle  est  aussi  plus  sensible  à  divers  antiseptiques  que  ne  l'est  le 
charbon  normal  ;  sa  vitalité  est  déprimée  (Smirnow). 


PROPRIÉTÉS    MICROBIENNES    /   V    .//r  37 

d'ancétres  qui  étaient  robustes,  mais  qui,  ayant  éié  fort  maltraités, 
ont  soulTert.  Il  est  moins  àisé  d'édifier  que  de  détruire  ;  l'alcool  ne 
(TÓo  pas  une  race  humaine  nouvelle  parce  qu'il  vicie  la  descendance  et 
atropiiie  en  elle  de  précieuses  facultés. 

Gomme  il  a  été  rappelé  plus  haut,  le  bacille  du  botulisme  produit  un 
terrible  poison.  Pourquoi  cette  propriété  ?  La  toxicité  de  cettc  sub- 
stance,  il  n'cn  tire  aucun  parti,  puisqu'il  n'est  pas  parasite.  Le  fait 
que  parmi  les  diverses  matières  sécrétées  il  en  est  une  très  dangercuso 
pour  les  animaux,  est,  semble-t-il,  tout  à  fait  fortuit.  Certes,  ce  pouvoir 
toxigène  pourrait  se  montrer  très  utile  au  microbe  en  question,  si 
celui-ci  possédait  en  outre  quelquc  autre  caractère,  n'ayant  d'ailleurs, 
pas  plus  que  le  premier,  comme  raison  d'étre  initiale  ou  comme  finalité 
dernière  d'assurer  la  vie  parasitaire,  mais  qui  nóanmoins,  et  tout  aussi 
fortuitement,  serait  de  nature  à  permettre  l'implantation  chez  un  hòte. 
Alors  la  fonction  pathogène  serait  possible,  sans  résulter  cependant 
d'un  phcnomène  d'adaptation.  Celle-ci,  à  vrai  dire,  interviendrait 
ensuite,  pour  rendre  plus  sure  et  plus  étroite  l'appropriation  du  germe 
à  son  nouveau  milieu  :  elle  exalterait  la  virulence  sans  avoir  prèside 
à  son  apparition.  De  semblables  caractères,  tels  que  la  toxicité  du 
bacille  botulinique,  qui  se  prétent  au  parasitisme  sans  qu'il  en  soit 
l'objet,  et  qui,  bien  que  de  nature  à  le  permettre  ou  à  le  faciliter,  ne  se 
sont  pas  dèveloppés  gràce  à  l'adaptation,  ne  doivent-ils  pas  étre 
expliqués  par  l'intervention  de  l'un  de  ces  phénomènes  de  mutation 
dont  le  ròle  dans  la  difTérenciation  dcs  espèces  semble  décisif?  Les 
facteurs  primordiaux  de  la  virulence  n'apparaissent-ils  pas  brusque- 
ment,  et  n'est-ce  pas  seulement  plus  tard  que  l'adaptation  entre  en 
scène,  pour  les  rendre  plus  efficients  encore  et  les  ajuster  en  quelque 
sorte  à   l'espèce  animale  envahie? 

Certes,  par  la  méthode  des  sacs,  Nocard  a  tenté  avec  un  succès  très 
réel,  sinon  complet,  d'habituer  à  l'organisme  de  la  poule  le  bacille 
tuberculeux  de  l'homme  (1)  ;  mais  dans  ces  expériences  la  virulence 
a  étè  dévièe,  adaptée  et  non  créée  ;  elle  existait. 

Sans  doute,  les  pénétrations  imprévues  dans  les  tissus  d'un  animai 
déterminé,  les  contacts  accidentels  et  répétés  avec  une  espèce  plutot 
qu'avec  une  autre,  ont  perfectionné,  parachevé  et  surtout  spécialisé 
la  virulence;  il  serait  téméraire  de  penser  qu'ils  l'ont  créée  de  toutes 
pièces.  Selon  tonte  vraisemblance,  les  microbes  que  nous  appelons 
aujourd'hui  des  virus  ont  pu,  à  un  moment  donne,  adopter  d'emblée 
la  vie  parasitaire  parce  qu'elle  était  compatible  avec  dos  aptitudes 

(1)  Dans  ces  condilions,  le  bacille  humain  acquicrt  certaines  particu- 
larités  du  bacille  aviaire  :  notammcnt,  il  devient  plus  virulent  pour  la 
poule  et  moins  pathogène  pour  le  cobaye.  Rapprochons  de  ce  fait  la  cons- 
tatation  d'Eber  (1910),  d'après  laquelle  le  passage  du  bacille  humain  par 
l'organisme  des  bovidés  le  rend  plus  virulent  pour  le  boeuf  et  aussi  pour 
le  lapin. 


38  UINFECTION 

acquises  à  la  fave^r  de  variations  subitcs.  Ultérieurement,  l'adaptation 
de  plus  en  plus  exclusive  lie  de  plus  en  plus  solidement,  de  plus  en  plus 
irrévocablement,  le  parasite  à  son  hóte,  au  point  que,  dans  certains  cas, 
comme  dans  celui  de  nombreux  vers  intestinaux,  l'existence  indépen- 
dante  lui  devient  impossible,  les  qualités  qu'exigerait  la  vie  à  l'état 
libre  ayant  fini  par  s'émousser  en  lui  et  disparattre.  L'organisme, 
désormais  son  unique  habitat,  est  aussi  son  seul  refuge.  Que  feraient 
le  spirochéte  de  la  syphiiis,  le  gonocoque,  le  bacille  coquelucheux 
par  exempie,  si  l'homme  venait  à  leur  manquer? 

Circonstances  favori  sant  l'infection.  —  Pouvoir  toxique, 
pouvoir  de  s'implanter  et  de  se  maintenir  que  l'adaptation  perfectionne, 
telles  sont  les  grandes  ressources  des  microbes  pathogènes.  Ils  peuvent 
aussi,  éventuellement,  se  servir  d'armes  qui  n€  leur  appartiennent  pas 
en  propre,  mais  qu'ils  tirent  des  circonstances,  et  notamment  de  la 
collaboration  de  leurs  congénères.  En  effet,  un  facteur  très  favoral^le 
à  l'infection, c'est  l'associatìon  microbienne.  Certes,  pour  de  nombreux 
virus,  cet  adjuvant  n'est  pas  indispensable,  mais  il  en  est  qui  no 
s'installent  aisément  dans  l'organisme  que  si  d'autres  microbes  viennent 
à  la  rescousse,  ces  espèces  microbiennes  surajoutées  au  germe  principal 
pouvant  par  elles-mémes  étre  virulentes,  oune  posseder,  à  l'état  isolé^ 
qu'un  pouvoir  nocif  négligeable.  Le  bacille  tétanique,  très  étudié  à  cet 
égard  notamment  par  Vaillard  et  Vincent,  tire  un  parti  considérable 
du  concours  d'autres  espèces  ;  inoculé  à  l'état  pur,  dans  un  tissu  normal,, 
il  ne  s'implante  que  diffìcilement.  Le  vibrion  septique  se  comporte 
de  méme  (Besson).  Le  microbe  du  charbon  symptomatique,  introduit 
seul,  n'est  pas  pathogène  pour  le  lapin  ;  mais  il  l'infecte  lorsqu'il  est 
associé  au  prodigiosus,  qui  par  lui-méme  est  presque  inoffensif  (Roger). 
La  scarlatine,  dont  nous  ne  connaissons  pas  l'agent,  favorise  d'une 
manière  frappante  l'infection  stréptococcique,  qui  participe  ainsi  à  la 
genèse  des  symptómes  morbides  et  surtout  de  certaines  complications. 
L'exemple  du  bacille  diphtérique  et  du  streptocoque  est  également 
classique.  Celui  de  la  grippe  est  peut-étre  le  plus  remarquable.  Le  virus 
encore  inconnu  de  cette  maladie,  et  qui  sans  doute  est  extrémement 
petit,  ouvre  la  porte  aux  redoutables  infections  secondaires  dues  au 
bacille  de  Pfeiffer,  au  pneumocoque,  au  streptocoque,  au  staphylo- 
coque.  La  lésion  due  à  une  infection  déterminée  permet  l'ingérence 
de  germes  variés  qui,  livrés  à  leurs  propres  moyens,  n'eussent  pu 
intervenir  ;  rappelons  la  fréquence  des  infections  secondaires  dans 
la  tuberculose  pulmonaire.  L'infection  typhique,  chez  les  animaux 
d'expérience,  favorise  la  penetra tion  dans  la  circulation  du  bacille 
coli  (Sanarelli).  Le  virus  filtrant  du  hog  cholera  favorise  la  pullu- 
lation  d'un  paratyphique,  lequel  a  été  longtemps  considerò 
d'ailleurs  comme  représentant  la  cause  méme  de  la  maladie. 
Metchnikof!    a    constate  que    certaines    bactéries,    ingérées    avec    le 


PROPRIÉTÉS   MICIiOBJENNES    L.\    JLL  J'J 

vibrion  cholérique,  facilitelamultiplication  de  celui-ci  dans  l'intestin. 

Parfois,  comme  dans  ce  dernier  exemple,  le  développement  de  l'un 
(los  j^rmes  rend  plus  -ajséo,  par  une  sorte  de  symbiose,  la  culture  do 
i'autre  (1).  Mais,  dans  la  plupart  dcs  cas,  Ics  associés  agissent  en 
détournant  une  partie  des  forces  défensives  de  l'organisme  ;  gràoe  h  la 
diversion,  le  germe  principal  rencontre  moins  d'obstacles.  Des  corps 
étrangers  inertes,  qui  génent  la  défen&c,  peuvent,  comme  l'étude  du 
létanos  l'a  révélé  depuis  longtemps,  se  comporter  comme  facteurs 
adjuvants  ;  des  fragments  de  tissus  nécrosés,  des  caillots  sanguins, 
pouvent  jouer  le  mème  ròle  ;  ainsi  s'exerce  l'influence  des  débris  pla- 
centaires  dans  la  genèse  des  iniections  consécutives  à  l'accouchement. 
On  sait  conilii<'n  la  chirurgie  s'est  inspirée  de  ces  notions  pour  prevenir 
la  gangi'ène  gazeuse  chez  les  blessés  de  guerre  ;  on  procède  à  l'enlc- 
vement  minutieux  non  seuleraent  des  corps  étrangers,  mais  des  tissus 
meurtris,  notamment  du  tissu  musculaire. 

Lorsque  nous  considérerons  les  fonctions  défensives,  nous  reviendrons 
sur  les  facilités  que  procure  à  l'infection  l'état  de  moindre  résistance, 
soit  de  la  région  où  le  germe  a  pénétré,  soit  de  l'organisme  dans  son 
ensemble. 

Quel  est,  pour  cliacun  des  germes  pathogènes  considéré  en  particulier,. 
le  facteur  de  virulence  essentiel  et  le  plus  décisif,  c'est  ce  que  l'étude 
approfondie  de  chacune  des  infections  tente  de  préciser.  Au  surplus, 
olle  doit  rechercher  non  seulement  à  quelle  qualité  tei  virus  doit  surtout 
son  pouvoir  pathogène,  mais  déméler  aussi  pourquoi  ce  virus  est 
capable  d'envahir,  de  préférence  à  une  autre,  telle  espèce  animale. 
jMais,en  raison  du  fait  que  des  moyens  d'attaque  multiples  se  com- 
binent,  il  n'est  pas  facile  de  discerner  toujours  exactement  quelle 
est,  parmi  les  ressources  dont  l'agression  dispose,  la  plus  précieuse. 
Par  exemple,  l'existence  chez  le  bacille  tuberculeux  d'une  enveloppe 
circuse,  cuirasse  peu  perméable  qui  protège  le  microbe  contre  des 
substances  nuisibles,  contribue  sans  doute  à  le  rendre  virulent.  Mais  les 
diverses  races  de  ce  bacille,  qui  pourtant  possèdent  toutes  ce  revé- 
tement,  se  distinguent  par  la  nature  des  espèces  animales  qu'elles 
peuvent  envahir  ;  d'autres  facteurs  interviennent  donc  ;  à  vrai  dire  ^ 
l'appropriation  de  chaque  race  à  des  espèces  déterminées  n'a  pu 
jusqu'ici  étre  clairement  expliquée. 


(1)  Il  va  sans  dire  que  très  souvent,  a u  contraire,  des  microbes  diffé- 
renlsintroduilsdans  un  mème  milieu  uulrilif  sefontuneconcurrence  très 
apre,  Ainsi  la  présence  du  bacille  coli  gène  considérableraentle dévelop- 
pement du  bacille  typhique  dans  les  milieux  arlificiels..  L'antagonismo 
est  parfois  très  prononcé  :  par  exemple,  les  sécrélions  du  bacille  pyxì 
cyanique  sont  très  nuisibles  au  microbe  du  charbon. 


40  VINFECTJON 


PÉNÉTRATION  DES  MICROBES;  EXTENSION  DE  L'INFECTION 

La  phase  préliminaire  à  l'infcction,  l'apport  des  germes  pathogènes 
à  l'hóte  où  ils  doivent  s'installer,  estdu  ressort  de  l'épidémiologie  ; 
cette  science  nous  apprend  par  exemple  que  la  fièvre  typhoide,  le 
choléra,  etc,  nous  sont  convoyés  par  l'eau  ou  les  aliments  consommés 
crus,  que  la  chèvre  joue  un  ròle  important  dans  la  propagation  de  la 
fièvre  de  Malte,  que  les  piqùres  de  certains  insectes  peuvent  nous 
transmettre  la  malaria,  la  maladie  du  sommeil,  la  fièvre  jaune,  etc. 
Nous  n'avons  pas  à  considérer  ici  ce  sujet,  et  nous  nous  bornerons 
à  consta  ter  que,  dans  le  mode  de  transmission,  interviennent  à  titre 
prépondérant  les  propriétés  biologiques  des  divers  parasites,  leur 
manière  de  se  comporter  dans  les  milieux  naturels,  leur  résistance  aux 
agents  chimiques  ou  physiques,  les  particularités  de  leur  reproduction, 
laquelle  exige  parfois  le  séjour  dans  un  hòte  intermédiaire,  etc.  Ainsi 
les  bacilles  tuberculeux  ou  diphtériquc  résistent  à  la  dessiccation 
beaucoup  mieux  que  le  vibrion  cholérique,  le  protozoaire  de  la  malaria 
accomplit  son  cycle  sexué  dans  le  corps  du  moustique  anopheles,  la 
propagation  des  maladies  vénériennes  exige  un  contact  intime  parce 
que  les  virus  qui  les  produisent  ne  résistent  pas  longtemps  en  dehors 
de  l'organisme. 

Portes  d'entrée  des  germes,  —  Parvenus  à  l'organisme,  les 
microbes  s'introduisent  en  lui  par  des  voies  qui  ne  sont  pas  les  mèmes 
selon  les  circonstances  et  surtout  la  nature  du  germe  considéré.  Certains 
microbes,  tei  le  bacille  tuberculeux,  pénètrent  assez  indifféremment 
par  des  voies  très  différentes,  d'autres  ont  besoin  d'étre  présentés  à 
.  un  point  déterminé  de  l'organisme. 

La  respiration  amène  dans  les  voies  aériennes,  incessamment,  des 
microbes  nombreux,  généralement  banaux,  parfois  nocifs.  Les  sécré- 
tions  muqueuèes  en  éliminent  beaucoup  ;  certains  germes  parviennent 
à  s'implanter,  à  une  proiondeur  plus  ou  moins  grande,  dans  l'arbre 
respiratoire  ;  d'ailleurs,  méme  des  particules  inertes  peuvent  aller  avec 
l'air  inspirò  jusqu'aux  alvéoles,  ainsi  qu'en  témoigne  la  présence,  à  ce 
niveau,  de  granulations  de  suie  dans  des  leucocytes  mononucléaires. 
Le  pneumocoque,  hóte  fréquent  des  fosses  nasales  et  de  la  gorge,  peut 
s'installer  dans  les  poumons;  les  streptocoques  ou  autres  cocci  patho- 
gènes, tels  que  le  Micrococcus  catarrhalis,  les  bacilles  de  l'influenza, 
de  la  coqueluche,  peuvent  déterminer  des  trachéites,  bronchites  et 
bronchopneumonies.  Flugge  a  re3onnu  que  les  cobayes  prennent  la 
tuberculose  lorsqu'on  leur  fait  respirer  des  poussières  recélant  des 
bacilles.  Les  recherches  de  Ghaussé  notamment  ontmontré  que,  chez 
l'homme,  la  contamination  par  les  voies  respiratoii-es  joue  sùrement 


PÉNÉTIÌATION   DES   MICROBES  41 

Ir  lòl»;  piN'dominant  dans  l'étiologie  de  la  tuberculose  pulmonaire.  Lcs 
parlicuk's  contenant  dcs  germes  sont  spécialement  dangereuses 
lorsqu'elles  sont  très  petites  et  peuvent  ainsi  étre  entraìnées,sans  se 
dóposer  en  route,  jusqu'à  l'épithélium  non  cilié  des  alvéolcs  pulmo- 
naires.  D'après  Flexner,  le  virus  de  la  poliomyélite  pénètre  généralement 
par  les  fosses  nasales  ;  il  en  va  de  mcme  pour  le  méningocoque. 

Étant  données  les  Communications,  dans  leurs  parties  supérieures, 
entre  les  appareils  respiratoire  et  digesti!,  il  est  souvent  difficile  de 
préciser  dans  quelle  mesure  chacun  d'eux  sert  de  porte  d'entrée. 
Ainsi  le  pneumocoque  qui  peut  s'installer  directement  dans  les  voies 
respiratoires  peut  aussi,  d'après  Galmette,  étre  résorbé  au  niveau  de 
l'intestin  gréle.  Il  est  bicn  vraisemblable  quo  les  microbes  inconnus  de 
la  rougeole,  de  la  scarlatine,  des  oreillons,  de  la  variole,  de  la  varicelle, 
pénètrent  par  le  nez  ou  la  bouche,  mais  on  ne  sait  au  juste  quel  chemin 
ils  suivent  ensuite.  Les  amygdales  sont  très  souvent  en  conflit  avec  les 
microbes  et  de  nombreuses  pénétrations  doivent  s'opérer  à  ce  niveau. 

Ouoique  divers  microbes  soient  tués  dans  l'estomac  sous  l'influence 
de  la  sécrétion  acide,  et  que  la  bile  possedè  certaines  propriétés  anti- 
septiques,  d'ailleurs  peu  prononcées  (1),  le  tube  digestif  sert  de  porte 
d'entrée  à  de  nombreux  virus;  il  y  a  lieu  de  noter  que  les  microbes 
résistent  en  general  fort  bien  à  la  trypsine.  Le choléra, la  fièvre  typboide, 
la  dysenterie  amibienne  ou  bactérienne,  les  fièvres  paratyphiques, 
la  fièvre  de  Malte,  etc,  se  contractent  par  cette  voie  ;  l'ingestion  de 
spores  charbonneuses  est  dangereuse.  Bien  que  Chauveau  eùt  mentre, 
vers  1870,  quo  les  animaux  prennent  la  tuberculose  lorsqu'ils  avalent 
des  produits  tuberculeux,  et  que  la  généralisation  du  virus  peut 
s'opérer  sans  que  des  lésions  spéci fìques  se  constituent  au  voisinage 
de  la  porte  d'entrée,  l'importance  de  l'ingestion  pour  la  pénétration  du 
bacille  de  Koch  fut  longtemps  méconnue  ;  elle  a  été  bien  mise  en  évi- 
dence  par  Behring,  par  Vallèe,  et  surtout  par  Ics  nombreux  travaux  de 
Calmette  et  de  ses  collaborateurs.  Les  bacilles  s'insinuent  entre  les  cellules 
épithéliales  de  la  paroi  de  l'intestin  gréle,  parviennent  dans  la  circu- 
lation   lymphatique,   les   vaisseaux   chylifères,   les   ganglions   mésen- 

(1)  On  sait  que  la  bile  est  un  bon  milieu  de  culture  pour  le  bacille 
typhique  notammcnt  (Konradi)  ;  elle  est  sans  action  sur  de  nombreuses 
bactéries,  tclles  quo  le  coli,  le  charbon,lc  pyocyanique,  le  bacille  de  Fried- 
làndcr,  le  streptocoque,  le  staphylocoquc  (NicoUe  et  Adil-Bey,  1907). 
Par  contre,  elle  tue,  d'après  Vallèe,  le  virus  rabique.  Elle  exercc  une 
influencc  dissolvanle  remarquable  sur  le  pneumocoque  (Neufeld),  que 
l'on  n'observe  pas  si  le  microbe  a  èté  coagulò  par  la  chalcur.  Ce  pouvoir 
dostruclif  de  la  bile  sur  le  pneumocoque  resiste  au  chauff  )<?e;  il  est  dù  au 
laurocholate  et  au  glycocholate  de  soude  (Nicolle  et  Adil-Bey).  D'après 
Violle  (1914)  la  toxine  cholérique  aurait  la  proprièté  de  contrarier  beau- 
coup  la  sécrétion  biliaire,  et  l'on  constate  prècisément  que  le  vibrion  se 
cultive  beaucoup  plus  aisémcnt  dans  l'intestin  lorsque  la  bile  n'y  par- 
vient  plus  :  la  résorplion  de  la  toxine  favoris.^rait  donc  la  puUulation. 


42  UINFECTION 

tériqucs  où  ils  peuvent  s'arréter  ou  bien  qu'ils  franchissent  pour  gagner 
finalement  la  grande  circulation  et  se  déposer  dans  un  organe  quel- 
conque,  dans  les  poumons  par  exemple.  Très  habituelle  chez  les 
bovidés,  l'origine  digestive  de  la  tuberculose  est  certes  assez  frequente 
chez  l'homme.  Nocard  avait  vu  qu'il  est  impossible  de  communiquer  la 
morve  au  cheval  par  introduction  des  bacilles  dans  la  trachèe,  tandis 
qu'on  la  provoque  à  coup  siir  en  faisant  ingérer  le  matèrici  virulent. 
La  morve  pulmonaire  est  donc  d'origine  digestive.  Les  bacilles  morveux 
tués  se  rèsorbent  par  le  méme  chemin  ;  Cantacuzène  et  Riegler,  après 
les  avoir  introduits  dans  l'estomac,  les  ont  suivis  et  retrouvés  jusque 
dans  la  rate. 

D'autre  part,  certains  virus,  très  dangereux  quand  ils  pénètrent 
par  la  peau,  peuvent  étre  ingérés  sans  danger  ;  c'est  le  cas  du  bacille 
tétanique.  Nocard  a  fait  ingérer  à  un  renard  du  virus  rabique  sans 
déterminer  d'accidents.  Ghez  les  animaux,  le  charbon,  gràce  aux  spores,^ 
se  prend  généralement  par  l'ihtestin  ;  chez  l'homme,  l'origine  digestive 
est  très  rare;  le  virus  s'introduit  par  une  égratigriure.  Le  vibrion  cholé- 
rique,  introduit  sous  la  peau  de  l'homme,  ne  détermine  pas  le  choléra  ; 
cette  maladie  résulte  de  l'ingestion  du  microbe. 

Les  vers  parasites  qui  lèsent  la  muqueuse  digestive  jouent  un  ròle 
dans  la  production  de  l'appendicite,  de  certains  cancers,  etc. 

Bien  que  de  nombreuses  maladies  infectieuses  se  contractent  par 
ingestion,  il  est  certain  que  la  barrière  intestinale  représente,  pour  une 
fonie  d'espèces  microbiennes,  un  obstacle  infranchissable. 

La  peau  est  un  rempart  très  exposé  à  l'attaque  des  microbes,  mais 
qui,  gràce  au  revétement  corné  impermèable  de  l'épiderme,  lequel 
en  se  renouvelant  rejette  au  dehors  bon  nombre  de  souillures,  est  d'une 
grande  efficacité  aussi  longtemps  qu'aucune  solution  de  continuité 
n'apparaìt  ;  les  muqueuses  sont  naturellement  plus  délicates.  Il  suffit 
d'ailleurs  de  fissures  impereeptibles  pour  permettre,  on  le  sait,  l'inocu- 
lation  de  la  syphilis,  de  la  vaccine,  de  la  rage,  du  charbon,  de  microbes 
pyogènes  divers,  etc.  Le  bacille  tuberculeux  pénètre  parfois  aussi  à  la 
faveur  d'une  piqùre.  Les  canaux  excrèteurs  des  glandes  cutanées  ser- 
vent  aussi  de  porte  d'entrée,  notamment  au  staphyìocoque  (furoncle)  (  1  ). 
On  connaìt  l'aptitude  du  gonocoque,  du  bacille  diphtérique,  etc, 
à  attaquer  certaines  muqueuses  (2).  [Les  champignons  inférieurs 
qui'déterminent  des  maladies  de  la  peau  et  des  poils  peuvent  s'établir 


(1)  On  sait  que  Garré  a  pu  faire  apparaitre  des  furoncles  en  friction- 
nant  la  peau  avec  une  suspension  de  staphylocoques.  En  frottant  la  peau 
d'un  cobaye  avec  descrachals  tuberculeux  ou  des  cultures,  Courmont  et 
Lesieur  ont  provoque  la  tuberculose  généralisée.  Chez  le  singe,  d'après 
Kraus  et  Kren,  l'inoculation  de  bacilles  tuberculeux  à  la  peau  donne  régu- 
lièrement  lieu  à  une  lésion  très  semblable  au  lupus  de  l'homme. 

(2) Chez  l'animai,  le  bacille  diphtérique  ne  s' impianto  sur  les  muqueuses 
et  ne  produit  de  fausses  membranes  qu''à  la  faveur  d'une  excoriation. 


I'lL\ÉTliAriON   DES    MICIÌOBES  43 

sur  un  léguiiiciit  intact.  Il  faiit  tenirconipfc  de  co  quo  corlains  parasites 
soni  capablos  d'oxécuter  d«^s  mouvements  de  pcnétration  très  acttfs. 
Le  trj'panosome  de  la  dourine  du  chcval,  après  le  contact  infectant, 
pénètre  à  travers  la  muqueusc  ;  d 'après  Nattan-Larrier,  le  spirochéte 
de  la  fìèvre  réourrente  peut  également  la  francliir.  Chez  le  cobaye, 
le  trypanosomc  réussit  h  traverser,  sinon  la  peau  intacte,  au  moins  la 
peau  rasce  (Martin  et  Ringenbach).  Il  semble  bien  acquis  que  le  spiro- 
ch«Me  ictéro-hémorragiqne  peut  franchir  la  peau,  rnéme  intacte,  du 
cobaye  (Inada  et  Ido,  Courmont  et  Durand).  Il  est  superflu  de  rappeler 
que  de  nombreuses  maladies  se  transmettent  par  la  piqùre  d'insectes 
ou  d'arachnides,  la  malaria  par  VAnopheles,  la  fièvre  jaune  par  le 
Slegomija,  la  plupart  des  trypanosomiases  par  des  glossines  ou  autres 
insectes,  la  peste  bubonique  par  la  puce  du  rat  (Simond),  le  typhus 
exanthématique,  suivant  Nicolle,  par  le  pou  du  vétement,  les  leishma- 
nioses,  suivant  Sergent,  par  la  puce  du  chien,  la  fièvre  récurrente 
africaine  par  VOrnUhodorus  moiibala,  la  fièvre  de  l'Adriatique  par  le 
Phleboiomus,  etc.  ;  on  sait  aussi  que  les  larves  ou  cmbr^^ons  de  plusieurs 
vers  pénètrent  activement  par  la  peau  (larve  d'ankylostome,  mira- 
cidium  de  Schìsfosomum  haemalobium,  parasite  de  l'hématurie 
d'Égypte,  etc). 

Un  fait  remarquable  relatif  au  bacille  tuberculeux  a  été  signalé 
par  Calmette,  Guérin  et  Grysez  :  il  suffit  de  laisser  tomber  sur  l'oeil 
du  cobaye  un  peu  d'expectoration  tuberculeuse  ou  de  culture  pour 
provoquer,  sans  aucune  lésion  de  l'oeil  ou  du  voisinage,  une  tuberculose 
d'abord  ganglionnaire  (ganglions  rétro-mastoidiens,  rétro-pharyngiens, 
trachéaux,  bronchiques,  etc),  puis  généralisée.  Les  bacilles  pesteux 
et  morveux  pénètrent  aussi  fort  aisément  par  cette  voie  ;  on  a  signalé 
quo  la  rage  peut  également  se  communiquer  par  instillation  du  virus 
sur  la  conjonctive. 

Los  reins  et  les  voies  urinaires  subissent  souvcnt  des  infections 
d'origine  sanguine.  Divers  microbes,  le  bacille  tuberculeux  notamment , 
peuvent  s'installer  dans  le  rein  ;  dans  la  fièvre  ictéro-hémorragique  le 
rein  est  gravement  atteint,  le  spirochéte  passe  dans  l'urine.  La  péné- 
iration  par  i'urètre  des  microbes  extérieurs  dans  la  vessie  est  malaisée 
on  raison  de  l'èntraìnement  mécanique  par  l'urine.  La  réaction  un  peu 
acide  de  celle-ci  constitue  aussi  un  obstacle  ;  cependant  divers  microbes 
pathogènes  poussent  bien  dans  ce  liquide  ;  la  vessie  est  souvent  envahie 
par  le  bacille  typhique  ;  il  existe  un  bacille  paracoli  qu'on  rencontre 
fréquemment  dans  les  cystites  et  dont  le  mode  de  pénétration  n'est  pas 
('lucidò.  On  sait  que  le  gonocoque  pénètre parfois très loin  dans  l'apparoil 
génito-urinaire. 

Au  début  de  l'étude  de  l'infection,  on  s'est  demandé  si  le  rein  ne  peut 
débarrasser  le  sang  des  bactéries  qui  y  ont  pénétré  et  servir  ainsi 
d'émonctoire.  En  réalité,  la  fonction  éiiniinatrice  du  rein  ne  s'appliquc 
ni  aux  niiorobos  ni  aux  particuh's  inortes  introduites  dans  la  circulation 


44  VINFECTION 

(Wyssokovitch,  1886).  Le  sang  se  purgo  promptement,  il  est  vrai,  dcs 
particules  inertes  et  des  microbes  peu  virulents  ou  inoffensifs  qu'on  y 
injecte,  mais  il  s'agit,  comme  nous  le  verrons,  d'un  proccssus  phago- 
cytaire  gràce  auquel  ces  éléments  sont  amenés  dans  les  organes  internes, 
et  non  d'une  élimination  renale.  Ceci  ne  signifie  point  que  le  rein,  bien 
que  se  comportant  comme  un  Altre,  soit  totalement  imperméable 
aux  microbes  :  certains  d'entre  eux  (les  bacilles  coli  et  typhique,  le 
staphylocoque  par  exemple)  le  traversent,  au  moins  en  petit  nombre, 
méme  lorsqu'il  est  intact.  Mais  l'organa  reste  passif,  il  ne  s'agit  donc 
pas  d'une  véritable  excrétion.  Le  róle  éliminateur  du  tube  digesti! 
est  également  très  limite. 

Le  placenta  constitue  pour  beaucoup  de  microbes  une  barrière 
assez  solide.  Le  bacille  tuberculeux  ne  parvient  que  bien  rarement  à  la 
franchir,  le  microbe  du  charbon  ne  la  traverse  que  très  difficilement 
(Davaine),  à  moins  que  l'ergane  ne  soit  lése  (Malvoz).  D'après  Zambaco 
pacha,  Sugai,  la  contamination  du  fcetus  par  l'intermédiaire  du 
placenta, qui  d'ailleurs  est  souvent  infecté,  serait  assez  frequente.  Mais 
il  est  une  catégorie  de  virus  qui  manifestent  une  aptitude  remarquablc 
à  traversar  le  placenta,  déterminant  ainsi  l'infection  héréditaire,  ce 
sont  les  spirochètes.  On  sait  combien  la  syphilis  du  foetus  est  frequente: 
on  retrouve  alors  chez  celui-ci  le  virus  dans  les  organes  les  plus  divers, 
foie,  rate,  capsules  surrénales,  rein,  tuniques  de  l'aorte,  paroi  de  la 
vessie,  OS,  utérus,  ovaire,  amygdales,  parois  du  tube  digestif, 
thymus,  etc,  dans  le  sang  et  parfois  méme  dans  le  cerveau.  Les  spiro- 
chètes de  la  fièvre  récurrente  peuvent  également  envahir  le  foetus  ; 
le  passage  à  travers  le  placenta,  constate  chez  la  rate  par  Novy  et 
Knapp  (1906), a  été  attentivement  suivi  par  Nattan-Larrier  et  Salmon 
(1911).  Konradi  (1916)  a  montré  que  le  virus  rabique  peut,  en  fran- 
chissant  le  placenta,  contaminer  le  foetus. 

La  transmission  de  maladies  par  le  liquide  seminai  est  bien  rare, 
si  les  organes 'génitaux  ne  sont  pas  le  foyer  méme  de  l'infection. 
Le  virus  rabique, par  exemple,  qui  peut  traversar  le  Altre  placentaire, 
ne  se  retrouve  jamais  dans  le  sperma  das  cobayas  morts  de  rage  (Rem- 
linger,  1918).  Bien  qu'on  ait  constate  la  présence  du  spirochéta  syphi- 
litique  dans  le  sperme  (Finger  et  Landsteiner),  c'est  toujours  par 
l'intermédiaire  de  la  mère  que  le  fcetus  est  atteint.  Il  n'y  a  pas  davan- 
tage  lieu  d'admettre  que  le  bacille  tuberculeux  puisse  ètra  transmis 
à  la  progéniture  par  le  sperme.  D'après  Bemelmans,  l'étalon  guéri 
méme  depuis  longtemps  de  la  fièvre  typhoide  (l'agent  du  typhus  du 
cheval  est  inconnu)  peut  encore  contagionner  la  jument. 

Le  premier  exemple  de  pénétration  d'un  virus  dans  l'oeuf  est  dù  à 
Pasteur,  c'est  celui  du  parasite  de  la  maladie  des  vers  à  soie(pébrine). 
L'infection  de  l'ceuf  est  frequente  chez  les  invertébrés;  elle  présente 
souvent  un  très  grand  intérét  pour  l'étude  de  la  transmission  des  virus 
à  l'homme  et  aux  animaux  domastiques.  Le  Piroplasma  bigeminurrif 


PÉNÉTHATION   DES    MICROBES  45 

agont  de  l'hémoglobinurie  dcs  bovidés,  se  transmet  par  une  tiquo 
{Rhipìcephalus)  chez  laquelle  le  parasite  pénètre  dans  l'oeuf,  y  évoluc 
pour  se  miiltiplier  ensuite  dans  la  larve  (Koch),  Les  conditions  soni 
analogucs  pour  le  piroplasme  du  chien  (Christophers).  Le  spirochéte 
de  la  fièvre  récurrente  africaine  (tick  fever),  inoculé  à  l'homme  par 
Ornilhodonis  moiibala,  se  retroiive  dans  l'ovaire  des  tiques  qui  ont 
sucé  le  sang  infecté,  et  dans  Icurs  oeufs  (Koch).  Ce  phénomène  de 
transmission  héréditaire  pouvant  affecter  plusieurs  générations  (trois 
ou  quatre,  d'après  MòUers),  on  congoit  qu'une  seule  tique  infectéc 
puisse,  par  l'intermédiaire  de  sa  progéniture,  propager  le  mal  à  de 
très  nombreux  individus.  Marchoux  et  Gouvy  (1913)  ont  étudié  avec 
-oin  le  niécanisme  de  la  pénétration,  dans  l'oeuf  de  VArgas,  des  spiro- 
hètes  que  cette  tique  inoculo  aux  oiseaux.  Il  est  acquis  que  chez  les 
tmimaux  supérieurs  les  spirochètes  sont  capables  d'envahir  l'ovulo 
lui-méme  ;  c'cst  ce  que  Levaditi  et  JManouélian  ont  constate  pour  ce 
qui  concerne  le  spirochéte  de  la  septicémie  des  poulcs.  Chez  les  oiseaux, 
il  n'est  pas  très  rare  que  le  bacillo  tuberculeux  infecto  l'ovaire  et  se 
retrouve  memo  dans  l'oeuf  (Koch  et  Rabinovitch,  1907). 

Pouvant  utiliser  des  portes  d'entrée  interdites  aux  contaminations 
naturelles,  pouvant  aussi  introduire  des  quantités  de  germes  infmiment 
supérieures  à  celles  que  les  contagions  ordinaires  mettent  en  oeuvre, 
l'expérimentation  creo  de  nombreuses  maladies  purement  artifìcielles, 
dont  l'étudo  offre  souvent  un  intérét  considérable. 

Les  contagions  livrées  à  ellos-mémcs  sont  sujettes,  on  le  congoit,  à 
de  nombreux  hasards,  rencontrent  des  obstacles  fortuits,  se  font 
parfois  trés  irrégulièrement.  Des  animaux  pourtant  sensibles  pcuvent 
ne  se  contagionner  que  difficilement.  Chez  le  cobaye,  animai  fort 
réceptif  j\  la  tuberculose,  cette  maladie  ne  se  transmet  que  très  rare- 
ment  sans  le  secours  de  l'expérimentateur.  On  pratique  souvent  les 
inoculations  sous-cutanée,  intrapéritonéale,  intrapleurale,  intra- 
veineuse,  intracranienne  (trépanation)  (1),  intra-oculaire  (dans  la 
chambre  antérioure)  ;  on  insèrc  parfois  les  virus  dans  l'épaisseur  de  la 
cornee,  comme  chez  lo  lapin  pour  la  variolc  ou  la  vaccine  (Guarnieri), 
pourlasyphilis(Bertarelli,1906),  pour  le  chancre  mou  (Fontana,  1911), 
chez  le  chien  pour  la  Icishmaniose  (Volpino,  1911),  etc,  ou  bien  encore 
dans  le  testicule,  comme  Parodi  (1907)  le  réalisa  pour  la  syphilis  (2). 
Comme  on  peut  le  prévoir,  les  contaminations  sont,  suivant  la  porto 
d'entrée  choisie,  plus  ou  moins  dangereuses  ;  très  souvent  (strepto- 

(1)  On  sait  rimportance  de  la  trépanation  dans  la  préparation  du 
vaccin  antirabique.  En  injectant  le  méningocoquo  dans  Ja  cavile  rachi- 
diennc,  chez  des  singes,  Flexncr,  v.  Lingolsheim  et  Leuchs  ont  déterminé 
une  meningite  idontiquc  à  celle  de  l'homme. 

(2)  L'inoculalion  Lcsiiculaire  chez  le  lapin  réussit  aussi  (Nichols)  pour 
1«^  pian,  infcction  de  l'homme  due  à  un  spirochéte  très  analogue  à  colui 
de  la  syphilis 


46  UINFECTION 

coque,  pneumocoque,  vibrion  cholérique,  bacille  typhique,  etc), 
l'injection  intrapéritonéale  détermine  l'infection  plus  siirement  que 
rinjection  sous-cutanée  ;  rinoculation  intraveineuse  est  naturellement 
très  efficace  dans  la  plupart  des  cas  ;  toutefois,  cliose  remarquable, 
le  charbon  symptomatique,dangereux  par  inoculation  dans  les  tissus, 
ne  produit  pas  d'accidents  quand  on  l'introduit  dans  les  veines  (Arloing, 
Cornevin  et  Thomas).  L'injection  intraveineuse  du  virus  rabique, 
très  dangereuse  chez  le  lapin,  est  inoffensive  chez  les  ruminants,  fort 
sensibles  pourtant  à  l'inoculation  à  la  peau  (Nocard)  ;  le  vaccin, 
introduit  dans  la  circulation,  ne  détermine  aucune  lésion.  L'incubation 
de  la  rage  est  notablement  abrégée  lorsque  le  virus  est  introduit  sous  la 
dure-mère  ;  ce  mode  d'inoculation,  pour  la  plupart  des  virus,  est 
d'ailleurs  très  sevère  ;  l'injection  dans  la  chambre  antérieure  de  l'oeil 
l'est  également.  Il  est  souvent  intéressant  d'étudier  l'allure  que 
l'infection  revét  selon  la  voie  de  pénétration  utilisée. 

Toxines  et  mode  de  pénétration.  —  La  notion  de  la  porte  d'entrée 
présente  aussi  beaucoup  d.'importance  pour  ce  qui  concerne  les  toxines  ; 
certaines  d'entre  elles,  l'abrine  notamment,  provoquent  une  irritation 
violente  par  simple  application  sur  les  muqueuses.  Coppez,  Roger  et 
Bayeux,  Morax  et  Elmassian  ont  produit  sans  traumatisme  préalable 
des  fausses  membranes  typiques  en  portant  la  toxine  diphtérique  au 
contact  de  la  conjonctive.  Fait  assez  curieux,  Bang  et  Overton  ont 
constate  que  les  tétards  peuvent  absorber  le  venin  de  cobra  par  la 
peau  et  l'épithélium  branchial.  La  plupart  des  toxines  ne  manifestent 
leurs  effets  qu'après  introduction  directe  dans  les  tissus.  Ingérées,  les 
toxines  tétanique  et  diphtérique  sont  inoflensives  ;  au  contraire, 
l'ingestion  de  la  toxine  botulinique,  de  l'abrine,  de  la  ricine,  est  très 
dangereuse.  Il  faut  naturellement  tenir  compte,  pour  s'expliquer  ces 
difìérences,  de  la  sensibilité  des  toxines  aux  sécrétions  digestives  ; 
la  toxine  tétanique  notamment  est  aisément  détruite  par  le  sue  gas- 
trique,  la  trypsine,  et  méme  la  bile  (Vincent).  En  general,  on  peut 
ingérer  sans  souffrir  le  venin  des  colubridés.  L'ingestion  du  venin  des 
vipéridés,  Lachesis  par  exemple,  détermine  une  gastro-enterite  qui  peut 
étre  mortelle  (Galmette),  D'après  Vincent,  la  bile  détruit  divers  poisons 
provenant  des  fermentations  intestinales.  Besredka  (1918)  a  montré 
que  l'ingestion  par  le  lapin  de  bacilles  dysentériques  tués  suffìt  à  faire 
apparaìtre  les  lésions  typiques.  Dans  le  choléra,  les  lesiona  de  la 
muqueuse  intestinale,  dues  au  vibrion,  favorisent  la  résorption  du 
poison.. 

La  plupart  des  toxines  tuent  à  dose  beaucoup  plus  faible  lorsqu'on  les 
introduit  par  trépanation  dans  le  cerveau.  Méme  des  animaux  insen- 
sibles  à  l'inoculation  sous-cutanée  peuvent  succomber  dans  ces  con- 
ditions.  C'est  le  cas,  pour  la  poule,  de  la  toxine  tétanique  (Vaillard)  ; 
pour  le  rat,  de  la  toxine  diphtérique  (Roux  et  Borrel). 


l'JXTEySlON   DE    UINFECTIOS  17 

Infections  localisées,  organotropie.  —  Parvenu  daiis  l'orga- 
iiisiiie,  lo  virus  cnvahit  un  lerritoire  dout  l'étendue  varie  avec  Ics 
propriétés  du  germe  et  l'energie  de  la  défense.  La  pullulation  parfois 
ne  s'opère  qu'au  point  ds  pénétration  et  dans  le  voisinag.,'  immédiat  ; 
'est  le  cas  du  tétanos.  Le  bacille  diphtériqiie  reste  d'habitude  cantonné 
lux  surf aces  muqueuses  sur  lesquelles  il  a  pu  se  gre  Iter  ;  toutefois, 
<iuelques  bacilles  peuvent  ótre  entraincs  dans  la  circulation  «t  passer 
inème  dans  l'urine  (Conradi  et  Bierast). 

Le  bacille  coquelucheux,  qui  vègete  à  la  surface  de  l'arbre  respira- 

loire,  ne  passe  pas  dans  le  sang.  D'autres  microbes,  sans  se  localiser 

■■'roitement   en   une   région    bien    cireonscrite,   envahissent   certains 

tissus,  à  l'exclusion  des  autres.  Souvent  alm-.-,  la  [ii.'ililfction  du  germe 

pour  un  organo  cu  un  système  déterminé  se  manitV'ste  régulièrement 

quelle  que  soit  la  voie  d'introduction.  Oue  le  virus  rabique  soit  injecté 

ous  la  peau,  ou  dans  le  péritoine,  ou  dans  !<'-  vt'iiii's,  c'est  toujours  Ics 

f-entres  nerveux  qu'il  gagne,etc'est  là  qu'il  puliule.  Chez  l'animai  mort 

de  rage,  le  cerveau,  le  bulbe,  la  moelle  épinière  contiennent  le  virus  en 

abondance  ;  on  le  trouve  aussi  dans  les  glandes  salivaires,  peut-ètre 

dans  le  pancreas,  mais  le  sang,  les  rauscles,  les  viscòres  n'en  renferraent 

pas  cu  seulement  en  très  faible  quantité.  Le  germe  de  la  poliomyélite 

se  comporte  semblablement  ;  de  méme  encore,  avec  une  préférence 

toutefois  moins  systématique  pour  le  tissu  nerveux,  lo  virus  de  la  peste 

des  poules.  Le  virus  myxomateux  du  lapin  téraoigno  pour  le  tissu 

conjonctif   d'une   sympathie   singulière.    Injectons,     à    l'exemple    de 

Galmette  et  Guérin,  le  virus  vaccinai  dans  la  veine  do  ror''i!le  d'un 

lapin,  puis  rasons  la  peau  du  ventre  sur  une  petib'  l'fcnuiic  ;  l.  -  ^^rims 

vont  se  localiser  et  produire  des  pustules  à  la  surface  cutanee  cpK'  le 

feu  du  rasoir,  traumatismo  pourtant  léger,  a  rendue  plus  réceptivo  (1). 

Des  faits  analogues  ont  été  signalés  par  Burnet  et  Lipschiitz  à  propos 

de  l'épithélioma  contagieux  des  oiseaux.  La  clavelée  pout  se  contracter 

par  inhalation  de  virus  (Nocard)  ;  celui-ci  peut  aller  du  poumon  à  la 

peau  ;  comme  le  virus  vaccinai,  ou  colui  do  l'épithélioma  des  pigeons, 

il   choisit  pour  s'y   développer  le   revétement   épithélial.   Lòffler  et 

Frosch  ont  montré  qu'injecté  dans  la  veine,  le  virus  aphteux  disparait 

promptement  de  la  circulation  pour  se  localiser  aux  muqueuses  et  à  la 

peau.  Une  prédilection  evidente  est  trahie  pour  le  foie  par  le  microbo 

do  la  fièvre  jaune  de  l'homme,  pour  lo  tissu  conjonctif  pulmonairo  par 

colui  de  la  péripneumonie  des  bovidés,  pour  le  liquide  encéphalo-rachi- 

dien  par  le  méningocoque,  pour  la  muqueuse  du  gros  intostin  par  le 


(1)  Le  traumatismo  n'est  cependant  pas,  d'après  Camus  (1917\  indis- 
pcnsable  à  l'apparition  de  pustules  après  injcction  intraveineuso  de 
vaccin  :  on  peut,  dans  ces  conditions,  observer  une  éruption  nolamnieut 
sur  les  muqueuses  buccale  et  nasale.  On  sait  que,  chez  l'homme,  l'inser- 
tion  à  la  peau  est  parfois  suivie  d'une  généralisation  des  pustules. 


48  VINFECTION 

bacillc  dyscntérique,  poiir  Ics  articulations  et  l'endocardc  par  le 
microbe  (inconnu)  du  rhumatismc.  Cette  préférence  pour  un  ergane 
déterminé,  cette  affinitc  élective,  c'est  l'organotropie.  Gomme  les 
toxines  d'ailleurs,  la  plupart  des  virus  la  manifestent,  mais  à  des  degrés 
très  dill'érents.  Certains  d'cntre  eux  ont  des  prédilections  très  accusées 
et  méme  cxclusives.  D'autres  sont  plus  indiffcrents  ;  la  tendance 
élective  étant  alors  peu  prononcée,  le  type  morbide  peut  dépendre 
beaucoup  de  la  porte  d'entrée  (peste  bubonique  cu  pneumonique, 
infections  par  microbes  pyogènes,  etc),  ou  des  prédispositions  indi- 
viduelles  (tuberculose). 

Si  les  tumeurs  malignes  sont  dues  à  des  parasites,  ce  qui  est  vraisem- 
blablc  et  non  démontré,  elles  fournissent  un  exemple  de  cytrotropie 
decisi!  ;  elles  présentent  en  outre  ceci  de  remarquable  que  la  cytotropie 
aboutit  à  une  véritable  symbiose,  la  pénctration  du  germe  déchaìnant 
une  prolifération  cellulaire  exccssivc. 

Lorsqu'elles  se  multiplient  dans  un  tissu,  beaucoup  de  bactéries 
se  bornent  à  s'insinuer  entre  les  cellulcs  sans  étre  capables  d'y  pénétrer 
activement.  Par  contre,  l'aptitude  à  la  pénétration  intracellulaire 
est  très  prononcée  chez  de  nombrcux  protozoaires  et  chez  Ics  spiro- 
chètes,  qui,  scmblables  àdes  vrilles,  peuvent  s'enfoncer  dans  les  cellules 
conjonctives,  hépatiques,  musculaircs,  ovulaires,  etc.  Les  protozoaires 
de  la  malaria,  des  piroplasmoses,  du  kala-azar  s'introduisent  dans  les 
globules  rougos  ou  blancs,  les  coccidies  habitent  Ics  cellules  épithéliales 
de  l'intestin,  des  canaux  biliaires,  etc.  Ouant  à  la  présence  des  gono- 
coques  dans  les  leucocytes,  où  ils  se  multiplient,  elio  s'explique  par  la 
phagocytose  et  l'exceptionnelle  résistance  de  ces  microbes. 

Ce  qui  fait  le  danger  des  maladies  localisées  dont  les  germes,  comme 
ceux  du  tétanos  et  de  la  diphtcrie,  ne  choisissent  pas  pour  y  pulluler 
des  organes  essentiels  à  la  vie,  c'est,  nous  le  savons,  la  production  de 
toxines  capables  de  parvenir  à  ceux-ci  et  de  les  altérer  gravement. 
Le  choléra  humain  est  à  peine  une  infection  ;  le  microbe  pullule  dans 
le  contenu  intestinal,  envahit  bien  les  couches  superficielles  de  la  paroi, 
mais  ne  va  pas  plus  loin  ;  seulement,  le  poison  sécrété  est  résorbé. 

Généralisation .  ■ —  Après  un  stade  plus  ou  moins  prolongé  de 
pullulation  localisée,  parfois  méme  presque  d'emblée,  de  nombreuses 
infections  se  généralisent. 

En  se  propageant  de  proche  en  proche,  une  infection  localisée  peut, 
par  simple  contiguité,  s'étendre  à  une  certaine  distance.  Certains 
parasites  peuvent  par  leurs  propres  moyens  se  transporter  assez  loin. 
Ainsi  les  amibes  de  la  dysenterie  peuvent  s'insinuer  à  travers  la  paroi 
intestinale  et  la  traverser  (Ruge  et  Esaù,  1908).  Mais  très  généralement, 
c'est  le  courant  des  humeurs  qui  dissémine  le  virus.  Injectés  dans  la 
cavité  peritoneale,  par  exemple,  les  microbes,  s'ils  échappent  à  la 
réaction    défensive,    passent   par   les    lymphatiques    du    diaphragme 


EXTENSION  DE   VINFECTION  49 

(Buxton),  on  les  retrouve  dans  le  canal  thoracique  (Wells  et  Johnstone), 
qui  les  conduit  au  sang. 

Le  charbon  des  animaux  domestiques,  des  petits  animaux  de  labo- 
ratoire,  offre  un  exemple  d'infection  généralisée  se  terminant  par  la 
septicémie. 

Ghez  l'homnie,  le  streptocoque  peut  se  comporter  comme  un  agont 
septicémique  très  redoutable  (fièvre  puerpérale,  etc).  On  cito  souvent 
aussi,  comme  exemple  d'infection  généralisée,  la  maladie  mortelle 
créée  chez  le  lapin  par  l'injection  intraveineusc  d'Aspergillus  fumi- 
galus  ;  à  l'autopsie,  les  organes  se  montrent  complètcment  envahis  par 
un  feutrage  de  filaments  mycéliens.  Au  cours  de  nombreuses  maladies 
à  protozoaires,  telles  que  les  trypanosomiases,  les  parasites  pullulent 
dans  le  sang,  bien  que  montrant  souvent  une  préférence  plus  accusée 
encore  pour  les  organes  lymphoìdes  (maladie  du  sommeil).  Le  parasite 
malarique  présente  une  localisation  qui  le  généralise,  puisqu'il  se  con- 
fine au  globule  rouge.  Pareille  cytotropie,  à  l'égard  cette  fois  des 
globules  Ijlancs,  des  mononucléaires  de  la  rate,  etc,  caractérise  le 
Leishmania  donovani. 

La  distinction  entro  infections  localisées  et  infcctions  généralisées 
n'est  naturellement  pas  absolue.  Tout  d'abord,  il  importe  de  ne  pas 
confondre  les  septicémies  vraies,  qui  se  caractérisent  en  ce  que  le 
virus  se  multiplie  dans  le  sang,  avec  les  infections  où,  bien  que  se  géné- 
ralisant  à  de  nombreux  organes,  le  virus  est  simplement  véhiculé  par 
le  sang.  Par  exemple,  le  bacille  tuberculeux  peut  étre  charrié  par  la 
circulation,  mais  ne  s'y  cultive  point.  Ghez  l'homme,  la  pneumonic 
s'accompagne  rarement  de  septicémie  véritable,  le  pneumocoquc 
peut  passer  dans  le  sang,  mais  d'habitude  ne  s'y  multiplie  pas  (Cotoni). 

On  doit  tenir  grand  compte  de  la  réceptivité  individuelle  ;  le  mode 
de  pénétration  du  virus  est  aussi  un  facteur  essentiel.  Introduction  du 
spirochéta  par  la  circulation,  réceptivité  extréme,  tels  sont  les  éléments 
qui  font  de  la  syphilis  foetale  une  infection  si  généralisée  et  si  redou- 
table. Certains  virus,  tout  en  ayant  tendance  à  se  généraliser,  mani- 
festent  néanmoin.s  une  prédilection  pour  certaines  régions;par  exemple, 
inoculé  dans  le  péritoine  du  cobaye  male,  le  bacille  de  la  morve  pro- 
voque  régulièrement  l'orchite  ou  plus  exactement  une  vaginalito. 

D'autre  part,  la  dissémination  du  virus  peut  ne.  pas  étre  la  méme 
aux  divers  stades  d'une  infection.  Certaines  maladies,  localisées  au 
début  pendant  une  période  assez  prolongée,  peuvent  se  généraliser 
ensuite  ;  d'autres,après  un  stade  de  généralisation,  se  circonscrivent. 
Dans  l'infection  pneumococcique  de  l'homme,  outre  la  localisation 
pulmonaire,  le  microbe  peut  ultérieurement  coloniser  en  divers  points 
de  l'organisme,  soit  à  proximité  du  poumon  (pleurésie  purulente),  soit 
que  la  circulation  l'ait  entraìné  très  loin  (meningite  pneumococcique). 
Le  bacille  tuberculeux,  parvenu  dans  le  sang  à  la  faveur  de  la  résorption 
par  les  lymphatiques  ou  d'une  lésion  vasculaire,  peut  étre  transporté 
L' Immtinilé.  4 


50  UINFECTION 

k  distance  et  s'ensemencer,  soit  largement  en  de  multiples  régions^ 
déterminant  une  maladie  aiguè  rapidement  mortelle,  soit  plus  discrè- 
tement,  en  certains  points  (tuberculose  des  méninges,  des  os,  du 
rein,  etc).  Une  septicémie  staphylococcique  mortelle  p«ut  succèder 
à  un  anthrax,  ou  méme  (rarement)  à  un  simple  furoncle.  Le  charbon 
chez  l'homme,  qui  peut  n'étre  qu'une  lésion  locale  (pustule  maligne), 
peut  se  terminer  par  une  septicémie.  La  gonococcie,  maladie  généra- 
lement  très  localisée,  se  propage  parfois  à  des  points  distants  du  foyer 
primitif  (rhumatisme  gonococcique).  La  syphilis  présente  des  alterna- 
tives  ;  localisée  d'abord  à  la  porte  d'entrée  et  aux  ganglions  annexes, 
elle  se  généralise  pendant  un  certain  temps  (syphilis  floride),  puis 
peut  frapper  des  régions  délimitées,  les  os,  la  peau,  les  viscères,  le 
système  nerveux  centrai,  etc. 

Dans  la  fièvre  typhoìde,  c'est  au  début  qu'on  trouve  surtout  le 
bacille  dans  le  sang  ;  plus  tard,  il  s'y  raréfìe,  tout  en  se  maintenant 
longtemps  encore  en  abondance  dans  les  plaques  de  Peyer,  la  rate,  etc. 
Dans  la  fièvre  récurrente,  le  sang  est  envahi  au  moment  des  accès 
fébriles,  au  nombre  de  deux  ou  de  trois  ;  durant  les  périodes  inter- 
calaires  d'apyrexie,  les  microbes  se  retrouvent  seulement  dans  les 
organes  internes,  et  particulièrement  dans  la  rate.  Il  est  superflu  de 
faire  remarquer  que  les  phénomènes  de  dissémination  d'un  virus  sont 
commandés,  non  seulement  par  les  propriétés  du  parasite,  mais  aussi 
par  celles  de  l'organisme. 

Microbìsme  latent.  —  L'évolution  des  maladies  infectieuses  est 
souvent  bien  irrégulière  :  parfois,  des  récidives  se  déclarent  après  de 
longues  périodes  latentes  ;  on  sait  par  exemple  ce  que  le  pronostic  de 
la  syphilis  comporte  d'incertain,  et  que,  dans  cette  maladie,  l'inattendu 
est  toujours  attendu.  Des  organismes,  qu'on  croirait  défmitivement 
purgés  de  germes,  les  conservent  parfois  très  longtemps,  cachés  dans 
d'obscurs  refuges,  sans  que  rien  les  décèle,  mais  il  peut  arriver  ensuite 
qu'un  foyer  nouveau  s'allume.  Chez  les  singes  inoculés  de  syphilis, 
des  spirochètes  persistent  longtemps  dans  la  moelle  des  os,  méme 
lorsque  la  guérison  semble  complète.  On  connalt  la  ténacité  du  gono- 
coque  dans  les  voies  urinaires.  Des  abcès  profonds,  des  ostéomyélites, 
des  pleurésies  purulentes,  à  bacilles  typhiques,  s'observent  parfois 
de  nombreux  mois  après  le  décours  d'une  fièvre  typhoìde.  C'est  le 
microbisme  latent.  Le  staphylocoque,  le  streptocoque  (érysipèle  à 
répétition)  se  maintiennent  quelquefois  obstinément  dans  l'organisme  ; 
des  spores  tétaniques  peuvent  y  rester  longtemps  en  vie.  Parfois,  des 
influences  favorisantes  agissant  localement,  telles  qu'un  traumatisme, 
dirigent  au  point  lése  les  germes  qui  restaient  inactifs,etdes  symptomes 
locaux  se  déclarent.  Parfois  méme  le  virus  parvient  à  se  maintenir, 
au  moins  en  petite  quantité,  dans  le  sang  des  animaux  guéris  (piro- 
plasraNDses). 


CAUSES   DE   MORT  51 

Lorsqu'un  virus  se  conserve,  sans  trahir  sa  prcsence,  dans  des  rógions 
en  communication  avec  l'extérieur  (fosses  nasales,  bouche,  vessie, 
intestili,  voies  biliaires),les  personnes  qui  sans  s'en  douter  les  hébergent 
jouent  un  rolc  important  dans  la  propagation  de  l'infection  considérée. 
La  part  de  ecs  porteurs  de  germes  dans  la  dissémination  de  la  fièvre 
typhoìde  (1),  du  choléra,  de  la  dysenterie,  de  la  meningite  cerebro- 
spinale, etc,  est  aujourd'hui  bien  établie.  Farmi  les  porteurs,  on 
distingue  ceux  qui  abritent  le  virus  sans  avoir  jamais  été  malades,  et 
ceux  qui  le  conservent  après  avoir  surmonté  l'infection. 


CAUSES  DE  MORT 

Lorsque  l'organisme  succombe,  la  cause  immediate  de  la  mort  varie 
naturellement  avec  la  nature  du  germe  et  son  siège.  Dans  le  cas  de 
ccrtains  germes  très  vénéneux,  mais  peu  aptes  à  la  dissémination,  le 
tétanos  par  exemple,  l'intoxication  seule  est  responsable.  Dans  cer- 
taines  septicémies,  la  pullulation  peut  étre  exubérante  au  point 
d'entraver  le  jeu  des  organes  et  d'épuiser  des  matériaux  nutritifs 
nécessaires.  Dans  les  trypanosomiases,  peut-etre  méme  dans  la  malaria 
maligne,  il  peut  y  avoir  obstruction,  par  les  parasites,  des  vaisseaux 
des  centres  nerveux.  Mais,  très  généralement,  revolution  ne  se  poursuit 
pas  aussi  loin,  la  mort  survient  plus  vite,  soit  par  embolie,  soit  par 
intoxication  du  système  nerveux,  du  sang,  du  coeur,  déterminant 
l'arrét  de  fonctions  essentielles.  La  mort  par  empoisonnement  peut 
survenir  méme  après  que  l'infection  est  enrayée  (diphtérie,  spirillose 
des  oies,  etc).  Dans  les  infections  aigués  du  système  nerveux  centrai, 
la  mort  résulte,  en  general,  de  lésions  du  bulbe.  La  fièvre  jaune  déter- 
mine  la  dégénércscence  graisseuse  aiguè  des  viscères,  notamment  du 
foie  et  du  rein.  Dans  les  maladies  chroniques,  desaccidents  brusques, 
tels  que  des  hémorragies,  peuvent  survenir,  mais  souvent  le  marasme 
apparalt,  consécutif  à  des  suppurations  prolongées,  à  des  intoxications 
lentes,  à  des  déchéances"  et  altérations  organiques  profondes  telles 
que  les  destructions  viscérales  ou  des  cellules  nerveuses  dans  la  syphilis, 
la  lèpre,  la  rage,  les  lésions  si  étendues  du  poumon  chezles  phtisiques, 
du  foie  chez  les  cobayes  tuberculeux,  etc.  Parfois,  des  infections 
susceptibles  de  guérir  commettent  néanmoins  d'irréparables  dégàts, 
dont  la  mort  est  la  conséquence  éloignée  ;  les  cardiopathies  d'origine 
rhumatismale  nou3  en  offrent  un  exemple. 


(1)  Chez  le  lapin  également,  les  bacilles  typhiques  introduits  dans  lea 
veines  se  retrouvent  dans  la  vésicule  biliaire  et  parfois  s'y  mainticnnent 
longtemps  (Blachstein,  Welch).  I!=  passent  quelquefois  aussi  dans 
l'urine. 


52  VINFECTION 


SPECIFICHE  MORBIDE 

Dans  le  monde  des  microbes  pathogènes,  quelle  inépuisable  diversité  ! 
Que  d'inégalités  dans  le  pouvoir  toxique,  dans  la  souplesse  et  l'étendue 
des  phénomènes  d'adaptation,  dans  la  sensibilité  aux  influences 
altérantes,  dans  la  ténacité,  dans  les  exigences  alimentaires  ;  que  de 
variété  dans  cette  sèrie  de  propriétés  qui  dictent  le  mode  d'apport  du 
virus  à  son  hote,  qui  font  d'une  porte  d'entrée  déterrainée  la  voie  d'intro- 
duction  la  plus  propice,  qui  dirigent  le  germe  vers  le  tissu  le  plus 
approprié,  le  parquent  dans  d'étroites  limites  ou  l'autorisent  à  se 
disséminer  dans  de  nombreux  organes.  Une  fonie  de  caractères  s'allient 
et  se  synthétisent  pour  constituer  au  virus  son  individuante  et  imprimer 
du  méme  coup,  à  la  maladie  qu'il  engendre,  un  cachet  de  spécificité. 
Aussi  est-il  bien  concevable  que,parmila  multitude  de  ses  congénères^ 
un  seni  microbe  soit  capable  de  développer  une  maladie  donnée,  pos- 
sedè, en  d'autres  termes,  précisément  et  exclusivement  l'ensemble  des 
aptitudes  qui,  assurant  l'infection,  lui  confèrent  en  méme  temps 
l'allure,  les  symptomes,  la  gravite,  la  marche  que  nous  lui  connaissons, 
bref  lui  composent  une  physionomie  clinique  propre  qui,  nous  devenant 
familière,  nous  permet  de  la  distinguer  et  de  l'identifìer.  Gertes,  des 
rencontres  peuvent  se  produire,  des  coincidences  sont  inévitables  ; 
un  méme  organe  est  susceptible  d'abriter  des  germes  différents  ;  des 
phénomènes  communs,  la  fièvre,  la  suppuration,  etc,  s'observent. 
Mais  la  spécificité  morbide  ne  s'en  trouve  pas  obscurcie.  La  fièvre 
accompagne  communément  les  infections,  mais  celles-ci  n'ont  pas 
toutes  le  méme  trace  thermique  ;  les  accidents  dus  aux  microbes 
pyogènes  divers  n'ont  pas  la  méme  acuite,  ni  ne  comportent,  toutes 
choses  égales  d^'ailleurs,  le  méme  pronostic  ;  les  méningites  se  recon- 
naissent,  suivant  qu'elles  sont  dues  au  bacille  tuberculeux,  au  ménin- 
gocoque,  etc.  ;  les  gastro-entérites  paratyphiques  et  le  choléra 
s'attaquent  aux  voies  digestives,  on  ne  saurait  les  confondre.  Entre  les 
bacilles  tuberculeux  etlépreux,  que  de  similitudes,  et  pourtant,  si  les 
maladies  qu'ils  provoquent  ont  des  analogies,  que  de  différences  d'autre 
part.  On  doit  remarquer  encore  que  si,  pour  caractériser  la  maladie, 
la  nature  de  l'espèce  microbienne  en  jeu  est  decisive,  les  qualités  parti- 
culières  propres  aux  races  ne  sont  pas  dénuées  d'influence,  puisque, 
au  sein  d'une  méme  espèce,  se  rencontrent  parfois  des  variétés  inéga- 
lement  virulentes.  L'agression  n'a  pas  toujours  la  méme  vivacité,  mais 
l'autre  élément  du  type  morbide,  l'autre  composante,  la  défense  de 
l'hóte,  contribue  de  son  coté  à  diversifier  le  tableau,  car  elle  ne  s'exerce 
pas,  d'un  organismo  à  l'autre,  avec  la  méme  energie.  Il  n'existe  pas 
deux  personnes  qui  fassent  exactement  la  méme  syphilis  ou  la  méme 
tuberculose,  souffrant  d'accidents  identiques  au  bout  des  mémes  inter- 


SPECIFICHE    MORBIDE  53 

vallee,  soiimis  aux  mémes  alternatives  de  recrudescence  des  symptòmes 
et  d'apparente  guérison.  Presque  toujours,  les  pustules  dues  à  l'insertion 
vaccinale  chez  l'homme  apparaissent  uniquement  à  l'endroit  inoculé  ; 
chcz  de  très  rares  sujets,  la  vaccine  se  généralise.  Faut-il  dès  lors 
souscrire  à  l'adage  :  «  lin'y  a  pas  de  maladies,iln'y  aque  des  malades  »? 
Les  différences  individuelles  changent  incontestablement  quelque 
chose  à  la  physionomie  morbide,  mais  ne  parviennent  pas  à  la  déna- 
turer  ;  elles  ne  déforment  pas  les  caractères  essentiels  que  l'étiologie 
imprime,  et  qui  sont  le  reflet  des  propriétés  microbiennes.  L'aphorisme 
est  donc  force  sans  étre  faux,  il  est  l'expression  outrée  de  la  réalité. 
Ceci  nous  amène  à  consMérer,  après  l'infection,  l'autre  face  de  la 
médaille,  l'immunité. 


CH  API  TEE  li 

LIMMUNITÉ  NATURELLE 


Il  y  a  lieu  de  distinguer  l'immunité  vis-à-vis  des  microbes  et  l'immu- 
nité  à  l'égard  des  toxines. 

On  trouve  des  exemples  de  réceptivité  dans  toute  la  sèrie  animale  ; 
on  sait  d'ailleurs  quelesplantes  également  sont  fréquemment  parasitées. 
De  nombreux  protistes,  amibes,  flagellés  ou  infusoires  (euglènes, 
vorticelles,  etc),  peuvent  étre  envahis  par  des  champignons  inférieurs 
{ChylridÌLim)  ;  les  paramécies  péuvent  étre  envahies  par  des  bactéries. 
Ghez  des  animaux  plus  élevés,  les  daphnies,  petits  crustacés  d'eau 
douce,  Metchnikoff  a  étudié  une  maladie  contagieuse  due  à  un  cham- 
pignon.  Giard  a  constate  que  divers  crustacés  deviennent  vivants 
la  proie  de  bactéries  lumineuses,  D'Herelle  (1910)  a  trouvé  chez  les 
sauterelles  un  coccobacille  qui  se  multiplie  dans  l'intestin,  et  déve- 
loppe  une  maladie  mortelle.  Certains  insectes  succombent'  à  l'infection 
provoquée  par  un  champignon,  Isaria  desirudor  ;  c'est  encore  un 
champignon  [Empiisa  miiscse)  qui  chaque  année  extermine  un  grand 
nombre  de  mouches.  Les  vers  à  soie  peuvent  étre  attaqués  par  un 
sporozoaire,  le  corpuscule  de  la  pébrine  étudié  par  Pasteur;  ils  sont 
également  sujets  à  une  infection  intestinale,  la  flacherie,  d'origine 
bactérienne.  Le  parasite  malarique  infecte  VAnopheles,  le  trypa- 
nosome  de  la  maladie  du  sommeil  se  développe  dans  l'intestin  et  les 
glandes  salivaires  de  la  glossine  ;  le  spirochéte  de  la  tick-fever  pénètre, 
chez  VOrniihodorus,  dans  les  tubes  de  Malpighi,  les  glandes  salivaires, 
i'cBuf  ;  ces  faits  sont  d'un  haut  intérét  pour  la  pathologie  humaine. 
Sans  parler  des  bactéries,  qui  comptent  tant  d'espèces,  certains 
protozoaires,  tels  que  les  coccidies,  ou  les  trypanosomes  aux  variétés 
innombrables,  fournissent  une  légion  de  parasites  s'attaquant  aux 
hòtes  les  plus  divers.  Les  vertébrés  et  l'homme  sont  la  proie  de  nom- 
breuses  affections  virulentes  qui  représentent  pour  eux  une  cause  de 
souffrances  et  de  mortalité  d'une  enorme  importance.  On  est  autorisé 
à  croire  que  l'infection  est  intervenne  dans  l'extinction  de  certaines 
espèces  animales. 


lìÉSISTANCE    AATUUELLL    A    L  INFECTION 


RESISTANCE     NATURELLE    A     L'INFECTION 

Chaque  espèce  animale  a  ses  réceptivités  ;  elle  a,  d'autre  pari,  ses 
immunités.  Le  fait  dominant  dans  l'histoire  des  maladies  contagieuses, 
c'i'st  l'inégalc  sensibilité  des  espèces  vis-à-vis  d'un  méme  germe. 

Gertes,  il  est  de  nombreux  microbes  qui  peuvent  s'attaquer  à  des 
aiiimaux  difTérents.  La  peste  se  propage  aussi  bien  chez  le  rat  que  chez 
riiomme.  Le  charbon,  qu'on  trouve  assez  rarement  chez  le  cheval, 
infecte  communément  le  mouton  et  le  boeuf  ;  au  laboratoire,  on  l'ino- 
cule  avec  succès  à  la  souris,  au  cobaye,  au  lapin.  Toutefois,  le  lapin 
^st  moins  réceptif  que  le  cobaye,  qui  l'est  moins  que  la  souris.  Sans 
mentionner  les  pctits  animaux,  la  morve  peut  atteindre  le  cheval, 
l'àne,  rhomme,mais,  généralement  chronique  chez  le  cheval  et  l'homme, 
«Ile  est  toujours  aigué  chez  l'àne  ;  l'espèce  bovine  est  résistante: 
Le  chien,  le  mouton  ne  prennent  que  diffìcilement  la  tuberculose. 
De  nombreuses  espèces  peuvent  contracter  la  rage,  mais  Icur  sensibilité 
varie  ;  le  pigeon  est  réfractaire  méme  à  l'inoculation  intracranienne 
(Marie).  La  fìèvre  récurrente  de  l'homme  peut  étre  transmise  au  singe, 
mais  elle  y  est  plus  benigne,  le  singe  ne  présentant  qu'un  accès,  tandis 
qu'il  en  survient  deux,  et  parfois  trois,  chez  Fhomme  (1).  L'homme  et  la 
souris  sont  sensibles  au  pneumocoque  ;  seulement,  chez  l'homme,  le 
microbe  se  localise  souvent  au  poumon  sans  amener  la  mort,  tandis 
que  chez  la  souris  la  septicémie  mortelle  est  la  règie. 

La  variole  existe  non  seulement  chez  l'homme,  mais  chez  le  cheval 
et  la  bete  bovine  ;  seulement,  chez  ces  animaux,  le  virus  modifìé  est 
d'une  virulencetrès  affaiblie  (vaccine)  (2).  Le  bacille  tuberculeuxs'attaque 
à  des  animaux  très  divers  ;  à  vrai  dire  il  existe  plusieurs  races  bacillaires 
qui  ne  sont  pas  absolument  identiques.  D'autre  part,  on  peut  citer  de 
nombreux  virus  qui  se  développent  exclusivement  chez  une  espèce 
animale.  Farmi  les  maladies  humaines,  la  rougeole,  la  gonococcie, 
l'influenza,  la  fìèvre  jaune,  la  lèpre,  le  chancre  mou,  etc,  n'ont  pu  ètre 
transmis  aux  animaux.  Il  n'est  pas  d'espèce  qui  n'ait  ses  maladies 
propres. 

L'observation  dément  l'idée  (laquelle  pourrait  se  présenter  à  l'esprit) 
que  l'espèce  animale  la  plus  réceptive  à  l'égard  d'un  virus  donne  doit 
se  montrer  aussi  la  plus  sensible  à  un  microbe  différent.  En  réalité, 
il  n'ya  pas  d'espèces  sensibles  aux  infections  en  general;  tout  dépend 
du  microbe  considéré.  La  poule  et  le  lapin  sont  bien  plus  sensibles  au 


(1)  Le  spirochéte  de  la  fìèvre  africaine  (tick-fever)  est  plus  pathogène 
pour  les  animaux  que  celui  de  la  fìèvre  récurrente  d'Europe. 

(2)  Le  virus  variolique  peut  produire  chez  les  singes  une  éruption 
généralisée,  mais  la  maladie  néanmOins  est  benigne. 


5(3  VIMMUNITÉ   NATURELLE 

microbe  du  choléra  des  poules  que  ne  l'est  le  cobaye  ;  mais  ils  sont 
(surtout  la  poulc)  plus  résistants  que  lui  au  charbon  et  au  bacille  tuber- 
culeux  de  l'homme.  Le  chien,  qui  prend  larage  si  facilement,  estréfrac- 
taire  au  charbon  ;  le  rat  resiste  également  à  ce  dernier  microbe,  il  est 
étonnamment  "sensible  au  bacille  pesteux.  Les  exemples  analogues 
abondent.  Seule,  l'expérience  nous  renseigne  sur  la  réceptivité  des 
espèces  à  l'égard  des  différents  virus;  on  ne  peut  rien  prévoir  théori- 
quement,  on  ne  peut  méme  se  fìer  d'une  manière  absolue  aux  vraisem- 
blances  déduites  de  l'affìnité  zoologique,  Certes,  celle-ci  fait  sentir  ses 
effets,  la  consanguinité  se  trahit  souvent  par  la  communauté  des 
réceptivités.  L'étude  des  maladies  humaines  notamment  a  beaucoup 
bénéficié  de  l'expérimentation,  à  laquelle  les  célèbres  recherches  de 
MetchnikofT  et  de  Roux  relatives  à  la  syphilis  imprimèrent  en  1901 
une  vive  impulsion,  sur  nos  parents  les  singes  supérieurs.  Ceux-ci  (chim- 
panzé)  sont  lesseulsanimauxsusceptibles'decontracter,parsimpleinges- 
tion  de  bacilles  typhiques,  une  fièvre  typhoide  évoluant  comme  la  nòtre 
(Griinbaum,  1904;  MetchnikofY  et  Besredka).  Toujours  gràce  aux 
singes,  on  a  pu  reproduire  expérimentalement  la  poliomyélite  (Land- 
steiner  et  Popper,  1909  ;  Flexner,  Levaditi,  etc),  la  scarlatine  (1) 
(Cantacuzène,  1911;  Landsteiner  et  Levaditi),  le  typhus  exanthéma- 
tique  (Nicolle,  Conseil  et  Conor,  1911),  le  trachome  (V.  Prowazek  et 
Halberstadter,  1907).  Mais,  d'autre  part,  les  constatations  sont  parfois 
inattendues,  sinon  déconcertantes.  Rappelons  l'exemple  classique  des 
moutons  frangais  et  algériens,  les  premiers  sensibles  au  charbon,  les 
autres  réfractaires  (2),  Les  -nègres  sont  beaucoup  moins  sensibles  quo 
les  blancs  à  la  fièvre  jaune  ;  la  malaria  est  moins  sevère  chez  eux. 
La  syphilis,  inoculable  à  l'homme  et  au  chimpanzé,  aux  singes  infé- 
rieurs  (3),  l'est  aussi  au  lapin  (Bertarelli),  qui  peut  méme,  à  la  suite 
de  l'introduction  du  virus  dans  le  testicule  (Parodi,  Uhlenhuth  et 
Mulzer,  etc),  présenter  le  tableau  de  l'infection  généralisée,  et  con- 
tracter,  outre  l'orchite,  de  l'iritis,  de  là  conjonctivite,  de  la  kératite,  des 
accidents  cutanés  papulo-ulcéreux,  des  syphilomes  du  nez,  etc.  (4)  ; 


(1)  Los  expériences  de  Cantacuzène  ont  étè  faites  sur  des  macaquos 
et  des  cercopilhèques.  Chez  ces  animaux  inoculés  de  sang  scarlatjneux, 
on  constate,  après  une  incubation  de  cinq  à  douze  jours,  une  fièvre  qui 
dure  environ  trois  jours,  et  de  l'adénopathie.  Survient  ensuite  une  crup- 
tion  pourprée,  uniforme,  sur  la  face  et  les  bras,  suivie  d'une  desquama- 
tion  typique.  Les  animaux  guérisscnt. 

(2)  Cependant  l'inoculation  d'une  forte  dose  peut  vaincre  la  résistance 
des  moutons  algériens.  D'autre  part,  d'après  Lhéritier,  Fleury  et  Tribout 
(1912)  on  trouve  en  Algerie  un  bacille  charbouneux  adapté  à  l'organisme 
des  moutons  algériens  et  qui  est  beaucoup  plus  dangereux  pour  ceux-ci 
que  ne  l'est  le  microbe  frangais. 

(3)  Ceux-ci  sont  toutefois  moins  réceptifs  que  les  singes  supérieurs  ; 
l'inoculation  n'est  pas  aussi  régulièrement  positive. 

(4)  La  généralisation  du  virus  se  produit  plus  sùrement  lorsqu'on 


RÉSISTANCE    NATUHELLE    A    L'INFECTION  57 

à  vrai  dire,  chez  le  lapin,  l'insertion  du  virus  ne  détermine  pas  la 
maladic  aussi  sùrement  que  chez  le  chimpanzé,  et  il  scmble  que  le 
microbo  doit  réaliser  un  effort  d'adaptation  assez  sérieux  pour  s'établir 
sur  ce  terrain  nouveau.  Nicolle  et  Blaizot  ont  pu  cultiver  le  virus 
exanthématique  chez  le  cobaye  ;  on  le  retrouve  notamment  dans  la 
rate  et  les  capsules  surrénales.  Des  organismes  de  méme  espèce,  mais 
d'àge  différent,  se  comportent  parfois  diversement  à  l'égard  d'un 
méme  germe.  Chez  l'homme,  la  puberté  fait  disparaìtre  la  réceptivité 
du  cuir  chevelu  à  la  teigne.  La  conjonctive  est  sans  nul  doute  plus 
réceptive  au  gonocoque  chez  le  nouveau-né  que  chez  l'adulte.  La  fièvre 
typhoide  de  l'enfant  est  généralement  benigne.  Seuls,  les  tout  jeunes 
lapins,  se  nourrissant  encore  exclusivement  de  lait,  prennent  le  choléra 
intestinal  (Metchnikoff).  Les  jeunes  cobayes  ou  lapins  sont  aussi  plus 
sensibles  au  charbon,  au  pneumocoque,  etc.  Ne  sait-on  pas  aussi 
qu'au  sein  d'une  méme  espèce,  les  races  se  distinguent  parfois  par  leur 
réceptivité  (la  scarlatine  est  spécialement  grave  en  Angleterre)  et  que, 
parmi  des  individus  de  méme  race  et  de  méme  àge,  il  existe  à  l'égard 
des  virus  des  difTérences  de  sensihilité  qui  peuvent  étre  considé- 
rables  (1)?  Inversement,  au  sein  d'une  méme  espèce  de  parasites, 
ou  d'espèces  extrémement  voisines,  ne  distingue-t-on  pas  des  variétés 
que  leurs  caractères  de  virulencc  difTérencient  nettement?  L'homme, 
si  scnsible  au  Trypanosoma  gambiense  (maladie  du  sommeil),  resiste 
au  trypanosome,  si  semblable  au  précédent,  du  nagana.  Le  vibrion 
cholérique  et  le  Vibrio  Melchnikovi,  microbes  très  voisins,  ont  des 
aptitudes  virulentes  tout  à  fait  distinctes.  Un  exemple  démonstratif 
est  celui  du  bacille  tuberculeux,  dont  les  races  humaine,  bovine,  aviaire 
et  pisciaire  se  caractérisent  nettement  par  la  nature  desespècesanimales 
qu'cllcs  sont  capables  de  parasiter  ;  cependant  ces  variétés  sont  très 
semblables  à  beaucoup  d'égards  et,  notamment,  les  tuberculines 
qu'elles  fabriquent  son?  identiques.  Déjà,  enl868,  Villemin,  lors  de  scs 
mémorables  recherches  sur  l'inoculabilité  de  la  tuberculose,  avait 
remarqué  que  le  lapin  se  tuberculise  plus  aisément  si  le  produit  morbide 
injecté  provient  du  boeuf  que  s'il  a  été  recueilli  chez  l'homme.  Koch 
et  Schutz,  en  1901,  ont  vivement  insistè  sur  la  résistance  de  la  bète 
bovine  au  bacille  d'origine  humaine,  celui-ci  ne  déterminant,  en  règie 
generale,  qu'une  maladie  localisée.  La  réciproque  est-elle  vraie?  Il  eùt 
été  imprudent  de  la  juger  telle  sans  une  enquéte  approfondie,  à  laquelle, 


inocule  dans  les  veines  un  virus  qui  a  fait  plusieurs  passages  chez  le  lapin. 
La  syphilis  du  lapin  a  pu  étre  transmise  au  cobaye  (Bertarelli,  Hoffmann), 
lequel  cependant  est  moins  réceptif. 

(1)  Elles  s'observent  aussi  chez  les  invertébrés.  Fait  important  pour 
l'homme,  toutcs  les  glossines  infectées  de  trypanosomes  ne  sont  pas  aptes 
à  inoculer  le  mal,  carces  mouchesne  représentent  pas  toutes  un  terrain 
propice  à  revolution  du  parasite. 


58  VIMMUNITÉ   NATU BELLE 

d'ailleurs,plusieurs  savants  sesont  livrés.  Le  lapin, étant  très  nettement 
plus  sensible  au  bacille  bovin  qu'au  bacille  humain,  peut  distinguer 
les  deux  races.  Gràce  à  ce  réactif,  divers  auteurs,  et  notamment  la 
Commission  anglaise  de  la  tuberculose,  ont  montré  que  la  conta- 
mination  d'origine  bovine  ne  joue  qu'un  róle  secondaire  dans  la  morbi- 
dité  tuberculeuse  au  sein  de  notre  espèce.  Bien  que,  surtout  chez 
l'enfant  nourri  au  lait  de  vache,  l'ingestion  de  bacille  bovin  ne  soit  pas 
un  événement  exceptionnel,  c'est  très  généralement,  chez  l'homme,  le 
bacille  humain  qui  se  propage  (1).  Vis-à-vis  des  oiseaux,  les -bacilles 
humain  et  bovin  sont  moins  virulents  que  le  bacille  aviaire.  Celui-ci, 
d'autre  part,  est  moins  dangereux  que  ceux-là  pour  les  mammifères, 
et  notamment  pour  le  cobaye,  chez  lequel  les  troubles  qu'il  determino 
sont  d'habitude  curables  (2).  Quant  au  bacille  pisciaire,  que  l'on  trouve 
également  chez  les  batraciens  et  les  reptiles,  c'est  une  race  très  parti- 
culière,  se  distinguant  par  exemple  en  ce  qu'elle  se  cultive  aisément 
à  basse  temperature. 

En  réalité,  les  divers  types  de  bacille  tuberculeux  ont  une  origine 
commune  ;  aux  dépens  d'une  méme  espèce  primitive,  des  races  ont 
apparu  par  ajustement  progressi!  à  des  organismes  différents,  et  le 
temps  a  stabilisé  les  différenciations  dues  à  l'adaptation.  Rien  n'interdit 
pourtant  de  presumer  que  le  chemin  poursuivi  dans  un  sens  ne  puisse, 
si  les  circonstances  s'y  prétent,  étre  parcouru  en  sens  inverse.  Notam- 
ment, on  peut  penser  que  le  bacille  bovin  constitue,  pour  l'espèce 
humaine,  une  menace  permanente.  Certes,  on  le  décèle  assez  rarement 
chez  l'homme,  mais  il  faut  bien  tenir  compte  de  ce  que  les  individus 
réceptifs  à  la  tuberculose,  étant  incessamment  exposés  à  la  contami- 
nation  par  le  bacille  humain,  ont  de  grandes  chances  de  contracter 
ce  germe  et  dès  lors  de  n'étre  plus  disponibles  pour  le  bacille  bovin, 
lequel,  s'il  vient  à  se  présenter,  trouve  que  la  place  est  occupée  déjà. 
Mais  qu'arriverait-il  si  le  bacille  humain  disparaissait  soudain?  Le 
bacille  bovin  n'apparaìtrait-il  pas  alors  plus  dangereux,  et  ne  verrait-on 


(1)  Ainsi,  parmi  108  cas  de  tuberculose  humaine  étudiés  (forme  pulmo- 
naire,  ganglionnaire  ou  abdominale),  la  Commission  anglaise  a  trouve 
84  fois  le  bacille  humain,  19  fois  le  bacille  bovin,  5  fois  un  bacille  d'origine 
douteuse.  C'est  dans  la  tuberculose  abdominale  que  le  bacille  bovin  se 
rencontre  de  beaucoup  le  plus  fréquemment.  Il  existe  parfois  dans  les 
ganglions  du  cou.  D'après  Mitchell  (1914)  l'adéniteest  souvent  d'origine 
bovine  dans  les  localités  (environs  d'Edimbourg)  où  l'on  donne  aux 
enfants  du  lait  cru.  L'enfant  est  plus  souvent  atteint  que  l'adulte  par  le 
bacille  bovin.  Diverses  statistiques,  réuniesjpar  Moellers  (1916),  portcnt 
sur2048  cas;  1 848  sont  dus  aubacille  humain,  14  sontd'origine  douteuse, 
186  sont  dus  au  type  bovin.  Farmi  ceux-ci,  148  se  rapportent  à  des 
enfants  au-dcssous  de  seize  ans. 

(2)  Il  faut  faire  exception  pour  le  bacille  du  perroquet,  lequel,  chose 
singulière,  se  comporte  comme  celui  de  l'homme  ;  il  est  très  virulent  pour 
le  cobaye. 


UÉ:SI6TA.\CE    NATURELLE   A    L'INFECTION  b'J 

point  se  constituer,  aux  dépens  de  ce  type,  à  la  faveur  d'une  adaptation 
iiouvelle,  un  nouveau  bacille  humain?  C'est  bien  probabic.  On  a  isole 
parfois,  chez  l'homme,  des  échantillons  que  l'on  n'a  pu  classer  sùrement, 
<ar  ils  participaient  des  caractères  des  deux  races  :  c'étaient,  selon 
loute  vraisemblance,  des  termes  de  transition.  Nous  avons  fait  allusion 
plus  haut  aux  oxpériences  de  Nocard  visant  à  adapter,  par  le  procède 
des  sacs,  le  bacille  humain  à  l'organismc  delapoule.  Eber,  par  passages 
<hez  le  boeuf,  a  rendu  plus  virulentes  pour  cet  animai  des  cultures  pro- 
M'uant  de  l'homme. 

Cela  va  sans  dire,  en  l'absence  méme  d'une  documentation  scien- 
ti fique  plus  précise,  le  simple  fait  qu'une  espèce  donnée  resiste  à  cer- 
iains  germes,  pathogènes  pour  des  animaux  difTérents,  prouverait  déjà 
(|iie  l'organisme  se  défend  parfois  efficacement,  et  qu'un  conflit,  d'issue 
variable,  s'engage  entre  le  germe  et  son  hòte. 

Diversité  chimique  des  espèces.  —  Ce  fait  de  l'inégale  réceptivité 
des  espèces  vis-à-vis  d'un  germe  déterminé  nous  autorise  à  presumer, 
en  outre,  que  l'appareil  défensif  ne  doit  pas  étre,  chez  toutes,  constitué 
exactement  de  méme,  ne  se  présente  pas  partout  avec  des  caractères 
immuables  ;  sans  doute  existe-t-il,  d'une  espèce  à  une  autre,  dans  la 
structure  et  la  composition  des  cellules  ou  des  principes  chargés 
d'assurer  la  défense,  ceitaines  différences  peut-étre  très  subtiles, 
<  irtaines  particularités  distinctives  peut-étre  délicates,  légères  et 
«lifficiles  à  saisir,  mais  dont  le  retentissement  sur  les  péripéties  de  la 
latte  et  son  issue  doit  étre  néanmoins  décisif.  En  réalité,  chez  les 
'tiimaux  divers,  les  mémes  fonctions  protectrices  se  retrouvent,  leurs 
f  raits  essentiels  sont  communs,  et  cependant  le  cachet  spéciflque  les 
marque  ineffagablement  de  son  empreinte.  Cette  notion  prit  corps 
lorsque  Bordet  découvrit  la  possibilité  d'immunlser  les  animaux  contro 
d<^s  éléments  cellulaires  provenant  d'espèces  différentes  (pouvant 
ilailleurs  étre  assez  voisines)  et  constata  que  cette  immunisation  revét 
le  caractère  de  la  spécificité.  Ainsi,  un  lapin  injecté  de  sang  d'homme 
rèagit  en  produisant,  dans  son  sérum,  des  substances  capables  d'impres- 
-ionner  (nous  verrons  plus  loin  de  quelle  manière)  le  sang  d'homme, 
mais  non  celui  d'autres  espèces,  chien,  cheval,  cobaye,  par  exemple  ; 
en  conséquence,  le  sang  de  ces  derniers  animaux  n'est  pas  entièrement 
identique  au  sang  d''homme.  Cette  conclusion,  valable  pour  les  globules 
rouges,  se  vérifia  aussi  pour  les  leucocytes  qui  participent  si  activement 
à  la  lutte  contro  les  microbes  ;  elle  est  applicable  encore  à  de  nombreux 
principes  chimiques  intervenant  dans  des  phénomènes  d'immunité 
tels  que  la  bactèriolyse,  la  ncutralisation  des  poisons,  etc.  En  thèse 
\2:énérale,  on  doit  admettre  que  les  espèces  vivantes,  méme  relativement 
\oisines,  se  distinguent  non  seulement  par  les  caractères  si  apparents 
d'aspect,  de  conformation,  etc,  mais  aussi  par  des  particularités 
mieux  cachées,  par  des  détails  très  délicats  et  très  intimes  de  leur 


60  UIMMUNITÉ   NATURELLE 

constitution  physico-chimique.  Ces  différences  subtiles,  les  sérums 
d'animaux  vaccinés  contre  les  microbes  les  décèlent  entre  les  espèces 
bactériennes  ;  doués  d'une  spécifìcité  comparable,  les  sérums  d'orga- 
nismes  immunisés  contre  des  éléments  de  provenance  animale  les 
dénotent,  dans  le  règne  zoologique,  avec  la  méme  sùreté.  On  comprend 
désormais  plus  aisément  pourquoi  il  est  si  diffìcile  de  croiser  des 
espèces  quelque  peu  éloignées,  et  l'on  conQoit  encore  que  celles-ci 
ne  se  montrent  pas  également  propices  au  développement  d'un  virus 
déterminé  :  elles  ne  représentent  pas  pour  sa  culture  un  tcrrain  iden- 
tique,  les  armes  opposées  au  parasite  ne  sortent  pas  de' la  méme  forge 
et  portent  l'estampille  d'origine.  Par  exemple,  on  s'explique  que  les 
phagocytes  de  l'homme  et  ceux  du  lapin  puissent  se  comporter  diffé- 
remment  vis-à-vis  du  gonocoque,  que  le  sérum  du  cheval  et  celui 
de  la  poule  ne  soient  pas  également  aptes  à  agglutiner  tei  microbe  ; 
nous  verrons  cette  notion  generale  se  préciser  quand  nous  examinerons 
de  près  les  principes  intervenant  dans  la  défense. 

Le  fait  que  pour  chaque  virus  il  existe  une  ou  plusieurs  espèces 
animales  spécialement  réceptives  (lesquelles  d'ailleurs  peuvent  étre 
réfractairés  à  des  virus  différents)  nous  indique  qu'une  corrélation 
très  étroite  existe  indiscutablement  entre  les  particularités  qui  dis- 
tinguent  l'armature  protectrice  chez  l'espèce  considérée,  d'une  part, 
et  les  caractères  agressifs  propres  au  microbe  en  jeu,  de  l'autre.  La  viru- 
lence  du  microbe  se  fagonne  et  se  modèle  en  quelque  sorte  d'après  la 
résistance  de  l'organisme,  l'ofTensive  est  le  décalque  de  la  défensive  et 
lui  correspond  fidèlement,  l'une  et  l'autre  s'entre-pénètrent,  s'épousent 
et  s'engrènent  comme  deux  roues  dentées  qu'on  accouple.  C'est  le 
phénomène  si  general  et  signalé  plus  haut  de  l'appropriation  du  parasite 
à  son  hóte,  c'est  la  raison  de  l'exaltation  de  la  yirulence  par  le  procède 
des  passages,  c'est  ainsi  qu'ont  apparu  les  difTérentes  races  de  bacilles 
tuberculeux  et  de  streptocoques  par  exemple,  et  c'est  aussi  pourquoi, 
en  s'adaptant  trop  étroitement  à  un  nouveau  porteur,  le  parasite  se 
déshabitue  parfois  de  son  hóte  primitif,  la  virulence  s'exacerbant  pour 
l'un,  s'affaiblissant  pour  l'autre.  Nous  l'avons  fait  remarquer,  l'étude 
de  l'infection  tente  de  préciser  en  vertu  de  quelles  propriétés  spéciales 
tei  virus  prospère  mieux  chez  certains  organismes,  et  c'est  aussi, 
symétriquement,  un  des  problèmes  essentiels  de  l'immunité  de  discerner 
les  particularités  distinctives  qui,  chez  les  organismes  divers,  font  les 
réceptivités  inégales. 

Mécanisme  de  la  résistance  naturelle  aux  microbes  ;  causes 
d'affaiblissement  de  rimmunité.  —  Les  défenses  de  l'organisme 
sont  multiples.  L'acte  préalable  à  l'infection,  la  pénétration  du  microbe 
dans  les  tissus,  se  heurte  à  de  nombreux  obstacles.  L'imperméabilité 
des  téguments  qui  se  renouvellent  et  se  nettoient  en  s'exfoliant,  le  jeu 
des  épithéliums  vibratiles  de  revétement  qui  fait  rebrousser  chemin 


nESlSTA.\CE    SATUnELLE    A    L'IM  ECTION  61 

aux  particules  étrangères,  les  sécrétions  niuqueuses  qui  les  enrobent 
et  les  éliminent,  l'acidite  gastrique,  le  péristaltisme  intestinal  qui 
expulse  des  bactéries  ingérées  et  celles  qui  se  sont  multipliées  dans  le 
tube  digestif,  tout  cela,  évidcmment,  concourt  à  la  protection.  Mais  les 
lacteurs  qui  nous  intéressent  surtout  sont  ceux  qui  interviennent 
lorsque  le  danger  est  vraiment  menagant,  lorsque  l'introduction  du 
virus  dans  les  tissus  est  un  fait  accompli  ;  c'est  alors  que  le  combat 
s'engage. 

L('S  syniptCnies  d'une  maladie  infectieuse  sont  les  reflets  mulLiples 
et  confondus,  d'une  part,  des  dommages  que  le  virus  inflige  à  l'orga- 
nisme,  de  l'autre,  de  la  résistance  qUe  celui-ci  oppose  à  l'invasion. 
Il  faut  donc  déméler  tout  d'abord  ce  qui,  dans  l'ensemble  toufTu  des 
phénomènes  observés,  est  l'expression  d'une  soufTrance  de  ce  qui  est 
l'indice  d'un  efTort  protecteur  ;  il  faut  tàcher  de  discerner  ce  qui  est 
lésion  de  ce  qui  est  réaction,  Souvent,  le  doute  n'est  pas  possible. 
Il  apparalt,  dans  chacune  des  infections,  une  sèrie  de  troubles  qui  lui 

nt  particuliers  et  la  caractérisent  (contractures  du  tétanos,  diarrhée 
uiL-oercible  et  aqueuse  du  choléra,  selles  sanguinolentes  de  la  dysen- 
terie,  fausses  membranes  de  la  diphtérie,  etc),  qui  sont  donc  en  relation 
frappante  avec  la  nature  speciale  du  parasite  en  jeu  et  trahissent  sa 
nocivitó  de  la  fagon  la  plus  claire.  D'autres  symptómes,  par  contre, 
se  retrouvent  fréquemment  au  cours  des  infections  les  plus  diverses 
ri  méme,  fait  significatif,  se  montrent  parfois  plus  accentués  dans  les 
cas  où  revolution  est  favorable  que  dans  ceux  où  le  pronostic  est 
Mimbre  ;  on  peut  donc  supposer  que  leur  déterminisme  réside,  non  pas 
immédiatement  dans  le  virus  lui-méme,  mais  plutòt  dans  l'organisme 
qui  lutte  ;  sans  doute  trahissent-ils  le  travail  réactionnel  que  celui-ci 
s'impose.  La  flèvre  apparalt  communément  ;  elle  est  probablement 
l'expression  d'un  efTort  salutaire,  mais  c'est  un  sujet  bien  obscur. 
Nous  sommes,  gràce  à  MetchnikofT,  mieux  renseignés  concernant 
l'inflammation.  L'inflammation,  phénomène  locai,  est  nécessaire  à  la 
localisation  de  l'infection.  Sans  y  réussir  toujours,  elle  parvient  souvent 
à  enrayer  la  propagation  du  virus.  Si  le  mal  se  circonscrit,  c'est  gràce 
■  i  elle  (1).  Quand  on  injecte  le  microbe  du  choléra  des  poules  ou  un 
streptocoque  très  virulent  sous  la  peau  d'un  animai  fort  réceptif,  le 
lapin,  on  constate  bien,  à  l'endroit  de  l'inoculation,  de  l'oedème  parfois 
liémorragique,  mais  on  n'observe  aucune  tendance  à  la  suppuration, 


(1)  La  signification  favorable  de  la  réaction  locale  est  bien  mise  en 
lumière  par  d'intéressantes  cxpériences  que  Levaditi  a  récemment  réali- 
^óes.  Insérés  à  la  peau  d'individus  sains,  les  slreptocoques  tués  pro- 
\  oquent  une  réaction  locale  bien  visible.  Mais  cotte  réaction  fait  défaut 
>i  l'iusertion  est  pratiquée  chez  des  individus  porteurs  de  plaies  infectées 
vie  slreptocoque.  Déjà  appelée,  si  l'on  peut  s'exprlmer  ainsi,  vers  le 
foyer,  la  réaction  ne  peut  se  porter  à  la  peau;  il  se  fait  en  quelque  sorte 
une  diversion. 


62  UIMMUNITE   NATURELLE 

et  rapidement  le  virus  se  généralise  et  tue  sans  que  le  point  de  péné- 
tration  soit  fortement  afTecté.  Injectons,  d'autre  part,  ces  microbes 
sous  la  peau  d'animaux  résistants  (cobayes)  ;  ceux-ci  guérissent,  mais 
on  observe  à  la  région  inoculée  une  forte  réaction  locale  ;  il  se  fait  une 
induration  suivie  d'un  abcès,  c'est-à-dire  qu'il  se  forme  une  collection  de 
leucocytes  innombrables.  Que  cet  afflux  leucocytaire  soit  de  nature  à 
préserver  l'organisme  en  localisant  l'infection,  il  est  logique  de  le 
croire,  et  cette  interprétation  se  voit  ratiflée  par  l'observation  micro- 
scopique.  Si,  à  divers  intervalles,  on  retire  un  peu  de  l'exsudat  qui  se 
forme  au  point  inoculé,  on  constate  que,  quelques  heures  après 
l'injection,  les  leucocytes  arrivent  de  plus  en  plus  abondants.  Ges 
éléments  poussent  autour  des  microbes  des  prolongements  de  leur 
protoplasme,  visqueux  et  mobile  à  la  fagon  de  celui  des  amibes,  puis 
rétractent  ces  pseudopodes,  lesquels  ramènent  les  germes  dans  le  corps 
de  la  cellule,  réalisant  ainsi  l'englobement.  Aussi  longtemps  qu'ils 
restent  libres  dans  l'exsudat,  les  microbes  gardent,  en  règie  generale, 
leur  vitalité  et  leur  aspect  normal  ;  dans  le  protoplasme  du  leucocyte, 
au  contraire,  ils  sont  d'habitude  gravement  atteints  bientòt  et  fìnissent 
par  perir.  Malheureusement,  la  phagocytose  ne  s'accomplit  pas,  au 
cours  de  toutes  les  infections,  avec  une  energie  ni  une  efflcacité  tou- 
jours  identiques  ;  certains  virus  ne  se  laissent  pas  englober,  d'autres, 
étant  englobés,  ne  se  laissent  pas  détruire,  la  maladie  alors  ne  peut 
étre  enrayée. 

A  vrai  dire,  la  partie  liquide  du  sang,  de  la  lymphe,  des  exsudats, 
contient,  à  l'état  de  dissolution,  certaines  substances  actives,  capables 
d'impressionner  les  germes  plus  ou  moins  vivement,  d'exercer  parfois 
méme  sur  eux  une  influence  nettement  délétère,  ou  d'agir  sur  leurs 
poisons.  Un  effet  particulièrement  utile  de  ces  principes  actifs  consiste 
en  ce  qu'ils  peuvent  impressionner  les  microbes  de  manière  à  les  rendre 
plus  aisément  phagocytables.  Mais  c'est  dans  l'immunité  acquise  que 
ces  «  facteurs  humoraux  »  (suivant  l'expression  consacrée)  prennent  à 
la  défense  une  part  très  sérieuse,  qui  sollicitera  tonte  notre  attention. 
Dans  l'immunité  naturelle,  le  role  de  ces  principes  est,  en  general, 
beaucoup  plus  effacé  (1),  l'activité  phagocytaire  occupe  incontesta- 
blement  le  devant  de  la  scène.  L'ensemble  des  constatations  recueillies 
prouve  que  le  savant  auquel  nous  devons  la  découverte  de  la  phago- 
cytose et  la  démonstration  de  son  importance,  Metchnikoff,  avait  raison 
en  affirmant  qu'elle  représente  le  facteur  essentiel  de  la  défense  de 
l'organisme.  Quant  à  la  dilatation  des  vaisseaux  de  la  région  atteinte, 
premier  signe  de  l'inflammation,  et  dont  dépendent  ces  phénomènes 


(1)  G'est  d'ailleurs  pour  cette  raison  qu'on  ne  saurait  utiliser  pour  la 
sérothérapie  ies  sérums  des  animaux  normaux.  On  ne  connait  guère 
qu'un  cas  où  le  sérum  normal  soit  doué  d'un  certa  in  pouvoir  curatif,  c'est 
celui  du  sérum  hum^^n  vis-à-vis  du  nagana  (Laveran). 


RÉSISTANCE   NATURELLE    A    L'INFECTION  63 

de  rougeur,  de  chaleur,de  tension,  si  caractéristiques  de  l'inflammation 
•  'He  doit  cortes  étre  considérée  cornine  une  perturbation,  puisqu'elle 
résulte  de  l'action  irritante  des  produits  microbiens,  mais  c'est  une 
perturbation  bien  souvent  salutaire,  puisqu'elle  permet,  gràce  à 
l'afflux  exagéré  de  sang  et  au  ralentissement  de  la  circulation,  l'émi- 
-;ration  plus  abondante  des  leucocytes  sanguins,  lésquels,  s'accolant 
d'abord  à  la  paroi  interne  du  vaisseau,  s'insinuent  entre  ses  interstices 
la  pénètrent,  et  finalement  la  franchissent  pour  rencontrer  les  gormes, 
les  maltriser  et  juguler  l'infection.  Meme  à  l'état  normal,  divers  tissus^ 
aux  abords  de  la  cavitò  digestive  notamment  [gencives,  amygdales, 
parois  buccale  (1),  intestinale  (2),  etc],  ou  bien  encore  à  la  surface  de 
l'arbre  respira toire,  contiennent  toujours  une  proportion  assez  élevée 
de  leucocytes,  qui,  toujours  à  l'affùt  des  germes,  veillent  incessam- 
inent,  sentinelles  attentives,  à  l'intégrité  du  territoire. 

Dans  ccs  conditions,  l'on  congoit  que  l'immunité  puisse  présenter 
lous  les  degrés  et  qu'il  y  ait  aussi,  entre  la  sante  et  la  maladie,  tous  les 
iutermédiaires.  Ordinairement,  les  contaminations  naturelles  ne 
mettent  en  jeu  que  des  quantités  limitées  de  microbes.  Si  la  phagocy- 
lose  est  suffisamment  precoce,  intense  et  efficace,  les  germes  sont 
«apturés  et  condamnés  à  perir  avant  d'avoir  pu  se  reproduire  sensible- 
mcnt.  Aucun  symptome  ne  trahit  alors  ce  conflit  sitòt  termine  qu'en- 
gagé,  aucun  retentissement  de  l'infection  mort-née  n'est  pergu  :  l'im- 
munité est  absolue.  G'est  ce  travail  silencieux  qui  constamment  nous 
preservo,  et,  s'opérant  en  nous  sourdement,  nous  sauve  journellement 
des  agressions  toujours  renouvelées  de  l'ambiance  microbienne.  Que 
la  défense  tarde,  que  le  virus  plus  re  belle  ne  cède  qu'à  des  efforts  un 
peu  plus  prolongés,  des  troubles  encore  circonscrits  se  manifestent, 
c'est  l'accident  localisé,  c'est  l'immunité  partielle  ou  relative.  Que  les 
microbes  parviennent  à  déjouer  longtemps  les  fonctions  protectrices , 
s'implantent,  sécrètent  des  poisons  ou  se  propagent  à  distance,  c'est 
la  maladie  bien  caractérisée  pouvant  se  terminer  par  la  mort,  ou 
bien  retrocèder  devant  les  réactions  laborieuses  qui  développent  des 
qualités  de  résistance  nouvelles,  conférant  ainsi  à  l'organisme  l'immu- 
nité acquise.  Mais,  au  regard  des  contagions  répétées  qui  passent 
inapergues,  des  cas  si  fréquents  où  l'infection  aurait  pu  s'installer  si 
elle  n'avait  été  maltrisée  sans  délai,  la  maladie  déclarée  estchose  excep- 
tionnclle.  A  vrai  dire,  pour  que  nous  nous  doutions  de  notre  immunité, 


(1)  C'est  gràce  à  la  vigilance  des  leucocytes  que  les  petites  blessures, 
si  fréquentes  dans  la  bouche,  sont  rarement  suivies  d'infection  et  peuvent 
se  cicatriser  proinptement  (Hugenschinidt). 

(2)  Le  rempart  leucocytaire  contribue  beaucoup  à  préserver  le  sang  de 
la  pénétration  des  microbes  intestinaux.  Pourtant,  chez  le  cheval  notam- 
ment, quelques-uns  parviennent,  après  les  repas,  à  s'y  glisser,  mais  sont 
bientòt  détruits. 


64  riMMUNITÉ   NATURELLE 

il  faut  qu'elle  fléchisse  un  instant  ;  si  nous  la  sentons  s'exercer,  c'est 
qu'elle  est  compromise;  nous  ne  pensons  à  la  défense  de  l'organisme 
quo  lorsqu'elle  laisse  la  maladie  se  démasquer,  de  méme  que,  comme 
le  dit  E.  Picard  (1),  on  ne  voit  guère  le  Droit  que  là  où  surgit  un  procès. 
On  congoit  que  le  róle  des  circonstances  susceptibles  de  favoriser 
l'infection  prenne  une  ampleur  particulière  dans  ces  cas  d'immunité 
douteuse  et  incomplète  où  la  balance  hésite  ;  des  facteurs  parfois 
minimes  en  soi  suffisent  à  la  faire  pencher.  Nous  avons  signalé  déjà 
la  part  des  microbes  associés,  des  corps  étrangers  séjournànt  dans 
les  plaies  et  qui  compliquent  la  teche  des  phagocytes  (Vaillard  et  Vin- 
cent). La  poule  normale  est  réfractaire  au  charbon  ;  mais  il  suffit, 
pour  qu'elle  puisse  prendre  le  charbon,  de  lui  plonger  quelque  temps 
les  pattes  et  le  ventre  dans  de  l'eau  froide  (Pasteur)  :  la  réfrigération 
afiaiblit  la  défense  ;  on  arrive  au  méme  résultat  en  administrant  à 
la  poule  des  doses  suffisantes  de  divers  antipyrétiques  (Wagner). 
Nul  doute  que  pour  la  pneumonie  le  froid  ne  soit  une  cause  prédispo- 
sante  à  l'invasion  du  poumon.  Le  froid  peut,  au  contraire,  étre  utile 
ìorsqu'il  gène  revolution  du  parasite',  ainsi  que  Brumpt,  Blanchard 
et  Blatin  l'ont  constate.  Les  grenouilles  infectées  de  Trypanosoma 
inopinalum,  maintenues  à  zèro  degré,  résistent,  tandis  qu'à  20°  elles 
meurent  en  quelques  semaines.  La  marmotte,  le  lérot,  en  état  de 
sommeil  hibernal  determinò  par  le  séjour  à  basse  temperature,  sont 
plus  résistants  aux  trypanosomes,  mais  l'infection  progresse  lorsque, 
réchauffés,  ils  se  réveillent.  On  a  reconnu  que,  chez  les  soldats  soumis 
à  des  fatigues,  les  fortes  chaleurs  concourent  à  l'éclosion  du  tétanos. 
Des  cobayes  inoculés  de  spores  tétaniques  débarrassées  de  toxine, 
et  placés  pendant  deux  ou  trois  jours  à  l'étuve,  contractent  le  tétanos, 
la  multiplication  microbienne  s'effectue  (Vincent)  ;  Tarozzi  a  montré 
que,  chez  le  cobaye,  les  spores  peuvent  resister  longtemps  dans  les 
organes  internes.  Divers  poisons,  notamment  l'alcool  (Déléarde,  Laiti- 
nen),  diminuent  la  résistance  ;  chez  les  alcooliques,  la'  pneumonie,  le 
choléra,^  la  tuberculose,  etc,  entraìnent  une  mortalité  considérable, 
la   vaccination   antirabique   produit  plus   irrégulièrement   ses   effets. 

(1)  «...Et  pourtant  le  domaine  où  le  Droit  exerce  son  influence  d'une 
manière  sourde,  sans  éclat  et  sans  tapage,  est  incomparablement  plus 
étendu  que  celui  où  il  apparali  à  l'occasion  d'un  conflit  ou  d'un  litige, 
avec  l'appareil  judiciaire.  Un  procès  n'est  que  l'explosion  isolée  d'une 
violation  des  règles  juridiques,  une  crise  passagère  et  rare,  une  fausse 
note  dans  le  concert  de  la  vie  legale,  un  manquement  fortuit  à  la  disci- 
pline generale,  attirant  momentanément  l'attention,  et,  par  la  rumeur 
qu'il  provoque,  donnant  l'illusion  qu'il  csl  la  scule  occasion  pour  le  Droit 
de  montrer  sa  pulssance  et  ses  bienfaits.  La  vérité  est  que,  par  une  action 
latente,  mais  constante,  il  régit  et  maintient,  sans  aucuneinterruption, 
l'organisme  des  sociétés.  Que  l'homme  s'agite  ou  se  repose,  qu'il  boive 
mange,  dorme  ou  travaille,  qu'il  peine,  qu'il  souffre,  le  Droit  est  là,  le 
protégeant  sans  cesse...  »  {Mon  Onde  le  jurisconsulle.) 


RÉSISTANCE    NATU BELLE   A    VINFECTION  65 

D'après    Friedberger,  l'administration  assez   prolongóc  d'alcool    aux 
animaux  d'expérience  nuit  à  l'élaboration  des  anticorps. 

La  rcsistance  aux  infections  est  cn  corrélation  avec  le  hon  état 
gént'ral  de  l'organismc  ;  ce  fait  est  particulièrement  manifeste  pour 
certaines  maladies  telles  que  la  tuberculose,  dont  l'éclosion  est  si  net- 
tement  favorisce  par  le  manque  d'air,  l'insuffisance  de  l'alimentation, 
les  maladies  débilitantes.  Le  diabète  predispose  remarquablement  à 
l'infection  staphylococcique.  La  saignée  (Serafini),  le  jeùnc  (Canalis  et 
Morpurgo),  la  fatigue  (Charrin  et  Roger),  facilitent  diverses  infec- 
tions. Lorsqu'un  microbe,  gonocoque,  par  exemple,  parvient  à  s'ins- 
taller  en  plusifuirs  points,  l'un  des  foyers  d'infection  favorise  la  puUu- 
lation  des  germes  dans  les  autres.  Un  état  de  moindre  résistance,  créé 
cn  un  point  determinò  de  l'organismc,  rend  la  région  atteinte  plus 
accessible  à  l'invasion.  Les  traumatismes  articulaires  ou  osseux 
peuvent  favoriser  l'implantation  du  bacillo  tuberculeux  (tumeur 
bianche  du  genou),  du  staphylocoque  (ostéomyélite),  etc.  Si  l'on  con- 
tusionne  la  cuisse  d'un  cobaye,  et  si  dans  la  masse  musculaire  meurtrie 
on  injecte  le  microbe  attenuò  du  charbon  symptomatique,  l'animai 
meurt,  tandis  que  l'injection  pratiquée  dans  un  tissu  intact  est  sans  con- 
séquences  graves  (Nocard  et  Roux).  Les  lésions  des  gencives  créées  par 
l'intoxication  mercurielle  favorisent  l'invasion  du  tissu  par  les  microbes 
de  la  bouche.  Les  frictions  au  xylol  congestionnent  l'oreille  du  lapin  : 
gi  on  injecte  du  streptocoque  dans  la  circulation,  on  peut  voir  un  éiysi- 
pèle  se  développcr  à  l'endroit  impressionné  (Abrami  et  Richet).  Sans 
doute  la  fréquencc  plus  grande  de  l'ostéomyélite  dans  le  jeune  àge 
tient-elle  à  ce  que  l'irrigation  sanguine  au  voisinage  de  l'épiphyse, 
étant  plus  active  pendant  la  période  de  croissance  de  l'os,  assure  mieux 
l'apport  des  microbes.  Une  légère  irritation  peut  étre  utile,  cn 
facilitant  l'afTlux  leucocytaire,  mais  le  tissu  endommagé  par  le  trau- 
matisme,  et  dans  lequel  la  circulation  est  compromise,  n'est  plus  acces- 
sible aux  agents  de  la  défense  et  constitue  un  bon  milieu  de  culture. 
Nous  avons  parie  déjà,à  ce  propos,  des  plaies  de  guerre. Les  altérations 
des  organes  respiratoires,  consécutives  à  la  broncho-pneumonie,  à 
la  coqueluche,  prédisposent  à  la  tuberculose.  De  méme  les  lésions  de 
l'appareil  circulatoire  (rétrécissement  de  l'artère  pulmonaire  notam- 
mcnt),  d'où  resulto  une  diminution  de  l'irrigation  pulmonaire,  Les 
porturbations  de  l'appareil  digestif,  dues  à  l'alimentation  défectueuse, 
à  l'emploi  inopportun  de  purgatifs,  etc,  peuvent  permettre  la  pullu- 
lation  des  germes  de  maladies  intestinales.  Mendoza,  Pottevin  et 
Viol]e,donnantun  purgatif  à  des  singes  et  leur  faisant  ingérer  le  vibrion 
cholérique  lorsque  la  diarrhée  est  établie,  provoquent  un  choléra 
lypique.  Cantacuzène  et  Marie  (1914)  obtiennent  le  méme  résultat 
chez  des  cobayes  traités  par  le  bicarbonato  sodique  et  la  podophylline 
à  dose  purgative,  mais  non  toxique  ;  les  cobayes  à  jeun  sont  plus  récep- 
tifs.  Fait  intéressant,  car  il  denoto  que  les  vibrions  s'accoutument  à 

V  Iminunitc.  «> 


66  VIMMUNITE    NATVRELLE 

lear  nouvel  hOte,  des  cobayes  prennent,  sans  podophylline  ni  bicar- 
bonate,  le  choléra  intestinal  lorsqu'on  leur  fait  avaler  le  liquida  intes- 
tinal,  fourmillant  de  vibrions,  provcnant  d'un  cobaye  mort  de  la 
mala  die. 

Bien  souvent,  l'immunité  naturelle  peut  «tre  vainone  sans  trop  de 
difficulté  par  rexpérimentateur,  soit  qu'il  force  la  dose  des  microbes 
injectés  et  applique  la  méthode  des  passages,  soit  qu'il  ait  recours 
aux  influences  favori&antes  cu  introduise  les  germes  dans  des  régions 
spécialement  propices  à  l'infection.  Le  pigeon,  réfra^itaire  au  charbon, 
contraete  cette  maladie  quand  l'inoculation  est  pratiquée  dans  la 
chambre  antérieure  de  l'ceil  (MetchnikofT).  Roger  a  constate  le  méme 
fait  pour  le  lapin  et  le  charbon  symptomatique.  Herman  a  montré 
combien  l'inoculation  dans  cette  région  est  favorable  à  l'infection 
staphylococcique.  Pour  l'infection  rabique,  elle  est  presque  aussi 
propice  que  l'injection  sous-méningée.  Gràce  à  celle-ci,  on  peut  donner 
la  rage  à  des  animaux  (poule)^qui  ne  la  contractent  jamais  par  morsur'\ 
Nous  avons  d'ailleurs  considerò  plus  haut  l'influence  que  la  nature  de 
la  porte  d'entrée  peut  avoir. 

On  peut  dire  qu'il  n'y  a  pas  d'état  réfractaire  absolu,  de  méme 
qu'il  n'existe  pour  ainsi  dire  aucun  microbe  totalement  dépourvu 
d^aptitudes  pathogènes. 


RESISTANCE  NATURELLE  AUX  POISONS 

Si  les  exemples  d'immunité  naturelle  vis-à-vis  des  microbes  sont 
nombreux,  on  constate  d'autre  part  que  les  espèces  se  distinguent 
grandement  aussi  par  leur  sensibilité  aux  poisons.  Signalons  en  passant 
qu'une  susceptibilité  très  vive  à  une  toxine  donnée  n'implique  pas 
nécessairement  une  réceptivité  extréme  au  microbe  qui  la  produit, 

Réservant  pour  les  pages  suivantes  l'immunité  jantitoxique  acquise, 
nous  n'avons  à  considérer  à  présent  que  les  qualités  innées  de  résis- 
tance  aux  poisons,  L'étude  déjà  ancienne  des  toxiques  à  structure 
chimique  défmie  (poisons  minéraux,  alcaloi'des,  etc.)  avait  mis  en 
relief  l'indifférence  parfois  surprenante  dont  certains  animaux  té- 
moignent  à  leur  égard  ;  celle  des  poisons  complexes  ]de  constitution 
inconnue  (toxines,  venins,  etc.)  apporta  de  nombreux  exemples 
analogues. 

L'homme,  le  cheval,  le  cobaye,  la  souris  sont^  extrémement  seSsIbles 
au  poison  tétanique  ;  la  poule  peut  recevoir  dans  les  veines  cu  sous  la 
peau ,  sans  soufTrir,  de  très  f ortes  doses  de  cette  toxine.  Le  rat  (  1  ) ,  la  souris 


(1)  Unratpesant  100  grammes  peut  recevoir  sans  mourir  dix  fois  la 
dose  mortelle  pour  un  lapin,  et  plus  de  100  fois  la  dose  qui  sufHt  à  tuer  uà 
cobaye. 


nÉSISTANCE    NATLHELLE    AU X    POISONS  67 

ot  surlout  le  orapaud  et  la  grenouille  tolèrent  des  (juantités  ólevées  de 
poison  diphtérique,  qui  h  dose  très  minime  tue  le  cobayt!,  le  lapin,  le 
pigcon,  etc.  L'ichneumon  et  le  hérisson  manifestent,  à  l'égard  des 
venins  de  serpents,  une  immunité  très  marquée  (étudiée  notamment 
par  Galmette,  IMiisalix  et  Bertrand,  Lewin),  mais  qui  néanmoins  cède 
à  des  doses  élevées.  Le  canard,  la  chouette  et  le  chat  sont  peu  sensibles 
au  venin  de  vipere  (Billard  et  Maublant).  Le  hérisson  est  un  animai 
remarquable  :  il  supporte  des  quantités  surprcnantes  de  venin  et 
d'autres  poisons  encore,  la  cantharidine,  l'acide  cyanhydrique,  la  mor- 
phine,  la  toxine  diphtérique  ;  il  tolère  des  doses  énormes  de  toxine 
tétanique  ;  ses  glohules  rouges  résistent  au  sérum  d'anguille  (Camus 
et  Gley). 

Nous  avons  lappelé  déjà  que  les  paramécies  (infusoires)  sont  insen- 
sibles  aux  toxines  tétanique  et  diphtérique  (Gengou)  ;  on  sait  aussi 
que  ces  poisons  n'atteignent  pas  indistinctemont  toutes  les  cellules 
de  l'organisme  ;  la  toxine  diphtérique,  par  exemple,  ne  tue  pas  les 
leucocytes  (BorJet).  Au  seìn  d'une  méme  espèce,  l'àge  intervient 
parfois  comme  facteur  de  sensibilité  :  les  chiens  ou  cobayes  nouveau- 
nés  résistent  mieux  à  l'acide  cyanhydrique  que  les  animaux  adultes  ; 
tandis  que  les  globules  de  poule  sont  très  sensibles,  ceux  du  poussin 
qui  vient  de  sortir  de  l'oeuf  résistent  à  i'arachnolysine  ;  de  méme,  les 
globules  de  lapin  tout  jeune  se  distinguent  par  leur  insensibilité  au 
sérum  d'anguille  (Camus  et  Gley).  On  rencontre  aussi,  dans  certains 
cas,  des  influonces  favorisantes  ;  maintenue  à  basse  temperature, 
la  grenouille  injectée  de  toxine  tétanique  resiste  ;  placée  à  l'étuve, 
elle  contraete  le  tétanos  (Courmont  et  Doyon,  1893).  D'après  Haus- 
mann  (1906),  les  chauves-souris  en  sommeil  hibernal  tolèrent  la  col- 
chicine,  mais  meurent  d'intoxication  lorsqu'on  les  réchaulTe  ;  elles  se 
comportent  alors  comme  si  on  venait  de  leur  injecter  le  poison. 

Mécanisme    de    la    résistance    naturelle    aux    poisons.    —    De 

méme  que  l'étude  de  l'immunité  antimicrobienne  ne  peut  se  dispenser 
de  rechercher  le  sort  dans  l'organisme  de  germes  non  pathogènes,  celle 
de  !a  résistance  aux  poisons  doit  definir  ce  qu'y  deviennent  non  seule- 
meni  les  toxiques,  mais  aussi  diverses  matières  inoffensives.  En  eflet, 
le  fait  qu'une  substance  est  bien  tolérée  résulte  souvent,  non  pas  de 
ce  qu'elle  n'est  douée  par  elle-méme  d'aucune  tendance  délétère,  mais 
de  ce  que  l'organisme  se  défend  avec  succès  contre  elle.  La  physiologie 
normale  fournit  de  multiples  exemples  de  processus  de  désintoxication 
fortefiicaces,  tei  celui  de  la  formation  de  l'uree  aux  dépens  de  l'ammo- 
niaque. 

Quand  il  s'agit  de  poisons  à  structure  chimique  bien  définie,  toxiques 
minéraux,  alcools,  alcaloides,  etc,  il  est  souvent  possible,  en  les  pour- 
suivant  dans  l'organisme,  de  saisir  les  modifications  qu'ils  y  subissent. 
Parfois  une  fraction  tout  au  moins  de  la  substance  introduite  est  èli- 


68  UIMMUNITÉ   NATURELLE 

minée  en  nature  (1),  parfois  le  poison  est  attaqué.  L'oxydation  inter- 
vient  fréquemment  dans  ces  transformations,  lesquelles  conduisent 
souvent  (2),  mais  pas  toujours  (3),  à  la  production  de  composés  moins 
toxiques  ;  toutefois  il  peut  y  avoir  aussi  dédoublement  avec  hydrata- 
tion  (glycosides,  atropine,  cocaine),  ou  combinaison  à  certaines  matières 
appartenant  à  l'organisme  ;  ainsi  l'ammoniaque  s'unit  à  l'acide  car- 
bamique,  le  phénol  se  transforme  en  acides  sulfoconjugués  peu  toxi- 
ques, etc.  Beaucoup  de  poisons,  injectés  dans  le  sang,  en  disparais- 
sent  rapidement  ;  nous  avons  signalé  ce  fait  à  propos  des  toxines,  des 
venins;  il  se  vérifìe  encore  pour  l'arsenic,  l'émétique,  les  nitrites,  etc. 
Certains  organes  prennent  à  la  lutte  contre  les  poisons  une  part  pré- 
pondérante, tei  est  le  foie.  Dès  1873,  Hegcr  a  mqntré  que  le  foie  sert 
de  filtreet  arréte,par  exemple,  la  nicotine  (4)  ;  il  se  comporte  de  méme 
à  l'égard  de  la  morphine  (Verhoogen,  1893).  Il  agit  rapidement  sur 
l'atropine  (5)  (Gloetta,  Clark)  ;  broyé,  il  peut  in  vitro  agir  sur  la  mor- 
phine, l'hyoscyamine,  l'indol,  le  scatol,  le  phénol  ;  d'autres  organes 
encore  possèdent  ce  pouvoir. 

La  nature  chimique  des  toxines  microbiennes  et  poisons  analogues 
restant  mystérieuse,  il  faut  se  résigner  jusqu'à  nouvel  ordre  à  ignorer 
les  désintégrations  que  certains  organismes  sont  peut-étre  capables 
de  leur  faire  subir.  Lorsque,  songeant  à  la  résistance  exceptionnelle  de 
certaines  espèces  à  l'égard  d'une  toxine  donnée,  on  tente  de  s'en  ima- 
giner  les  causes,  deux  possibilités  bien  distinctes  se  présentent  à  l'es- 
prit. Puisque,  chez  les  animaux  sensibles,  il  existe  des  éléments  cellu- 
laires  particulièrement  vulnérables,  il  y  a  lieu  de  croire  que,  chez  les 
animaux  réfractaires,  les  éléments  correspondants,  ou  bien  ne  pré- 
sentent pas  la  susceptibilité  coutumière,  jouissant  ainsi  d'une  immunité 
vraie,  qui  leur  est  inhérente,  ou  bien  sont  préservés,  gràce  à  des  dispo- 
sitions  anatomiques  spéciales  ou  à  d'autres  interventions,  du  contact 
immédiat  de  la  substance  vénéneuse.  En  réalité,  ces  explications 
peuvent  toutes  deux,  et  selon  les  cas,  se  vérifier, 

Nous  avons,  avec  insistancc,  signalé  l'aptitude  des  toxines  à  se  fixer 
sur  l'élément  sensible.  Or,  dans  les  cas  où  l'expérimentation  in  vitro  est 
réalisable,  on  constate  souvent  que  les  cellules  venant  d'organismes 
rjfractaires  ne  manifestent  pas  la  propriété  fixatrice.  Sachs  a  vu  que 
le  poison  hémolytique  des  araignées  (arachnolysinc)  détrviit  les  globules 


(1)  Divers  poisons  introduils  dans  le  sang  s'éliminent  soit  parl'intes- 
tin  et  notamment  gràce  à  i'intermédiaire  de  la  bile  (poisons  minéraux, 
alcools,  etc.)  ou  méme  de  la  salive,  soit  par  les  reins,  la  sueur. 

(2)  Ainsi  l'indol,  en  s'oxydant,  fournit  l'indoxyle,  moins  toxique,  qui,  en 
prf'sence  de  sulfate  potassique,  forme  l'indican. 

(3)  L'alcool  méthylique,  en  s'oxydant  dans  l'organisme, donne  de  l'acide 
formique,  très  toxique. 

(4)  Sans  doute  l'alcaloide  s'élimine-t-il  ensuite  par  la  bile. 

(5)  Une  partie  cependant  du  poison  s'élimine  en  nature. 


RÉSISTANCE    NATUHELLE    AUX    POISONS  69 

rougcs  du  lapin,  mais  non  ccux  du  cobayc;  or,  Ics  globules  du  cobaye 
n'al)sorbent  pas  le  poison,  tandis  que  ceux  du  lapin  s'en  emparent. 
Mélange  aux  globules  de  batraciens,  qu'il  respecte,  le  sérum  d'anguille 
gardc  intact  son  pouvoir  hémolytique  à  l'égard  dcs  globules  sensibles 
d'autrescspèccs  (Camus  elGlcy,  1899).  De  méme,pour  lacrotinc,les  glo- 
bules sensibles  sontaussi  ccux  qui  absorbent(Jacoby,1903).Les  globules 
très  résistants  du  poussin  ne  s'emparent  pas  de  l'arachnolysine,  tandis 
que  ceux  de  l'animai  adulte,  très  réceptifs,  l'extraient  du  liquide.  Chez 
divers  animaux  inscnsil)les  au  poison  tétanique,  tels  que  les  larves 
d'oryctes,  celui-ci  n'est  pas  absorbé  par  les  tissus  et  on  le  retrouvc 
à  l'état  libre  après  un  temps  très  prolongé  (plusieurs  mois)  ;  de  méme, 
le  sang  des  lézards,  des  tortues,  reste  toxique  fort  longtemps  après 
i'injection.  Chez  le  scorpion,  on  retrouve  le  poison  inaltéré  dans  le  foie 
(MetchnikofT).  Lorsque  nous  étudierons  les  réactions  des  globules 
rougcs  d'espèces  différcntes  avcc  des  sérums  étrangcrs,  la  notion  que 
la  diversità  de  sensibilità  de  ces  éléments  est  cn  rapport  avec  l'inéga- 
lité  de  leur  affinité  pour  les  matières  actives  acqucrra  à  nos  yeux  la 
valeur  d'une  loi  très  generale.  Remarquons-le,  la  fagon  variable  dont 
se  comportent,  en  présence  d'un  méme  rcactif  vénéneux,  des  cellules 
de  méme  nom,  mais  provenant  d'animaux  differents,  vient  confirmer 
encore  cette  notion  déjà  développée  plus  haut  et  très  digne  d'attirer 
l'attention,  à  savoir  qu'il  existe,  entre  les  espèces  vivantes,  et  parfois 
méme,  à  un  degré  moindre,  entre  les  individus  d'espèce  identique,  des 
diversités  de  constitution  physico-chimique  aussi  importantes  dans 
leurs  conséquences  que  délicates  dans  leur  nature  intime. 

Pettit  (1914)  a  constate  que  la  toxine  diphtérique  passe,  au  moins 
en  bonne  partie,  à  travers  l'organisme  très  résistant  du  rat  sans  étre 
absorbée  en  cours  de  route  ;  on  peut  retrouver  la  toxine  dans  l'urine, 
celle-ci  tue  le  cobaye  par  intoxication  diphtérique. 

Toutefois,  il  y  a  licu  d'admettre  que  dans  d'autres  ca.s  la  fixation 
s'opère,  mais  quo,  au  lieu  d'affecter  de  précieuses  cellules  nobles  dont 
la  moindre  atteinte  retentit  gravement  sur  le  fonctionnement  orgc- 
nique  et  compromet  l'existence,  elle  s'efYectue  sur  des  éléments  ou  d(S 
principes  chimiqucs  moins  essentiels,  ou  qui,  en  raison  de  leur  naturo, 
ne  sont  pas  exposés  à  subir,  sous  l'influence  du  poison,  de  modification 
profonde.  Certains  constituants  de  l'organisme  peuvent  ainsi,  en  acca- 
parant  la  toxine,  servir  en  quelquc  sorte  de  bouclier  à  d'autres  élé- 
ments. C'est  probablement  ce  qui  se  passe  chez  le  caiman,  animai 
insensible  au  poison  tétanique,  et  chez  lequel  la  toxine  injectée  dispa- 
raìt  très  promptemcnt  du  sang  (Mctchnikoff).  Dònitz  insiste  sur  cette 
notion  et  l'invoque  pour  expliqucr,  au  moins  en  partie,  l'inégale  récep- 
tivité  des  espèces.  Dans  cet  ordrc  d'idées,  il  est  certain  que  si  l'on 
compare  divers  animaux  qu'on  empoisonne  par  une  méme  toxine,  Ics 
lésions  observées  ne  sont  pas  absolument  identiques  ;  ellcs  n'affectent 
pas  les  mémes  organes  avec  la  méme  intensité.  Chez  le  lapin  qui  a  regu 


70  UIMMUNITE   NATURELLE 

de  la  toxine  diphtérique,  les  altera tions  dominantes  sont  celles  du  foie^ 
qui  subit  la  dégénérescence  granulo-graisseuse  ;  celles  du  rein,  où  l'on 
trouve  une  desquamation  épith oliale  prononcée,  sont  aussi  très  mani- 
festes  ;  chose  curieuse,  le  foie  est  beaucoup  moins  atteint  chez  le 
cobaye  (Pcttit),  qui  par  contre  a  de  la  pleurésie  (1). 

Il  a  été  démontré  que,  vis-à-vis  de  diverses  substances  en  solution^ 
les  leucocytes  manifestent  un  intense  pouvoir  absorbant.  Dans  d'autres 
cas,  gràce  à  un  phénomène  d'adsorption,  des  matériaux  du  plasma 
ou  du  sérum  dérivent  parfois  fort  efìlcacement  le  poison»  Dans  ces 
conditions,  puisqu'il  l'accapare  et  l'immobilise,  le  sérum  se  comporte 
comme  s'il  était  antitoxique  ;  il  serait  toutefois  téméraire  d'affirmer 
qu'il  recèle  une  vcritable  antitoxine,  c'est-à-dire  une  matière  méritant, 
de  par  ses  caractères  et  sa  nature,  d'étre  assimilée  aux  anticorps  que 
nous  considérerons  à  propos  de  l'immunité  acquise.  La  saponine,  par 
exemple,  est  douée  d'un  pouvoir  hémolytique  que  le  contact  avec  le 
sérum  lui  enlève  ;  Ransom  a  démontré  que  l'agent  désintoxiquant  du 
sérum  est  la  cholestérine,  laquelle  s'unit  à  la  saponine,  et  n'appartient 
sùrement  pas  à  la  catégorie  des  antitoxines  vraies.  Il  n'est  guère  à 
presumer  non  plus  qu'on  doive  attribuer  à  une  antitoxine  vraie  l'in- 
fluence  neutralisante  que  le  sérum  de  lapin  (Fleischmann,  Metzner,. 
Danielopolu),  animai  peu  sensiblc  à  l'atropine,  exerce  sur  ce  poison  (2)^ 
Nous  rencontrerons,  à  propos  notamment  des  coUoides,  des  exemples 
tangibles  d'influence  protectrice  exercée  par  les  albuminoides  du 
sérum.  Les  ferments  adhèrent  volontiers  aux  protéines  (Hedin,  Zunz), 
ce  qui  explique  le  pouvoir  anti-enzymatique  du' sérum.  Vraisembla- 
blement,  des  phénomènes  d'enrobement  analogues,  incorporant  les 
toxines  en  des  complexes  moins  nocifs,  peuvent  intervenir  pour  pro- 
téger  indirectement  les  cellules  éminemment  sensibles  et  spécialement 
les  éléments  nerveux.  Il  est  difficile  de  préciser  la  nature  des  substances 
en  cause,  mais  il  est  certain  pourtant  que,  dans  des  cas  d'ailleurs  assez 
rares  (3),  le  sérum  d'espèces  réfractaires  exerce  sur  des  toxines  ou  venins 
un  pouvoir  neutralisant  appréciable.  C'est  le  cas,  d'après  Metchnikoff,. 
Calmette,  Phisalix  et  Bertrand,  du  venin  de  serpents  et  du  sérum  de 
divers  animaux  résistants,  le  scorpion,  l'ichneumon,  le  hérisson,  et  les 
serpents  eux-mémes. 


(1)  Chez  le  rat,  les  éléments  anatomiqucs  reslent  remarquablement 
indemnes,  à  moins  qu'on  n'ait  recours  à  des  doses  considérables. 

(2)  Le  sérum  d'homme,  de  mouton,  de  cobaye,  n'agii  pas  sur  l'atro- 
pine. 

(3)  Les  larves  d'oryctes,  le  scorpion,  la  mygale,  la  grenouille  (Metchni- 
koff), la  poulc  (Vaillard)  insensibles  au  poison  tétanique,  ne  possèdent  pas 
le  pouvoir  antitoxique  des  humeurs.  Le  sérum  de  rat,  animai  réfractaire 
au  poison  diphtérique,  ne  le  neutralise  pas  (Kouprianow).  Los  globules^ 
des  batraciens  résistent  au  sérum  de  l'anguille,  mais  leur  sérum  est  inac- 
lif  (Camus  et  Gley). 


lìÉSISTANCE   NATU BELLE    AUX   POISONS  71 

Si  l'absorplion  próalablc  de  la  toxinc  par  rélément  sensible  apparali 
commc  la  condition  nécessaire  de  l'empoisonnoment  et  des  lésions 
corrélatives,  celles-ci  n'en  sont  cependant  pas  toujours  la  conséqilence 
obligée,  car  les  conditions,  de  temperature  notamment,compatibles 
avec  le  phénomène  de  fixation,  peuvent  n'étre  pas  propices  à  l'appa- 
rition  des  troubles.  Madsen  a  montré,  par  excmple,  que  la  tétanolysine 
se  fìxe  mèmc  h  zèro  degré  sur  les  globules,  mais  que  l'hémolyse  n'est 
déchaìnée  qu'à  une  temperature  plus  haute.  Au-dessous  de  20'^,  la 
grenouille  est  réfractaire  au  tétaaios^  mais  les  recherches  de  Mor- 
genroth  (1900)  semblent  bien  démontrer  que  néanmoins  l'absorption 
de  la  toxine  se  réalisc  à  froid.  Ce  que  la  chaleur  développe,  ce  serait 
dono  la  sensibilità  des  cellules  au  poison. 

Enfìn,  dans  certains  cas,  c'est  vraisemblablement  à  des  particularités 
dans  la  structure  ou  les  fonctions  de  certains  des  éléments  anatomiques 
qu'il  faut  attribuer  la  résistance  au  poison.  La  poule  est  tellement 
réfractaire  à  la  toxine  tétanique,  qu'^elle  supporte  sans  troubles  des 
doses  capables  de  rendre  son  sang  toxique  pour  d'autres  animaux. 
Gomme  le  sang  de  poule  ne  possedè  aucune  vertu  neutralisante^ 
on  croyait  tout  d'abord  que  les  centres  nerveux  toléraient  parfaite- 
ment  le  contact  du  poison  tétanique.  Or,  quand  eelui-ci  est  introduit 
non  sous  la  peau  ou  dans  la  circulation,  mais  sous  les  méninges,  le 
tétanos  se  déclare,  le  système  nerveux  est  donc  sensible.  Il  faut  donc 
bien  conclure  qu'il  existe  chez  la  poule,  au  niveau  probablement  des 
parois  vasculaires,  une  conformation  ou  une  propriété  capable  d'oppo- 
ser  une  barrière  efficace  à  la  difTusion,jusqu'aux  cellules  nerveuses,du 
poison  circulant  dans  le  sang.  Les  expériences  réalisées  sur  le  rat  et 
la  toxine  diphtérique  donnent  un  résultat  analogue  (Roux  et  Borrel). 

Ajoutons  encore  que  les  effets  fàcheux  des  intoxications  sont  souvent 
atténués  gràce  au  travail  antagoniste  de  divers  organes,  des  glandes  à 
sécrétion  interne  notamment,  dont  les  fonctions  correctrices  s'efforcent 
de  rétablir  l'équilibre  physiologique.  Par  exemple,  les  animaux  aux- 
quels  on  a  enlevé  les  capsules  surrénales  sont  plus  sensibles  au  curare ^ 
à  la  strychnine.  Or,  il  ne  s'agit  pas  d'une  influence  neutralisante 
directe,  l'extrait  de  surrenale  mélange  au  poison  n'agit  point  sur 
lui  (Camus  et  Porak,  1913). 


e H  API  TRE  III 

L'IMMUNITÉ  ACQUISE 


L'immunité  acquise  peut  résulter  de  la  guérison  d'une  maladie 
spontanee,  ou  étre  artifìciellement  conférée.  Elle  se  transmet  parfois 
à  la  progéniture  (immunité  héréditaire).  L'immunisation  est  active, 
passive  ou  mixte. 


IMMUNISATION  ACTIVE  (VACCINATION) 

Les  organismes  qui  se  laissent  envahir  parviennent  souvent,  au 
prix  d'une  épreuve  plus  ou  moins  pénible  et  prolongée,  à  surmontcr 
l'infection  et  à  recouvrer  la  sante.  Le  fait  que  le  virus,  après  uncj^ériode 
de  succès,  connaìt  les  revers  et  est  fmalement  vaincu,  montre  que  la 
défense  est  susccptible,  au  cours  de  la  maladie,  de  se  fortifier  soit  par 
acquisition  d'armcs  nouvellcs,  soit  par  perfectionnement  de  celles  qu'il 
pcssédait  déjà.  De  plus,  pour  de  nombreuscs  maladies  microbiennes  — 
non  pour  toutes,  malheureusement  —  on  constate  qu'après  guérison 
l'organisme,  en  souvenir  de  la  crise  traversée,  se  montre  doué  d'une 
résistance  souvent  très  prononcée  et  persistente  à  l'égard  de  la  méme 
infection,  et  il  est  naturel  de  penser  que  la  cause  de  cette  immunité 
acquise  consiste  en  ce  que  le  renforcement  défensif,  gràcc  auquel 
l'organisme  a  pu  se  rétablir,  se  maintient. 

Le  caractère  le  plus  frappant  de  l'immunité  acquise,  c'est  la  spéci- 
ficité.  J^a  guérison  de  la  fièvre  typhoide,  de  la  rougeole,  de  la  coque- 
luche,  etc,  met  l'organisme  à  l'abri  de  la  méme  maladie,  sans  protéger 
aucunement  contre  des  infections  difTérentes.  En  d'autres  termos,  la 
réaction  défensive  vise,  avec  une  précision  surprenante,  la  cause 
méme  qui  l'a  suscitée. 

Méthodes  de  vaccìnation  preventive.  —  Puisqu'une  première 
attcinte,  qui  arme  l'organisme,  offre  souvent  pour  l'a  venir  des  garanties 
précieuses,  on  doit  la  considérer  comme  souhaitable,  à  condition,  bien 
entendu,  qu'elle  ne  crée  pas  de  dommagcs  trop  sérieux.  Mettre  artifi- 


IMMUNISATION    ACTIVE    [VACCINATION)  73 

ciellement  l'organisme  dans  un  état  comparable  à  celui  où  il  serait  s'il 
s'était  guéri  d'une  atteinte  spontanee  de  la  maladie  considéréé,  tei  est 
l'objet  de  l'immunisation  active  ou  vaccination.  C'est  le  but  quo 
Jenner  put  atteindre,  grace  aux  propriétés  remarquables  du  cow-pox. 
C'est  celui  d'ailleurs  que  scs  précurseurs  se  proposaient,  lorsqu'ils 
inoculaient  le  germe  varioliquc  provenant  de  préférence  de  cas  bénins. 
C'est  encore  celui  que  Pasteur  poursuivait,  lorsque,  cherchant  à 
mettre  l'homme  ou  les  animaux  à  l'abri  de  diverses  infections,  il  modi- 
fiait  au  préalablc  Ics  microbes  afm  de  provoquer,  en  les  inoculant,  non 
plus  une  maladie  virulente  avec  ses  risques  et  ses  dangers,  mais  une 
atteinte  benigne,  aisément  curable,  susceptible  pourtant  encore  de 
détermincr  dans  l'organisme  la  réaction  salutaire  qui  engendre  l'im- 
munité  persistante. 

Il  s'agit  donc  d'inoculer  le  parasite  ou  certains  de  ses  produits  dans 
dcs  conditions  telles  que  l'organisme  développe  l'effort  utile  sans  étre 
trop  gravement  éprouvé.  Pour  répondre  à  ce  desideratum,  on  dispose 
de  diverses  méthodes  que  nous  allons  énumérer. 

La  meilleure  théoriquement  est  évidemment  celle  qui  consiste  à 
injecter  le  microbe  vivant,  mais  affaibli.  Découverte  la  première,  elle 
ne  se  prète  malheureusement  pas  à  tous  les  cas.  C'est  elle  qui  entre 
en  jeu  dans  la  vaccination  jennérienne  ;  il  est  démontré  aujourd'hui 
que  le  virus  vaccinai  est  bien  de  mème  espèce  que  le  virus  varioliquc  (1). 


(1)  Le  virus  vaccinai  auqucl  Jenner  recourutfutle cow-pox.  Mais  bicntòt 
onutilisafréquemmentlcconlenudespusiulesdéveloppécschez  les  enfants 
vaccinés  ;  on  Iransmettail  ce  virus  «  humanisé  »  à  de  nouveaux  sujets.  Or, 
il  fuL  reconnu  que  celle  praliquc  pouvail  avoir  pour  effet  de  propager  la 
syphilis.  Aussi.  à  rinstigaUoadeWarlomonl,n-l-on  exclusivement  rccours 
aujourd'hui,  pour  la  vacciualion  de  l'homme,  au  virus  enlretenu  chez 
l'animai.  On  emploic  souvenl  la  génisse  ;  loulefois,  élant  donne  que  les 
animaux  adultcs  soni  égalemcnt  Irès  récopUfs,  denombreux  InsliluLs  pré- 
fèrent  ulilisor  des  vaches,  lesquolles  fournisscnl  nalurellcment  des  quan- 
lilésde  vaccin  plus  considérabks  et  soni  moins  sujetles  aux  maladies 
inlcrcurrenles. 

Il  arrive,  rartment  d'ailleurs,  quo  le  cow-pox  degènere  au  cours  des 
passsges  par  la  bète  bovine,  sans  doute  en  raison  du  fait  que  cerlains 
animaux  ne  soni  pas  assez  réceptifs  ;  il  est  partois  utile  de  remonter  sa , 
virulence  en  l'inoculani  de  ttmps  en  Umps  à  un  autre  animil,  nolam- 
ment  à  l'àne;  on  oblicnt  ^gahmcnt  de  bonsrésultatsen  reporìanl  sur  la 
bète  bovine  le  vaccin  récollé  chez  l'enfant  (rèlro-vaccin).  Cerlains  Insti- 
luls  ulilisent  le  virus  provenanl  de  cas  de  vuriole  hum line,  el  qui,  gràcc 
à  quelques  passnges  chez  Tane  ou  la  vrche,  s'esl  adaplé  à  ces  espèces 
(vnriolo-vaccin). 

L'inserlion  vaccinale  chez  la  bète  bovine  se  fail  par  étalement  do  la 
pulpe  virulente  sur  des  scarifìcations  ou  des  piqùres  pratiquées  au  niveau 
des  règions  mammaire  et  perineale  el  d'une  parile  des  régions  inférieure 
el  laterale  de  l'abdomen  el  de  la  poilrine,  les  surfaces  cutanées  ayanl  élé 
soìgaeusement  lavèes  au  préalable. 

L-^s  puslules  bica  développées  au  qualrième  ou  ciìquième  jour  soni 


74  riMMUNITÉ   ACQUISE 

On  dit  habituellement  que  le  premier  représonte  la  forme  atténuée 
du  second,  l'afTaiblissement  di'  la  virulence  résultant  de  ce  que  le  germe 
s'est  acclimaté  chez  la  bète  bovine  ou  le  cheval.  Cela  est  vrai  par  rap- 
port  à  l'homme,  mais  il  est  bon  de  faire  remarquer  que  ce  n'est  pas 
exact  par  rapport  à  l'animai.  En  réalité,  la  vaccine  est  une  race  appar- 
tenant  à  la  méme  espèce  que  le  virus  variolique,  mais  qui  est  adaptée 
à  la  bete  bovine  ou  au  cheval,  et  qui,  très  peu  pathogène  pour  l'homme ^ 
est  pour  ces  animaux  plus  virulente  que  le  virus  variolique,  tout  en 
étant  cepcndant  moins  dangereuse  pour  eux  que  le  virus  variolique 
ne  l'est  pour  l'homme. 

La  nature  nous  fournit  le  virus  accoutumé  à  l'animai  (vaccine),, 
mais  l'expérimentateur  peut  réaliser  la  méme  adaptation  en  partant 
du  virus  variolique  humain,  Celui-ci,  inséré  à  la  peau  du  singe  ou  de  la 
génisse,  développe  des  pustules  vaccinales  devenant  bien  typiques 
après  quelques  passages.  Le  contenu  de  ces  pustules,  reporté  sur 
l'homme,  détermine,  non  la  variole,  mais  la  vaccine.  Chez  la  bete 
bovine,  le  virus  variolique  humain  s'implante  plus  péniblement  que 
chez  le  singe,  mais  le  développement  s'améliore  au  cours  des  passages 
et  l'on  obtient  bientòt  des  pustules  identiques  à  celles  du  cow-pox 
naturel.  Ce  résultat  a  été  confirmé  par  Granducheau,  opérant  sur  le 
bufile  au  Tonkin.  D'autre  part,  l'inoculation  à  la  vache  du  virus  équin 
(horsc-pox)  fait  apparaìtre  le  cow-pox.  L'insertion  sur  la  cornee  du 
lapin,  par  scarification,  soit  du  virus  vaccinai,  soit  du  virus  variolique^ 
provoque  la  méme  lésion,  la  pustule  cornéenne,  avcc  production  des 
mcmes  inclusions  cellulaires  (corps  de  Guarnieri).  Le  virus  de  la  clavelée 


à  ce  moment,  soumises  au  raclage  ;  l'opération  est  parfois  renouvelée 
deux  jours  plus  tard  (Degive).  La  pulpe  recueillie  est  broyée,  mélangée  à 
poids  égal  de  glycérine  et  conservée  quelques  semaines  à  très  basse  tem- 
perature. On  ajoute  alors  une  nouvelle  quantilé,  égale  à  la  première,  de 
giycérine  et  procède  à  un  broyage  plus  minulieux.  La  pulpc,  tamisée 
ensuite,  est  prète  à  étre  employée  ;  on  la  distribue  en  plaques  ou  tubes 
stériles.  La  glycérine  délruit  beaucoup  de  microbes  associés,  sans  porter 
sensiblement  atteinte  à  Factivité  du  vaccin,  laquelle  se  maintient  très 
longtemps  à  froid,  mais  se  deprime  assez  promptement  à  la  tempera- 
ture ordinaire.  On  peut  aussi,  notarament  si  le  vaccin  doit  étre  expédié 
dans  les  pays  tropicaux,dessécher  à  temperature  assezbasse,  sous  l'action 
d'un  violent  courant  d'air,  la  pulpe  virulente,  aussitòt  après  l'avoir  récol- 
tée.  On  pulvérise  ensuite  et  conserve  à  temperature  basse,  dans  des 
flacons  exsiccateurs. 

Le  vaccin  doit  étre  soumis  à  un  contróle  bactériologique  attestant  que 
l'influence  epura trice  de  la  glycérine  s'est  suflìsamment  exercée.  Le  con- 
tróle clinique  est  également  indispensable  ;  le  vaccin  doit  manifester  pour 
l'enfant  la  virulence  requise,  donner  régulièrement  lieu  à  des  pustules 
typiques.  Les  animaux  vaccinifères  doivent  avoir  été  soumis  à  l'épreuve 
luberculinique;  il  convient  de  les  autop^ier  peu  après  la  récolte  du 
vaccin  et  de  rejeler  celui-ci  lorsquel'extmen  posi  morlem  démontre  que  la 
bète  était  malade. 


IMMUi\ISAT10i\    ACTJVE    {VACCJi\ATION)  75 

du  mouton  parali  très  voisin  du  virus  variolo-vaccinal  ;  son  inoculalion 
à  rhomme  provoque  des  pustules  fori  semblables  ù  celles  de  la  vaccine^ 
et  qu'on  peut  transmettre  aussi  à  de  nouveaux  sujets  (Chaumier). 

La  méthode  jennérienne,  purement  cmpirique  el  limitée  au  cas  de  la 
variole,  ne  devint  réellement  scienti fìque  et  ne  révéla  toutes  ses  res- 
sources  que  le  jour  où  Pasteur,  ayant  découvcrt  la  nature  animée  des 
virus,  put,  avec  ses  collaborateurs,  Ics  cultiver  à  l'état  pur  et  les  sou- 
mettre  à  des  influences  capables  d'abaisser  leur  virulence,  ouvrant 
ainsi  l'ère  de  la  prévention  et  de  la  thérapeutique  spécifiques.  Il  décou- 
vrit  Ics  divcrs  moyens  actuellement  connus  d'atténuer  les  microbes, 
et  qui  sont  :  la  culture  dans  des  conditions  défavorables  (à  une  tempe- 
rature trop  haute,  par  exemple,  ou  en  présence  d'antiseptiques),  les 
germes  étant  alors  modifiés  au  fur  et  à  mesure  qu'ils  se  multiplient  ; 
l'action,  sur  des  germes  développés  dans  des  conditions  normales, 
d'influences  déprimant  leur  vitalité,  tellcs  que  la  dessiccation  ;  le  pas- 
sage  du  virus  à  travers  des  organismes  appropriés.  Ges  divers  facteurs 
peuvent  du  reste,  dans  certains  cas,  étre  concurremment  mis  en 
oeuvre. 

Pasteur  avait  constate  tout  d'abord  (1878-1880)  que  la  culture  du 
microbe  du  choléra  des  poules  perd  beaucoup  de  sa  nocivité  lorsqu'on 
la  conserve  quelques  mois  à  l'obscurité,  de  préférence  sans  la  sceller  (1). 
En  l'éprouvant  à  divers  intervalles,  on  trouve  qu'au  bout  d'un  certain 
temps,  injectée  à  la  poule,  elle  ne  tue  plus,  mais  provoque  une  maladie 
benigne  qui  confère  l'immunité,  Les  cultures  trop  longtemps  conser- 
vées  deviennent  presquc  totalement  inofTensives,  mais  ne  vaccinent 
plus  bien. 

Pour  affaiblir  le  microbe  du  charbon,  la  simple  conservation  au 
contact  de  l'air  ne  sufTit  pas  (2),  il  faut  une  impression  plus  profonde. 
Nous  avons  vu  plus  haut  comment  Pasteur,  Roux  et  Chamberland 
parvinrent  à  transformer  ce  virus  mórtel  en  un  germe  aisément  toléré  : 
or,  le  microbe  attenne  se  comporte  comme  un  vaccin  très  efficace. 
On  injecte  d'abord  aux  animaux  qu'on  veut  immuniser  un  microbe 
(premier  vaccin)  dont  la  virulence  a  baissé  au  point  qu'il  ne  tue  plus 
le  cobaye  (3);  douze  à  quinze  jours  plus  tard,  on  administre  le  second 
•accin,  moins  afYaibli,  qui  tue  le  cobaye,  mais  respecte  le  lapin.  L'his- 
toire  de  la  science  garde  le  souvenir  de  la  célèbre  expérience  de  Pouilly- 
te-Fort  (1881),  réalisée  devant  un  concours  nombreux  de  vétérinaires, 
de  médecins,  d'agriculteurs,  de  représentants  des  pouvoirs  publics  ; 

(1)  Les  cultures  scellées  gardent  mieux  leur  virulence;  l'oxygène  inter- 
vieni dans  ratténualion. 

(2)  Rappelons  cependant  que  parfois,  mais  au  bout  d'un  temps  très 
long,  Ics  cultures  entretenues  au  laboratoire  sur  Ics  milieux  habituels 
perdenl  leur  virulence. 

(3)  On  inoculo,  de  ce  premier  vaccin,  0cc,25  à  la  vache,  et  la  raoitié  de 
cette  dose  au  mouton. 


76  VIMMUNITÉ   ACQUI  SE 

25  moutons  traités  au  préalable  furent  inoculés,  en  méme  temps  quc 
25  moutons  normaux,  de  culture  virulente  ;  tous  les  vaccinés  résis- 
tèrent,  les  moutons  non  vaccinés  succombèrent  au  charbon. 

Nous  avons  vu  aussi  que  les  passages  répétés  à  travers  le  lapin  atté- 
nuent  le  microbe  du  rouget  pour  le  porc  (1).  A  l'égard  de  celui-ci,  le 
virus  ainsi  modifié  se  comporte  comme  un  vaccin  (Pasteur  et  Thuil- 
lier,  1883).  Le  virus  rabique  s'afTaiblit  par  passage  chez  le  singe.  Pas- 
teur songea  à  tirer  parti  de  ce  fait  pour  la  prévention  de  la  rage.  Mais 
une  autre  méthode  plus  pratique  et  plus  fidèle  fut  bientòt  à  sa  dispo- 
sition. 

On  sait  que  le  virus  rabique  est  reste  invisible  et  incultivable  sur  les 
milieux  artifìciels  (2)^  mais  on  peut  considérer  comme  de  véritablcs 
cultures,  tant  il  y  est  abondant,  les  centres  nerveux  d'animaux  morts 
de  la  maladie.  Pour  communiqucr  la  rage  au  lapin  avcc  régularité  et 
certitude  absolues,  Pasteur,  Roux,  Chamberland  et  Thuillier  eurent 
recours  à  la  trépanation  permettant  l'inoculation  sous-méningée.  Le 
premier  lapin  qui  regut  de  la  sorte  le  virus  provenant  du  chien  contracta 
les  symptomes  typiques  après  une  incubation  d'une  quinzaine  de  jours. 
Le  bulbe  retiré  du  cadavre  servit  à  inoculer,  par  le  méme  procède,  un 
second  lapin,  lequel  fournit  le  matèrici  virulent  pour  un  troisièmo 
animai,  et  ainsi  de  suite.  Au  cours  de  ces  passages,  l'incubation  se 
raccourcit  progressivement,  et  sa  durée  fìnit  par  n'étre  plus  quc  de 
six  jours  ;  l'adaptation  du  virus  aux  centres  nerveux  du  lapin  est  alors 
aussi  complète  que  possible  ;  on  dispose  ainsi  d'un  «  virus  fixe  ». 

Or,  si,  ayant  extrait  la  moelle  épinière  d'un  lapin  qui  vient  de  mou- 
rir,  on  la  dessèche  à  l'air  libre  (3),  à  une  temperature  voisine  de  20", 
on  constate  que  la  virulence  s'abaisse  progressivement  et  fmit,  au 
bout  d'une  quinzaine  de  jours,  par  disparaltre.  Des  fragments  de 
moelle  séchèe,  broyès  et  èmulsionnés  dans  un  pcu  d'eau,  peuvent  étre 
injectés  sans  danger.  L'injection  sous  la  dure-mère  du  lapin  dèmontre 
d'ailleurs  que  la  dessiccation  attenne  réellement  les  moelles  :  ainsi  le 
virus  fixe,  dessèche  cinq  jours,  et  introduit  par  trépanation,  ne  donne 
la  rage  (Marie)  qu'au  bout  d'une  incubation  prolongéc  (seize  jours). 
Ghose  remarquable,  les  animaux  qui  regoivent  une  sèrie  d'injections. 


(1)  Il  va  sansdireque  tous  Ics  virus  ne  s'alténuent  pas  pour  une  espèco 
donnée  quand  on  les  fait  passer  à  travers  une  espèce  dilTèrente  ;  hi 
mèihodc  n'a  donc  pas  de  valeur  generale.  Par  exemple,  le  virus  syphili- 
tiquo,  entrctcnu  vingt-deux  mois  sur  le  lapin  (16  passages),  peut  encore 
infecier  l'homme,  ainsi  qu'une  contamina tion  fortuite,  survenue  chez  un 
garQon  de  laboratoire,  l'a  révélé  à  Danila  et  Stroe  (1914). 

(2)  Los  données  de  Noguchi  (1913)  concernant  la  morphologie  et  la 
culture  de  ce  virus  dcmandent  confnmation. 

(3)  On  suspend  à  l'aide  d'un  fil  le  trongon  de  moelle  dans  un  flacon  à 
deux  tubulures  au  fond  duquel  on  a  mis  quclques  frcgments  de  potasse 
causlique  qui  absorbe  l'humidité. 


IMMUNISATION    ACTIVE    {V  ACCI  NAT  JO^)  77 

d'abord  de  moclles  longucmcnt  dcssóchécs,  puis  de  moelles  douL  le 
séjour  dans  le  flacon  exsiccatcur  a  óté  de  plus  en  plus  href,  supportent 
finalement  sans  aucun  accident  l'inoculation  de  moolle  rabique 
frak'he  :  ils  sont  iinmunisés.  L(  s  cliiens  ainsi  traités  pcuvent  impuné- 
ment  étrc  exposés  aux  morsurcs  rabiqucs  (1)  ;  ils  pcuvent  aussi  tolérer 
l'injcction  du  virus  dans  la  chambre  antéricure  de  l'olii  etparfois  méme 
l'inoculation  intracranienne. 

Gràce  à  la  longueur  de  la  période  d'incubation,  au  cours  de  laqucllc 
le  virus  se  maintient  à  l'état  latent  sans  causer  d'accidents,  le  traite- 
ment  est  applicable  à  l'homme  ;  l'organisme  met  ce  répit  à  profìt  pour 
développer,  sous  l'influencc  de  la  vaccination,  la  réaction  protectrice. 
Le  traitement  fut  pour  la  première  fois,  et  avec  un  succès  complet, 
applique,  on  juillct  1885,  à  un  enfant  gravement  mordu,  et  l'on  sait 
combicn  il  a,  dans  la  suite,  préservé  d'existcnces. 

En  réalité,  dans  la  méthode  pastorienne,  l'atténuation  du  virus 
rabique  ne  résulte  pas  seulement  de  la  dessiccation  au  contact  de 
l'air  (2)  ;  une  autre  influence  intervient,  celle  des  passages  répétés 
dans  le  système  nerveux  centrai  du  lapin.  Il  est  acquis  aujourd'hui 
que  le  «  virus  fìxe  »  possedè  des  propriétés  particulières.  Si  redoutable 
lorsqu'on  l'introduit  directement  dans  le  cerveau,  il  est,  méme  pour  le 
lapin,  moins  dangereux  que  le  virus  primitif  du  chien  lorsqu'il  est 
injecté  sous  la  pcau.  Ghose  plus  importante,  le  virus  rabique,  devenu 
virus  fìxe,  ne  présente  plus  pour  l'homme  qu'une  nocivité  très  affaiblie  : 
méme  s'il  n'a  subi  aucune  dessiccation,  il  ne  provoque,  dans  la  grande 
majorité  des  cas  tout  au  nioins,  aucun  accident  (3).  Toutefois,  l'in- 
iluence  adjuvantc  de  la  dessiccation  apporte,  au  traitement  anti- 
rabique,  une  garantie  absoluc  d'innocuité.  Aussi  emploie-t-on  presque 
partout  les  moelles  desséchées  (4)  ;  dans  de  rares  Instituts,  le  traitement 


(1)  Dans  une  expéricnce,  par  oxemple,  Pasteur  et  ses  collaborateurs 
iinmunisèrent  23  chiens,  qui  résistòrent  parfaitement  à  la  morsure,  tandis 
que,  chez  les  animaux  non  traités,  celle-ci  provoque  la  raaladie  dans 
66  p.  100  des  cas. 

(2)  11  faul  signalcr  à  ce  propos  que  le  séjour  des  moelles  dans  les  flacons 
les  soumet,  non  seulement  à  l'influence  de  la  dessiccation,  mais  encore  à 
celle  de  l'oxygène,  qui  intervient  à  titre  prépondérant  :  Van  Steenberghe 
a  montré  que  les  moelles  rabiques,  dessichées  à  l'abri  de  l'air,  gardent 
longlemps  leur  virulence. 

(3)  11  scmble  bien  établi  toutefois  que,  très  exceptionnellement,  le 
virus  flxe  frais  peut  communiquer  à  l'homme  une  rage  paralytique  affec- 
tant  de  préférence  le  type  de  la  paralysie  ascendante.  On  a  retrouvé 
en  pareli  cas,  dans  le  système  nerveux  des  personnes  morles,  un  virus 
donuaut  par  trépanation  la  roge  au  lapin  après  une  incubation  de  six  à 
sept  jours  seulement.  Les  fails  de  ce  genre,  signalés  par  quelques  Instituts, 
ont  été  collationnés  avec  soin  par  Kozewalow  (1914). 

(4)  Autrefois,  on  croyait  devoir  injecter,  au  début  du  traitement,  des 
moelles  ayant  subi  une  dessiccation  tre  s  prolorgée  (quatorze  jours);  il  a  été 
reconnu  cìepuis  que  mieux  vaut  ne  fa  ire  intervenir  que  des  moelles  mode- 


78  VIMMUNITÉ   ACQUI  SE 

consiste  dans  l'injection,à  doses  très  faibles,de  virus  fixe  frais  (Hògyes). 
Pour  immuniser  les  bovidés  contre  le  charbon  symptomatique, 
Arloing,  Cornevin  et  Thomas  eurent  recours  à  l'action  de  la  chaleur 
sur  l'exsudat  pathologique  ;  les  tumeurs  charbonneuses  sont  triturées, 
desséchées  et  pulvérisées,  la  poudre  obtenue  est  chaufTée  pendant 
quelques  heures  soit  vers  100°  (premier  vaccin),  soit  vers  90°  (second 
vaccin).  Leclainche  et  Vallèe  ont  utilisé  des  cultures  chauffées  à  70°;  ces 
auteurs  ont  constate  d'autre  part  qu'on  peut  atténuer  le  microbo  en  le 
cultivant  pendant  quinze  jours  dans  du  bouillon,  à  une  temperature 
de  430-440.  A  rinstitut  sérothérapique  de  Rotterdam,  on  vaccine 
contre  le  charbon  symptomatique  en  insérant  sous  la  peau  des  animaux, 

rément  desséchées.  Dansdenombreux  Instituts,  on  adniinistre  successive- 
ment  des  moelles  doni  la  durée  de  séjour  dans  le  flacon  exsiccatei  r,  à  20", 
est  compriseentreneufetdeux  jours.  En  general,  on  pratique  18  injeetions, 
une  par  jour.  Cependant,  s'il  s'agit  de  morsures  particulièrement  graves 
{siégeant  à  la  face),  le  traitement  peut  durer  vingt  et  un  ou  méme  vingt- 
cinq  jours.  It  y  a  lieu  de  penser  que  la  solidité  de  l'immunité  conférée 
(iaquelle  apparaìt  assez  lentement  et  ne  se  prononce  que  vers  la  fìn  du 
traitement)  est  en  rapport  avec  la  quantitéde  moelle  résorbée.  Ilconvient, 
•surtout  pour  ce  qui  concerne  les  moelles  dont  la  dessìccalion  a  été  assez 
prolongée  (c'est-à-dire  a  dure  de  cinq  à  neuf  jours,  par  exemple),  d'ino- 
culer  des  doses  assez  fortes.  A  Bruxelles,  on  administre  quotidiennement 
à  chaque  personne  une  longueur  de  moelle  égale,  selon  le  degré  de  dessic- 
cation,  soit  à  un  centimetro  et  demi,  soit  à  trois  quarts  de  centimetro,  Io 
total  s'élevant  ainsi,  pour  vin  traitement  de  dix-huit  jours,  à  une  longueur 
•d'environvingtcontimètres,  dontlesdeuxcmquièmesàpeuprès  consistent 
en  moelles  peu  desséchées  (entre  deux  et  cinq  jours). 

Il  est  commode  de  pouvoir  conserver  pendant  un  certain  temps  les 
moelles  à  l'état  d'attenua tion  où  elles  se  trouvent  au  sortir  du  flacon  exsic- 
cateur.  G'est  ce  que  Galmette  a  réalisé  en  mettant  à  profit  cette  consta- 
ta tion  due  à  Roux  (1887)  que  la  glycérine  n'altera  le  virus  quo  lentement. 
Les  moelles  étant  suspendues  dans  le  flacon  à  potasse  causlique,  on  en 
coupé  quotidienncmcnt,  à  partir  du  second  jour  jusqu'au  neuviime  inclu- 
sivement,  des  trongons  quo  l'on  transporto  immédiatement  en  potits 
flacors  contenant  un  peu  de  glycérine  stérilisée  dans  iaquelle  on  les 
immerge  ;  on  constitue  ainsi  une  collection  (utilisabie  durant  trois 
semaines  au  maximum)  de  moelles  desséchées  pendant  des  temps 
variables.  Au  moment  de  l'emploi,  on  coupé  la  longueur  voulue  de  moelle, 
que  l'on  exprime  entre  feuilles  de  papier- Altre  stèrile  pour  enlever  la 
glycérine.  On  triture  en  verro  à  pied  au  moyon  d'un  agitatour  stérilisé  ;  la 
pàté  obtenue  est  additionnée  peu  à  peu  de  la  quantité  nécessaire  de  solu- 
tion physiologique,  c'est-à-dire  de  5  centimètres  cubes  par  personne 
à  traiter.  On  injecte  l'émulsion  aprèsl'avoir  tamisée  sur  toile  métallique 
flambée, 

Gràco  à  l'emploi  de  la  glycérine,  on  dispose  constamment  de  moelles 
aux  divers  degrés  de  dessiccation  tout  en  ne  pratiquant  l'inoculation 
sous-méningée  de  virus  fixe  au  lapin  qu'à  intervalles  de  neuf  à  onze  jours  : 
on  injecte  une  sèrie  de  lapins  en  utilisant  le  bulbo  d'un  des  lapins,  qui 
viennent  de  mourir,  de  la  sèrie  précédente.  L'economie  de  travail  et 
d'animaux  ainsi  réaliséo  est  importante  surtout  pour  les  Instituts  qui 
n'ont  à  soigner  qu'un  nombro  de  personnes  relativement  restreint. 


IMMUNISAflON    ACTI\  E   {V  ACCI  NATI  ON)  79 

vers  l'cxtrémité  de  la  qucue,  dcs  fragments  d'ouate  imprégnéc  de; 
spores  et  desséchée  ensuite  à  4S^. 

Nous  avons  déjà  signalé  le  fait  qu'à  la  faveur  d'innoml)rables  pas- 
-ages,  la  Nature  a  réalisé  l'adaptation  du  badile  tuberculeux  à  d(!s 
espèces  dilTérentes  et  fait  apparaltre  ainsi  des  races  microbiennes  dis- 
tinctes  ;  il  ctait  rationnel  de  recherchcr,  comme  Grancher  et  Ledoux- 
Lebard,  Grancher  et  Martin,  Courmont  et  Dor  le  firent  dès  1890,  si 
une  variété  virulente  pour  une  espèce  donnée  ne  pouvait  servir  de 
vaccin  pour  une  espèce  digerente.  Les  tenta tives  de  ces  auteurs,  et 
les  essais  répétés  d'autres  observateurs  (notamment  Héricourt  et 
Richet,  1892  ;Babès,  1893  ;Friedemann,  1903),quiutilisaient  des  bacilles 
venant  du  cheval,  des  oiseaux,  des  animaux  à  sang  froid,  ne  condui- 
sirent  qu'à  de  médiocres  résultats.  En  vue  de  préserver  le  bétail, 
Bchring  reprit  l'idée  en  1902  et  préconisa  son  «  bovovaccin  »,  lequel 
consiste  en  bacilles  de  provcnance  humainc,  assez  peu  virulents  et 
desséchés  au  préalable  (1).  On  a  tenté  aussi  d'atténuer  le  bacille 
tuberculeux  en  le  plagant  dans  des  conditions  d'existence  spéciales, 
en  le  cultivant,par  exemple,  sur  des  milieux  contenant  de  la  bile  de 
boeuf  (Calmette  et  Guérin),  sous  l'influence  de  laquelle  la  virulence 
pour  le  cobaye  notamment  se  deprime  très  notablemont.  Mais  on  doit 
reconnaìtre  que,  pour  la  tuberculose,  les  procédés  de  vaccination  les 
raieux  congus  n'accordent  à  l'organismo  qu'un  léger  accroissement 
<ie  résistance  ;  ils  sont  impuissants  à  créer  uri  état  d'immunité  solide. 

Nous  l'avons  déjà  signalé,  la  culture  du  microbe  de  la  péripneumonic 
des  bovidés  dans  le  sérum  de  chèvre  réalise  une  sorte  de  «  passage  in 
f;/7ro))adaptant  le  virus  à  l'organismo  de  la  chèvre.  Mais  si  l'on  cultivc 
le  germe  dans  un  mélange  de  bouillon  et  de  sérum  de  cheval,  on  le 
dépouille  de  sa  virulence  pour  le  boeuf  (2).  De  telles  cultures  sont 
«mployées  avec  succès  pour  immuniser  la  bète  bovine. 

On  a  tenté  d'innombrables  essais  pour  atténuer  les  microbes  patho- 
gènes  les  plus  divers  et  les  transformer  ainsi  en  vaccins  inofTensifs  et 
fidèles.  Mais  il  a  fallu  reconnaìtre  que  de  nombreuses  espèces  ne  se 
préient  pas  aisément  à  une  parcille  métamorphose.  Farmi  les  microbes 
que  l'on  parvient  à  atténuer  d'une  fagon  durable,  il  convient  de  citer 
encore  le  bacille  de  la  peste,  quo  Kolle  et  Strong  ont  transformé  en 
vaccin  sous  l'influence  prolongée  d'une  temperature  assez  élevée 
(41o  à  43°),  et  par  addition  d'alcool  au  milieu  de  culture. 


(1)  On  emploie  des  bacilles  humains  développés  sur  bouillon  glycériné. 
Le  truiiement  préventif  consiste  endeux  injections  intraveineuses,  l'une 
<ltì  4  milligrammes,  l'autre  de  2  centigrammes  de  bacilles  secs,  prali- 
quées  à  trois  mois  environ  d'intervalle.  On  vaccine  de  pvéférence  les  ani- 
maux à  l'àge  de  trois  semaines  à  qua  tre  mois. 

La  virulence  du  bovovaccin  de  Behring  pour  le  cobaye  est  variable. 

(2)  Réensemeucé  ultérieurement  sur  sérum  de  boeuf,  le  microbe  atte- 
nuò redevient  virulent  pour  cet  animai. 


80  VIMMUNITÉ    ACQUI  SE 

Mais  on  dispose  parfois  d'autres  ressources.  II  est  des  cas  où  l'atté- 
nuation  préalable  n'est  pas  indispensable,  et  où  ì'on  peut  employer, 
à  titre  de  vaccin,  le  virus  lui-méme,  vivant  et  normal.  On  peut,  en  cffet, 
mettre  à  profit  ce  fait  que  certains  microbes,  habituellement  dange- 
reux,  sont  moins  redoutables  et  parfois  méme  inoffensifs  lorsqu'on  les 
fait  pénétrer  dans  certaines  régions  de  l'organisme.  Il  est  probable 
que  la  muqueuse  des  voies  respiratoires  est  la  porte  d'entrée  naturelle 
pour  le  virus  variolique  ;  celui-ci  paraìt  moins  nocif  lorsqu'il  est  inséré 
artificiellement  à  la  peau  ;  ainsi  s'expliquerait  le  succès  au  moins  rela- 
tif  de  la  variolisation  que  pratiquaient  nos  ancétres.  Nocard  et  Roux 
ont  montré  que,  chez  la  chèvre  et  le  mouton,  le  virus  rabique  inoculé 
dans  les  veines  ne  determino  pas  la  maladie,  mais  immunise.  Chez  le 
boeuf,  le  microbo  du  charbon  symptomatique,  inoculé  dans  la  circula- 
tion,  se  comporte  de  méme  (Arloing,  Cornevin  et  Thomas).  Dangereux 
lorsqu'il  penetro  dans  le  tube  digestif,  le  vibrion  cholérique  n'est  pas 
un  parasite  des  tissus  ;  on  peut,  chez  l'homme,  l'inoculer  sous  la  peau^ 
cn  guise  do  vaccin;  c'est  ce  qui  fut  réalisé  par  Ferran  (1885)  et  HafT- 
kine  (1). 

Il  y  a  lieu  de  signaler  cncore  une  ancienne  constatation  due  à  Chau- 
veau  :  l'injection  intraveineuse  du  virus  vaccinai  ou  du  virus  vario- 
lique immunise  le  choval  ou  la  génisse  contro  la  vaccine,  sans  provo- 
quor  d'érùption  cutaneo. 

Il  est  des  maladies  qui  ne  sont  vraiment  très  redoutables  que  si  le 
virus  siège  en  un  organo  essentiel  à  la  vie  ;  leur  localisation  en  d'autres 
régions  no  monaco  pas  l'cxistonce.  C'est  le  cas  de  la  péripneumonie 
des  bovidés,  et  c'est  la  notion  mise  à  profit  par  Willems,  médecin  belge, 
bien  avant  l'avènemont  do  la  bactériologie  (1852).  Inoculé  à  l'extré- 
mité  do  la  queue  d'animaux  normaux,  lo  liquide  virulcnt  retiré  du 
poumon  des  animaux  atteints  de  la  maladie  naturelle  determino  au 
point  de  pénétration  un  oedème  qui  envahit  parfois  l'arrière-train, 
mais  qui,  en  general,  ne  s'accompagno  pas  do  symptomes  alarmants  ; 
dans  la  grande  majorité  des  cas,  la  guérison  s'opero  et  l'immunité 
s'établit.  Néanmoins,  co  procède  est  aujourd'hui  avantageusement 
remplacé  par  l'injection  des  cultures  atténuées  (Roux,  Nocard  et 
Dujardin-Beaumetz). 

Dans  certains  cas,  où  pourtant  co  factour,  la  nature  de  la  porto 
d'entrée,  n'a  pas  la  memo  importane©,  on  peut  immuniser  en  inoculant 


(1)  Ferran  employait  des  cultures  en  bouillon  àgées  de  deux  jours  ;  il 
inoculait,  sous  la  peau  de  chaque  bras,  d'abord  un  centimetro  cube,  puis^ 
cinq  à  six  jours  plus  tard,  lcc,5.  Haffkine  utilise,  pour  la  première  injec- 
lion,  un  vibrion  atténué,  et  pour  la  seconde,  pratiquée  huit  jours  après, 
un  microbo  dont  la  virulence  a  èie  renforcée  par  de  nombreux  passages 
chez  le  cobaye  injecté  intrapéritonéalement.  Les  quantités  employées 
lorsdc  chaque  injection  à  l'homme  sont  de  1/20  à  1/10  de  culture  sur 
gé.'ose. 


IMMUNISATION    ACTIVE    [VACCINATION)  81 

lo  <i:erino  virulent,  à  condition  d'cn  mettre  en  oeuvre  une  quantité  très 
niininic.  Bien  entondu,  pour  de  nombreuses  maladics  qui  se  propagent 
aisément  et  se  déclarent  méme  à  la  suite  d'une  contamination  très 
légère,  charbon  par  exemple,  il  ne  saurait  étre  question  de  ce  procède 
simple.  Toutefois,  Roux  et  Vallee,  Galmette  et  Guérin,  ont  vu  que 
l'ingestion,  par  la  bète  bovine,  d'une  très  petite  quantité  de  bacilles 
tuberculeux  vivants  peut,  sans  occasionner  d'accidents,  procurer 
sinon  l'immunité  solide  et  durable  (c'est  la  réserve  qui  s'impose  tou- 
jours  lorsqu'il  s'agit  de  ce  redoutable  problème  de  la  prévcntion  de  la 
tuberculoso),  au  moins  une  résistance  très  réelle  d'environ  une  année, 
à  la  contamination  par  contact  avec  des  animaux  malades.  Il  est  pro- 
bable  quo  chez  l'homme  la  nature  réalisc  souvent  une  immunisation 
au  moins  relative  cn  soumettant  Torganisme  à  de  faibles  contamina- 
tions.  Les  bovidés  supportant  mieux  le  Piroplasma  bigeminum  lors- 
qu'ils  sont  jeuncs,  il  peut  y  avoir  avantage  à  les  infecter  à  ce  moment. 

Mais  l'injection  des  microbes  vivants  et  normaux  est  d'usage  cou- 
rant  pour  immuniser  les  animaux  contre  ces  infections  artificielles, 
septicémie  typhique  des  cobayes  ou  des  lapins  (Beumer  et  Peiper), 
peritonite  cholérique  des  cobayes  (Pfeiffer  et  Issaeff),  etc,  etc,  qui 
sont  la  spécialité  des  laboratoires  et  exigent  pour  apparaitre  l'admi- 
nistration  de  grandes  quantités  de  culture.  Les  animaux  tolèrent 
aisément  l'injection  d'une  quantité  minime,  et  résistent  désormais  à 
des  doses  qui  se  montrent  mortelles  pour  les  animaux  non  préparés. 

En  1887,  Salmon  et  Smith,  Chamberland  et  Roux,  réalisèrent,  quasi 
simultanément,  un  grand  progrès  en  montrant  que,  pour  certaines 
infections  tout  au  moins,  il  est  possible  d'immuniser  en  injectant,  non 
les  microbes  vivants  normaux  ou  atténués,  mais  simplement  des  bac- 
téries  tuées,  ou,  plus  simplement  encore,  des  produits  microbiens. 
Roux  et  Chamberland  vaccinèrent  les  animaux  contre  la  gangrène 
gazeuse,  et  aussi  contre  le  charbon  symptomatique,  en  leur  injectant 
l'exsudat,  filtrò  au  préalable,  provenant  d'animaux  malades  ;  des 
cultures  stérilisées  peuvent  servir  également.  Salmon  et  Smith  immu- 
nisèrent,  au  moyen  de  cultures  tuées,  contre  le  microbo  considerò  alors 
comme  l'agent  du  hog-choléra.  Depuis  lors,  le  procède  fut  applique 
à  de  nombreuses  infections  ;  citons,  parmi  les  premiers  résultats  obtenus, 
ceux  auxquels  parvinrent  :  Gamaléia  à  propos  du  vibrion  avicide  (1) 
(1889)  ;  Beumer  et  Peiper,  Chantemesso  et  Widal  pour  ce  qui  concerne 
l'infection  typhique  des  animaux  de  laboratoire  (1888)  ;  Charrin, 
Roger,  Fraenkel  relativement  au  bacillo  pyocyanique,  au  streptocoque 
ai  au  pneumocoquo.  Il  faut  signaler  particulièrement  les  recherches 
fondamentales  sur  l'immunisation  contre  les  poisons  diphtérique  et 


(1)  Ce  vibrion  {Vibrio  Melchnikovi)  s'attaque  au  pigeon,  mais  est  aussi 
.très  pathogène  pour  le  cobayo,  qu'il  tuo  par  septicémie. 

L'Immunilé.  6 


82  riMMUNITE   ACQUI  SE 

tétanique,  lesquelles  conduisirent  Behring  et  Kitasato  à  la  découverte 
des  antitoxines. 

La  méthode  de  vaccination  par  microbes  tués  devint  très  importante 
lorsqu'on  réussit  à  l'appliquer  à  la  prévention  de  certaines  maladies 
humaines  redoutables  telles  que  le  choléra ,  la  peste  et  surtout  la  fìèvre 
typhoide.  Les  bacilles  pesteux  (HafTkme)  ou  typhiques  (Wright,. 
PfeifYer  et  Kolle,  Chantemesse)  tués  par  la  chaleur,  les  bacilles  ty- 
phiques tués  par  l'éther  (Vincent),  furent  employés,  avec  des  résultats 
remarquables,  à  la  vaccination  de  milliers  de  personnes  (1). 


(1)  Au  lieu  des  microbes  vivants  utilisés  par  HafYkine,  Kollcemploie, 
pour  la  vaccination  de  l'homme  contre  le  choléra,  des  vibrions  tués.  On 
délaie  une  culture  sur  gelose  àgée  de  vingt-quatre  heures  (une  telle^ 
culture  produit  environ  20  milligrammes  de  microbes)  dans  10  centi- 
mètres  cubes  de  solution  physiologique  ;  on  chauffe  l'émulsion  une  heure 
à  58°  et  l'additionne  ensuite  de  0,5  p.  100  d'acide  phénique.  On  injecte, 
à  quelques  jours  d'intervalle,  d'abord  1,  puis  2  centimètres  cubes,  Les 
résultats  sont  analogues  à  ceux  de  l'injection  de  microbes  vivants. 

Yersin,  Galmette  et  Borrel  ont  les  premiers  immunisé  les  animaux 
contre  la  peste  au  moyen  de  cultures  tuées.  Haffkine  a  applique  la  mé- 
thode à  l'homme  ;  il  cmploie  des  cultures  en  bouillon,  àgées  de  deux  mois, 
tuées  par  chauffage  à  65°,  puis  phéniquées  à  0,5  p.  100.  On  se  sert  actuel- 
lement  aussi  d'émulsions  tuées  de  cultures  sur  gelose  qui  se  sont  dévelop- 
pées  vers  30°  pendant  deux  jours.  On  cultive  en  boìtes  de  Roux,  délaie 
dans  environ  200  centimètres  cubes  de  solution  physiologique,  stérilise 
par  chauffage  à  65°;  on  injecte  1  centimètre  cube. 

Wright  a  fait  entrer  dans  la  pratique  la  vaccination  antityphique  par 
injection  de  culture  tuée  et  démontré  qu'elle  représente  un  élément  de 
prophylaxie  très  important.  Il  emploie  des  cultures  en  bouillon  qu'il 
stérilise  par  chauffage  vers  56°.  On  peut  aussi  chauffer  à  60°  (Pfeiffer  et 
Kolle)  ou  à  56°  (Chantemesse)  des  émulsions  de  cultures  sur  gelose. 

Un  vaccin  antityphique  qui  a  donne  d'excellents  résultats  en  Franco 
et  en  Belgique  est  celui  qu'on  preparo  en  slérilisant  par  l'éther  (Vincent) 
des  émulsions  de  cultures  sur  gelose.  On  a  beaucoup  préconisé  le  vaccin 
polyvalent  contenant  à  la  fois  le  bacillo  typhique  et  les  bacilles  paraty- 
phiques  A  et  B  (vaccin  triple  TBA).  On  cultive  en  boìtes  de  Roux 
(offrant,  comme  on  sait,  une  surface  nutritive  d'environ  200  centimètres 
carrés)  contenant  chacune  100  centimètres  cubes  de  bouillon  peptonisé 
à  1  p.  100  et  solidifié  par  addition  de  2«'',5  de  gelose.  On  ensemence  en 
faisant  ruisseler  sur  la  surface  une  culture  jeune  en  bouillon,  dont  on 
enlève  ensuite  l'excès.  Après  séjour  d'environ  vingt  heures  à  l'étuve, 
on  introduit  dans  chaque  boìte  50  centimètres  cubes  de  solution  phy- 
siologique. On  se-trouve  bien,  à  l'Institut  de  Bruxelles,  d'y  taire  pénétrer 
aussi  des  perles  de  verre,  non  trouées  et  assez  grosses,  et  qui  ont  été  stéri- 
lisées  dans  un  tube.  On  imprime  à  la  boìte,  horizontalement  tenue,  des 
mouvements  d'oscilla tion  qui  font  rouler  les  billes  sur  le  gazon  microbien, 
lequel  est  ainsi  détaché  entièrement  et  très  promptement.  Les  émulsions 
épaisses  sont  décantées  et  réunies  dans  un  flacon  à  deux  tubulures.  On 
ajoute  autant  de  fois  20  centimètres  cubes  d'éther  qu'on  a  utilisé  de 
boìtes  ;  on  mouille  aussi  d'éther  le  tampon  d'ouate  des  tubulures  et  l'on 
bouche  après  avoir  agite.  Le  lendemain,  on  prelevo  un  peu  de  liquide  et 
ensemence  sur  gelose  pour  démontrerque  la  stérilisation  est  complète;  il 


IMMUNISATION   ACTIVE   {VACCINATION ,  83 

Un  procède  de  vaccination  assez  curieux,  special  à  la  pe^e  bovine 
a  été  prcconisé  par  Koch  (1897).  La  bile  provenant  d'animaux  morls 
de  cettc  maladie,  injectée  aux  animaux  neufs  à  dose  de  10  centimètres 
cubesenviron,  développe  chez  ceux-ci,  au  bout  de  quelques  jours,  une 
résistance  manifeste,  mal  expliquée  d'ailleurs.  D'après  Kolle,  cette 
hile  conliondrait  le  virus  actif,  mais  renfermerait  aussi  des  principes 
protecteurs  :  elle  vaccinerait  encore  lorsqu'on  l'additionne  de  sang 
virulent. 

Signalons  encore  que,  dans  certains  cas,  on  a  jugé  utile  d'employer 
ies  vaccins  dits  «  polyvalents  »,  c'est-à-dire  constitués  de  microbes 
appartenant  à  des  races  distinctes  ou  méme  à  des  espèces  difTércntes 
(bacilles  typhique  et  paratyphiques,  par  exemple),  afm  que  l'immuni- 
?ation  obtenue  ne  fùt  pas  trop  étroitement  spócifique. 

On  a  dépensé  beaucoup  d'efforts  en  vue  de  perfectionner  la  méthode 
de  vaccination  par  injection  de  microbes  tués  ou  de  produdts  micro- 
biens.  Il  est  clair  qu'au  point  de  vue  chimique  une  culture  représente 
un  ensemble  extrémement  complexe,  et  qu'elle  doit  renfermer,  à  coté 
des  substances  dont  l'introduction  dans  l'organisme  est  susceptible  d'y 
provoquer  la  réaction  d'immunité,  diverses  matières  inutiles  ou 
nuisibles.  Tout  un  travail  d'analyse  s'est  effectué  sous  l'influence  de 
cette  idée  directrice  qu'il  fallait  extraire  les  produits  ayant  une  valeur 
vaccinante  et  rejeter  les  autres.  Faut-il  s'attacher  de  préférence  aux 
toxines  aisément  diflusibles,  ou  plutót  aux  constituants  insolubles 
de  la  ti'ame  micro bienne,  ou  encore  aux  endotoxines  et  substances 
extractives  diverses  qu'on  peut  retirer  des  bactéries?  Quand  il  s'agit 
de  microbes  qui,  comme  les  bacilles  tétanique  et  diphtérique,  fabriquent 
des  toxines  très  actives  capables  de  développer  à  elles  seules  les  sym- 


esL  ben  de  répéter  ce  contròie  le  jour  suivant.  Le  cinquième  jour,  l'émul- 
sion,  que  l'on  a  eu  soia  d'agitcr  de  temps  à  autre,  est  transvasée  en  tota- 
lilé  dansunflaconà  deux  tubulures  (dans  l'une  d'elles  plonge  un  tube  par 
lequel  on  peut  ultérieurement  soutirer  le  liquide  en  adaptant  stérilement 
un  siphon)  contenant  as-^ez  de  solution  physiologique  pour  qu'on  obtienne 
fmalement  400  centimètres  cubes  d'émulsion  par  botte.  On  disLribue  alors 
le  liquide  dans  des  tubes  slériles  étranglés  à  une  cerLaine  distance  de 
l'oriflce  et  bouchés  à  la  ouate.  Après  avoirélé  maintenusàl'èLuve  pendant 
un  jour,  au  bout  duquel  l'èlher  s'est  en  majeure  partie  év'aporé,  les  tubes 
sont  scellés.  On  pratique,  à  une  semaine  d'intervalle,  quatre  injections 
(0cc,5,  1  e. e,  2  ce,  2<=c,o)  sous  la  peau,  d'habitude  au  niveau  de  la 
région  rétro-deltoldienne  gauche. 

Plus  récemment  (1916),  Le  Moignic  et  Pinoy,  au  lieu  dedélayerles 
microbes  dans  la  solution  physiologique,  les  ont  incorporés  dans  un  corps 
gras  (lanoline,  vaseline),  obtenant  ainsi  le  t  lipovaccin  ».  L'excipient 
huileux  a  pour  cffet  de  ralentir  la  rèsorplion,  ce  qui  diminue  beaucoup 
l'action  toxique  et  permet  d'injecter  une  grande  quantité  de  microbes; 
on  peut  de  la  sorte  ne  faire  qu'une  seule  inoculation  vaccinante.  Ce  pro- 
cede a  été  égaleraent  applique  au  gonocoque  (Le  Moignic,  Sezary  et 
Demouchin,  1918). 


84  UIMMUNITÉ    ACQUI  SE 

ptòmes  cardinaux  de  la  maladie,  c'est  évidemment  l'immunisatiòn 
contre  ces  poisons  qui  apparali  la  plus  nécessaire,  l'intervention  des 
corps  microbiens  ne  s'imposant  pas  aussi  impérieusement  ;  encore 
a-t-on  émis  l'idée  que,  méme  dans  de  tels  cas,  l'injection  de  quelques 
cadavres  microbiens  se  recommande,  car  elle  détermine  la  production 
d'anticorps  favorisant  la  phagocytose.  A  vrai  dire,  les  maladies  de  ce 
genre  sont  plutòt  justiciables  de  la  sérothérapie  que  de  la  vaccina- 
tion  (1),  et  lorsqu'on  immunise  des  animaux  contre  elles,  c'est  en  vue 
d'obtenir  du  sérum.  Si  l'on  considère  des  microbes  moins  toxiques, 
mais  doués  d'une  tendance  plus  marquée  à  la  généralisation,  il  convieni 
de  solliciter  principalement  les  réactions  qui  onl  pour  efTet  de  rendre 
la  phagocytose  plus  intense  :  en  pareli  cas  (fièvre  typhoide,  peste,  par 
exemple),  la  vaccination  au  moyen  des  corps  microbiens  est  particu- 
lièremenl  indiquée.  Dans  le  choléra  humain,  où  les  accidents  soni  dus 
à  la  résorption  d'une  toxine  forméedans  l'inlestin,  sans  que  lemicrobe 
se  généralise,  c'est  la  résistance  au  poison  qu'il  importe  surtould'oblenir  ; 
dans  l'infection  cholérique  provoquée  chez  le  cobaye  par  inocula- 
tion  peritoneale,  et  qui  se  termine  par  la  septicémie  mortelle,  c'est 
au  microbe  lui-méme  que  l'organisme  doit  pouvoir  resister.  Lorsque 
les  microbes  émettent  des  principes  contrariant  la  phagocytose  (leu- 
cocidines,aggressines),  il  y  a  lieu  d'armer  l'organisme  contre  ces  redou- 
tables  facteurs  de  virulence  et  d'injecter  un  vaccin  renfermant  ces 
poisons  en  quanlité  suffisante.  Pour  certains  virus  particulièrement 
indigesles,  on  a  cherché  à  rendre  les  corps  microbiens  plus  aisémenl 
résorbables.  Cesi  ainsi,  par  exemple,  qu'esl  apparue  une  aulre 
tuberculine  de  Koch,  dite  T.  R.,  oblenue  par  broyage  très  minulieux 
(dans  un  mortier  d'agate)  des  bacilles  desséchés,  suivi  de  macéralion 
dans  l'eau  distillée  pendant  quelques  jours,  et  de  cenlrifugation  :  le 
sédiment  microbien  est  séparé  et  délayé.  Il  convieni  de  signaler  encore 
la  «  nouvelle  tuberculine  »  consistant  en  microbes  très  finement  pul- 
vérisés,  émulsionnés  ensuite  dans  de  la  glycérine  à  50  p.  100,  en  quan- 
lité voulue  pour  que  chaque  centimètre  cube  conlienne  2  milligrammes 
de  poudre  bacillaire  ;  ces  produits  s'emploient  à  vrai  dire  plutót  pour 
le  Iraitement  de  la  tuberculose  qu'àlitrepréventif.  Mentionnons  aussi, 
dans  le  méme  ordre  d'idées,  les  bacilles  tuberculeux  dégraissés,  préco- 
nisés  par  Vallèe  (2). 


(1)  Signalons  toutefois  que  Dzierzgowski  (1902)  a  préconisé  l'immu- 
nisalion  de  l'homme  contre  la  toxine  diphtérique.  11  s'est  vaccine  lui- 
méme  et  s'est  fmalement  injecté,  sans  éprouver  d'accidents,  une  quanti  té 
considérable  de  ce  poison  (1  700  fois  la  dose  mortelle  pour  le  cobaye).  Ivo 
Bandi  et  Gagnoni  (1906)  ont  propose  la  vaccination  par  bacilles  diphté- 
riques. 

(2)  On  sait  que  Fon  peut  extraire  par  Téther,  l'essence  de  pétrole,  eie., 
la  malière  cireuse  dont  l'enveloppe  du  bacille  tuberculeux  est  impré- 
gnée. 


IMMUNISATION   ACTIVE   {V  ACCI  NAT  lON)  85 

Au  surplus,  le  principe  microbien  qu'il  importe  spécialement  de 
mettre  en  oeuvre  et  d'injccter  cn  guise  de  vaccin  ne  se  découvre  pas 
toujours  aisément  (1).  En  dernière  analyse,  c'est  l'expérience  seule 
qui  résout  le  problème  et  indique,  pour  chaque  microbe  étudié,  la 
préparation  vaccinante  la  plus  efiicace.  Parfois  l'on  emploie,  apn's 
1  avoir  sterilisce,  la  culture  telle  qu'elle  s'est  développée  dans  un  milieu 
liquide  ;  parfois  Fon  utilise  la  conche  microbienne  qui  s'est  formio 
sur  milieu  solide  (gelose)  et  que  l'on  émulsionne  dans  la  solution  phy- 
siologique  de  sei  marin  ;  parfois  l'on  a  recours  à  de  simples  extraits 
nqueux  obtenus  par  macóration  prolongée  des  germes  que  l'on  élimine 
cnsuite  ;  parfois  l'on  soumet  la  culture  à  certaines  manipulations  visant 
à  isoler  divers  principes,  endotoxines  par  exemple  (2).  Mais  il  faut 
re  garder,  au  cours  de  semblables  tentatives  d'épuration,  de  dcnaturer 
Ics  substances  actives,  souvent  délicates.  Fréquemment,  de  simples 
émulsions  microbiennes,  stérilisées  par  des  procédés  qui  respectent 
autant  que  possible  l'intégrité  de  la  composition  chimique  (3), 
donnent  des  résultats  égaux  ou  méme  supérieurs  à  ceux  que  fourni- 
raient  des  méthodcs  plus  compliquées  et  plus  savantes. 

Il  est  acquis  que,  dans  quelques  cas  tout  au  moins,  la  valeur  de  la 
préparation  vaccinante  dépend  de  la  nature  du  milieu  nutritif  sur 
lequel  les  microbes  se  sont  développés,  certains  substrats  étant  plus 
favorables  que  d'autres  à  l'élaboration  en  quantité  sufìfìsante  des 
sécrétions  microbiennes  contre  lesquelles  il  importe  d'immuniser. 
C'est  le  cas  pour  les  microbes  toxigènes  tels  que  le  bacille  diphtérique  ; 
on  n'obtient  de  bonne  toxine  que  si  le  bouillon  nutritif  est  soigneuse- 
ment  préparé,  alcalinisé  au  degré  voulu,  etc.  C'est  le  cas  aussi  pour 
Ics  microbes  qui  fabriquent  ces  matières  nuisibles  à  la  défense  phagc- 
cytaire,  leucocidines  de  Denys  et  Van  de  Velde,  aggressines  de  Bail 
et  Weil,  etc.  Il  est  bien  certain  que  les  exsudats  inflammatoires  fìltr^s 
que  Roux  et  Chamberland  injectaient  pour  immuniser  les  animaux, 
(  t  qui  provcnaient  d'organismes  infectés  par  le  microbe  du  charbon 
symptomatique  ou  le  vibrion  septique,  contenaient  en  abondance  des 
matières  de  ce  genre.  Bail,  Weil  et  d'autres  savants  ont  repris  cette 
technique  et  injecté  des  exsudats  (péritonéaux,  par  exemple)  recueillis 


(1)  Par  exemple,  le  microbe  du  charbon  symptomatique  produit  une 
loxine  puissante.  Or,  Grassberger  et  Schattenfroh  ont  vu  (1905)  que  les 
animaux  immunisés  contre  ce  poison  peuvent  n'ètre  pas  protégés  contre 
rinfecUon. 

(2)  Rappelons  la  technique  de  Besrcdka  (broyage  des  microbes  séchés  et 
mélangés  à  du  sei,  puis  addition  d'eau  dislillée),  celle  de  Mac  Fadyean  et 
Rowland  (tritura tion  des  microbes  congelés  par  l'air  liquide),  etc. 

(3)  Ainsi  les  bacilles  typhiques  tués  par  un  chauffage  ménage  (56°)  ou 
par  l'éther  se  comportent  vis-à-vis  des  matières  actives  des  sérums,  telles 
quo  les  agglutinines,  comme  les  microbes  vivants.  L'exposition  à  une 
temperature  trop  élevée  dénature  le  microbe. 


86  UIMMUNITÉ   ACQUI  SE 

chez  des  animaux  venant  de  succomber  à  l'inoculation  du  badile  dysen- 
térique,  du  microbe  du  choléra  des  poules,  etc.  A  vrai  dire,  les  aggres- 
sines,  leucocidines,  etc,  peuvent  apparaìtre  sur  des  milieux  de  culture 
appropriés  ;  nous  avons  signalé  ce  fait  antérieurement.  D'après  Row- 
land  (1914),  les  bacilles  pesteux  tués  immunisent  mieux  lorsque  la 
culture  s'est  faite  en  présence  de  sérum  de  cheval  que  lorsqu'elle  s'est 
développée  dans  le  bouillon. 

L'importance  du  milieu  nutritif  est  evidente  encore  lorsqu'il  s'agit 
de  microbes  susceptibles  de  se  modifier  profondément  sous  l'influence 
des  conditions  alimentaires.  Nous  verrons  plus  loin  que  certaines  bac- 
téries  peuvent,  lorsque  l'aliment  diffère,  provoquer  dans  l'organisme 
des  réactions  qui  ne  sont  pas  identiqucs,.  en  ce  sens  que  les  animaux 
immunisés  respectivement  contre  des  microbes  de  méme  espèce,  mais 
qui  se  sont  multipliés  sur  des  milieux  diiYérents,  fournissent  des  sérums 
entre  lesquels  il  est  possible  de  déceler  des  difTérences  très  nettes.  Des 
faits  de  ce  genre  ont  été  signalés  par  Grassberger  et  Schattenfroh  à 
propos  du  charbon  syraptomatique  (1905),  et  cette  question  a  été 
étudiée  par  Bordet  et  Sleeswyk  (1910),  pour  ce  qui  concerne  le  microbe 
de  la  coqueluche,  avec  l'attention  qu'elle  mérite.  L'influence  du  milieu 
de  culture  sur  les  qualités  du  vaccin  devrait,  semble-t-il,  faire  l'objet, 
pour  de  nombreux  microbes,  de  recherches  complémentaires  appro- 
londies. 

Pour  divers  virus,  il  a  été  reconnu  que  la  propriété  vaccinante  des 
microbes  tués  est  nettement  inférieure  à  celle  des  microbes  vivants, 
et  cette  inégalité  résulte  sans  doute,  au  moins  en  partie,  de  ce  que  le 
chimisme  microbien  varie  suivant  que  les  germes  végètent  dans  les 
humeurs  de  l'organisme  ou  se  multiplient  sur  un  substrat  nutritif 
£irtificiel  dont  la  composition  ne  rappelle  en  general  que  de  fort  loin 
celle  du  milieu  naturel.  Jamais  on  n'a  réussi  à  rendre  totalement  réfrac- 
taires  à  la  tuberculose  les  animaux  que  la  nature  a  faits  réceptifs, 
mais  on  obtient  pourtant  une  résistance  relative,  et  cet  état  d'immunité 
partielle  exige,  pour  s'établir,la  présence  dans  l'organisme  de  bacilles 
tuberculeux  vivants  ;  c'est  un  point  sur  lequel  Calraette  et  Guérin 
notamment  ont  beaucoup  insistè.  Les  bacilles  tués,  comme  la  tuber- 
ouline  d'ailleurs,  ne  procurent  qu'une  immunité  à  peine  perceptible, 
pour  ne  pas  dire  nulle  (1).  Ce  qui  est  vrai  de  la  tuberculose  l'est  aussi 


(1)  On  pourrait  croire  que  le  chauffage  auquel  on  a  recours  pour  tuer 
les  microbes  dètrult  en  eux  les  principes  vaccinants.  Cependant  la  stéri- 
lisation  par  l'acetone  (Lumière  et  Chevrotier)  ou  par  conservation  très 
prolongée  (Calmette  et  Guèrin)  ne  fournitpas  davantage  de  vaccin  efiìcace. 
La  tuberculine  obtenue  non  par  chauffage,  mais  par  filtra tion  simple  de 
la  culture  en  bouillon,  ne  vaccine  pas.  On  ne  protège  aueunement  les 
cobaye&eontrela  tuberculose  en  les  soumettant  à  de  nombreuses  injections 
du  liquide  obtenu  par  filtra  tion  d'une  culture  du  baciUe  sur  sérum  frais 
de  cobaye  (Bordet). 


IMMUNISATION   ACTIVE   {VACCINATION)  87 

dt'^la  morve  ;  notons  cependant  que  NicoUc  a  réussi,  au  moins  chez  le 
cubaye,  à  conférer  une  résistance  notable  en  injectant  des  bacilles 
niorveux  tués  par  l'alcool-éther  ;  de  nombreuses  inoculations  sont 
nócessaires.  Les  culturcs  tuées  de  charbon  ou  do  rouget  n'ont  qu'une 
valeur  immunisante  négligeable  en  comparaison  de  celle  des  vaccins 
pastoriens  constitués  de  microbes  atténués,  mais  vivants.  Tou- 
tofois,  —  et  ceci  se  condoli  en  raLson  des  considérations  qui  précè- 
dent, —  le  sang  virulent  venant  d'animaux  morts  du  charbon,  chauiTé 
à  58°,  possedè  un  pouvoir  vaccinant  constatable  (Roux  et  Cham- 
berland). 

Telles  sont  les  remarques  principales  que  les  méthodes  de  vaccina- 
tion  comportent.  Il  faudrait,  pour  plus  de  précision,  mentionner  quelle 
dose  des  vaccins  divers  il  importe  de  mettre  en  oeuvre  pour  assurer 
l'immunité.  Mais  il  n'y  a  rien  de  general  à  dire  à  ce  propos.  Certaines 
immunités  s'acquièrent  aisément,  à  la  faveur  d'une  réaction  courte 
et  légère;  d'autres  exigent  un  efTort  intense  et  soutenu,et  Fon  conQoit 
dès  lors  combien  les  quantités  nécessaires  de  matière  vaccinante  varient 
suivant  les  cas.  L'immunisation  contre  la  rage  est  plus  laborieuse  que 
la  vaccination  antivariolique.  Pour  le  charbon,  on  a  recours  succes- 
sivement  à  deux  vaccins,  le  second  plus  actif.  Une  très  petite  dose  de 
vibrions  cholériques  tués  suffit  à  conférer  au  cobaye  une  résistance 
remarquable  à  l'injection  intrapéritonéale  du  germe  vivant.  La  vacci- 
nation de  l'homme  contre  la  fièvre  typhoide  necessito,  pour  étre  vrai- 
ment  efficace,  trois  ou  quatre  injections  d'émulsion  bacillaire  à  doses 
qui  suffisent  à  éveiller  quelques  symptòmes  d'ailleurs  fugaces  et  méme 
un  léger  mouvement  fébrile.  Tout  dépend  de  la  réceptivité  initiale, 
de  la  facilitò  avec  laquelle  le  microbo  cède  à  la  réaction  défensive. 
En  principe,  on  doit  admettre  qu'une  épreuve  vaccinante  un  peu 
sevère,  déterminant  uno  réaction  assez  vive,  conferò  une  immunité 
plus  solide  et  plus  durable. 

Il  a  été  sous-entendu  jusqu'ici  quo  les  vaccins  sont  introduits  direc- 
tement  dans  les  tissus;  on  les  injecte  très  souvent  sous  la  peau,  parfojs 
dans  le  péritoine  ou  memo  dans  la  circulation.  Ce  n'est  pas  qu'il  soit 
impossiblo  do  conférer  l'immunité  on  recourant  à  l'ingestion.  Mais  il 
faut  naturellement  quo  les  principes  vaccinants  résistent  à  l'action 
des  sucs  digestifs  et  soient  fournis  en  quantité  suffisante  pour  ótre 
résorbés  au  moins  partiellement.  Certaines  toxines  supportent  bien 
l'influence  des  sécrétions  digostives  et  on  peut  immuniser  contre  elles 
en  les  faisant  ingérer;  c'est  lo  cas  de  la  ricine  et  de  l'abrine  (Ehrlich), 
du  poison  du  botulismo  (Tchitchkine).  LcefTler  a  immunisé  des  souris 
contre  le  bacillo  paratyphique  qui  produit  chez  elles  l'affection  dite 
typhus,  en  introduisant  dans  leurs  voies  digestives  de  fortes  quantités 
de  cultures  tuées.  Shiga,  Dopter,  Courmont  et  Rochaix  ont  obtonn , 
choz  divers  animaux,  des  résultats  analogues  en  opérant  sur  les  bacilles 
•dysentérique,  pyocyanique  et  typhique,  tués.  En  general,  le  lavement 


88  VIMMUNITÉ   ACQUISE 

convieni  mieux  que  l'ingestion  (1)  (Courmont  et  Rochaix).  Nous  avons- 
signalé  plus  haut  les  tentatives  concernant  l'immunisation,  paringcs- 
tion,  contre  la  tuberculose. 

Vaccinothérapie.  —  La  vaccination  agii  essentiellement  à  titre 
préventif  ;  on  a  cherché  néanmoins  à  en  tirer  des  efTets  curatifs.  Il 
semble  évident,  a  priori,  qu'elle  ne  peut  se  montrer  utile  dans  les  afTec- 
tions  à  évolution  très  rapide,  puisqu'elle  reclame  un  tcmps  assez  long 
pour  conférer  l'immunité.  Elle  paraìt  meme  nettement  contre-indiquée 
dans  les  infections  aigués  dont  le  germe  est  très  enclin  à  se  généraliser^ 
On  doit  craindre,  en  effet,  que  celui-ci  ne  profite  de  la  diversion  créée 
par  le  vaccin,  lequel,  dérivant  momentanément  une  partie  de  l'energie 
défensive  et  compliquant  la  tàche  de  l'organisme,  pourrait  dès  lor:. 
étre  plus  préjudiciable  qu'utile  et  favoriser  l'infection.  En  réalité. 
Leclainche  et  Vallèe  ont  montré  que  la  vaccination  contre  le  charbon 
peut  prèsenter  des  dangers  dans  les  contrées  où  cette  maladie  est 
rèpandue,  les  animaux  manifestant,  dans  les  premiers  jours  qui  suivent 
le  traitement,  une  aptitude  singulière  à  contracter  l'afTection  virulente. 
Constant  et  Mesnard  ont  signalè  des  faits  analogues  à  propos  de  la 
vaccination  contre  la  péripneumonie  bovine.  On  dèsigne  souvent  sous 
le  nom  de  phase  negative  cette  période  de  réceptivitè  accrue  ;  on  l'a 
beaucoup  apprèhendée  à  propos  de  la  vaccination  antityphique  et 
estimè  sa  durèe  à  une  ou  deux  semaines  ;  il  semble  bien  toutefois  qu'en 
ce  cas  la  phase  negative  n'a  pas  d'existence  réelle  si  les  doses  de  vaccin 
qu'on  injecte  sont  assez  modèrées  pour  ne  pas  dèchainer  par  elles- 
mémes  de  perturbation  importante.  Il  est  acquis  que  l'immunisation 
antituberculeuse  du  bétail  par  le  bovovaccin  comporte  une  phase 
d'hypersensibilité  manifeste  et  prolongée  (2).  Il  est  heureux  que  des 
phènomènes  de  ce  genre  n'interviennent  pas  au  cours  du  traitement 
antirabique;  celui-ci,  à  vrai  dire,  bien  qu'appliquè  après  morsure,  est 
plutòt,  en  raison  de  la  longueur  extréme  de  la  période  d'incubation, 
préventif  que  curatif. 

L'emploi  de  la  vaccination  à  titre  curatif  (vaccinothérapie)  se 
recommande  donc  plutòt  lorsqu'il  s'agit  de  maladies  d'allure  chronique, 
à  caractère  torpide,  et  qui  n'ont  point  de  propension  marquèe  à  la 
généralisation.  Les  germes  qui  végètent  en  des  points  circonscrits  de 
l'organisme  et  s'y  maintiennentavec  ténacitè  mais  en  nombre  restreint, 
n'entrentpas  en  contact  assez  étenduavec  les  facteurs  de  la  défense.  La 
phagocytose  notamment  ne  s'exergant  pas  avec  l'ampleur  voulue,  les 


(1)  D'après  Breton  et  Masso],  le  venin  de  cobra,  administré  cn  lavc- 
ment,  est  partiellement  absorbé  ;  introduite  par  voie  rectalc,  une  faible 
dose  (5  milligrammes)  peut  ètre  mortelle  pour  le  lapin. 

(2)  Bchring  recommande  de  préscrver  soigncuscment  de  lacontagion, 
pendant  trois  m.ois,  les  animaux  inoculés. 


IMMUNISATION    AGTIVE    [VACCINATION)  89 

réactions  consécutives  à  la  résorption  no  sont  pas  suffisamment  solli- 
citées  (1).  Par  contre,  les  microbes  tués  de  meme  espcce  qui  servent  de 
vaccin  sont  mieux  assimilés  et  déclanchent  plus  sùremcnt  le  méca- 
nisme  protccteur.  Dans  ces  conditions,  les  régions  saines  du  corps  sont 
appelées,  comme  Wright  l'a  justement  énoncé,  à  travailler  au  profit 
des  parties  atteintes.  La  vaccinothérapie  se  recommande  particuliè- 
rement  lorsque  l'organisme  ne  semble  pas  réaliser  un  efTortassez  vigou- 
reux  de  défense  et  a  besoin  d'étre  artificicllement  stimulé  pour  reagir 
avec  l'intensité  voulue  ;  encorc  faut-il  qu'il  soit  reste  assez  robuste 
pour  répondre,  sans  défaillance,  à  l'excitation  que  le  traitement  lui 
communique  ;  il  importe  aussi  que  le  vaccin  soit  prudemment  dose  et 
ne  provoque  aucun  trouble  sérieux.  Lorsqu'on  a  commencé  à  l'em- 
ployer,  la  tuberculine  était  tròs  dargereusc  parce  qu'on  l'administrait 
à  doscs  trop  fortes.  Divers  mcdecins  cclimcnt  que,  convenablcment 
maniée,  injectée  en  quantité  assez  faible  pour  ne  point  provoquer  de 
réaction  fébrile,  elle  rend  parfois  des  scrvices  très  appréciablcs  (2)  ; 
les  opinions  sont  d'ailleurs  peu  concordantes. 

C'est  particulièrement  Wright  qui  a  préconisé  la  vaccinothérapie 
par  injection  de  microbes  tués  et  a  donne  à  cette  méthode  à  peu  près 
toute  l'extension  dont  elle  est  susceptible  (3).  Lui-méme  et  ses  conti- 
nuateurs ,  d'autres  auteurs  encore , ont  enregistré  d'incontestables  succès, 
notamment  dans  le  traitement  des  infections  staphylococciques  (4) 
localisées  et  des  formes  chroniques  de  gonococcie  (5).  Pour  la  prépc- 


(1)  L'élaboralion  des  anlicorps  est  un  acte  conséculif  à  la  résorption. 

(2)  Nous  avons  fait  allusion  plus  haut  auxdiversestuberculincs.  Signa- 
lons  encore  que  Bruschettini  (1913)  préconisé  pour  le  traitement  de  la 
luberculose  humainc  l'injection  de  bacillos  qui  ont  subì  l'action  d'un 
exsudat  leucocytaire.  Un  lapin  est  inoculò  dans  la  piòvre,  d'abord  d'aleu- 
ronate,  puisde  bacilles.  L'exsudat,  ultérieuremcnt  ponctionné,  et  au  sein 
duquel  la  phagocytose  s'est  effectuée,  est  additionné  de  chloroforme. 

(3)  Cela  va  sans  dire,  il  a  fallu  détermincr  avec  une  approximation 
suflìsante  les  doses  de  microbes  tués  qui,  sans  provoquer  de  désordres 
sérieux,  sufTisent  à  dévclopper  d'utiles  effets.  En  vue  d'assurer  la  cons- 
tance  de  la  teneur  en  germes  des  émulsions  vaccinantes,  Wright  a  recom- 
mande un  procède  ingénieux  de  numération.  A  un  volume  determinò 
d'cmulsion  on  ajoute  une  quantité  donneo  de  sang  défibriné  dont  on  a 
préalablement  évalué,  à  l'hématimètre,  la  richessc  en  globulos.  On  étale 
le  mélange  sur  lame,  dessèche  la  préparation,  colore,  et  compie,  dans 
quelques  champs  du  microscope,  les  microbes  et  les  hématies.  On  peut 
calculer  ainsi  le  nombre  de  germes  par  millimètre  cube. 

(4)  On  emploio  des  émulsions,  tuées  par  chauffage  à  60°,  de  cultures 
sur  gelose. 

(5)  Bruck  emploio  une  émulsion  de  gonocoques  tués  contenant  20  mil- 
lions  do  microbes  par  centimèlre  cube.  Si  la  première  injection  n'a  pas 
provoque  do  réaction  notable,  on  peut  en  pratiquer  une  secondo  le  len- 
demain.  S'il  y  a  ou  réaction  assoz  forte,  les  injections  sont  espacées  àt 
trois  à  qualro  jours.  On  donne  d'habitude  quatre  injections  (0<'c,5, 
1  centimetro  cube,  1"=<=,5,  2  cenlimètres  cubes). 


90  L'IMMUNITÉ   ACQUI  SE 

ration  des  vaccins,  Wright  recommande  d'employer  de  préférence  les 
cultures  issues  des  germes  récoltés  chez  le  malade  lui-méme  (auto- 
vaccins)  :  la  réaction  développée  est  alors  aussi  étroitement  appropriée 
que  possible  au  virus  qu'elle  doit  combattre.  Cette  précaution  est 
«ntièrement  justifìée  lorsqu'il  s'agit  de  microbes,  tels  que  les  staphy- 
locoques,  dont  il  existe  plusieurs  variétés.  Pour  ceux  qui,  comme  le 
gonocoque,  possèdent  des  caractères  plus  constants,  elle  ne  paraìt 
pas  indispensable.  Divers  auteurs,  notamment  Josué  et  Belloir,  ont 
tenté  d'appliquer  la  vaccinothérapie  à  la  fìèvre  typhoide,  ils  ont  eu 
l'impression  que,  gràce  à  ce  traitement,  revolution  morbide  prend  un 
caractère  plus  bénin  (1).  Comme  nous  le  dirons  plus  loin,  cette  opinion 
s'est  confirmée  ultérieurement. 

Immunisatìon  contre  les  poisons.  —  Les  morphinomanes  arrivent 
à  tolérer  des  doses  surprenantes  deleur  drogue  favorite,  et  l'on  connalt, 
nous  l'avons  rappelé  plus  haut,  plusieurs  exemples  d'accoutumance 
à  ces  poisons  de  constitution  défìnie  et  relativcment  assez  simple, 
matières  minérales,  alcools,  alcaloides,  etc,  que  la  chimie  nous  fournit. 
Nous  n'avons  pas  à  considérer  ici  le  mécanisme  de  la  «  mithridatisa- 
tion  »  vis-à-vis  de  semblables  matières,  lequel  d'ailleurs  n'est  élucidé, 
€t  encore  assez  incomplètement,  que  pour  un  nombre  restreins 
d'exemples.  Probablement  s'agit-il  d'une  exagération  de  processus 
cellulaires  normaux.  Ainsi,  l'on  sait  que  divers  organes  sont  capables 
de  transformer  une  certaine  quantité  de  morphine;  le  foie,  notamment, 
€st  doué  de  ce  pouvoir.  Or,  d'après  Albanese,  Faust,  le  foie  de  chiens 
accoutumés  au  préalable  à  l'intoxication  morphinique  le  possedè  à  un 
plus  haut  degré.  La  faculté  d'altérer  l'héroine,  l'atropine, est  également 
susceptible  d'accroissement  (Langer,  Cloetta).  Le  genre  des  réactions 
varie  suivant  les  toxiques  ;  on  observe  souvent  des  décompositions 
parfois  des  synthèscs  (2),  les  procédés  mis  en  oeuvre  restent  souvent 
obscurs.  A  coté  d'un  processus  plus  actif  de  modification  de  la  sub- 
stance  vénéneuse,  il  peut  y  avoir  tolérance  véritable,  en  ce  sens  que 
l'organisme  resiste  mieux  au  poison  intact,  et  cela  en  exagérant  des 
fonctions  normales  susceptibles  d'atténuer  les  troubles  engendrés. 

On  doit  remarquer  que,  méme  dans  les  cas  les  plus  saisissants,  la 
tolérance  acquise  vis-à-vis  des  poisons  auxquels  nous  venons  de  faire 
allusion  apparaìt  comme  bien  limitée  lorsqu'on  la  compare  à  celle  des 
animaux  solidement  immunisés  contre  certaines  toxines  microbiennes, 
telles  que  les  poisons    diphtérique    et  tétanique,  contre  les  venins  et 

(1)  Ces  auteurs  injectent  trois  ou  quatre  fois,  à  douze  heures  d'inter- 
valle,  la  dose  de  200  millions  de  bacilles  tués  par  chauffage  à  58°. 

(2)  Pour  le  camphre,  diverses  cellules  exagèrent  notablement,  gràce 
à  l'accoutumance,  le  pouvoir  qu'elles  possèdent  de  combiner  cette 
substance  à  l'acide  glycuronique,  donnant  ainsi  par  synthèse  de  l'acide 
camphoglycuronique  inofTensif, 


IMMUNISATION   ACTIVE    {VACCINATION)  91 

iìutres  principes  de  ce  genre  :  les  quantités  de  ces  substances  que  les 
animaux  arrivont  progressivement  à  supportcr  représentent,  eneffet, 
des  multiples  formidables  de  celles  qui  tu«raient  un  organisme  neuf. 
Mais  il  est  juste  d'ajouter  que  ce  qui  est  vrai  des  poisons  cités  ci-d<>ssus 
ne  l'est  pas  indistinctement  de  toutes  les  toxines  microbiennes  :  il  en 
«st  vis-à-vis  dcsqucUes  l'organisme  s'immunise  difTicilement  et  dont  il 
ne  parvient  fìnalement  à  tolérer  que  des  doses  relativement  peu  con- 
rfidérables  (toxine  cholérique,  endotoxines  typhique,  pesteuse,  etc); 
parfois  mém«  l'accoutumance  reste  négligeable  [toxine  coquelu- 
cheuse]  (1).  D'antro  part,  les  diverses  espèces  animalesne  s'immunisent 
pas  toutes,  contre  un  poison  donne,  avec  la  méme  facilitò.  L'accou- 
tumance à  la  toxine  diphtérìque,  par  exemple,  très  aisément  réalisable 
€hez  le  cheval,  ne  s'obtient  que  fort  péniblement  chez  les  petits 
animaux  de  laboratoire,  particulièrement  chez  le  cobaye  (2). 

Mécanisme  de  l'im munite  acquise.  Antìcorps.  —  Ce  qui,  dans 
les  phénomènes  d'immunisation  contre  les  poisons  microbiens,  ve- 
nins,  etc,  constitue  le  fait  nouveau,  ce  n'est  point  tant  que  la  tolérance 
observée  atteint  parfois  une  incroyable  amplitude,  c'est  qu'elle  s'ex- 
plique  par  les  propriétés  de  la  partie  liquide  du  sang,  et  que  celle-ci, 
méme  soigneusement  débarrassée  de  tout  élément  cellulaire,  neutralise 
in  vitro  le  toxique  au  point  de  le  rendre  inoflensif  pour  les  animaux 
Ics  plus  sensibles  :  le  sérumcoRti<int  une  antitoxinc.  Rien  de  pareil  ne 
s'observe  pour  les  poisons  de  l'ancienne  toxicologie.  Le  sérum  d'un 
buveur  endurci  n'altère  pas  l'akool,  celui  du  morphinomane  le  plus 
invétéré  laisse  la  morphine  intacte,  celui  des  arsenicophages  ne  modifle 
point  l'arsenic.  L'aptitude  à  provoquer  la  sécrétion  d'antitoxines  et 
à  reagir  avec  elles  est  l'apanage  exclusif  de  ces  poisons  si  complexes 
et  de  nature  encore  si  mystérieuse  dont  les  toxines  microbiennes  et 
«ertains  principes  analogucs  venant  des  animaux  ou  des  plantes  sont 
les  exemples  classiques.  C'est  précisément  à  leur  grosseur  moléculaire, 
et  notamment  à  leur  nature  colloidale,  que  les  substances  vénéneuses 
<le  cette  catégorie  doivent  ce  remarquable  caractère. 

Un  très  robuste  cheval  peut  fournir,  lorsqu'on  le  saigne  à  blanc,  une 
vingtaine  de  litres  de  sérum.  S'il  a  été  solidement  immunisé  contre  le 
poison  diphtérique,  c'est-à-dire  s'il  a  regu  tonte  une  sèrie  d'injections 
d'abord  de  doses  très  faibles  (0^0,01  par  exemple),  puis  de  quantités 
progtessivcmentcFoissantes  (jusque  500  centimètres  cubesenviron),  et 


(1)  L'org.inismo  luberculcux  pcuL  s'accoutumer  dans  une  certaine 
mesure  auxinjeclions  de  tuberculine,  mais  il  ne  senible  pas  qu'il  puisse 
produire  de  véritable  anliLoxine  aclive  contro  ce  principe. 

("2)  Aussi  col  animai  ne  pourrail-il  servir  à  la  produclion  d'un  sérum 
antidiphlérique  actif.  La  chèvrc,  le  mouLon,  ole,  peuvent  fournir  une 
aniitoxino  aclive,  mais  donila  puiss.ince  est  toulefois,  en  règie  generale, 
fori  iuférieure  à  celle  du  sérum  antidiphlérique  de  cheval. 


92  VIMMUNITÉ   ACQUISE 

s'il  a  puissamment  réagi,  le  volume  total  de  sérum  recueillipeut  abolir 
l'activité  mortelle  d'une  quantitc  de  poison  diphtérique  (à  laquelle 
on  mélange  le  sérum)  qui,  non  additionnée  de  l'antidote,  eùt  sufi!  à 
tuer  approximativement  un  milliard  de  cobayes  pesant  chacun 
250  grammes.  De  méme,  lo  pouvoir  neutralisant  du  sérum  antitéta- 
nique  est  de  nature  à  confondre  l'imagination. 

FaitessentieljUne  toxine  qui  réagit  avec  le  sérum  antitoxique  corres- 
pondant  ne  s'en  trouve  pas,  à  proprement  parler,  détruite  ;  sa  molécule 
n'est  pas  désintégrée  ;  elle  est  simplement  incorporee  dans  un  complexe  ; 
si  elle  devient  inoffensive,  c'est  qu'elle  est  en  quelque  sorte  enrobée 
dans  une  gangue  isolante  que  lui  constituent  des  matériaux  propres 
au  sérum,  auxquels  on  donne  le  nom  d'antitoxine. 

A  coté  de  ces  antitoxines  qui  agissent  sur  les  produits  microbiens 
vénéneux,  l'organismo  qu'on  immunise  pout  engendror  d'autres  prin- 
cipos  analogues,  mais  attoignant  los  microbos  eux-mémos.  Toutos  ces 
matières  actives,  on  les  réunit  sous  la  désignation  generale  d'anti- 
corps.  La  production  d'anticorps  est  le  trait  essentiel  de  l'immunité 
acquise.  L'organismo  qui  devient  réfractaire  se  distingue  de  l'animai 
nouf  non  seulement  en  ce  que  ces  substances  actives  apparaissent 
dans  son  sang,  mais  en  ce  que  l'aptitude  à  en  élaborer  aisément  et 
promptement  do  nouvelles  quantités  dès  quo  le  besoin  s'en  fait  sentir 
se  maintient  en  lui,  comme  l'immunité  acquise  elle-méme,  pendant 
un  tomps  prolongé.  Les  anticorps  sont  spécifiques.  Par  exemplo,  le 
sérum  antidiphtérique  ne  modifìe  pas  le  poison  tétanique,  celui-ci  n'est 
sensiblo  qu'au  sérum  antitétaniquo  ;  le  sérum  d'un  animai  vaccine 
contro  le  bacillo  typhique  agit  sur  ce  microbo,  et  non  sur  des  virus 
difTéronts.  La  spécificité  des  anticorps  correspond  fidèlement  à  la 
spécificité  do  l'immunité  acquise,  dont  elle  est  le  substrat  matériel  et 
qu'elle  explique.  Elle  on  est  la  causo  et  le  reflet. 

Selon  los  manifestations  auxquelles  ils  donnent  lieu,  on  classe  los 
anticorps  en  plusieurs  catégories.  Nousnous  bornerons  pour  lo  moment 
à  une  brève  énumération. 

Nous  avons  mentionné  déjà  les  antitoxines.  Lo  sérum  pout  contenir 
aussi  des  agglutinines.  Si  l'on  ajouto  à  uno  suspension  de  microbos 
(vibrions  cholériques  ou  bacilles  typhiques,  par  exemple)  uno  dose 
memo  très  faiblo  de  sérum  d'animai  solidement  vaccine  contro'  ce 
germe,  un  remarquablo  phénomène  apparaìt  promptement  (Bordet, 
1895  ;  Grubor  et  Durham,'  1896).  S'il  s'agit  do  microbes  mofeiles 
(comme  coux  quo  nous  venons  do  citer),  les  germos  semblent  frappés 
de  paralysie  presque  subito.  Les  mouvomonts  s'arrétont  et  bientót 
los  microbes,  au  lieu  do  rostcr  disséminés  dans  le  liquido  et  de  lui 
communiquer  ainsi  un  troublo  homogène,  s'agglomèrent  on  paquots  ; 
ces  flocons,  sous  l'influencede  la  gravite,  gagnent  peu  à  pou  le  fond  du 
vaso,  la  partio  supérieure  du  liquido  devenant  claire.  On  constato  que 
l'agglutination  ne  compromet  pas  la  vitalité  des  microbes. 


IMMUNISAFION    ACTIVE    {VACCINATION)  93 

D'aulres  anticorps  sont  les  scnsibilisatrices.  On  Irouvt'  communé- 
ment  dans  le  sérum  d'animaux  très  divers  (au  moins  parmi  les  verté- 
brés),  qu'ils  soiont  vaccincs  contre  ccrtains  microbes  ou  qu'ils  soient 
neufs,  une  substance  particulière,  facilement  altérable,  que  l'ori  nomme 
alexine,  et  qui  est  douée,  envers  les  bactéries,  de  tendances  nocives. 
Mais,  par  elle-méme,  et  sans  le  secours  de  matièrcs  adjuvantes  appro- 
priées,  elle  n'est  pas  susceptible  d'entrer  en  réaction  avec  les  germes  ; 
par  suite,  sa  propension  à  Icur  nuire,  dans  de  tclles  conditions,  ne  peut 
se  satisfaire  et  ne  se  trahit  point.  Cela  tient  à  ce  que,  en  soi,  elle  ne 
possedè  pas  pour  les  microbes  l'affinité  nécessaire.  En  d'autres  termes, 
et  cette  fagon  d'exprimer  les  choses  est  en  réalité  plus  cxacte,  Ics 
microbes,  par  Icurs  propres  moyens,  et  si  aucune  autre  substance  n'in- 
tervient,  ne  manifestent  point  pour  l'alexine  d'avidité  suffisante  et 
restent,  à  son  égard,  indifTérents.  Mais,  chez  les  animaux  qu'on  vaccine 
contre  un  germe  déterminé,  un  anticorps,  spécifìquement  appropriò 
au  microbe  en  question,  apparaìt  dans  le  sérum.  Désigné  par  Bordet 
sous  le  nom  de  sensibilisatrice,  il  mérite  cette  appellation  parce  que, 
comme  cet  auteur  l'a  montré  (1895-1900),  il  tcnd  à  rendre  le  microbe 
plus  sensible  à  l'alexine,  et  cela  en  augmentant  considérablement  son 
alTmité  pour  cette  matière,  laquellc  dès  lors  peut  étre  absorbée  et 
exercer  corrélativement  son  influence  nuisible. 

Cette influence,  tous  les  microbes,  avrai  dire,  n'y  sont  pas  également 
sensibles  ;  ccrtains  d'entre  cux,  le  vibrion  cholérique  notamment,  sont 
particulièrement  vulnérables.  G'est  gràce  au  mécanisme  ainsi  elucidò, 
à  cette  coUaboration  de  la  sensibilisatrice  spécifìque  et  de  l'alexine 
délétère,  que  certaines  bactéries  subissent  une  altération  très  visiblc 
pouvant  déterminer  leur  mort,  altération  que  l'on  appello  bactériolyse 
rt  dont  le  premier  exemple,  relatif  au  vibrion  cholérique,  avait  été 
observé  par  PfeifTer,  en  1894,  dans  l'organisme  des  animaux  vaccinés. 

Il  y  a  encore  les  précipitines.  Le  sérum  d'un  animai  fortement 
vaccine  contre  un  microbe  donne,  ajouté  au  bouillon  de  culture  de  ce 
méme  germe,  peut  déterminer  dans  ce  liquide,  qu'on  a  cu  soin  pourtant 
de  clarifier  en  le  fìltrant  au  préalable,  un  precipite  bien  visiblc 
(Kraus,  1897)  ;  en  conséquence,  certains  principes  microbiens  en  état 
de  solution  sinon  parfaite,  au  moins  apparente,  sont  susceptibles  de  se 
condenser  en  flocons  sous  l'influence  d'un  anticorps  appropriò.  Comme 
les  antitoxines,  les  agglutinines  et  les  scnsibilisatrices,  ces  anticorps 
(précipitines)  sont  spéciflques. 

Une  autre  propriété,  souvent  très  manifeste  sussi,  du  sérum  d'ani- 
mal  vaccine,  c'est  le  pouvoir  que  Wright  a  appelé  «  opsonique  »  (1), 
iequel  consiste  en  ce  qu'un  tei  sérum  rend  le  microbe  qu'il  impressionne 
plus  aisément  phagocytable  (Denys  et  Leclef,  1895).  Selon  toute  vrai- 


(1)  Étymologiquement,  opsonique  signifie  :  qui  prépare  à  l'alimenla- 
lion. 


94  VIMMUNITÉ   ACQUISE 

semblance,  la  fonction  opsonique  doit  «tre  attribuée,  non  point  à  des 
anticorps  spéciaux,  mais  à  la  coopéra tion  d'une  sensibilisatrice  appro- 
priée  et  de  l'alexine. 

A  coté  de  ces  anticorps,  actifs  vis-à-vis  des  microorganismes  eux- 
mémes  ou  bien  de  leurs  produits,  et  qui  sont  spécifìques,  on  peut 
obtenir  ancore,  toujours  gràce  à  la  méme  technique  de  la  vaccination, 
des  anticorps  également  énergiques,  également  spécifìques,  et  qui,  par 
leurs  propriétés  et  leur  mode  d'action,  correspondent  absolument  à 
ceux  que  nous  venons  de  citer,  sauf  qu'ils  impressionnent,non  plus  des 
microbes  ou  des  principes  microbiens,  mais  des  cellules  de  l'organisme 
animai  ou  des  produits  organiques. 

Bordet  montra,  en  1898,  que  si  l'on  soumet  un  animai  tei  qu'un 
cobaye  à  quelques  injections  de  sang  défìbriné  d'espèce  differente,, 
de  lapin  par  exemple,  le  cobaye  ainsi  traité  produit  bientót  dans  son 
sérum  un  anticorps  impressionnant  spécifiquement  les  globules  rouges 
identiques  à  ceux  qui  ont  été  administrés  (lapin)  et  que  cet  anticorps 
est  une  sensibilisatrice  entièrement  comparable  aux  sensibilisairices 
antimicrobiennes,  car  elle  communique  à  ces  globules  l'aptitude  à 
ressentir  l'influence  del  etère  de  l'alexine.  Dans  ces  conditions,  les 
cellules  sanguines  se  détruisent,  elles  subissent  l'hémolyse,  laquelle 
est  aux  globules  ce  que  la  bactériolyse  est  aux  microbes.  La  sensibili- 
satrice appropriée  aux  globules  confère  à  ceux-ci  le  pouvoir  d'absorber 
énergiquement  l'alexine  (Bordet,  1900);  elle  se  comporte  donc  à  leur 
égard  exactement  comme  les  sensibilisatrices  antimicrobiennes  le  font 
envers  les  bactéries. 

D'autre  part,  ce  sérum  d'animai  d'espèce  A  vaccine  contre  les  glo- 
bules de  provenance  B  (sérum  hémolytique)  manifeste  (Bordet,  1898) 
un  fort  pouvoir  agglutinant  spécifique  vis-à-vis  des  globules  B  (agglu- 
tinines  antiglobulaires). 

Similairement  encore,  les  animaux  pcuvent  fournir  des  anticorps 
précipitants  actifs  sur  des  matériaux  albuminoìdes  provenant  d'espèces 
différentes.  Par  exemple,  le  sérum  d'un  ^lapin  auquel  on  a  injecté 
un  sérum  étranger,  tei  que  du  sérum  d'anguille,  ou  de  cheval,  ou 
d'homme,  ètc,  fait  spécifiquement  apparaìtre  un  trouble  intense,  de 
nature  albuminoide,  dans  le  sérum  identique  à  celui  contre  lequel  la 
vaccinationa  été  pratiquée  (TcMstovitch,  Bordet,  1899),  Ainsi  le  sérum 
d'un  animai  traité  parie  sérum  d'homme  trouble  le  sérum  d'homme,  mais 
non  celui  de  cheval,  ou  inversement.  Injectons  à  un  lapin  du  lait  de 
vache,  et  qu^lque  temps  après  saignons-le:  le  sérum  obtenu  se  montre 
capable  de  condenser  en  flocons  la  caseine  du  lait  de  vache  auquei  on  le 
mélange  (Bordet,  1899). 

Signalons,  à  ce  propos,  qu'étant  plus  altérables  par  les  ferments 
digestifs  que  ne  le  =ont  les  microbes,  les  matériaux  tels  que  globules 
rouges  ou  sérums  étrangers,  lait,  etc,  sont  moins  susceptibles  encore 
de  donner  lieu,  lorsqu'on  les  ingère,  à  la  production  d'anticorps. 


IMMUNISATION    ACTIVE    {V ACCINATION)  95 

La  tendance  de  l'organisme  à  opposer,  aux  éléments  étrangcrs 
qu'on  lui  administre,  des  substances  antagonistes,  est  ,si  l'on  peut 
s'oxprimer  ainsi,  tellemont  systématiquo,  qu'elle  peut  se  manifestcr 
méme  à  l'égard  de  principcs  appartenant  à  la  catégorie  des  substances 
défensives,  pourvu  qu'ils  proviennent  d'une  espèce  animale  differente. 
Nous  venons  de  voir  notamment  que  déjà  à  l'état  normal  le  sérum 
contient  une  substance  importante  à  connaitre  pour  la  compréhension 
de  la  bactériolyse  et  de  l'hémolyse,  et  qui  est  l'alexine.  Or,  le  sérum 
d'un  cobaye,  par  exemple,  injecté  au  préalable  d'un  sérum  différent 
tei  que  celui  du  lapin,  neu tralise  spécifìquement  l'alexine  propre  à 
ce  dernier  sérum.  Soit  dit  en  passant,  ce  fait  démontre  que  les  alexines 
appartenant  à  des  espèces  diiTérentes  ne  sont  pas,  bien  que  douées  de 
propriétés  très  analogues,  absolument  identiques.  Bordet,  qui  a  obtenu 
ces  anti-alexines  (1899),  a  pu  produire  par  les  mémcs  procédés  des  anti- 
sensibilisatrices,  des  anti-agglutinincs,  bref  des  anti-anticorps  (1900). 

Ces  diverses  propriétés  du  sérum  des  animaux  immunisés  (disons 
dorénavant,  pour  abréger,  des  immunsérums)  sont  le  résultat  de  la 
réaction  dirigée  contre  l'élément  ctranger,  microbien  ou  animai  (1),^ 
cellulaire  ou  amorphe,  appartenant  ou  non  au  groupe  des  matières 
en  relation  avec  l'immunité,  que  l'on  introduit  dans  les  tissus,  L'acti- 
vité  intense  et  spécifìque  du  sérum  est  le  fruit  de  la  vaccination,  et 
pourtant,  chose  remarquable,  le  sérum  des  animaux  normaux,  nuUe- 
ment  immunisés,  n'cst  pas  exempt  d'anticorps.  Très  souvent,  on  peut 
y  déceler  l'existence  d'agglutinines,  de  sensibilisatrices,  etc,  lesquelles,. 
à  vrai  dire,  sont  considérablement  moins  puissantes,  en  general,  que 
ne  le  sont  les  anticorps  de  mème  nom  développés  parla  vaccination. 
Celle-ci  n'engendre  pas  des  fonctions  absolument  nouvelles,les  pro- 
priétés qu'elle  rend  frappantes  et  mieux  appropri ées  existaient  avant 
elle  à  l'état  rudimentaire,  et  l'immunité  devient  de  la  Physiologie 
proprement  dite  lorsqu'elle  recherche  à  quoi,  dans  l'organisme  neuf 
les  anticorps  normaux  peuvent  servir. 

Quant  à  l'alexine,  elle  se  rencontre  en  abondance  très  approxima- 
tivement  égale  dans  le  sérum  des  organismes  neufs  et  dans  celui  des 
vaccinés  (Bordet,  1895).  En  conséquence,  elle  n'est  pas  un  anticorps,, 
puisque  l'introduction  d'un  «  antigène  »  n'a  pas  d'influencc  l>i<'ii  sen- 
sible  sur  sa  production. 

Séro-diagnostic.  —  Nous  avons,  en  parlant  des  immunsérums, 
beaucoup  insistè  sur  leur  spécificité.  Sans  étre  absoluc,  cellc-ci  est 
cependant  assez  stricte  et  delicate  pour  permettre  une  utilisation  pré- 
cieuse.  C'est  le  séro-diagnostic,  dont  nous  rencontrerons  trop  d'appli- 


(1)  On  peut  du  reste  obtenir  aussi  des  anticorps  actifs  contre  des  sub- 
stances végétales.  Nous  avons  fait  allusion  déjà  aux  antiloxinos  (jui 
i.(  utraliscnt  l'abrine,  la  riciuc,  de. 


96  VIMMUNITÉ   ACQUISE 

cations  pour  qu'il  y  ait  lieu  d'insister  en  ce  moment.  Bornons-nous  à 
illustrer  le  principe  par  quelques  exemples  : 

Si  le  sérum  d'un  lapin  immunisé  contre  le  bacillo  typhique  impres- 
sionne  puissammcnt  (notamment  agglutine)  la  culture  d'un  microbe 
que  Fon  suspecte  etra  de  nature  typhique,  mais  sur  l'authenticité 
duquel  on  cprouve  quelque  doute,  c'est  que  le  soupgon  est  fonde  et 
que  l'hésitation  n'est  plus  permise.  Si  une  culture  authentique  de 
bacille  typhique  est  puissamment  agglutinée  par  le  sérum  d'un  lapin 
immuniié,  ou  par  celui  d'un  individu  malade,  cela  prouve  que  le 
microbe  dont  on  s'est  servi  pour  vacciner  le  lapin,  ou  contre  lequel  le 
malade  lutte  (Widal  et  Sicard),  est  bien  le  bacille  typhique.  Lorsqu'on 
se  trouve  en  présence  de  matériaux  albuminoides  (sérum,  par  exemple) 
d'origine  inconnue,  on  peut,  selon  le  memo  principe,  et  gràce  aux  anti- 
corps  précipitants,  par  exemple,  déterminerl'espèce  animale  dont  les 
substances  considérées  proviennent. 

Une  méthode  diagnostique  très  utile  également,  c'est  celle  de  la 
fixation  de  l'alexine.  Bordet  a  montré  (1900)  que  lorsqu'un  sérum  S 
contient  une  sensibilisatrice  active  vis-à-vis  d'un  microbe  donne,  il 
conferò  à  ce  germe  le  pouvoir  d'absorber  l'alexine,  qui  disparaìt  ainsi 
du  liquide  ambiant  ;  on  conséquence,  celui-ci  est  désormais  incapable 
de  détruire  des  éléments  sensibilisés  à  l'alexine  (globules  rouges)  que 
l'on  peut  y  introduire  ultérieuremont.  Le  fait  que  dans  ces  conditions 
ceux-ci  restent  intacts  démontro  dono  que  le  sérum  S  est  réellement 
sensibilisateur,  c'ost-à-dire  proviont  d'un  organismo  qui  a  lutté  contro 
le  microbe  en  jeu.  Utilisée  ensuite  par  Bordet  et  Gengou  (1901)  comme 
méthode  generale  applicable  à  do  nombreusos  infections  (fièvre  ty- 
phoido,  charbon,  pesto,  etc),  cette  expérience,  qui  décèlo  la  présence 
d'une  sensibilisatrice  dans  un  sérum,  pormet  corrélativemont  d'établir 
si  l'organismo  qui  a  fourni  ce  sérum  est  ou  a  été  atteint  d'uno  infection 
déterminée.  Divers  auteurs  la  miront  ultérieuremont  à  profit  pour  le 
diagnostic  d'autros  maladios  oncore,  meningite  cerebro-spinale  (Cohen, 
1906),  syphilis  (1)  (Wassermann,  Noissor  et  Bruck,  1906),  morve 
(Schutz  et  Schubert,  1909),  etc. 

Antigènes.  —  La  serologie  qui  so  proposo  l'étude  des  anticorps  et 
en  general  des  matièros  participant  à  la  défense,  et  qui  les  considero 
dans  leur  constitution,  leur  origine  et  leur  r61e,  envisago  aussi,  par 
une  inévitable  extension>  les  principos  vaccinants  qui,  introduits  dans 
l'organismo,  font  apparaìtre  les  anticorps.  Ces  principos,  quelle  que  soit 
d'ailleurs  leur  nature,  microbes,  toxines,  collules,  etc,  du  moment 
qu'ils  sont  «àpablos  de  déterminer  la  production  d'un  anticorps  spéci- 
fique,  on  les  réunit,  à  l'instigation  de  Detre-Deutsch,  pour  la  facilité 


(1)  Nous  verrons  quo,  dans   le  cas  de  la  syphilis,  le  mé^anismo     de 
la  réaction  de  fixation  de  l'alexine  est  différent. 


IMMUNISATION  ACTIVH   (VACCINATION)  97 

dii  langagc,  sous  la  désignation  commode  —  sinon  très  correcte  éty- 
mologiquement  —  d'antigènes.  Remarquons  immédiatement  quo  lo 
concrpt  d'antigene  est,  cn  rcalité,  douMe,  puisqu'il  implique  non  seu- 
lement  que  l'élément  introduit  est  apte  à  impressionner  l'organisme  et 
à  déchainer  ainsi  la  réaction  d'où  résulte  l'anticorps,  mais  encore  que 
cet  organisnie  est  susceptible  de  resscntir  l'excitation  et  d'y  répondrc. 
Bien  que  subordonné  ineontestablement  à  la  nature  ehimique  et  très 
vraisemblablement  aussi  aux  propriétés  physiques  de  l'élément  vac- 
cinant,  le  caractère  antigénique  n'est  pas  indissolublemcnt  lié  à  celui-ci, 
il  n'en  est  pas  inséparable,  car  ildépend,  d'autre  part,  de  l'organisme 
traité,  il  n'est  pas  absolu,  il  est  relatif  aux  conditions  de  l'expérience  : 
les  globules  rouges  de  lapin  sont  antigènes  lorsqu'on  les  injecte  à  un 
animai  dilTérent  tei  que  le  cobaye,  ils  ne  le  sont  point  lorsqu'on  les 
inocule  à  un  lapin;  celui-ci,  en  elTet,  ne  produit  pas  d'anticorps  actif  à 
l'égard  de  corpuscules  sanguins  provenant  de  sa  propre  espèce  (Bor- 
det,  1898),  c'est-à-dire  ne  fabrique  pas,  suivant  l'expression  consacrée, 
d'  «  iso-anticorps  »  ni  d'  «  auto-anticorps  »  hémolytiques  (1).  Beaucoup  de 
substances  qui  fonctionnent  comme  antigènes  lorsqu'on  les  injecte 
sous  la  peau,  dans  le  péritoine,  dans  la  circulation,  etc,  ne  provoquent 
pas  l'apparition  d'anticorps  lorsqu'elles  sont  ingérées,  ce  qui  ticnt  à  ce 
que,  modifiées  par  les  sécrétions  digestives,  elles  ne  sont  pas  résorbées 
telles  quelles,  et  ne  pénètrent  pas  en  nature  dans  l'intimité  de  l'orga- 
nisme. 

Toutes  les  méthodes  de  vaccination  que  nous  avons  énumérées  sont 
susceptibles  de  développer  des  anticorps,  les  matériaux  qu'elles 
tMuploient  peuvent  donc  étre  antigènes.  G'est  le  cas,  par  exemple,  des 
microbes  tués.  Mais  la  serologie,  qui  considero  aussi  l'antigene,  doit 
rechercher  ce  que  devient  ce  pouvoir  de  faire  produire  des  anticorps 
par  l'organisme,  lorsque  les  matières  vaccinantes  sont  soumises  à  des 
influences  modificatrices,  action  de  la  chaleur,  de  réactifs  divers,  etc. 
Nous  aurons  l'occasion  de  constater  qu'une  investigation  approfondie 
a  été  dirigée  dans  ce  sens. 

Ferments.  —  Les  anticorps  spécifiques  que  nous  venons  d'énumérer 
sont-ils  les  seuls  principes  issus  de  la  réaction  contre  l'élément  injecte? 
Dans  les  derniers  temps,  l'attention  s'est  portée  avec  insistance  sur 
rette  constatation,  que  l'introduction  dans  les  tissus  ou,  mieux,  dans  la 
circulation,  de  substances  dédoublables  par  les  enzymes  fait  apparaltre 
dans  le  sang  certains  ferments  qu'elle  mobilise  en  quelque  sorte  en  les 
dégageant  de  divers  organes  où  normalement  ils  restent  cantonnés. 


(1)  Un  iso-auticorps  agii  sur  des  élémenls  provenant  d'inaividus  dif- 
léreuts  mais  d'espèce  identiquo  à  celie  de  ranimal  qui  fournit  l'anticorps. 
Un  aulo-anticorps  agit  sur  des  élémenls  appartenant  en  propre  à  l'animai 
producteur  du  sérum  en  quesLion, 

L'immunilé.  ' 


98  VIMMUNITÉ   ACQUI  SE 

Déjà  en  1900,  Delezenne  avait  vu  que  l'injection  de  gelatine  commu- 
nique  au  sang  un  certain  pouvoir  protcolytique  vis-à-vis  de  cette 
substance,  qui  perd  ainsi  l'aptitude  à  se  solidifier  par  refroidissement. 
A  la  suite  d'une  injection  de  sucre  de  canne,  le  sang  acquiert  la  pio- 
priété  de  dédoubler  cet  hydrate  de  carbone  (Weinland).  Abderhalden 
«t  ses  collabofateurs  se  sont  attachés  avec  persévérance  à  cette  étude  ; 
nous  nous  préoccuperons  plus  loin  de  leurs  données  et  des  applications 
dont  elles  ont  paru  susceptibles.  Pour  l'instant,  nous  envisagerons  de 
préférence  les  anticorps  proprement  dits. 


IMMUNISATION  PASSIVE 

Obtention  et  injection  des  immunsérums.  —  La  présence  de  ces 
matières  actives  dans  le  sérum  des  animaux  vaccinés  fait  entrevoir 
immédiatement  une  perspective  pleine  de  promesses.  Puisque  le  sérum 
d'un  animai  vaccine  contre  la  toxine  diphtérique,par  cxemple,  neutra- 
lise  celle-ci,  il  est  à  presumer  que  l'injection  de  ce  sérum  à  un  orga- 
nisme  neuf  lui  permettra  (pouvoir  préventif)'  de  [supporter  sans  trouble 
l'inoculation  ultérieure  de  ce  poison,  ou  méme  (pouvoir  curatif)  pro- 
tégera  un  enfant  chez  lequel  le  bacille  diphtérique  s'est  implanté  et 
élabore  sa  redoutable  sécrétion.  Cet  espoir  légitime  s'est  heureusement 
con  firme.  On  connaìt  aujourd'hui  un  grand  nombre  de  cas  où  l'admi- 
nistration  du  sérum  approprié  protège  soit  contre  les  toxines,  soit 
contre  les  microbes  eux-mémes. 

L'immunité  conférée  par  l'injection  de  sérum  s'appelle  immunité 
passive  ;  ce  terme  signifie  que  l'organisme  traité  regoit  des  anticorps 
protecteurs  dans  l'élaboration  desquels  il  n'est  intervenu  en  rien  et 
dont  il  est  simplement  le  dépositaire  (1).  Par  opposition,  l'immunité 
consecutive  à  la  guérison  d'une  maladie  spontanee  ou  au  traitement 
par  les  méthodes  de  vaccination  est  qualifiée  d'active  ;  elle  l'est  véri- 
tablement,  puisqu'en  ces  cas  l'organisme  a  fabriqué  lui-méme  Ics  anti- 
corps utiles  à  sa  défense. 

Nous  l'avons  vu,  parfois  le  sérum  d'un  animai  vaccine  ne  renferme 
qu'un  anticorps  vraiment  important,  telqu'une  antitoxine;  souvent  il 
en  renferme  plusieurs,  antitoxine,  agglutinine,  sensibilisatrice  ;  il  est 


(1)  En  s'adressant  à  une  propriété  aisément  mesurable  d'un  immun- 
sérum,  on  peut  démontrer  qu'à  la  suite  de  l'injection  de  celui-ci,  le  sang 
de  l'organisme  traité  se  comporte  comme  une  simple  dilution  des  prin- 
cipes  actifs.  G'est  ce  que  Bordet  (1896)  a  réalisé  pour  ce  qui  concerne 
le  pouvoir  agglutinant  :  uncobaye,  dont  la  masse  totale  du  sang  peut  éLre 
évaluée  à  environ  40  centimètres  cubes,  est  injecté  de  1  centimètre  cube 
d'un  immunsérum  agglutinant  puissamment  le  vibrion  cholérique  ;  I& 
lendemain,  l'animai  est  saigné  et  fournit  un  sérum  dont  le  pouvoir  agglu- 
tinant est  environ  40  fois  moindre  que  celui  de  l'immunsérum. 


IMMUNISATION    PASSIVE  99 

évident  qu'alors  la  proprìétc  preventive  est  une  resultante;  en  pareli 
cas,  chacun  dcs  anticorps  peut  avoir  sa  part  d'intervention,  et  c'est 
un  problème  important  d'immunité  de  préciscr,  pour  les  divers 
pxcmples  étudiés,  dans  quelle  mcsure  l'un  ou  l'autre  de  ces  principes 
coopero  à  la  protection  accordée. 

Nous  le  savons  aussi,  l'immunité  artificiellement  conférée  par  la 
vaccination  est  tout  à  fait  pareille  à  l'état  réfractaire  consécutif  à  la 
guérison  d'une  maladie  spontanee.  Que  l'expérimentateur  soit  inter- 
vonu  ou  non,  lo  sórum  de  l'organismo  considerò  peut  recéler  des  anti- 
corps et  manifester  en  conséquence  le  pouvoir  préventif  ou  curatif. 
Le  sérum  d'un  animai  vaccine  contre  le  pneumocoque  protège  les  ani- 
maux  neufs  contre  l'infection  par  co  germe  ;  celui  d'un  convalescent 
de  fièvre  typhoide  preservo  les  animaux  de  laboratoire  des  fàeheux 
effets  d'une  inoculation  de  bacilles  typhiques.  Mais  l'immunisation 
artificielle,  mieux  calculée,  presente  cotte  ressource  qu'on  peut  la 
pousser  aussi  loin  qu'il  est  utile,  et  répéter  les  injections  vaccinantes 
jusqu'au  moment  où  le  sérum  acquiert  le  maximum  d'activité  dont  il 
est  suscoptible.  On  peut  «  hyperimmuniser  »  l'animai,  sollicitor  en  lui 
des  réactions  réitérées  et  très  vives,  accumuler  ainsi  les  anticorps  et 
obtenir  un  sérum  bien  supérieur  à  celui  quo  fourniraiont  des  sujets 
guéris  simplemcnt  do  la  maladie  spontaneo.  D'autro  part,  on  choisit, 
parmi  los  ospòcos  animales,  cellos  qui  somblent  le  plus  aptes  à  produire 
en  abondance  l'anticorps  désiré.  Lo  che  vai  est  précioux  à  cet  égard 
(Roux)  et  fournit  plusieurs  sérums  doués  d'uno  energie  très  remar- 
quablo  (1). 


(1)  En  raison  de  leur  grand  ini érèt  théorique,  nous  considérerons 
plus  loin,  avec  les  délails  voulus,  les  principaux  sérums  antitoxiques. 
Nohs  menlionucrons  brièvemeut  ici  quelques  sérums  susceptibles  d'in- 
tervenir dans  la  thérapeuLique. 

Pour  l'obtention  du  sérum  antidysentérique,  le  procède  le  plus  rccom- 
mandable  est  colui  de  rinjection  inlraveineuso,  aux  chovaux,  de  toxine 
et  de  microbes  vivanls.  On  emploie  à  Paris  (Vaiilard  et  Dopter)  un 
microbo  du  type  Shiga  très  virulent  pour  le  lapin  et  qui  produil  une  forte 
toxine  :  la  culture  en  bouillon,  maintenue  vingt  jours  à  37°,  puis  filtrée 
sur  bougie,  lue  par  injection  intraveineuse  le  lapin  d'un  kilogramme 
à  la  dose  de  O"',!.  Les  chovaux  regoivont  alternativcmentde la  toxine  et 
de  la  culture  vivante  ;  on  leur  injecto  pour  commencer  0^0^25  et  on  élève 
graduellemcnt  les  doses  jusqu'à  50  centimètres  cubes;  cette  progression 
doit  ètre  lente,  Ics  troubles  provoqués  par  chaque  injection  étant  sérieux 
(flèvre  élevée,  abattement,  amaigrissement).  Ou  saigne  deux  ou  trois 
semaines  après  ladernière  inoculation.  Vaiilard  et  Dopter  estiment  qu'un 
sérum  monovalent  influonce  favorablcmont  tous  les  cas  de  dysonlerie 
bacillaire.  Ruffer  et  Wilmore  préfèrent  injecter  aux  chovaux  un  mélange 
de  plusieurs  races,  Flexner  et  Amoss  ont  recours  égalomcnt  nux  injec- 
tions intraveineuses  de  cultures  d'abord  tuées,  puis  vivantos;  ils  ob- 
tiennent  promptement  un  sérum  actif.  Un  bou  sérum  doit  nt-ulraliser 
(le  lapin  servant  do  réactif)  plusieurs  doses  mortelles  de  toxiìie.  Nicolle, 


100  VIMMUNITÉ   ACQUI  SE 

Mais  la  vaccination  intensive  exige  des  cultures,  ou  des  quantités 
suffisantes  de  produits  virulents  très  riches  en  germes.  Ouand  le  virus 
est  incultivable  ou  qu'on  ne  dispose  pas  d'un  vaccin  sur,  il  faut  bien  se 
contenter  du  sérum  que  fournissent  les  animaux  guéris  de  la  maladie 
spontanee.  A  vrai  dire,  on  fortifie  souvent  l'immunité  de  semblaljles 
animaux  en  leur  injectant  des  produits  virulents  provenant  d'animaux 
morts  ou  sur  le  point  de  succomber  à  l'infection  considérée. 

Nous  avons  signalé  plus  haut  que,  toutes  choses  égales  d'ailleurs, 
l'immunité  artificiellement  conférée  est  plus  solide  et  plus  persistante 
lorsque  le  vaccin  employé  est  assez  fort,  c'est-à-dire  secoue  quelque 
peu  l'organisme  et  sollicite  la  réaction  assez  impérieusement.  Il  ne 
faudrait  pas  inférer,  de  cette  notion  exacte,  que  si  l'on  compare  plu- 
sieurs  sujets  guéris  d'une  méme  maladie  spontanément  contractée, 
c'est  chez  celui  dont  les  s.ympt6mes  auront  été  les  plus  prononcés  qu'on 
trouvera,  lors  de  la  convalescence,  le  sérum  le  plus  actif.  A  priori, 
il  faudrait  plutòt  s'attendre  à  constater  le  contraire.  Il  est  des  orga- 
nismes  qui  réagissent  plus  aisément  que  d'autres,  et  qui  élaborent, 
au  prix  d'un  effort  moindre  et  sans  avoir  soufTert  autant,  des  anticorps 
plus  abondants.  Or,  ce  sont  ceux-là  précisément  qui  ont  le  plus  de 


Debains  et  Loiseau  (1916)  recommandent  d'injecter  Ics  mélanges  toxine- 
antitoxine  dans  la  veine  de  l'oreillc  du  lapin. 

Flexner  prépare  le  sérum  antiméningococcique  par  injection  sous- 
cutanée  auxchevaux,  d'abord  de  cultures  tuées,  puisdemicrobes  vivants. 
Kolle  et  Wassermann  inoculent,  d'abord  sous  la  peau,  puis  dans  les 
veines,  diverses  races  de  méningocoque  et  des  extraits  microbiens. 
Dopter  utilise  uniquement  des  cultures  vivantes  qu'il  introduit  sous  la 
peau  au  début  de  l'immunisation  ;  plus  tard,  il  a  recours  à  rinjeclion 
intraveineuse. 

Marmorek  (1895)  a  obtenu  chez  le  cheval  un  sérum  antistreptococ- 
cique  par  injection  d'une  culture  de  provenance  humaine  rendue  extra- 
ordinairement  virulente  pour  le  lapin  gràce  à  des  passages  répétés  chez 
cet  animai.  Denys  et  Van  de  Velde  ont  beaucoup  préconisé  le  sérum  poly- 
valent.  Besredka,  à  Paris,  injecte  intraveineusement  au  cheval  plusieurs 
échantillons  de  streptocoques  ayant  déterminé  des  accidents  chez 
l'homme  ;  Fune  des  souches  a  été  rendue,  par  passages  réitérés,  très 
virulente  pour  la  souris  ;  elle  peut,  en  conséquence,  étre  utilisée  pour  le 
titragc  de  l'activité  preventive  ou  curative  du  sérum  ;  les  autre  souches 
n'ont  pas  fait  de  passages.  Chaque  injection  au  cheval  provoque  une 
fièvre  intense  (40°  au  moins),  mais  de  durée  assez  courle.  Le  sérum 
obtenu  est  capable,  lorsqu'on  l'injecte,  à  dose  de  Occ^oOl,  à  une  souris 
qui,  dix-huit  à  vingt-quatre  heures  auparavant,  a  été  inoculée  de  dix 
doses  mortelles  de  culture,  de  siuver  l'animai. 

Le  sérum  antipesteux  se  prépare,  à  Paris  (Dujardin-Beaumetz),  par 
injection  intraveineuse  au  cheval,  d'abord  de  cultures  tuées.  Ense- 
mencés  en  boìtes  de  Roux,  les  microbes  sont,  après  trois  jours  d'étuve, 
délayés  et  stérilisés  par  chauffage  à  65°.  On  donne  pour  commencer 
1/20  de  boìte,  et  l'on  injecte  chaque  semaine  en  augmentant  les  doses 
jusqu'à  atteindre  le  contenu  d'une  boìte.  A  ce  moment,  le  sérum  se 
montre  déjà  manifestement  préventif  ;  on  inocule  alors   des  microbes 


IMMUNISATION    PASSIVE  101 

oliances  de  ne  présenter  que  des  symptòmes  bénins  et  de  guérir  promp- 
tement.  On  s'explique  ainsi  que  la  puissance  du  sérum  soit  inégale 
rhez  les  divers  sujets,  et  ne  soit  point  exactement  proportionnelle  à 
la  gravite  des  symptòmes  observés.  L'expérience  des  Instituts  pro- 
(hicteurs  de  sérums  thérapeutiques  enseigne  que  les  chevaux  soumis 
exactement  au  mème  traitement  vaccinant  fournissent  néanmoins 
des  sérums  de  valeur  très  dilTérente. 

Un  Seul  et  méme  organisme  peut  avoir  acquis  l'immunité  active  vis- 
a-vis  de  plusieurs  germes,  et  coUectionner  ainsi  les  anticorps  spécifiques. 
On  a  préconisé  l'emploi  de  sérums  dits  polyvalents,  c'est-à-'dire  capables 
d'impressionner  à  la  fois  plusieurs  races  distinctes  d'une  espèce  micro- 
bienne,  ou  méme  des  espèces  différentes.  Convaincu  de  l'unicité  du 
str(»}>tocoque  pathogène  pour  l'homme,  Marmorek  préparait  (1895) 
un  sérum  antistreptococcique  monovalent  ;  d'autre  part,  Denys  et 
Van  de  Velde,  Aronson,  Besredka,  immunisent  les  chevaux  contre  plu- 
sieurs échantillons  de  streptocoques  provenant  de  cas  pathologiques 
différents.  Sóuvent,  on  fait  intervenir  aussi  diverses  races  de  bacilles 
dysentériques  ;  on  sait  que  cette  espèce  se  subdivise  en  plusieurs  varié- 


vivants.  L'immunisation  est  difTicile  et  longue  (six  à  huit  mois)  ;  on 
observe  parfois  des  accidents  graves.  On  saigne  dix  à  quatorzo  jours 
après  la  dernièrc  injcction. 

Dès  1895,  Sciavo  et  Marchoux  ont  réussi,  à  peu  près  simultanément, 
en  immunisant  longuement  des  animaux  (lapin,  mouton),  d'abord  par 
l'inoculation  des  vaccins  pastoriens,  puis  par  celle  de  cultures  virulentcs 
en  quantités  croissantes,  à  obtenir  un  sérum  anticharbonneux  capablc, 
à  la  dose  de  1  à  2  centimètres  cubes,d'cmpéchcr  une  infection  mortelle 
pour  le  lémoin  en  quarante-huit  heures  environ.  Sobernheim  injecte 
d'abord  une  culture  atlénuée  (second  vaccin)  additionnée  de  sérum 
préventif,  et  inocule,dix  à  qua  terze  jours  plus  tard,  une  trace  de  culture 
virulente.  Celle-ci  est  injectée  ensuite,  tous  les  quinze  jours  environ,  en 
doses  croissantes  ;  les  animaux  regoivent  fmalement  le  contenu  de  plu- 
sieurs cultures  sur  gelose  ;  on  saigne  quatorze  à  seize  jours  après  la  der- 
nière  injcction.  On  traile  de  la  sorte  des  chevaux,  des  boeufs  et  des  mou- 
lons,  de  fagon  à  pouvoir  administrer  aux  animaux  divers  qu'on  désire 
protéger,  du  sérum  de  méme  espèce.  Le  sérum  de  Sobernheim  paraìt 
donner,notammentchez  l'hommeatteintde  pustulc  maligne, des  résultats 
favorables  à  titre  curatif,  mais  il  est  surtout  cmployé,  à  titre  préventif, 
pour  l'immunisation  mixte  des  animaux  domestiques. 

Le  sérum  anticholérique,telqu'il  a  été  décrit  par  Metchnikoff,  Roux  et 
Salimbeni,et  qui  possedè  des  qualités  antitoxiques,se  prépare  par  injcc- 
tion inlraveineuse  au  cheval,  de  vibrions  développés  pendant  sept  jours 
dans  une  solution,  étalée  en  conche  mince,  de  peplone  et  de  gelatine, 
additionnée  d'un  quart  de  sérum  de  cheval.  Au  bout  de  six  mois  environ, 
l'animai  teière  50  à  60  centimètres  cubes  de  ce  liquide,  dose  qu'il  con- 
vieni de  ne  pas  dépasser.  Brau  et  Denier  utilisent  des  cultures,  àgées  de 
sept  jours,  dans  un  mélange  de  sérum  et  de  sang  défìbriné  de  cheval. 

Chantemesse  emploie  pour  le  traitement  de  la  fièvre  typholde  un 
.sérum  obtenu  par  injcction  au  cheval  de  bacilles  typhiques  cultivés  sur 
un  milieu  special  contenant  du  sang  humain. 


102  VIMMUNITÉ   ACQUI  SE 

tés.  Il  importe,  pour  la  mème  ràison,  que  le  sérum  antiméningococcique 
soit  polyvalent.  Gertains  Instituts  préparent  un  sérum  actif  à  la  fois 
vis-à-vis  du  streptocoque  et  du  staphylocoque,  ces  deux  microbes  se 
trouvant  fréquemment  associés. 

Les  moyens  de  conférer  l'immunité  passive  ne  présentent  naturel- 
lement  pas  la  variété  des  procédés  de  vaccination,  puisqu'ils  se  ré- 
sument  dans  l'injection  de  sérum.  Toutefois,  l'intervention  peut  diffé- 
rer  non  seulement  par  les  qualités  du  sérum  —  antitoxique,  anti- 
mìcrobien,monovalent,  polyvalent  — et  par  la  nature  de  l'espèce  ani- 
male qui  l'a  fourni,  mais  par  le  siège  de  l'inoculation  ;  celui-ci  n'est 
pas  indifTérent.  Morgenroth  a  mentre  que  le  sérum  se  résorbe  plus 
promptement  lorsqu'il  est  introduit  dans  les  muscles  que  lorsqu'on 
l'injecte  sous  la  peau.  L'injection  directe  dans  la  circulation,  qui  fait 
immédiatement  pénétrer  les  anticorps  dans  l'intimité  de  l'organisme, 
est  parfois  avantageuse,  bien  qu'elle  puisse  exposer  aux  accidents  dits 
«  anaphylactiques  »  que  nous  considérerons,  Dans  la  meningite  cerebro- 
spinale, il  iraporte  de  réaliser  le  contact  immédiat  du  sérum  et  du 
germe,  lequel  pullule  dans  le  liquide  encéphalo-rachidien  :  on  extrait 
tout  d'abord  une  bonne  partie  de  celui-ci  par  ponction  lombaire,  on 
le  remplace  ensuite  par  le  sérum  actif  (Flexner).  Gette  procedure  est 
d'autant  plus  indiquée  que  les  méninges  sont  fort  peu  perméables  aux 
anticorps  contenus  dans  le  sang  (Meyer  et  Ransom)  ;  nous  reviendrons 
sur  ce  point. 

Réserve  faite  de  certaines  constatations  relatives  aux  nouveau-nés, 
et  que  nous  allons  signaler,  les  matériaux  sériques  sont  trop  profondé- 
raent  attaqués  par  les  sucs  digestifs  pour  que  l'ingestion  d'immun- 
sérums  puisse  conférer  l'immunité  passive.  La  voie  rectale  semble  con- 
venir davantage  :  Vallèe  et  Pinzi  (1911)  ont  observé  par  exemple 
que  la  precipitine  d'un  imraunsérum  actif  sur  le  bacille  tuberculeox, 
«t  administré  en  lavement,  peut  pénétrer  dans  la  circulation. 

Les  anticorps  s'éliminentlentement  etau  moins  partiellement  par  les 
émonctoires.  Dans  la  fièvre  typhoìde,  par  exemple,  un  peu  d'aggluti^ 
nine  passe  dans  l'urine  (Van  Oordt,  Widal  et  Sicard,  1897). 

Immunité  hérédltaire.  —  G'est  à  propos  de  l'immunité  passive 
qu'il  convient  de  se  préoccuper  de  l'immunité  héréditaire,  car,  nous 
allons  nous  en  convaincre,  celle-ci  reconnaìt  pour  cause  une  simple 
dillusion  d'anticorps. 

Des  enfants  nés  de  mères  guéries  de  variole  peu  avant  la  grossesse, 
ou  immunisées  pendant  le  couxs  de  celle-ci  gràce  au  vaccin  jennérien, 
peuvent  ne  pas  développer  de  pustules  lorsque,peu  après  la  naissance, 
on  pratique  sur  eux  l'insertion  vaccinale  :  ils  se  montrent  réfractaires 
(Lereboullet,  Buchner,  Burckhardt).  L'immunité  de  la  brebis  vaccinée 
cantre  le  charbo^n  se  transmet  à  la  progéniture  (Ghauveau,  1888;  Ros- 
signol  et  Gienkowski).  Des  observationa  analogues  ont  été  faites  con- 


IMMUN16ATIU.\    PASSIVE  lOa 

,,  ru.uiL  la  clavelée,  le  charbon  symptomatique ,  la  rage  (Arloiiig, 
Cornovin  et  Thomas,  Kitasato,  Konradi  .  En  1892^  les  recherches 
d'Elirlich  élucidèrent  cette  question.  Elles  monLrèront  que  les  anti- 
corps  peuvent  passcr  de  la  mère  au  foetus  par  l'iniermédiaire  du  pla- 
centa. L'iramunité  héréditaire  est  dono  entièrement  eomparable  à 
celle  que  procure  une  injection  de  sérura  prévenlif.  Ces  expériences 
étaient  instituées  sur  des  femelles  immunisées  contre  les  poisons  végé- 
taux,  abrine,.ricme,  rbbine.  Des  reelierches  ultérieures  réalisées  sur  des 
animaux  vaccinés  contre  la  toxine  tétanique  (Ehrlich  et  Hiibener, 
1894)  conduisirent  aux  mèmes  resultata,  lesquels  furent  confirmés 
d'aiUeurs  par  plusieurs  savartts  (Wernicke,  1895;  Vaillard,  1896; 
Rt^mlinger,  1899).  Chez  la  femme  récemment  guérie  de  diphtérie, 
l'antitoxine  produite  peut  franchir  le  placenta  et  se  retrouver  dans  le 
sang  du  nouveau-né  (Abel,  1894;  Fischi  et  Wunschheim,  1896). 

Ouant  au  pére,  son  róle  est  nul  :  méme  solidement  vaccine,  il  ne 
lègue  à  la  progéniture  aucune  immunité. 

La  mère  dispose  d'un,  autre  moyen  encore  de  transmettre  ses  anti- 
corps  :  ceux-ci  sont  susceptibles  de  passer  dans  le  lait.  Ehrlich  constata 
ce  fait  à  propos  des  antitoxines  (1892)  ;  Widal  et  Sicard,  Kraus,  Bul- 
loch,  etc,  le  démontrèrent  ensuite  pour  ce  qui  concerne  les  aggluti- 
nines  ou  les  sensibilisatrices.  Or,  chez  certains  animaux,  notamment 
la  souris,  l'activité  des  sucs  digestifs  est  très  faible  dans  les  premiers 
jours  de  l'existence  ;  il  en  résulte  que  le  lait  ingéré  peut  ètre  résorbé 
directement  par  la  paroi  intestinale,  sans  que  les  matériaux  qu'il  con- 
tient,  et  notamment  les  anticorps,  subissent  d'altération  profonde. 
Ehrlich  montra  que  les  souris  immunisées  c&ntre  les  poisons  peuvent 
transmettre  leur  état  réfractaire  à  des  petits  nés  de  femelles  differente» 
et  non  vaccinées,  mais  qu'on  leur  confìe  dès  la  naissance  et  qu'elles 
allaitent.  D'après  Dzierzgowski  (1903),^  la  jument  transmet  au  poulain, 
par  le  lait,  l'antitoxine  diphtériquc.  Par  contre,.  le  sang  de  souris 
adultes  ne  a'enrichit  pas  en  anticorps  lorsque  ces  animaux  ingèrent 
du  lait  antitoxique  :  leurs  ferments  digestifs  interviennent  puissam- 
ment  et  dénaturent  les  principes  actifs.  Pour  une  raison  identique, 
méme  lorsqu'il  s'agii  d'animaux  nouveau-nés,  l'expérience  ne  réus- 
sit  pas  indistinctement  chez  toutes  les  espèces  :  les  petits  lapins  ou 
cobayes,  nourri?  de  lait  antitoxique  ou  agglutinant  de  mères  iramu-» 
nisées,  n'en  réaorbent  pas  l'anticorps  et  leur  sang  demeure  inaetif 
(Vaillard,  1896; Widal  et  Sicard,  1897).  Pour  ce  qui  concerne  l'espèce 
humaiaae,  il  est  certain  que  les  anticorps  peuvent  apparaìtre  dans  le 
lait  (l),  miis  il  résulte  des  recherches  d'Achard  et  Bensaude  (1896)  et 
de  Schuiuacher  (1901),  que  leur  passage,  de  cet  aliment  au  sang  des 


(1)  Achard  et  Bensaude,  Thiercelin  et  Lenobl«  ont  observé  un  pouvoir 
agglutinant  très  prononcé  dans  le  lait  de  nourricea  atteinies  de  flèvre 
typholde. 


104  VIMMUNITÉ   ACQUISE 

nouveau-nés,  ne  s'efTectue  pas  mieux  que  chez  le  lapin  ou  le  cobaye. 
A  propos  de  la  difYusion  des  anticorps  (agglutinines)  à  travers  le  pla- 
centa ou  dans  le  lait,  mentionnons  encore  les  nombreuses  recherches, 
dont  les  résultats  furent  souvent  positifs,  auxquelles  la  fièvre  typhoi'de 
des  femmes  enceintes  donna  lieu,  et  que  Fon  doit  notamment  à  Scholtz 
(1898),  à  Gastaigne  (1897),  à  Courmont  et  Cade  (1899),  et  à  d'autres 
observateurs.  Chez  les  animaux,  le  passage  dans  le  lait  d'anticorps 
actifs  vis-à-vis  de  ferments  fut  également  constate  (Morgenroth,  1899). 

Famulener  (1911)  montra  que  les  chèvres  irtimunisées  contre  un 
sang  étranger  sécrètent  un  colostrum  contenant  en  abondance  l'anti- 
corps  hémolytique,  lequel  se  retrouve  dans  le  sang  des  petits  qu'elles 
allaitent.  Chez  cette  espèce,  le  colostrum  joue,  pour  la  transmission  de 
l'immunité  à  la  progéniture,  un  role  plus  important  que  celui  du  pla- 
centa lui-méme.  Plus  tard,  à  vrai  dire,  la  sécrétion  lactée  s'appauvrit 
progressivement  en  anticorps. 

On  le  volt,  l'importance  de  l'allaitement  dans  la  transmission  de 
l'immunité  (1)  varie  beaucoup  suivant  les  espèces,  et  ces  difTérences 
sont  en  rapport  avec  l'energie,  également  variable,  du  travail  des 
glandes  digestives  au  début  de  l'existence, 

Qu'elle  soit  due  à  l'intervention  du  placenta  ou  bien  à  celle  de  la 
sécrétion  lactée,  l'immunité  héréditaire  n'est  pas  de  longue  durée  ; 
elle  disparaìt  peu  à  peu  au  bout  de  trois  mois  en  moyenne  ;  nous  ver- 
rons  bientót  d'ailleurs  qu'un  caractère  essentiel  de  l'immunité  passive 
est  précisément  d'étre  brève. 

Chez  les  oiseaux,  les  principes  protecteurs  peuvent  passer  dans  les 
matériaux  nutritifs  de  l'cBuf.  Klemperer  (1893)  montra  que  le  jaune 
d'ceuf  depoule  immunisée  contre  le  poisontétanique  contient  de  l'anti- 
toxine.  Dzierzgowski  (1901)  fit  la  méme  constatation  à  propos  de 
l'antitoxine  diphtérique.  Quand  on  injecte  des  spirochètes  dans  des 
oeufs  fécondés,  l'embryon  meurt.  Mais  si  l'expérience  est  réalisée  sur 
des  oeufs  pondus  par  des  poules  qui  ont  eu  la  maladie  quinze  à  vingt 
jours  auparavant,  et  ont  guéri,  l'embryon  resiste  (Levaditi  et 
Manouélian). 

On  a  longtemps  considéré  comme  vraie  une  notion  assez  paradoxale, 
ayant  trait  à  la  syphilis,et  dont  les  recherches  ultérieures  ont  prouvé 
l'inexactitude.  On  pensait  qu'un  pére  syphilitique  peut  parfois,  san» 
contaminer  la  mère,  émettre  un  sperme  contenant  le  virus  et  procréer 
ainsi  un  enfant  infecté.  Bien  plus,  on  admettait  qu'en  pareli  cas  le 
foetus  atteint  immunise  la  mère,  en  lui  fournissant,  par  la  voie  placen- 


(1)  Il  convient  de  mentionner  ce  fait  assez  curieux,  signalé  par  divers 
auteurs  (Ròmer,  Salge,  Bertarelli),  que  le  passage  dans  le  sang  des  nou- 
veau-nés, d'anticorps  présents  dans  le  lait  paraìt  s'opérer  plus  aisément 
que  celui  d'anticorps  existant  dans  un  sérum  ingéré.  Les  anticorps 
contractent  sans  doute  avec  les  matériaux  albuminoìdes  ccrtaines  liai- 
sons  (adsorption)  intervenant  dans  la  résorption. 


IMMUNJSATION   MIXTE  inr, 

taire,  (Ics  i)iiiui[)OS  qui  la  rendent  réfractairc.  En  réalité,  la  mère  duii 
nouvcau-né  syphilitique  est  toujours  syphilitique  elle-méme  ;  scule- 
menl,  il  peut  arriver,  chez  elle  comme  chez  tout  autre  sujet  hébergcant 
ce  virus,  que  la  raaladie  traverse  des  périodes  latentes  où  nul  symptòme 
extérieur  ne  trahit  l'infection.  Ce  sont  de  pareils  cas  qui,  mal  inter- 
prétés,  ont  cté  le  point  de  départ  d'une  théorie  erronee. 


IMMUNISATION  MIXTE 

Les  deux  méthodes  dont  on  dispose  pour  constituer  l'état  réfractaire, 
la  vaccination  qui  procure  l'immunité  active,  l'injection  de  sérum 
spécifìque  qui  confère  l'immunité  passive,  peuvent  étre  heureusement 
combinées  :  l'immunisation  dite  «  mixte  »  comporte  à  la  fois  l'emploi 
des  microbes  ou  des  produits  microbiens  et  l'intervention  du  sérum. 
Celui-ci  permet  à  l'organisme  de  mieux  tolérer  et  d'assimiler  plus  aisé- 
ment  l'élément  microbien.  Celui-ci  assure  à  l'immunité  obtenue  une 
qualité  très  désirable,  que  le  sérum  à  lui  seul  ne  saurait  octroyer,  et 
qui  est  la  durée.  Babès,dès  1895,  avait  trouvé  qu'on  peut  immuniser 
les  animaux  contre  la  toxine  diphtérique  en  injectant  ce  poison  mélange 
au  sérum  antitoxiquc;  bien  que  rendu  inoffensif ,  le  produit  microbien 
détermine  encore  l'immunité  active.  Semmer  et  Nencki  avaient  montré 
(jue  le  sérum  d'animaux  guéris  de  peste  bovine  accorde  aux  animaux 
neufs,  contre  cette  infection,  une  immunité  qui,  étant  passive,  est 
malheureusement  fugace.  Mais  si,  comme  Danysz  et  Bordet  le  consta- 
tèrent  (1897),  un  contact  permanent  avec  quelques  bétes  infectées 
expose  à  des  contaminations  répétées  les  animaux  ainsi  traités  par  le 
sérum,  ceux-ci  finissent  par  contracter  la  maladie  ;  seulement,  gràce 
aux  effets  protecteurs  du  sérum  injecté,  ils  ne  manifestent,  en  general, 
que  des  symptómes  bénins  et  se  rétablissent  pour  la  plupart,  tandis 
que,  chez  les  animaux  non  préparés,  la  guérison  de  la  peste  bovine  est 
l'exception.  L'emploi  de  cette  méthode,  qui  substitue  à  une  immunité 
passive  éphémère  une  immunité  active  persistante,  se  montra  suscep- 
tible  d'enrayer  l'épizootie.  Peu  «près,  Kolle  et  Turner  recoururent, 
avec  de  bons  résultats,  à  des  mélanges  de  sérum  préventif  et  de  sang 
virulent;  toutefois,  pour  étre  inoffensives  tout  en  étant  efficaceSjCes 
mixtures  doivent  renfermer  les  deux  éléments  en  proportion  soigneu- 
sement  déterminée  ;  trop  de  sérum  préserve  l'animai  au  point  que  le 
virus  ne  peut  agir  et  que,  aucun  symptòme  ne  survenant,  l'immunité 
active  ne  s'installe  pas  ;  trop  de  virus  dépasse  le  pouvoir  préventif  du 
sérum  et  provoque  des  troubles  alarmants  et  méme  la  maladie  mortelle. 
Les  mélanges  sérum-virus  ont  été  appliqués  aussi  (Loefller  et  Frosch) 
à  l'immunisation  contre  la  fièvre  aphteuse.  La  résistance  des  animaux 
spontanément  atteints  et  guéris  est  fortifìée  par  des  inoculations  de 
lymphe  virulente,  le  sérum  qu'ils  fournissent  est  associé,  en  proportions 


106  UIMMUNITÉ  ACQUISE 

convenables,  au  produit  infectieux.  La  fìèvre  catarrhale  du  mouton 
(Spreull),  la  peste  du  cheval  (Theiler)  ont  donne  lieu  à  l'emploi  du 
méme  procède.  Borrel  (1902)  a  démontré  que  la  clavelée  (variole  du 
mouton)  est  due  à  un  virus  fìltrant,  et  que  les  animaux  guéris  dont  on 
a  fortifié  l'immunité  en  leur  injectant  le  virus  à  plusieurs  reprises 
fournissent  un  sérum  préventif  et  curatif.  En  additionnant  ce  sérum 
de  pulpe  de  pustule  claveleuse,  et  injectant  le  mélange  sous  la  peau 
de  moutons  neufs,  on  peut  (Bridré  et  Broquet),  sans  provoquer  de 
troubles  sérieux,  conférer  à  ces  animaux  une  itnmunité  solide  et  assez 
durable.  Pour  préserver  les  animaux  contre  la  peste  porcine  (dont  le 
virus, comme  celui  des  maladies  précédentes,  est  reste  jusqu'ici  invi- 
sible  et  appartient,.  comme  Dorset  l'a  démontré,  à  la  catégorie  des 
microbes  filtrants),  Dorset  inocule  d'une  part  le  sérum  des  animaux 
guéris,  de  l'autre  le  virus  ;  Uhlenhuth  et  Hubener  injectent  ces  deux 
«l'éments  en  mélange.  La  vaccination  par  les  bacilles  tués  du  rouget 
ne  donne  que  des  effets  très  médiocres,  mais  on  peut  obtenir  (Emme- 
rich  et  Mastbaum,  1891  ;  Lorenz,  1892;  Leclainche,  1897)  un  sérum  pré- 
ventif,. le^juel,  injecté  en  méme  temps  que  le  virus,  soit  en  des  points 
séparés  de  Torganisme  (Lorenz),  soit  en  mélange  avec  ce  germe  (Le- 
clainche), permct  la  constitution  d'une  immunité  solide,  que  l'on  peut 
fortifìer  encore  en  inoculant  ensuite  le  microbe  sans  sérum.  L'injection 
successive  de  sérum  et  de  virus  modérément  atténué  a  été  recommandée 
par  Leclainche  et  Vallèe  pour  immuniser  contre  le  charbon  symptoma- 
tique.  Pour  mettre  les  animaux  à  l'abri  du  charbon  bactéridien,  Sobern- 
heim  injecte  simultanément  d'une  part  le  second  vaccin  de  Pasteur, 
de  l'autre  le  sérum  anticharbonneux  (5  centimètres  cubes).  La  décou- 
verte  du  sérum  antirabique  (Babès  et  Lepp,  Marie,  Schniirer,  etc.)  a 
permis  à  Marie  et  à  Remlinger  notamment  d'appliquer  au  traitement 
de  la  rage  le  principe  de  l'immunisation  mixte  :  on  injecte  des  mélanges 
de  ce  sérum  et  de  virus  fixe  non  desséché  (1).  Récemment,  Behring 
&  conseillé  l'emploi  de  mélanges  de  toxine  et  d'antitoxine  pour 
immuniser  les  enfants  contre  la  diphtéri«.  Antérieurement,  d'ailleurs, 

• 
(1)  Le  mélange  sérum-virus  confère  rapidement  l'immunité.  Le  sérum 
joue  un  róle  adjuvant  en  déprimant  l'activité  du  virus  et  favorisant  sans 
doute  sa  résorption  par  les  phagocytes.  Mario  a,dès  1904,  introduit  ce 
procède  dans  la  pratique  courantc.  A  trois  reprises^  et  à  une  semaine 
d'intervalle,  ce  savant  injecte  le  virus  flxe  dans  les  veines  d'un  mouton 
(on  sait  que  cet  animai  resiste  à  l'inocula tion  intraveineuse  de  la  rage); 
ultérieurement,  le  virus  flxe  est  injecté  sous  la  peau,  en  doses  croissantes  ; 
on  obtient  ainsi  un  sérum  qui,  mélange  au  virus,  le  rend  inactif.  Pour  le 
traitement,  on  broie  flnement  1  grarame  de  virus  fixe  (bulbe  de  lapin), 
aj;oute  10  centimètres  cubes  de  solution  physiologique,  et  mélange,  à 
■2  centimètres  cubes  de  l'émulsion  obtenue,  4  centimètres  cubes  de  sérum 
antirabique.  On  injecte  le  taut  à  la  personne  mordue,  répète  la  mème 
injection  les  trois  jours  suivants;  après  quoi,  l'on  applique  le  traitement 
pastorìen  en  recourant  à  des  moelles  desséchées  enlredeux  e^t  six  joars» 


IMMUiMóATJoy    MIXTL  107 

Ih.  SiiiiLli  (1909)  avait  préconisé  cette  méthode,  car  il  avait  constate 
(UIC  l'on  confère  au  cobaye  une  résistancc  très  durable  lorsqu'on  lui 
injecte  dcs  mcMangcs  toxine-antitoxine.  L'immunitc  est  plus  pcrsistanb^ 
lorsquc  l'inoculation  donne  lieu  à  des  lésions  locales,  elle  est  plus 
fugace  lorsquc  le  mélange  est  trop  riche  en  sérum. 

Bien  que  comportant  encore  l'emploi  simultané  dcs  microbes  et  d'un 

^ii-um  appropriò,  le  procède  «  des  microbes  scnsibilisés  »  imaginé  par 

Hesredka  présente  une  originalité  réelle  et  mérite  de  retenirl'attention, 

ir  il  s'inspire  de  cette  donnée  compréhensiblc  et  fréquemment  vérifiée 

[ii'un  excès  de  sérum  préventif,  accordant  à  l'organismo  une  protec- 
lion  trop  complète,  le  dispense  d'un  effort  réactionnel  suffisammcnt 

•  Micrgique  et  nuitparfois  de  la  sorte  à  l'acquisition  de  l'immunité  active. 
le  savant  traite  les  microbes  par  l'immunsérum  correspondant,  Ics 

■ntrifuge  ensuite,  Ics  débarrasse  de  l'excès  de  liquide  et  les  lave, 
linpressionnés  par  les  principes  antimicrobiens,  les  germes  ainsi  traités 
sont  fort  bien  tolérés,se  résorbent  aisément  et  confèrent  promptement 
une  résistancc  solide  et  prolongée.  Mieux  que  ne  le  ferait  un  virus 
identique  mais  non  influencé  par  le  sérum,  les  germes  «  sensibilisés  » 
déterminent  l'apparition  precoce  d'anticorps  abondants  :  ayant  absorbé 
des  opsonines,  ils  deviennent  d'ailleurs  plus  vite  la  proie  des  phago- 
rytes  qui  les  assimilent.Les  cssais  pratiqués  notamment  sur  les  bacilles 
|H'steux  (préalablement  stérilisé  par  chaufTage  à  60o),  dysentérique, 
typhique,  ont  donne  des  résultats  remarquables.  En  particulier,  la 
vaccination  contre  la  Piòvre  typhoide  par  des  microbes  vivants,  mais 
sensibilisés,  se  poursuit  actuellement  sur  de  nombreuses  personnes. 
n'autres  auteurs  ont  mis  la  méthode  à  profit  pour  ce  qui  concerne 
le  streptocoque,  le  pneumocoque.etc.  (Levy  et  Aoki,  Marxer,  Netter, 
Dopter  et  Pauron).  Meyer,  Galmette  et  Guérin  ont  constate  que  le 
liacille  tuberculeux  sensibilisé  se  résorbe  avec  une  facilité  inusitée  ; 
l'application  de  cette  donnée  à  la  thérapeutique  humaine  a  été  tentée» 

D'ailleurs,  divers  auteurs  ont  tenté  d'appliquer  les  virus  sensibilisés 
au  traitement  des  infections  déclarées  ;  ils  ont  obtenu  des  résultats 
oncourageants, notamment  pour  ce  qui  concerne  les  formes  chroniquea 
ile  gonococcie  (surtout  dans    l'épididymite,   l'arthrite,    la    salpingite) 

•  ruveilhier,  Ide,  Broughton-Alcoek,  1913),  la  furonculose,  les  sinu- 
sites  et  otites  staphylococciques  (Gohendy  et  Bertrand,  1912),  et  méme 
la  fièvre  typhoide  (Boinet,  1914), pour  laquelle  le  succès  est  plus  net 
lorsque  l'intervention  est  très  precoce.  Gay  et  ses  collaborateurs  Glay- 
pole  et  Ghickering  ont  applique  au  traitement  de  cette  maladie  les 
injections  intraveineuses  de  bacilles  tués  et  sensibilisés  ;  les  résultats 
obten.us  sont  très  encourageants. 


CH  API  TRE    IV 

CARACTÈRES    COMPARÉS 
DES    DIVERSES    IMMUNITÉS 

IMMUNITÉS   ACTIVE   ET   PASSIVE 

Temps  d'établissement,  durée.  —  DifYérentes  par  les  conditions 
de  leur  apparition  et  l'origine  autochtone  ou  étrangère  des  principes 
humoraux,  les  deux  espèces  d'immunité  acquise,  l'active  et  la  passive, 
présentent  entre  elles  des  dissemblances  d'évolution  importantes  et 
que  leur  nature  fait  prévoir.  La  première  exige  quelque  temps  pour  se 
constituer,  mais  elle  est  persistante  ;  la  seconde  est  très  rapidement 
conférée,  elle  est  très  passagère, 

Née  du  conflit  entre  les  fonctions  défensives  et  l'élément  microbien, 
sollicitant  pour  s'établir,  de  la  part  des  cellules,  un  travail  réactionnel 
soutenu,  l'immunité  active  ne  saurait  s'obtenir  immédiatement,  et  le 
nombre  de  jours  qu'elle  requiert  pour  s'élever  à  son  point  culminant 
varie  selon  le  microbe  en  jeu  et  le  degré  de  réceptivité  initiale  de  l'orga- 
nisme  :  l'efTort  à  déployer  doit  étre,  suivant  les  cas,  plus  ou  moins 
énergique. 

Lorsqu'on  suit  attentivement  le  cours  d'une  infection  susceptible 
de  guérir,  il  est  naturellement  possible  de  saisir  le  moment  où  l'immu- 
nité s'installe,  les  symptòmes  morbides  rétrocédant  alors,  soit  petit 
à  petit  comme  dans  la  fièvre  typhoide,  soit  plus  brusquement  comme 
dans  la  pneumonie,  mais  on  ne  saurait  repérer  avec  exactitude  l'instant 
précis  où  la  réaction  s'établit  ;  il  s'agit  en  effet,  non  d'une  poussée 
subite,  mais  d'un  travail  graduel,  longuement  continue,  compose 
d'efTorts  successifs  et  ininterrompus,  qui  met  dès  l'origine  en  oeuvre 
les  moyens  d'abord  restreints  dont  l'organisme  dispose  et  commence 
insensiblement  dès  le  début  de  l'agression  microbienne  pour  s'accen- 
tuer  progressivement  ;  qui  bientot  fait  intervenir  des  facteurs  plus 
efficaces  et  notamment  Ics  anticorps  dont  la  concentration  s'élève 
peu  à  peu  ;  qui,  multipliant  les  obstacles  et  construisant  une  barrière 
chaque  jour  plus  solide,  détermine  fmalement  le  recul  de  l'infection. 


IMMUNITÉS    ACTIVE    ET   PASSIVE  109 

(.(•Ut:  óclicaiicr,  l'opiniàtreté  des  germes  peut  la  retarder  encore  ; 
une  défaite  sensible  du  virus  ne  l'empéche  pas  toujours  de  se  ressaisir  ; 
quolquefois  il  s'ada{)Le  et  rcprend  l'oiTensive,  l'organisme  déploie  alors 
une  energie  nouvelle  jusqu'au  triomphc  définitif.  Et  très  généralement, 
la  réaction  protectrice,  emportée  par  l'élan  qu'elle  a  pris,  ne  s'apaise 
pas  soudain  à  ce  moment  décisif  où  le  but  est  atteint  ;  le  processus 
qu'une  impulsion  violente  a  mis  en  branle  ne  s'arréte  pas  brusquement  ; 
d'habitude,  les  phénomènes  se  poursuivent  encore  après  que  le  danger 
a  été  sùrcment  conjuré,  et  quelques  jours  plus  tard  seulement  l'immu- 
nité  atteint  son  apogée  ;  c'est  ainsi  notamment  quc,gràceà  la  prolife- 
ra lion  cellulaire  très  activc,  le  nombre  des  phagocytes  parvient  alors 
au  niveau  le  plus  haut  et  que  la  teneur  du  sang  en  anticorps  s'élève 
aulant  qu'il  est  possible. 

Lorsqu'on  soumet  des  animaux  à  un  traitement  vaccinant,  on  deter- 
mino le  laps  de  temps  qu'exige  l'établissement  de  l'état  réfractaire  en 
leur  inoculant,  au  bout  de  temps  variables,  le  virus  actif.  Si,  comme 
c'est  le  cas  pour  les  vaccinations  dont  l'espèce  humaine  est  l'objet,  on 
doit  épargner  à  l'organisme  une  épreuve  aussi  scabreuse,  on  tire  des 
(lonnóes  statistiques,  à  condition,  bien  entendu,  de  les  passerau  crible 
d'une  discussion  qui  n'est  jamais  trop  serrée,  dans  les  régions  ou  parmi 
les  collcctivités  où  les  chances  de  contamination  sont  élevées,  des 
indications  très  utiles.  Ainsi,  dans  les  armées,  par  exemple,  où  l'immu- 
nisation  est  largement  appliquée,  on  a  reconnu  que  les  typhisants  se 
recrutent  en  nombre  bien  plus  grand  parmi  les  non  vaccinés  que  parmi 
ceux  qui  ont  bénéficié  du  traitement  préventif  (Wright,  Vincent,  etc). 
La  recherche  des  propriétés  que  le  sérum  acquiert  apporte  également 
des  renseignements  instructifs  ;  il  est  superflu  de  dire  que  l'étude 
-cientifìque  d'une  méthode  de  vaccination  comporte,  au  méme  titre 
«jue  celle  du  mécanisme  gràce  auquel  des  maladies  spontanées  peuvent 
guérir,  des  examens  de  ce  genre.  Par  exemple,  dans  la  fièvre  typhoidc, 
le  pouvoir  agglutinant  commence  à  se  manifester  une  semaine  environ 
après  le  dél)ut  de  la  maladie,  le  pouvoir  sensibilisateur  se  montre  vers 
le  méme  moment  ;  c'est  aussi,  en  règie  generale,  cinq  à  sept  jours  après 
une  injection  vaccinante  que  ces  anticorps  se  produisent  ;  remarquons- 
le  à  ce  propos,  certa ins  d'entre  eux  se  formcnt  peut-étre  un  peu  plus 
promptement  que  d'autres,  mais  il  faut  tenir  compte,  lorsqu'on  com- 
pare les  délais  au  bout  desquels  ils  apparaissent,  de  la  sensibilité 
des  réactions  qui  nous  décèlent  la  présence  de  ces  principes  actifs  (1). 
Avrai  dire,  l'existence  d'anticorps  dans  le  sérum  est  un  indice  de  résis- 
tance  utile  à  recueillir,  mais  dont  la  valour  n'est  pas  absolue,  et  qui 


(1)  Par  exemple,  ragglulination  étant  un  phénomène  très  aisément 
perceptible,  méme  lorsqu'il  s'efTectue  avee  une  intensité  modérée,  on 
peut  décelcr  des  quantités  relalivement  Irès  faibles  de  la  subslance 
active. 


110     CARACTÈRES  COMPARÉS  DES  DIVERSES  IMMUNITÉS 

fournit  une  présomption  plutot  qu'une  certitude  ;  sùrement,  il  est  de& 
propriétés  sériques  vraiment  signi ficatives  (1)  ;  d'autres  n'autorisent 
pas  à  conclure  d'emblée  à  l'existence  d'une  immunité  effective  ; 
notamment,  il  ne  suffit  pas  de  constater  qu'un  sérum  agglutine  pour 
admettre  que  l'organisme  étudié  est  désormais  à  l'abri  ;  l'immunité 
acquisc  résulte  du  concours  de  fonctions  multiples,  les  unes  essentielles, 
les  autres  plutot  accessoires,  et  de  ce  que  l'une  se  manifeste  on  ne  doit 
pas  inférer  que  toutes  ont  atteint  le  degré  requis  de  dévcloppement  ; 
il  est  méme  des  cas,  celui  de  la  tuberculose  par  exemple,  où  le  sérum 
peut  posseder  toute  une  sèrie  de  qualités  bien  prononcées  sans  que 
l'animai  soit  à  méme  de  resister  à  l'infection  ;  nous  reviendrons  sur  ces 
divers  points  lorsque  nous  envisagerons  la  part  qui  revient  à  chacun 
des  facteurs  dans  l'oeuvre  totale  de  la  défense  de  l'organisme. 

Le  délai  que  reclame  la  constitution  de  l'état  réfractaire  est  parfois 
relativement  bref.  Si  l'on  pratique,  à  la  peau  d'une  génisse,  des  inocu- 
lations  quotidiennes  de  vaccin  jennérien,  on  constate  que  les  insertions 
'  efTectuées  les  quatre  ou  cinq  premiers  jours  deviennent  le  siège  de  pus- 
tules  ;  celles  qui  sont  postérieures  au  cinquième  jour  restent  stériles 
(Layet). 

Eu  égard  à  la  durée  de  la  période  d'incubation  de  la  petite  véroic 
(une  dizaine  de  jours),  on  admet  que  la  vaccination  protège  encore 
l'homme  lorsqu'elle  est  réalisée  sinon  en  méme  temps,  au  moins  peu  de 
jours  avant  la  contamination  variolique.  L'immunité  antirabique 
s'établit  plus  lentement  ;  il  est  vrai  que  le  traitement  comporte  toute 
une  sèrie  (15  à  20)  d'injections  quotidiennes.  La  vaccination  anti- 
typhique  se  fait  aussi  en  plusieurs  fois.  Le  temps  qu'exige  l'acquisition 
de  l'immunité  dépend,  cela  va  sans  dire,  surtout  dans  les  cas  où  le  trai- 
tement èst  fractionné,  de  la  puissance  du  vaccin  et  de  la  dose  employée» 
Quant  à  la  durée  de  l'immunité  active,  elle  varie  considérablement 
selon  les  infections  (2) ,  et  nous  avons  plus  haut  cité  quelques  exemples  ; 
qu'elle  puisse  étre  très  prolongée,  on  le  congoit  aisément,  puisque  la 
rèsistance  est  due  à  un  travail  d'appropriation  accompli  par  Ics  cel« 
lules,  conduisant  notamment  à   l'apparition  d'anticorps  spécifiques» 


(1)  Par  exemple,  le  sérum  de  sujets  qui,  un  certain  temps  auparavant_. 
ont  été  soumis  à  la  vaccination  jennérienne,  ajouté  en  propòrtion  con- 
venable  au  virus  vaccinai,  le  paralyse,  en  ce  sens  qu'il  l'empéche  de 
provoquer  des  pustules  chez  les  sujets  normaux.  Le  sérum  d'individus 
récemment  guéris  de  variole  agit  semblablement  (Béclère,  Chambon  et 
Ménard).  Le  pouvoir  de  neutraliser  le  virus  rabique  apparali,  au  bout 
de  quelque  temps,  dans  le  sang  des  personnes  soumises  au  traitement 
antirabique.  Des  propriétés  aussi  frappantes  sont  en  rapport  évident 
avec  l'immunité  acquise. 

(2)  Elle  ne  paraìt  pas  très  longue  dans  la  fièvre  récurrente.  Elle  est 
brève  dans  la  pneumonie,  bien  que  cette  maladie  soit  susceptible  de 
guérir  avec  rapidité. 


IMMUNITÉS   A€T1VE  ET  PASSIVE  HI 

L'élémont  ccllulaiie  énergiqucment  sollicité  garde  longtemps  le  sou- 
venir de  sa  réaction  à  l'impression  éprouvée,  et  peut  ainsi,  plus  aisé- 
mcnt,  répondre  de  méme  fagon  dans  la  suite  si  l'occasion  s'en  présente. 
La  crisc  passéc,  la  tcncur  du  sérum  en  anticorps  s'abaisse  lentement 
et  peut  fmalement  étre  très  faiblc  ;  l'appauvrissement  est  d'ailleurs 
plus  precoce  et  plus  prononcé  chez  ccrtains  sujets  que  chez  d'autres. 
Mais  ce  qui  persiste  bien  davantage,  et  ce  qui  intervient  grandement 
pour  coramuniquer  à  l'immunité  active  son  caractère  de  permanence^ 
c'est  l'aptitude  à  reproduire  promptement,  sans  qu'une  éducation 
laborieuse  et  nouvelle  soit  encore  nécessaire,  le  travail  sécrétoire  autrc- 
fois  accompli.  Un  fait  qui  le  démontre,  c'est  que  des  animaux  vaccinés 
à  une  date  sufTisamment  reculée  pour  que  le  sérum  ne  manifeste  plus 
l'activité  spécifique,  et  qui  à  un  moment  donne  regoivent  une  nouvelle 
injection  vaccinante,  fabriquent  Ics  anticorps  beaucoup  plus  rapide- 
ment  que  ne  le  feraient  des  organismes  neufs  (Wassermann  et  Cole, 
von  Dungern,  etc).  En  general,  méme  lorsque  l'immunité  active  trop 
ancienne  s'ailaiblit  et  tend  à  disparaltre,  l'organisme  ne  se  comporte 
point,  vis-à-vis  du  germe  dont  il  a  jadis  éprouvé  les  effets,  comme  s'il 
n'en  avait  jamais  ressenti  le  contact,  et  nous  reviendrons  sur  ce 
l)OÌnt  à  propos  de  l'immunité  relative. 

Dans  l'immunité  passive,  l'organisme,  qui  n'est  point  entré  en  conflit 
uvee  le  germe,  TCQoit  des  anticorps  tout  préparés  par^un  animai  vaccine, 
li  en  tire  parti  sans  autre  formalité  et  sans  autre  délai  que  n'en  com- 
})Orte  la  résorption  du  sérum  injecté  sous  la  peau  ;  naturellement,  ce 
temps  perdu  est  réduit  à  zèro  lorsque  le  sérum  est  introduit  directe- 
ment  dans  la  circulation.  Dans  ces  conditions  la  concentration  maxi- 
male des  anticorps  dans  le  liquide  sanguin  dépasse  toujours  quelque 
peu  celle  qu'ils  atteignent  après  une  injection  sous-cutanée  (Hender- 
son-Smith)  ;  en  effet,  dans  ce  dernier  cas,  tandis  que  la  résorption  enri- 
chit  progressivement  le  sang  en  anticorps,  la  tendance  à  l'élimination 
se  fait  sentir  d'autre  part  ;  après  introduction  du  sérum  sous  la  peau,^ 
c'est  au  bout  de  vingt-quatre  à  trente  heures  que  la  teneur  du  sang 
en  anticorps  atteint  son  apogée.  Elle  ne  s'y  maintient  d'ailleui'fe  pas 
longtemps.  La  concentration  baisse,  assez  lentement  pendant  la  pre- 
mière semaine,  puis  plus  rapidement  ;  les  anticorps  qui  se  pcrdent  ne 
sont  pas  remplacés,  et  corrélativement  s'évanouit  entièrement  la  pro- 
lection  qu'ils  étaient  capables  d'assurer.  On  estime  que  l'immunité 
jtassive  disparaìt  au  bout  de  trois  semaines  environ  ;  cette  durée  varie, 
(M'ia  va  sans  dire,  suivant  la  dose  du  sérum  injecté,  selon  sa  puissance, 
<t  dépend  également,  comme  nous  le  verrons  bientot,  du  degré  de 
parente  unissant  l'animai  qui  fournit  le  sérum  à  celui  qui  le  regoit. 


112     CARACTÈRES  COMPARES  DES  DIVERSES  IMMUNITÉS 


IMMUNITES  NATURELLE  ET  ACQUISE 

Mécanisme.  —  S'il  importe  de  confronter  les  deux  genres  d'immu- 
nité  acquise,  l'active  et  la  passive,  il  n'est  pas  moins  nécessaire,  pour 
la  compréhension  claire  des  phénomènes,  de  comparer  l'animai  en 
puissance  d'immunité  acquise  (que  celle-ci  résulte  de  la  vaccination 
ou  de  l'administration  d'un  sérum  spéciflque)  à  l'organisme  neuf. 
On  dit  souvent,  à  juste  titre  d'ailleurs,  que  l'immunité  acquise  est 
essentiellement  Immorale,  en  ce  sens  que  le  caractère  le  plus  saillant 
qui  distingue  l'animai  désormais  immunisé  de  ce  qu'il  était  antérieu- 
rement  consiste  dans  l'activité  remarquable  de  ses  humeurs.  Cela 
veut  dire  que  les  nouveaux  moyens  de  défense,  ceux  que  l'immunisa- 
tion  a  procurés,  sont  essentiellement  de  nature  humorale,  cela  ne 
signifie  nullement  que  dorénavant  l'organisme  utilise,  pour  se  proté- 
ger,  exclusivement  des  principes  en  solution  et  se  trouve  dispense  de 
recourir  à  l'intervention  phagocy taire.  Loin  de  negliger  cette  ressource 
si  précieuse,  dont  il  ne  saurait  d'ailleurs  se  passer,  il  en  tire  plus  de 
proflt  que  jamais. 

En  réalité,  l'immunité  acquise  n'est,  si  l'on  peut  dire,  jamais  pure, 
cn  ce  sens  qu'elle  représente  nécessairement  un  complexe,  forme  par 
la  superposition,  aux  capacités  défensives  plus  ou  moins  étendues  qui 
existaient  avant  le  traitement,  des  qualités  nouvelles  que  celui-ci  a 
octroyées.  Si  l'organisme  neuf  contraete  l'infection,  cela  prouve  que 
les  moyens  dont  il  dispose  ne  suffisent  pas,  mais  non  qu'ils  sont  absents; 
nous  savons  d'ailleurs  que  la  réceptivité  offre  tous  les  degrés.  Or,  ces 
facteurs  susceptibles  à  l'état  normal  d'ébaucher  la  défense  sans  pou- 
voir  l'assurer,  interviennent,  chez  l'animai  devenu  réfractaire,  beau- 
coup  plus  puissamment.  L'immunité  acquise  comporte  l'association 
intime  de  ce  qui  est  nouveau  et  de  ce  qui  est  ancien,  elle  implique 
notamment  la  coopération  étroite  des  anticorps  et  des  cellules  capables 
d'englober  les  microbes.  Gràce  aux  propriétés  des  humeurs  qui  neutra- 
lisent  les  matières  nocives  ou  impressionnent  le  virus,  gràce  au  pouvoir 
opsonique,  les  phagocytes  peuvent  accomplir  leur  tàche  beaucoup  plus 
facilement  ;  ils  s'en  acquittent  alors  si  bien,  que  l'importance  de  leur 
concours  mérite,  tant  chez  l'organisme  immunisé  que  dans  l'immunité 
naturelle,  d'étre  jugée  prédominante.  Il  faut  considérer  encore  qu'en 
raison  de  l'hyperleucocytose,  l'appareil  phagocytaire  se  fortifie  à  la 
suite  de  la  vaccination,  sinon  après  l'injection  de  sérum  préventif. 
Au  surplus,  il  va  sans  dire  que  l'apparition  d'anticorps  étant  l'expres- 
sion  d'une  adaptation  cellulaire,  l'immunité  active,  en  dernière  ana- 
lyse,  est  tout  entière,  au  moins  indirectement,  sinon  toujours  immédia- 
tement,  le  résultat  de  l'activité  d'éléments  fìgurés.  Si,  dans  l'immunité 
passive,  il  n'est  pas  question  de  sécrétion,  par  l'animai  traité,  des  anti- 


JMMUNITÉS    NATURELLE   ET    ACQUI  SE  113 

coips  protecteurs,  la  suractivité  phagocytaire,  quc  ces  principes 
assurent,  s'y  constate  aussi  régulièrement  que  dans  l'immunité  conse- 
cutive à  la  vaccination. 

Nous  venons  de  comparer,  à  ce  qu'il  était  antérieurement,  un  orga- 
nisme  désormais  en  état  d'immunité  acquise.  Rapprochons  mainte- 
nant,  de  cette  forte  résistance  que  l'immunisation  a  conférée  à  un 
animai  primitivement  assez  réceptif,  la  résistance  forte  aussi  quc  mani- 
feste, à  l'égard  du  méme  germe,  une  espèce  digerente  douée  d'une 
immunité  naturelle  bien  prononcée.  Le  lapin  neuf  est  extrémement 
sensible  au  streptocoque  que  dcs  passages  réitérés  ont  accoutumé  à 
cette  espèce.  Mais  on  peut  l'immuniser.  Le  cobaye  neuf,  d'autre  part, 
est  beaucoup  moins  réceptif.  Ces  animaux,  nettement  réfractaircs 
tous  deux,  le  cobaye  normal  et  le  lapin  immunisé,  se  défendront-ils 
par  Ics  mèmes  procédés?  Les  deux  immunités,  la  naturelle  et  l'acquise, 
relèvent-elles  d'un  mécanisme  identique,  sont-elles  une  copie  l'une  de 
l'autre?  Sans  trop  anticiper  sur  les  chapitres  qui  suivent,  nous  pouvons 
déjà,  gràce  aux  données  recueillies  jusqu'ici,  donner  à  cette  question 
la  réponse  negative  qu'elle  comporte.  L'immunité  naturelle,  nous  le 
savons,  s'explique  essentiellement  par  l'energie  de  la  phagocytose, 
tandis  que  les  propriétés  humorales,  chez  les  animaux  neufs,  sont  en 
general  pcu  manifestes.  Il  faut  admettre,  en  conséquence,  que,  vis-à- 
vis  tout  au  moins  du  microbe  que  nous  considérons  (1),  les  phagocytes 
du  cobaye  neuf  interviennent  plus  efficacement  que  ne  le  font  ceux  du 
lapin  normal.  Néanmoins,  chez  le  lapin  immunisé,  l'englobemcnt 
s'opère  énergiquement,  gràce  à  l'influence  adjuvante  des  anticorps. 
Comparant  deux  immunités  fortes,  l'une  naturelle,  l'autre  acquise, 
nous  trouvons  donc,  d'une  part,  des  phagocytes  excellents,  mais  des 
humeurs  peu  actives;  de  l'autre,  des  phagocytes  médiocres  en  soi  (2), 
mais  quipourtant,  gràce  au  concoursdes  principes  dissous,  s'acquittent 
avec  succès  de  leur  mission.  Les  conditions^  ne  sont  donc  pas  tout  à  fait 
les  mémes,  la  résistance  acquise  ne  s'identifìe  pas  exactement,  dans 
l'intimité  du  mécanisme,  à  celle  qui,  chez  d'autres  espèces  dotées  de 
l'état  réfractaire  inné,  fait  partie  de  l'héritage  spécifique  et  est  liée  à 
la  constitution  méme  de  l'organisme.  Et  cette  notion  s'applique  éga- 
lement  à  la  résistance  aux  toxines.  Nous  avons  signalé  le  fait  que,  chez 
la  poule,  le  sang  peut,  sans  qu'elle  en  soutTre,  à  la  suite  d'une  injection 
copieuse  de  poison  tétanique,  intoxiquer  des  animaux  sensibles.  Or, 
aucun  moyen  actuellement  connu  ne  permet  de  communiquer  à  ceux- 
ci  des  caractères  tels  qu'ils  puissent  se  comporter  à  l'égard  du  poison 

(1)  Nous  avons  insistè  sur  ce  point  qu'une  espèce  réceptive  vis-à-vis 
d'un  microbe  donne  peut  èlre  réfractaire  à  l'égard  d'un  virus  diflerent. 
Corrélativement,  les  phagocytes  de  cette  espèce  pourront,  tout  en  so 
montrant  inférieurs  à  k'ur  tàchc  quand  il  s'agit  du  premier,  mnìlriscr 
aisément  le  second. 

(2)  Au  moins,  bion  entendu,  par  rapport  aux  germes  dont  il  s'agit. 

L'Immunilé.  8 


114     CARACTÈRES  COMPARÉS  DES  DIVERSES  IMMUNITÉS 

comme  le  fait  la  poule  normale.  Ce  qu'on  réussit  à  leur  conférer,  c'est 
l'aptitude  à  neutraliser  la  toxine,  mais  non  à  la  tolérer  dans  la  circula- 
tion  sans  qu'elle  soit  modifiée.  Quel  que  soit  le  traitement  applique  à 
un  animai,  le  cachet  de  l'espèce  persiste  ;  l'empreinte  dont  il  marque 
aussi  bien  les  cellules  cu  principes  coopérant  à  la  défense,  que  la 
plupart  des  matériaux  complexes  de  l'organisme,  est  indelebile. 

Par  conséquent,  le  fait  que  certaines  espèces  résistent  parfaitement 
à  des  germes  très  redoutables  pour  d'autres  animaux,  ne  constitue 
nuUement  une  garantie,  ni  méme  une  présomption,  de  ce  que  ceux-ci 
pourront  un  jour,  gràce  à  des  procédés  artificiels,  étre  sauvegardés.  Il 
<3st  possible  de  survivre  à  l'inoculation  de  bacilles  de  la  tuberculose 
humaine  ;  divers  animaux,  tels  que  la  poule,  sont  là  pour  l'attester  : 
mais  rien  n'autorise  à  penser  qu'on  puisse  octroyer  au  cobaye  des 
moyens  de  défense  identiques  à  ceux  dont  la  poule  est  redevable  à  la 
nature.  Et  ceci  nous  amène  à  nous  préoccuper  des  limites  que  la  réalité 
des  choses  assigne  à  l'efficacité  de  nos  méthodes. 


CHAPITRE    V 

■     OBSTACLES   A    L'IMMUNISATION 

DEGRÉS  DE  L'IMMUNITE 

RÉACTIONS  MODIFIÉES 

INFLUENCES   PROTECTRICES  SECONDAIRES 

ET    INTERVENTIONS   NON    SPÉCIFIQUES 

CAUSES   D'INSUCCÈS   DE   L'IMMUNISATION 

Vaccination.  — •  La  vaccination,  qui  développe  les  qualités  défen- 
sives  de  Tètre  considéré  sans  pouvoir  leur  imprimer  le  sceau  qu'elles 
porteraient  si  elles  étaient  l'apanage  d'un  animai  appartenant  à  une 
espèce  differente,  se  borne,  nous  l'avons  vu,  à  mettre  l'organisme  dans 
l'état  où  il  se  trouverait  si,  ayant  contraete  une  atteinte  spontanee,  il 
s'était  rétabli.  Pour  étre  efficace,  elle  doit  donc  s'adresser  à  des  mala- 
<lies  dont  la  guérison  soit  susceptible  de  conférer  une  résistance  pro- 
noncée  aux  contaminations  ultérieures.  La  tuberculose,  par  exemplt*, 
«ntre-t-elle  dans  cette  catégorie?  C'est  une  question  à  laquelle  il  con- 
vient  de  répondre  avec  prudence.  Selon  une  opinion  assez  répandue, 
partagée  notamment  par  Marfan,  les  individus  qui  dans  l'enfance  ont 
présente  l'infection  sous  sa  forme  benigne,  ont  souffert  d'adénite,  de 
lupus,  ont  des  chances  d'échapper  dans  la  suite  aux  redoutables  loca- 
lisations  pulmonaires,  mais  on  ne  pourrait  dire  qu'une  telle  immunité 
soit  de  règie.  Meme  lorsqu'elle  guérit  complètement,  la  tuberculose 
•osseuse  ne  prévient  pas  sùrement  la  phtisie.  Et  pourtant  le  nombre 
des  personnes  qui  s'immunisent  activement  contre  la  tuberculose  est 
sans  nul  doute  très  élevé.  La  cuti-réaction,  cette  épreuve  révélatrice 
si  delicate  qui  répond  positivement  aussi  bien  dans  les  cas  où  l'infec- 
tion est  susceptible  d'étre  promptement  enrayée  que  dans  ceux  où, 
s'étant  étendue,  elle  donne  lieu  à  des  léeions  manifestes  et  s'accompagne 
de  symptòmes  cliniquement  perceptibles,  montre,  lorsqu'on  l'applique 
systématiquement  à  de  norabreux  adolescents,  que  la  grande  majorité 
<J'entre  eux,  bien  portants  cependant  à  ce  moment,  ont  eu  maillc  à 


116  OBSTACLES    A    U IMMUNISATION 

partir  avec  le  badile  de  la  tuberculose.  Les  médecins  qui  pratiquent 
l'autopsie  d'individus  décédés  accidentellement  et  dont  la  sante  ctait 
parfaite,  constatent  très  fréquemment  d'anciennes  lésions  tubercu- 
leuses  cicatrisées  dont  rien  n'avait  pcrmis  de  soupgonner  l'existence. 
Nul  doute  qu'à  un  moment  donne  la  plupart  d'entre  nous  n'aient  été 
infectés  ;  considérant  l'extréme  ubiquité  du  germe,  il  ne  saurait  en 
étre  autrement.  Mais  très  généralement  les  quantités  de  microbes  qui, 
dans  les  conditions  habituelles  de  l'existence,  pénètrent  en  nous,  sont 
plutót  restreintes.  Or,  chez  la  grande  majorité  des  hommes,  l'orga- 
nisme  est  capable  de  réaction  efficace  vis-à-vis  de  contaminations 
légères  (1)  ;  celles-ci  réalisent  une  vaccination  qui,  s'accomplissant 
sans  bruit  et  demeurant  ignorée,  accordo  néanmoins  pour  l'avenir  de 
très  sérieuses  garanties.  Si  la  plus  grande  partie  de  la  population 
échappe  à  la  tuberculose,  c'est  gràce,  on  peut  l'admettre,  aux  bons 
efiets  de  ces  inoculations  minimes  qui,  stimulant  la  défense,  la  for- 
tifient. 

Cette  occasion  qui  s'offre  à  tous  de  se  constituer  l'immunité  acquise, 
certains  individus  n'en  profitent  pas.  Une  disposition,  souvent  héré- 
ditaire,  dont  la  nature  intime  à  vrai  dire  et  les  éléments  nous  échappent, 
les  désigne  aux  formes  graves  :  elle  fait  d'eux  les  victimes  prédestinées 
de  la  tuberculose  (2).  Chez  cette  minorité,  l'organismo,  pour  des  raisons 
qui  restent  obscures,  et  méme  quand  des  conditions  propices  lui  sont 
ofTertes,  est  inapte  à  tirer,  du  conflit  avec  le  germe,  un  surcroìt  sufTisant 
de  résistance.  Il  est  anormalement  réceptif,  il  ne  s'immunise  pas. 
A  cet  égard,  il  se  comporte  dans  une  certaine  mesure  comme  le  font  les 
espèces  éminemment  sensibles  lorsqu'on  chcrche  à  les  vacciner  (3). 
Injectons  à  des  cobayes  le  bacille,  peu  pathogène  pour  eux,  de  la  tuber- 
culose aviaire  ;  après  guérison,  on  constate  que  les  animaux  ont  reagì 
en  produisant  dans  leur  sérum  des  anticorps  qui  impressionnent,  non 


(1)  Elles  sont  cependant  redoutables  dans  la  toute  première  enfance  ; 
à  cette  periodo  de  la  vie  la  réccptivité  est  extréme  ;  le  virus  tend  à  se 
généraliser,  la  tuberculose  est  souvent  aiguè  ;  chez  les  enfants  au-dcssous 
d'un  an,  l'infection  tuberculeuse  est  mortelle  dans  80  p.  100  dos  cas. 
Mais  au  fur  et  à  mesure  que  l'enfant  grandit,  la  tuberculose  tend  à 
affccter  une  allure  beaucoup  plus  benigne,  se  cantonne  de  préférence 
dans  les  ganglions  et  est  fréquemment  curable.  La  tuberculose  pulmo- 
naire  est  rare  chez  les  enfants  en  àge  d'école. 

(2)  Lesprédisposés  à  la  tuberculose  sont,  comme  on  sait,  souvent  chlo- 
rotiques  ;  les  poumons,  la  musculature,  le  système  vasculaire,  sont  peu 
dévcloppés.  I.eui"  thorax  est  étroit,  leur.slernum  bombe.  Ils  ont  souvent 
la  peau  bianche,  les  cheveux  fìns  et  soyeux,  les  ongles  bombés.  Mais  ces 
indices  de  prédisposition  à  la  tuberculose  n'ont  pas  une  valeur  absolue. 

(3)  Toutefois,  mème  chez  les  animaux  les  plus  réceptifs,  tels  le  cobaye, 
l'inoculation  de  quantités  extrémement  petites  de  bacilles  tuberculeux 
produirait  parfois,  d'aprcs  Webb  et  Williams,  une  immunité  au  moisu 
relative. 


CAUSES  D'INSUCCÈS   DE   LA    VACCINATION  117 

seulemcnt  le  badile  aviaire,  mais  àussi,  en  raison  de  la  parente  si 
4'troite  unissant  ces  deux  gcrmcs,  le  microbe  de  provenance  humaine 
(Bordet  et  Gengou,  1903).  Inoculons  alors  celui-ci.  Bien  que  le  procède 
de  vaccination  cmployé  soit  théoriquemcnt  fort  bien  appropriò  et  que 
des  méthodes  analogues  donnent  pour  d'autres  maladies  les  meilleurs 
résultats,  la  protection  accordée  se  montre  insuffisante,  l'infection, 
qvK'biue  pcu  ralcntic  dans  son  évolution,  se  géncralisc  néanmoins  et 
l'animai  succombe.  Pourtant,  le  processus  tcndant  à  l'immunisation 
s'est  déroulé,  la  sécrétion  d'anticorps  en  témoigne,  mais  le  but  viso 
n'est  cependant  pas  atteint,  l'espèce  ne  disposant  point  de  certains 
facteurs  indispensables  à  l'établissemcnt  d'un  état  réfractaire  solide. 
Certes,  il  n'est  personne  qui  puisse,  en  toute  sécurité,  se  croire  inac- 
cessible  à  la  tuberculose  et  se  considérer  comme  défìnitivement  à  l'abri. 
Lorsqu'elles  sont  massives  et  répétées,  les  contaminations  peuvcnt 
venir  à  boat  des  organismes  les  plus  rebelles,  les  mieux  trempés,  et 
qu'on  jugerait  devoir  rester  toujours  indemnes  :  on  sait  combien  est 
dangereuse  la  cohabitation  prolongée  avec  un  tuberculeux  qui  ne  prend 
pas  les  précautions  voulues.  Mais  un  apport  aussi  abondant  de  germes 
n'est  pas  toujours  réalisé.  Farmi  les  milliers  de  personnes  que  la  tubercu- 
lose emporte  annuellcmcnt,  il  en  est  beaucoup  qui  deviennent  la  prole 
<lu  fléau  non  point  parce  qu'elles  ont  été  exposées  a  de  très  fortes  con- 
tagions,  mais  en  raison  d'une  infériorité  foncière  de  l'organisme.  Chez 
de  tels  sujets,  de  légères  contaminations  développent  une  infection 
progressive  ;  chez  d'autres,  elles  eussent  confirmé  la  résistance  et  joué 
un  ròle  immunisant.  Meme  si  les  circonstances  sont  favorables,  certains 
individus  ne  possèdent  pas  les  qualités  requises  pour  pouvoir  déve- 
lopper  une  réaction  efficace  d'immunisation.  Gomme  les  cobayes  dont 
il  vient  d'étre  question,  ils  ne  sont  pas  vaccinables.  Qu'attendre,  en  de 
telles  conditions,  de  nos  interventions  préventives  ou  curatives?  Nos 
procédés  de  vaccination  sont  combinés  de  facon  à  permettre  à  l'orga- 
nisme de  tirer  le  meilleur  parti  possible  de  ses  ressources,  ils  ne  peuvcnt 
les  improviser  là  où  elles  font  défaut.  Dans  les  maladies  aigués,  l'orga- 
nisme est  pris  h  l'improviste  ;  bien  souvent,  il  viendrait  sans  peinc  à 
bout  de  l'infection,  s'il  pouvait  disposer  de  ce  facteur  essentiel  à  la 
constitution  de  l'immunité  acquise,  le  temps.  Or,  c'est  précisément 
sur  ce  facteur  que  les  vaccinations  préventives  spéculent  :  elles  le 
mettent  à  profit,  elles  précèdent  de  loin  la  contamination.  Dans  les 
affections  chroniques,  ce  n'est  pas  le  répit  qui  manque  :  l'organismi 
livré  à  lui-méme  dispose  déjà  de  cet  élément  de  succès,  si  essentiel, 
■de  la  vaccination.  Théoriquemcnt  donc,  dans  les  infections  de  longue 
durée,  la  différence  d'évolution  morbide  entra  les  animaux  non  traités 
•et  ceux  que  l'on  soumet  à  des  injections  vaccinothérapiques  doit  ótre 
beaucoup  moins  tranchéeque  celle  qui  séparé,  dans  le  cas  d'une  maladio 
aigué,  l'organisme  neuf  de  l'organisme  préaiablement  vaccine  contre  le 
microbe  causai.  Nous  savons  cependant  que  dans  certains  états  morbido» 


118  OBSTACLES    A    U IMMUN ISATION 

à  marche  lente,  la  vaccinothérapie,  en  incitant  davantage  le  sujet  à 
développer  une  réaction  qu'à  vrai  dire  la  maladie  elle-mème  sollicite, 
peut  contribuer  à  la  guérison,  mais  il  s'agit  simplement,  en  pareil  cas,„ 
d'un  renforcement  de  processus  salutaires  qui  déjà  s'efTectuaient  d'une 
manière  bien  appréciable.  Quand  il  s'agit  de  maladies  chroniques,  le 
succès  de  la  vaccinothérapie  implique  donc  que,  méme  s'il  n'était  pas 
traité,  l'organisme  opposerait  à  l'infection  une  résistance,  moindre 
assurément,  mais  cependant  notable  (1).  Lorsque  celle-ci  ne  se  constate 
pas,  lorsque  le  pronostic  de  la  maladie  chronique  livree  à  elle-méme 
€st  fatai,  on  ne  saurait,  semble-t-il,  se  bercer  d'illusions  quant  aux 
effets  d'une  intervention  vaccinante,  laquelle  se  bornerait,  en  somme,. 
à  réclamer  un  effort  que,  par  hypothèse,  le  patient  ne  saurait  efficace- 
ment  réaliser.  C'est  pourquoi  d'ailleurs  le  traitement  tuberculinique 
est  souvent  infructueux. 

L'inégalité  des  ressources  défensives  chez  les  individus  divers,  l'irré- 
médiable  inaptitude  à  devenir  réfractaire  qui  se  révèle  si  tristement 
chez  certains  organismes,  apparaissent  peut-étre  mieux  encore  lors- 
qu'il  s'agit  de  syphilis  qu'à  propos  de  la  tuberculose.  S'il  convient,. 
lorsqu'on  volt  celle-ci  frapper  cruellement  certains  sujets  alors  qu'elle 
en  ménage  d'autres,  d'invoquer  comme  nous  venons  de  le  taire,  pour 
expliquer  ses  caprices,  l'inégalité  des  aptitudes  réactionnelles,  on  peut 
quelquefois  presumer,  d'autre  part,que  les  premiers  ont  été  soumis  à  des 
contagions  réitérées,  les  autres  n'ayant  été  exposés  que  rarement  à  la 
contamination.  Mais  pour  la  syphilis,  les  conditions  de  l'infection  sont 
presque  toujours  identiques  ;*  l'inoculation  dans  la  plupart  des  cas 
est  unique  et  affecte  le  plus  souvent  la  méme  région  de  l'organisme. 
Gombien  cependant  revolution  difTèrelN'étaientl'anxiété  qu'elle  inspire 
et  l'angoissante  incertitude  dont  l'avenir  est  désormais  enveloppé,  la 
syphilis  serait,  chez  de  nombreux  individus,  une  maladie  presque 
benigne,  égratignant  à  peine  l'organisme;  d'autres  fois,  au  contraire,. 
la  résistance  étant  trop  faible,  le  virus  s'acharne  sur  ses  victimes  et 
les  voue  aux  irréparables  déchéances. 

L'inégalité  de  réceptivité  chez  les  représentants  d'une  méme  espèce 
ne  masque  cependant  pas  cette  donnée  primordiale,  que,  vis-à-vis  de 
certains  virus,  l'immunité,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  s'obtient 
diffìcilement,  tandis  que  contre  d'autres  germes  l'état  réfractaire  est 
aisément  conféré.  Quel  que  soit  le  microbe,  l'organisme  qu'on  immu- 
nise  répond  toujours  à  peu  près  de  la  méme  fagon,  et  notamment  par 
la  production  d'anticorps.  La  solidité  de  l'immunité  acquise  est,  cela 
va  sans  dire,  en  rapport  avec  la  vulnérabilité  du  germe  pathogène. 
Les  maladies  qui  s'éternisent  et    pour  lesquelles    les    méthodes    de 


(1)  Par  exemple,  dans  la  furonculose  chronique,  méme  non  traitée, 
l'organisme  se  défend  sufflsamment  pour  que  l'infection  ne  déterminc 
pas  d'accidents  très  graves. 


CAUSES  D'JNSUCCÈS  DE   LA  SÉEOTHÉRAPIE         119 

vaccination  échouent  sont  dues  à  des  microbes  qui  tolèrerit  remar- 
quablement  les  influcuccs  bactéricidcs  dont  l'organisme  dispose. 
Le  gonocoque  se  laisse  englobcr  par  les  Icucocytes  de  l'homme,  mais 
garde  toute  sa  vitalité  au  sein  du  protoplasmc  ;  le  bacille  tuberculeux 
tt'moigne  d'une  extraordinaire  endurance  ;  la  ténacitc  avcc  laquelle 
il  conserve  sa  virulcnce  dans  les  ti&sus  explique  l'insuccès  du  bovo- 
vaccin  de  Behring  ;  des  veaux  immunisés  par  ce  procède  et  qu'on  avait, 
a  fin  de  les  éprouver,  inoculés  ensuite  de  bacille  tuberculeux  d'origine 
bovine,  ont  conserve  pendant  des  mois,  dans  Icurs  ganglions,  ces 
bacilles  virulents  :  ils  restaient  donc  sous  la  menace  constante  d'une 
réinfection  (Vallèe).  On  sait  que  le  spirochéte  de  la  syphilis,  qui  se 
mentre  fragile  dès  qu'on  l'extrait  de  l'organisme,  fait  preuve  in  vivo 
d'une  rcsislance  exccptionnelle.  Faut-il,  dans  de  telles  conditions, 
s'étonner  si  les  espérances  que  la  découverte  du  principe  de  la  vaccina- 
tion  avait  fait  concevoir  ne  se  sont  pas  règulièrement  confirmées  lors- 
qu'on  a  tenté  d'appliquer  la  méthode  aux  maladies  les  plus  diverses? 
De  méme,  la  sérothérapie,  qui  compte  quelques  succès  éclatants,  ne 
réussit  pas  toujours.  Comment  expliquer  les  échecs?  Ils  résultent  de 
plusieurs  causes. 

Sérothérapie.  —  On  congoit  tout  d'abord  que,  pour  étre  vraiment 
actif,  le  sérum  doit  provenir  d'animaux  solidement  immunisés.  L'im- 
raunité  passive  ne  paraìt  guère  possible  quand  il  s'agit  de  maladies  ne 
comportant  pas  d'immunité  active  :  comment  les  anticorps  protége- 
raient-ils  un  sujet  neuf  s'ils  ne  préservent  pas  celui-là  méme  qui  les  a 
engendrés,  —  à  moins  bien  entendu  que  l'organisme  traité  par  le 
sérum,  disposant  d'autre  part  de  moyens  qui  lui  sont  propres  et  doué 
d'aptitudes  naturelles  de  défense  relativement  efTicaces,  ne  puisse 
tirer,  de  la  présence  d'anticorps,  plus  d'avantages  que  n'en  retire  le 
producteur  lui-méme.  Mais  cette  réserve  est  purement  théorique  ; 
pratiquement,  en  elTet,  le  traitement  par  le  sérum  s'adresse  évidem- 
ment  aux  organismes  les  moins  favorisés  au  point  de  vue  de  la  défense 
contre  le  germe  envisagé  ;  dans  de  semblablee  cas,  dans  celui  de  la 
tuberculose  par  cxemple,  l'impuissance  de  la  sérothérapie  est  natu- 
rellement  due  aux  raisons  qui  motivent  l'inefficacité  de  la  vaccination. 

Méme  dans  les  cas  a  priori  plus  favorables,  méme  lorsqu'il  s'agit  de 
maladies  qui  ne  sont  pas  toujours  mortelles,  et  dont  une  atteinte 
guérie  conferò  l'immunité,  la  vertu  preventive,  et  a  foriiori  la  valeur 
curative  de  la  sérothérapie  ne  sont  pas  constamment  souveraines.  Un 
facteur  aussi  fàcheux  qu'inévitable,  c'est  la  baisse  de  concentration 
que  subissent,  en  se  répandant  dans  les  humours  de  l'organismo,  k^ 
matières  actives  injectées,  dont  la  dilution  affaiblit  l'influcnce  au  point 
de  la  rendre  parfois  inoperante.  Par  exemple,  le  fait  que  des  rechutes 
peuvent  se  produire  chez  des  convalescents  de  fièvre  typhoide  qui  ont 
élaboré  déjà  les  anticorps  en  quantité  notable,  sinon  suffisante,  n'est 


120  OBSTACLES   A    V IMMUNISATION 

guère  encourageant  pour  la  sérothérapie  antityphique,  laquelle  ne 
saurait  fournir  les  principes  actifs  qu'en  dose  limitée.  En  efTet,  le 
volume  de  sérum  que  Fon  peut  sans  inconvénient  mettre  en  oeuvre 
est  forcément  restreint.  Aussi,  en  règie  generale,  les  sérums  sont-ils 
bien  plus  énergiquement  préventifs  lorsqu'on  les  injecte  après  les 
avoir  préalablement  mélangés  à  la  toxine  ou  aux  microbes,  que  si  l'on 
introduit  séparément  les  doses  correspondantes,  de  sérum  d'une  part, 
de  poison  ou  de  virus  de  l'autre,  en  des  points  distincts  du  corps. 
Gomme  on  doit  s'y  attendre,  ce  fait  se  vérifie  surtout  lorsqu'on  emploie 
les  sérums  puissants  à  dose  modérée,  ou  bien  lorsqu'il  s'agit  de  sérums 
dont  l'energie  n'est  pas  considérable  ;  ainsi,  en  injections  séparées,  les 
sérums  antirabique,  antivaccinal,  antiaphteux,  etc,  ne  préservent 
qu'à  doses  très  élevées. 

Galmette  et  Guérin  ont  trouvé  que  pour  protéger  une  souris  ou  un 
cobaye  contre  dix  doses  mortelles  de  venin,  il  faut  deux  ou  trois  fois 
plus  de  sérum  lorsque  celui-ci  est  injecté  séparément  que  lorsqu'il 
est  mélange  au  poison.  L'antitoxine  se  diluant  davantage  chez  Ics  gros 
animaux,  il  existe,  en  cas  d'injection  séparée,  un  rapport  entre  le  poids 
de  l'animai  et  la  quantité  de  sérum  nécessaire  à  la  préservation  (Gal- 
mette). Ungermann  (1912)  a  étudié  à  ce  point  de  vue  les  sérums  anti- 
streptococcique  et  antipneumococcique.  Injecté  quelque  temps  avant 
le  virus,  c'est-à-dire  à  titre  préventif,  le  sérum  n'agit  plus  en  dessous 
d'une  certaine  dose,  méme  si  la  quantité  de  virus  ultérieurement  admi- 
nistrée  est  extrémement  faible.  Étant  donne,  par  exemple,  que  Occ^Ol 
permet  à  la  souris  de  resister  à  l'inoculation  de  10  000  doses  mortelles 
de  streptocoque,  on  trouve  qu'une  quantité  cinq  fois  moindre  de 
sérum,  qui,  semble-t-il,  devrait  protéger  contre  2  000  doses  mortelles , 
ne  protège  pas  contre  dix  :  on  ne  peut  donc  descendre  au-dessous  d'une 
certaine  concentra tion.  Le  ròle  de  la  concentration  se  révèle  nettement 
en  ce  que,  si  l'on  compare  deux  animaux  très  sensibles  au  streptocoque 
(lapin  et  souris),  on  constate  que  les  quantités  de  sérum  nécessaires 
à  la  préservationsont  dans  le  rapport  des  poids  des  animaux.  Dans  ces 
conditions  l'influence  de  ce  rapport  s'affirme  avec  plus  d'évidence  que 
celle  de  la  proportion  relative  (entre  certaines  limites,  bien  entendu) 
de  sérum  et  de  virus.  D'autre  part,  le  rapport  entre  la  dose  de  virus 
et  la  quantité  de  sérum  nécessaire  à  la  protection  apparaìt  beaucoup 
plus  Constant,  comme  il  est  naturel,  lorsqu'on  injecte  virus  et  sérum 
après  les  avoir  mélangés,  surtout  si  l'on  fait  intervenir  le  virus  en  dose 
nettement  supérieure  à  celle  qui  sufTirait  à  tuer  l'animai  en  l'absence 
de  sérum  :  quand  la  quantité  de  microbes  décroìt,  il  faut  proportion- 
nellement  moins  de  sérum,  et  c'est  bien  compréhensible,  puisqu'on 
approche  de  la  dose  non  mortelle,  c'est-à-dirc  de  la  dose  vis-à-vis  de 
laquelle  les  ressources  de  l'immunité  naturelle  suffisent,  sans  que  le 
concours  du  sérum  soit  nécessaire,  à  mettre  l'animai  à  l'abri. 

Inutile  d'ajouter  qu'en  cas  d'injection  séparée  le  lieu  d'application 


CAUSES  D'INSUCCÈS  DE   LA    SÉROTHÉRAPIE         121 

flu  sérum  intervient  ;  l'injection  intravoinouse  est  plus  eflìcaco,  les 
anlicorps  arrivant  à  'destination  plus  promptement.  Un  facteur  évi- 
demment  essentiel  est  le  temps  qui  s'écoule  avant  que  l'anticorps  ne 
rcncontre  l'élément  qu'il  doit  imprcssionner,  et  ce  facteur  apparaìt 
d'autant  plus  important  qu'il  s'agit  de  microbes  à  multiplication  plus 
active  ou  de  toxines  capables  de  se  fìxer  plus  rapidement  sur  la  cellule 
sensible.  Roux  et  Vaillard  (1893)  ont  montré  que  si  l'on  inocule  en 
des  régions  dilTérentes  de  l'organismo  l'antitoxine  et  le  poison  téta- 
nique,  il  se  produit,  du  coté  où  celui-ci  a  étéintroduit,  un  tétanos  locai. 
Ce  résultat  se  comprend  :  le  pouvoir  que  le  tissu  nerveux  possedè  d'ab- 
sorber  rapidement  la  toxine  entre  en  scène,  l'ólément  sensible  est  gra- 
vement  touché  si  le  produit  microbien  n'a  point  été  neutralisc  avant 
d'arrivor  jusqu'à  lui.  Aussi  le  tétanos  déclaré  n'est-il  que  mcdiocre- 
ment  amendc  par  le  traitement  sérothérapiquc.  Lorsqu'à  un  animai 
on  injecte  intraveineusement  tout  d'abord  le  poison  tétanique,  puis, 
au  bout  de  temps  variables,  l'antitoxine,  la  quantité  de  celle-ci  qu'il 
est  nécessaire  de  mettre  en  oeuvre  pour  prevenir  l'éclosion  des  sym- 
ptòmes  ou  lesatténuer  s'élèveconsidérablement  aufur  età  mesure  que 
grandit  l'intervalle  entro  les  deux  injections  (Dònitz)  ;  bientòt  d'ail- 
leur;  lo  sérum  ne  prévient  plus  la  maladie  (1).  Les  déterminations  très 
précises  de  Park  et  Biggs  montrent  aussi  qu'il  faut  élever  énormément 
la  dose  de  sérum  antidiphtérique  lorsque  celui-ci  est  administré  après 
le  poison.  Pour  d'autrcs  poisons,à  vrai  diro,  il  a  été  reconnu,  et  nous 
reviendrons  sur  ce  point,  que  l'antidoto  peut  se  montror  utile  encore 
lorsque  les  cellules  ont  fixé  la  substance  vénéneuse;  une  désintoxica 
tion  s'opère  dans  une  certaine  mesure.  Néanmoins  l'on  observe  tou- 
jours  que  la  sérothérapie  est  d'autant  moins  efficace  qu'elle  est  plus 
tardivement  appliquée. 

Un  fait  dont  l'importance  ne  saurait  étre  méconnue,  c'est  l'inégale 
répartition  des  substances  actives  dans  los  divers  liquidos  de  l'orga 
nisme.  Roux  et  Vaillard  pour  les  antitoxines  (1893),  Bordet  pour  le 
principes  antimicrobiens  (1895),  ont  montré  que  si  les  anticorps 
pénòtrent  aisément  dans  la  lympho  imbibant  les  tissus,  dans  les  trans- 
sudats  péritonéal  et  péricardiquc,  ou  bien  encore  dans  l'oedème  pro- 
voqué  par  la  compression  des  veines,  ils  ne  passent  que  très  difficile- 
ment  et  en  doscs  presquo  inappréciablos  dans  d'autros  liquides  tels 
quo  l'humour  aqueuse,  au  moins  lorsque  la  composition  de  coux-ci  est 
normale.  Meme  chez  les  animaux  solidement  immunisés,  le  liquide 


(l)  Galmette  et  Guérin  ontobservé  que,  poursauver  l'animai,  il  faut 
dix  fois  plus  de  sérum  antivenimeux  lorsque  celui-ci  est  administré 
trcnte  minutes  après  le  venin  que  si  le  poison  et  l'antidote  sont  injectés 
en  mélange.  Plus  on  attend,  plus  la  dose  de  sérum  nécessaire  s'élève. 
Trois  heurcs  après  l'introduclion  du  venin,  le  sérum,  quelle  qu'en  soit 
la  dose,  reste  sans  efTet,  les  centrcs  bulbaircs  étant  déjà  atteints. 


122  OBSTACLES    A    riMMUNISATION 

encéphalo-rachidien  est  très  pauvrc  en  anticorps  (1)  (Meyer,  Ransom), 
et  cette  circonstance  explique  les  résultats  fort  intéressants  obtenus 
par  Roux  et  Dorrei  à  propos  du  tétanos  (1699).  Des  animaux  fortement 
vaccinés  contre  le  tétanos  et  dont  le  sérum  est  puissamment  anti- 
toxique  contractent  la  maladie  si,  par  trépanation,  on  leur  indcule^ 
directement  sous  les  mcninges,  une  dose  de  toxine  méme  très  faible  ; 
dans  CCS  conditions  le  poison  ne  rcncontre  pas  l'antidote  et  l'élément 
nerveux  sans  défense  est  atteint  (2).  Mais  il  suffit,  pour  rendre  inoffen- 
sive cette  injection  intracranienne,  d'ajouter  préalablement  au  poison 
un  peu  du  sérum  fourni  par  l'animai  lui-méme  que  l'on  soumct  à 
l'expérience.  En  présence  de  ce  fait,  Roux  et  Borrel  ont  eu  recours^ 
pour  le  traitement  du  tétanos  déclaré,  et  avec  des  résultats  appré- 
ciables,  à  l'injection  intracérébrale  d'antitoxine.  Nous  avons  rappelé 
déjà  que  le  sérum  antiméningococcique  s'administre  par  injection 
intrarachidienne . 

La  durée  de  l'immunité  passive  est  en  règie  generale  plus  longue 
lorsque  les  deux  animaux,  ceJui  qui  regoit  le  sérumi  et  celui  qui  le  pro- 
cure, sont  d'espèce  identique,  que  dans  le  cas  contraire.  Ce  fait,  sur 
lequel  Behring  et  [Ransom  notamment  ont  beaucoup  insistè,  et  qui 
naturellement  présente,  pour  la  sérothérapie  appliquée  à  l'espèce 
humaine,  un  intérét  particulier,  n'est  pas  fait  pour  surprendre  ;  on 
congoit  que  des  principes  actifs  portant  un  cachet  étranger  soient 
sujets'à  s'éliminer,  par  les  émonctoires,  avec  une  promptitude  speciale. 
Mais,  à  coté  de  l'élimination  pure  et  simpie,un  autrcphénomène  inter- 
vient.  D'après  le  principe  établi  par  Bordct,  les  animaux  s'immunisent 
contre  les  matériaux  complexes,  cellulaires  ou  amorphes,  marqués  du 
sceau  d'une  espèce  differente,  et  les  substances  mèmes  qui  commu- 
niquent  aux  sérums  leur  valeur  protectrice  peuvent  étre  touohées  par 
de  semblablesréactions.  Acotédes  anti-alexines,anti-agglutinines,anti- 
sensibilisatrices,  que  cet  auteur  fit  connaìtre,  on  peut  déceler  parfois 
l'apparition  d'une  fonctionanti-antitoxique  (Dehne  et  Hamburger, Gay,. 
Kraus  et  Pribram).  Par  exemple,si  l'on  compare  deux  lapins,  l'un  qui  a 
regu  antérieurementquelquesinjections  de  sérum  de  cheval,  l'autrequi 
est  reste  neuf,  ontrouveque  le  premier  n'est  pas  aussi  sùrementprotégé,. 
contre  le  poison  diphtérique,parlesérumantidiphtériquede  cheval, que 
ne  l'est  le  second  ;celui-ci,  n'ayant  jamaiseul'occasiond'entrer  en  conflit 


(!)  Dans  la  flèvre  typhoìde,  par  exemple,  l'agglutinine  ne  passe  pas 
dans  le  liquide  encéphalo-rachidien  (Widal  et  Sicard,  1897). 

(2)  Des  expériences  analogues  donnent  les  mémes  résultats  lorsqu'on 
opere  sur  le  sérum  d'anguille  et  les  animaux  immunisés  contre  ce  poison 
(Gley,  1909). 

Le  système  nerveux  centrai  est  également  peu  accessible  aux 
médicaments  virulicides  tels  que  le  salvarfan,  ce  qui  contribue  à  exfii- 
quer  l'inefficacité  de  ce  lemède  dans  le  tcbes  ou  la  pars lysie  generale. 


CAUSES    D'INSUCCÈS    DE   LA    SÉROTHÉRAPIE       123 

avec  des  matériaux  de  provenancc  equine,  Ics  tolère  plus  complaisam- 
incnl,  ce  dont  il  n'a  d'ailleurs,  dans  le  cas  envisagé,  qu'à  se  féliciter. 
Dans  la  th  èra  peni  ique  humaihe,  mieux  vaut  donc,  à  moins  de  raison& 
péremptoircs,  s'ahstenir  de  ces  injections  de  sérum  équin  parfois 
recommandces  pour  le  traitement  de  certains  états  morbides  peu  mena- 
gants,  afìn  que  l'organismc,  le  jour  où  il  sera  atteint  d'une  grave  alTec- 
lion,  Ielle  que  la  diphtérie,  justiciable  de  la  sérothérapie,  ne  se  trouve 
pas  tout  preparò  à  combattre  les  précieux  anticorps  élaborés  par  les 
cbevaux.  Qw'W  y  ait  avantage  à  préserver  aussi  longtemps  que  possible, 
si  l'on  peut  ainsi  dire,  la  «  virginité  »  de  l'organisme  par  rapport  au 
sérum  de  cbeval,  cela  résulte  également  d'aulres  raisons,  relativcs  à 
l'anapbylaxic. 

La  possibilité  de  l'apparition  d'anli-anticorps  limite  nettement  le 
róle  de  la  sérothérapie  dans  le  traitement  des  maladies  chroniques, 
pour  lequel  on  devrait  recourir  à  des  injections  successives  ;  les  matières 
antagonistes  produites  sous  l'influcnce  des  premières  diminueraient 
les  efTcts  des  suivantes.  Il  convient  cependant  de  dire  que  la  tolérance 
d'une  espècc  donnée  pour  les  anticorps  provenant  d'une  espèce  diffe- 
rente varie  beaucoup  suivant  les  cas.  Il  serait  trop  absolu  d'affirmer 
que  les  principes  introduits  disparaissent  d'autant  plus  promptement 
que  l'animai  procurant  le  sérum  est  zoologiquement  plus  distant  de 
l'organisme  qui  regoit  ce  liquide  ;  les  constatations  révèlent  plus  d'irré- 
gularité  et  plus  d'inattendu  ;  chaque  cas  doit  étre  étudié  spécialement 
(Madsen  et  Jorgensen).  Les  antitoxincs  diphtérique  et  tétanique  per- 
sistent  trois  semaines  environ  dans  l'organisme  de  l'homme,  dispa- 
raissent à  vrai  dire  plus  vite,  nous  venons  de  le  voir,  s'il  s'agit  d'un 
sujet  antérieurement  traité  par  du  sérum  équin.  D'après  Ròmer,  elles 
peuvent  se  maintenir  jusque  six  mois  dans  l'organisme  du  mouton. 
Ouand  les  deux  animaux,  producteur  et  récepteur,  sont  d'espèce 
identique,  les  anticorps  se  retrouvent,  selon  Behring,  aussi  longtemps 
dans  l'immunité  passive  que  dans  l'immunité  active  :  l'élimination  est 
fort  lente.  Il  n'est  pas  question  dans  ce  cas,  cela  va  sans  dire,  de  la  pro- 
duction de  principes  antagonistes. 

Surtout  lorsqu'elles  sont  répétées,  les  injections  de  sérum  d'espèce 
étrangère  peuvent  exposer  l'organisme  à  certains  troubles  sur  lesquels 
nous  reviendrons  ;  on  les  appello  les  accidents  sériques  et  ils  sont  du 
domaine  de  l'anapbylaxic. 

On  a  tenté  d'appliquer  la  sérothérapie  à  diverses  maladies  propres  à 
notre  espèce,  et  les  résultats  obtenus  ont  été  fort  inégaux.  On  s'étonne 
parfois,  au  cours  de  semblables  essais,  de  l'inefTicacité  de  certains 
sérums  qui  pourtant  se  montrent  nettement  préventifs,  ou  méme 
visiblement  curatifs,  lorsqu'on  les  administre  aux  animaux  chez  les- 
quels on  provoque,  par  l'inoculation  du  germe  considéré,  une  de  ces 
maladies  artificielles,  une  de  ces  infections  de  laboratoire  tellcs  que  la 
^epticémie  typhique.  Le  sérum  antitypbique,  qui  n'a  point  donne  chez 


124  DE  GRÈS  DE   UIMMUNITÉ 

l'homme  de  résultats  l)ien  encourageants,  protège  manifestement  les 
petits  animaux  auxquels  on  injecte  le  bacille.'Il  importe  de  remarquer, 
pour  s'expliquer  cette  différence  d'action,  que  le  microbe  en  jeu  n'est 
pas  foncièrement  virulent  pour  les  animaux  de  laboratoire,  et  tenir 
compte  précisément  de  ce  fait  que  chez  ceux-ci  l'injection  virulente 
doit  étre  très  copieuse  pour  parvenir  en  quelque  sorte  à  saturer  les 
capacités  défensives  et  lever  ainsi  les  obstacles  opposés  à  l'infection. 
Gela  étant  donne,  l'on  congoit  qu'une  influence  protectrice  msme 
légère  en  soi  suffise  à  faire  pencher  la  balance,  lorsqu'on  opere  sur  des 
organismes  mieux  partagés  par  la  nature,  concernant  la  résistance  au 
bacille  typhique,  que  ne  l'est  celui  de  l'homme.  Quand  il  s'agit  de 
maladies  où  le  danger  résulte  de  l'action  d'un  poison  neutralisable  par 
une  antitoxine,  l'animai  peut,  sans  concourir  activement  à  son 
propre  salut,  étre  complètement  preservò  gràce  à  l'anticorps  admi- 
nistré  en  temps  utile.  Mais  quand  il  s'agit  de  microbes  tendant  à  se 
géiiéraliser,  dont  la  défaite  exige  une  intervention  cellulaire  énergique, 
c'est-à-dire  une  phagocytose  intense,  recevoir  des  anticorps  ne  suffit 
plus  :  il  faut  y  mettre  du  sien  ;  l'organisme  ne  peut  se  borner  à  étre 
l'objet  passif  du  traitement  sérothérapique  ;  pour  tirer  parti  des 
ressources  que  celui-ci  lui  offre,  il  doit  les  combiner  à  ses  propres 
moyens.  D'une  manière  generale,  un  animai  témoignant  d'une  récep- 
tivité  extréme  ne  profitera  pas,  c'est  fort  compréhensible,  de  Faide 
prétée  par  le  sérum,  autant  que  le  ferait  une  espèce  differente,  dispo- 
sant  à  l'égard  du  mème  germe  d'éléments  de  résistance  mieux  appro- 
priés.  Par  exemple,  une  méme  quantité  de  sérum  anticharbonneux, 
appliquée  à  un  lapin  et  à  un  cobaye  qu'on  inocule  tous  deux  d'une 
méme  dose  de  microbes,  protège  le  premier  de  ces  animaux,  mais  non 
le  second  (Sobernheim,  1899). 

1^^  Il  faut  tenir  compte  enfm  de  ce  que,  dans  certaines  maladies,  l'infec- 
tion se  dérobe  à  l'examen  pendant  un  temps  relativement  prolongé. 
En  general,  les  lésions  de  la  diphtérie  sont  d'emblée  très  apparentes 
et  éveillent  très  vite  l'attention  du  médecin.  La  culture  du  bacille 
tétanique  se  fait  d'une  manière  occulte  dans  les  plaies  profondes,  la 
présence  du  redoutable  microbe  ne  se  dénote  qu'au  moment  où  des 
éléments  cellulaires  essentiels  sont  déjà  touchés  irréparablement.  Les 
conditions  de  l'intervention  sérothérapique  sont  donc,  dans  le  cas  du 
tétanos,  beaucoup  moins  favorables  que  dans  celui  de  la  diphtérie. 


IMMUNITE   PARTIELLE 

Nous  avons  note  antérieurement  que  l'immunité  naturelle  peut 
n'étre  que  relative,  qu'il  existe  tous  les  intermédiaires  entre  la  résis- 
tance et  la  réceptivité.  Cette  notion  s'applique  évidemment  aussi  à 
l'immunité  acquise.  Il  est  par  exemple  des  guérisons  qui,  ne  compor- 


IMMUNI  TÉ    PARTI  ELLE  125 

tauL  pas  la  dcstruction  complète  du  virus,  ne  soni  pas  radicales.  La 
l)lennorragie  peut  s'amendcr  au  point  d'étre  bien  tolérée,  sans  que  le 
i^'unocoque  disparaisse  ;  quelques  piroplasmcs  (fièvre  du  Texas) 
peuvent  se  maintenir  dans  le  sang  d'animaux  qui  semblent  entièrement 
rétablis,  etc.  Mais  l'état  réfractaire  acquis  est  parfois  si  incomplet  que 
maigré  lui  la  maladie  parvient  à  progresser  cncore,  tout  en  subissant 
«Ics  entraves.  Dans  ccs  conditions,  elle  peut  évoluer  avec  une  lenteur 
•  xtréme  et  manifeste  souvent  une  tendance  frappante  à  la  localìsation. 
De  tels  cas  d'ininiunité  relative  offrent  un  intérét  particulier. 

Vis-à-vis  du  bacille  tuberculeux  d'origine  humainc  ou  bovine,  le 
(  obaye  témoigne  d'une  réceptivité  extréme.  Toujours  mortelle,  l'ino- 
culation  sous-cutanée  du  virus  ne  tue  cependant  l'animai  qu'au  bout 
d'un  mois  ou  deux,  parfois  méme  davantage.  Ce  microbe,  à  vrai  dire, 
se  multiplie  plus  lentement  que  la  plupart  des  germes  pathcgènes, 
mais  il  est  certain  que  cette  circonstance  à  elle  seule  ne  suffit  pas  à 
rendre  compte  d'un  délai  aussi  prolongó.  Si  sensible  qu'il  soit,  le  cobaye 
oppose  dono,  aux  progrès  de  l'infection,  une  résistance  certes  très 
insuflisante,  cependant  appréciable.  Une  constatation  suggestive  fut, 
dans  cet  ordre  d'idées,  recueillie  par  Koch  en  1891.  Chcz  le  cobaye 
neuf ,  l'inoculation  du  virus  sous  la  peau  fait  apparaltre  en  ce  point  une 
lésion  ulcéreuse  permanente,  dans  laquelle  Ics  bacillcs  végètent,  tandis 
(jue  Ics  ganglions  voisins  s'hypertrophicnt  et  dcviennent  bientót 
caséeux.  Mais  si  l'injection  sous-cutanée  est  pratiquée  sur  un  cobaye 
déjà  tuberculeux,  cette  nouvelle  insertion  du  virus  provoque  rapide- 
ment  une  réaction  locale  aboutissant  à  la  production  d'un  abcès  qui 
s'ouvre  au  dehors  ;  les  bacilles  sont  ainsi  éliminés,  il  ne  se  forme  pas 
d'ulcere  persistant  et  les  ganglions  voisins  restent  indemnes.  Bien  que 
(ondamné  à  mourir,  le  cobaye  n'est  donc  pas  totalement  dépourvu 
(le  résistance  acquise,  puisqu'il  réalise  ce  dont  un  cobaye  neuf  est  inca- 
pable,  c'est-à-dire  parvient  à  faire  évoluer  dans  un  sens  favorable  la 
lésion  qu'une  contamination  nouvelle  a  créée.  Il  est  légitime  de  penser 
([uc  l'immunité  relative  apparue  chez  cet  organismo  retarde  la  géné- 
ralisation  du  mal,  et,  sans  réussir  à  sauver  l'existence,  la  prolonge 
u.otablement.  Une  intéressante  observation  de  Calmette  et  Guérin 
sharmonise  entièrement  avec  le  «  phcnomène  de  Koch  »  dont  il  vient 
d'étre  question.  Chez  la  bète  bovine  comme  chez  l'homme,  la  tuber- 
(ulose,  on  le  sait,  alTecte  en  general  une  allure  chronique  ;  mais  si  l'on 
introduit  les  bacilles  dans  la  circulation  de  fagon  à  les  disséminer 
partout  et  à  créer  ainsi  une  multitude  de  foyers,  la  maladie  aigue 
('date  avant  que  l'organisme,  pris  au  dépourvu,  ait  eu  le  temps  d'ac- 
croìtre  sa  résistance.  Or,  Calmette  et  Guérin  inoculent  intraveineusc- 
inent  deux  animaux,  l'un  normal,  l'autre  attcint  de  tuberculose  ordi- 
naire  ;  ils  constatent  que  le  tableau  de  l'infection  aigué  se  déroule 
Itien  plus  typiquement  et  que  la  mort  survient  plus  vite  chez  le  premier 
(jue  chez  le  second  animai.  En  conséquence,  c'est  gràce  aux  lesiona 


126  DE  GRÈS   DE    UIMMUNITE 

tuberculeuses  préexistantes  (1)  que  l'organisme  a  acquis  le  pouvoir 
de  transformer,  en  un  état  chronique,  une  infection  qui  aurait  dù,  en 
raison  du  mode  de  contamination,  revétir  le  caractère  aigu.  C'est  pour 
des  raisons  analogues  que  les  individus  atteints  de  lésions  pulmonaires 
sont  souvent,  sauf  pendant  la  période  terminale,  préservés  des  autres 
manifestations  bacillaires,  l'enterite  ou  laryngite  tuberculeuse,  le- 
lupus,  etG.,et  ne  succombent  que  rarement  à  la  tuberculose  gène- 
ralisée. 

Nous  retrouvons  ainsi  cette  notion, relative  à  la  tuberculose  humaine, 
d'une  immunisation  au  moins  partielle  qui,  chez  les  moins  favorisés 
d'entre  nous,  ralentit  dans  une  certaine  mesure  la  progression  du  mal 
sans  parvenir  à  le  déraciner,  mais  qui,  chez  le  plus  grand  nombre, 
l'oblige  à  demeurer  latent  ou  mème  fait  retrocèder  des  lésions  à  peine 
constituées,  l'organisme  se  fortifiant  de  la  sorte  contre  les  contamina- 
tions  ultérieures.  La  résistance  à  la  tuberculose  semble  n'étre  jamais 
absolue,  mais  bien  que  pouvant  céder  à  des  inoculations  fréquentes 
ou  massives,  ou  n'aboutir  qu'à  prolonger  le  mal,  l'immunité  partielle  est 
d'un  précieux  secours,  et  l'aptitude  à  la  produire  est  pour  la  race  une 
grande  sécurité.  Les  peuples  tenus  trop  longtemps  à  l'écart  des  foyers 
de  propagation  et  qui,  préservés  de  la  civilisation,  le  sont  au«si  du  perii 
tuberculeux,  sont  par  le  fait  mème  désarmés  et  pris  à  l'impreviste 
lorsque  le  virus  jusqu'alors  inconnu  leur  est  apportè.  La  tuberculose 
importée  dans  les  pays  vierges  y  exerce  d'effrayants  ravagcs  ;  elle  y 
affecte  très  souvent  la  forme  aiguè.  Les  statistiques  militaires  de  cer- 
taines  nations  témoignent  de  ce  que  les  recrues  venant  de  districts 
où  la  tuberculose  est  rare  rèsistent  moins  que  les  autres  aux  contagions 
désormais  inévitables.  L'enquète  à  laquelle  Metchnikoff,  Burnet  et 
Tarassewitch  ont  procède  en  Russie  montre  que  les  paysans  élevés 
dans  des  régions  indemnes  (steppes  des  Kalmouks),  et  qu'on  transporte 
dans  les  grandes  agglomérations,  sont  particulièrement  menacés.  Des 
faits  analogues  ont  èté  constatès  par  Deycke  en  Turquie,  par  Romer 
en  Argentine,  par  Much  en  Palestine.  En  somme,  on  peut  dire  que, 
relativement  à  la  morbidité,  la  mortalité  est  élevèe  parmi  les  popula- 
tions  où  l'infection  est  rare,  elle  est  faible  si  le  fléau  est  très  disseminò. 
Il  convient,  à  vrai  dire,  lorsqu'on  interprete  ces  données,  de  ne  pas 
méconnaìtre  le  ròle  de  la  sélection  naturelle  ;  dans  les  contrèes  où  le 
germe  est  fort  disséminé,  la  prèdisposition  familiale  à  la  tuberculose 
ne  peut  se  perpétuer  comme  dans  celles  où  les  chances  de  contamina- 
tion sont  réduites  :  l'extinction  des  lignées  les  plus  réceptives  est  assurée 
par  le  virus  lui-méme.  Celles-là  rèsistent  qui  se  montrent  le  plus  aptes 
à  la  constitution  d'une  immunité  au  moins  partielle,  gràce  à  laquelle 


(1)  Nous  l'avons  fait  remarquer  plus  haut,  ni  les  microbes  tués,  ni  la 
tuberculine  ne  procurent  cet  état  d'immunité  relative  ;  les  microbes 
vivants  sont  nécessaires. 


IMMUNITÉ    PARTIELLE  127 

l'infection  est,  sinon  prévenue,  au  moins  plus  étroitement  localisée  et 
ralentie  dans  son  évolution.  Le  renforcement  de  la  race  sous  l^influence 
<le  cette  epura tion  se  réalise  vraisemblablement  aussi  dans  le  cas  de 
la  syphilis,  dont  les  manifestations  semblent  actuellcment  moins 
l)ruyantes  et  plus  localisées  qu'elles  ne  l'étaient  autrefois.  On  le  sait 
l'infection  syphilitique  revét  dans  les  premières  périodcs  l'allure  d'une 
infection  gónéralisée,  pour  se  limiter  plus  tard  à  des  foyers  circonscrits. 
Cette  tendance  à  la  localisation  est  l'indice  d'un  travail  d'immunisa- 
1  ion  partielle,  modifiant  la  physionomie  morbide,  et  qui  notamment 
«xelut  la  possibilité  du  retour,  ù  l'occasion  d'une  contamination  nou- 
velle,  de  l'accident  chancreux  primitif.  L'analogie  avec  le  «  phénomène 
de  Koch  »,  relatif  à  la  tuberculose,  est  evidente  (Detre).  Les  syphili- 
liques  anciens  doivent-ils  en  déduire  qu'ils  peuvent  impunément  bra- 
ver  la  contagion?  IIs  feraient  preuve  de  légèreté  s'ils  acceptaient  cette 
conclusion  et  d'imprudence  s'ils  y  conformaicnt  leur  conduite.  Certes 
ils  ne  prendraient  pas  l'infection  à  la  manière  d'un  organisme  vierge  ; 
ans  doute  se  comporteraient-ils  à  l'égard  de  nouveaux  spirochètes 
comme  envers  ceux  que  de  longue  date  ils  hébergent  ;  les  sujets  méme 
qui  ont  réussi  à  se  débarrasser  complètement  des  germes  ne  sauraient 
r-ans  appréhension  recommencer  une  lutte  dont  l'issue,  dépendant 
dans  une  réelle  mesure  de  facteurs  variables,  notamment  de  l'àge  et  de 
l'état  general,  est  toujours  incertaine. 

Certaines  immunités  partielles  dérivent  d'immunités  qui  ont  été 
très  fortes,  mais  qui,  ayant  vieilli,  ne  persistent  plus  qu'à  l'état  de 
vestiges.  La  résistance  conférée  par  une  atteinte  de  fìèvre  récurrente 
ne  dure  pas  très  longtemps,  mais  les  individus  touchés  autrefois  et  qui 
contractent  à  nouveau  l'infection,  au  lieu  de  présenter  comme  de 
règie  deux  accès  au  moins,  n'en  ont  généralement  qu'un  seul.  Les  per- 
sonnes  jadis  soumises  à  la  vaccination  jennérienne,  et  dont  la  résis- 
tance a  fléchi  sans  avoir  disparu,  ne  se  comportent  pas  vis  à-vis  d'une 
nouvelle  insertion  comme  le  font  les  organismes  neufs.  Chez  ceux-ei, 
«:'est  vers  le  troisième  jour  que  le  point  inoculé  rougit,  une  élevure 
apparait,  qui  les  jours  suivants  évolue  en  pustule  montrant  une  dépres- 
sion  ombiliquée  centrale,  et  gonflée  de  liquide  qui  louchit  peu  à  peu  ; 
la  lésion  est  à  son  acme  le  sixième  jour  environ  ;  vers  le  dixième  jour 
l'inflammation  commence  à  s'apaiser,  une  croùte  se  forme,  et  la  gué- 
rison  s'eiTectue,  laissant  une  cicatrice  indelèbile.  Chez  les  sujets  dont 
la  vaccination  précédente  remonte  à  une  date  assez  reculée  pour  que 
l'immunité  ait  baissé,  assez  recente  pour  que  celle-ci  ne  se  soit  pas  éva- 
nouie,  revolution  est  differente.  La  réaction  est  à  la  fois  plus  precoce  et 
plus  benigne.  Le  trait  inoculé  rougit  beaucoup  plus  promptement,  au 
bout  d'un  jour  ou  méme  moins,  mais  les  phénomènes  rétrocèdent  avant 
qu'une  pustule  véritable  aitpu  se  former  ;  la  lésion  rudimentaire  qu'on 
observe  avorte  prématurément,  elle  n'est  qu'une  papule  un  peu  suré- 
levée  qui  se  résorbe  après  un  jour  ou  deux.  Cette  fa^on   speciale  de 


128  RÉACTIONS   MODIFIÉES 

reagir,  propre  aux  individus  en  état  d'immunité  partielle,  a  été  étudiée 
attentivement  par  Pirquet,  qui  l'a  désignée  sous  le  nom  d'allergie,  ce 
qui  vQut  dire  «  réaction  modifiée  ». 


ALLERGIE 

Ce  mot  élégant  et  grec  mérite  de  nous  arréter  un  instant.  Pourquoi 
cette  expression  nouvelle?  Que  la  lésion  développée  chez  un  sujet  rela- 
tivement  immun  soit  benigne,  n'est-ce  pas  tout  à  fait  naturel,  les  lois 
fondamentales  de  l'immunité  ne  permettent-elles  pas  de  le  prévoir? 
Il  n'y  a  là,  semble-t-il,  rien  d'inattendu.  Par  rapport  à  celle  d'un  orga- 
nisme  neuf,  la  réaction  d'un  vaccine  est  forcément  et  par  définition 
modifiée  ;  est-il  bien  nécessaire,  pour  énoncer  l'idée  très  simple  qu'un 
sujet  immunisé  se  défend  mieux,  de  dire  qu'il  réagit  allergiquement? 

Gependant,  la  lésion  dont  il  s'agit  n'est  pas  seulement  minime,  elle 
présente  cet  autre  caractère  d'apparaìtre  très  vite,  l'incubation  est 
abrégée.  Faut-il  s'en  étonner?  On  congoit  en  principe  qu'une  défense 
mieux  aguerrie  soit  aussi  plus  attentive,  plus  prompte  à  la  riposte  ; 
pouvant  mettre  en  jeu  des  anticorps  et  faire  appel  à  une  intervention 
phagocytaire  active,  elle  precipite  l'attaque  sans  tolérer  longtemps 
la  présence  de  l'ennemi,  qu'elle  pergoit  avec  plus  d'acuite  ;  elle  se 
montre,  sinon  plus  sensible  (ce  mot  ne  serait  guère  de  circonstance, 
puisqu'il  évoque  l'idée  de  réceptivité,  tandis  que  dans  le  cas  envisagé 
l'immunité  n'est  pas  douteuse),  au  moins  plus  susceptible,  à  l'influence 
des  produits  microbiens.  Jusqu'à  plus  ampie  informe,  nous  ne  voyons 
donc  pas,  dans  ces  données  relatives  à  la  vaccination  jennérienne,  de 
fait  nouveau  justifiant  l'emploi  d'un  mot  nouveau. 

Considérons  cette  fois  un  individu  atteint,  ne  fùt-ce  qu'à  un  faible 
degré,  de  tuberculose.  Scarifions  l'épiderme  et  déposons  sur  l'égrati- 
gnure  une  goutte  de  tuberculine.  Au  bout  de  quelques  heures,  le  trait 
imprégné  du  principe  actif  rougit,  se  gonfie  un  peu,  une  petite  papule 
se  constitue.  Or,  cette  cutiréaction,  réalisée  chez  un  organisme  sain, 
qui  n'est  jamais  entré  en  conflit  avec  le  bacille  tuberculeux,  donne  un 
résultat  négatif.  L'interprétation  qui  se  présente  immédiatement,  c'est 
que  la  réaction  positive  (allergique),  observée  chez  le  malade,  est 
l'indice  d'une  immunité  relative  qui  s'est  imprimée  sur  de  nombreux 
tissus,  sur  le  revétement  cutané  par  exemple  ;  c'est  que  les  éléments 
cellulaires  habitués  aux  sécrétions  microbiennes  en  pergoivent  plus 
subtilement  la  présence,  répondent  avec  vivacité  à  l'excitation  ressen- 
tie,  l'inflammation,  témoignage  visible  du  processus  réactionnel, 
apparaissant  alors  avec  sa  signification  protectrice  habituelle.  Mais 
dans  le  cas  présent,  est-il  vrai  que  l'inflammation  soit  salutaire?  Si  la 
tuberculine,  au  lieu  d'étre  simplement  déposée  sur  une  scarifìcation 
et  de  ne  pénétrer  ainsi  qu'en  dose  très  minime,  est  injectée  en  quantité 


ALLERGIE  Iv?!» 


-iillisante,  Ics  accidenls  l»'s  plus  graves  s'ohscrvcnt,  la  moiL  jx-ul  sur- 
MMiir,  tandis  quo  Ics  organisincs  normaux,  Lraités  de  mcnic,  ne  mani- 
iVstent  aucun  symptòme  alarmant  (1).  Nous  avions,  à  propos  de  la 


(1)  En  raison  du  caractère  très  nettcmcnt,  spcciflque  do  la  sonsibili- 
satioii  à  la  tuberculine,  cettesubstance  remi,  comme  on  sait,  de  précioux 
-iTvices  pour  le  diagnoslic  de  la  tubcrculose.  On  constate  ccpendant 
lue  les  lépreux  réagissent  assez  souvcnt  ì\  l'injection  de  tuberculine,  co 
qu'ou  pourrait  éxpliquer  cn  alléguant  le  fait  quo  les  bacilles  tuborculcux 
et  lépreux  appartiennent  à  des  espèces  voisines  ;  mais  il  se  peut,  à  vrai 
dire,  que  les  lépreux  qui  réagissent  soient  atteints  en  méme  temps  de 
iésions  tuberculeuses. 

Chez  l'homme,  la  dose  de  tuberculine  qu'il  convient  d'injecter  pour 
róvélor  la  tuberculose  varie  selon  les  sujets  ;  elle  est  parfois  très  faible, 
;;otablement  inférieure  à  1  milligramnie.  Il  est  bon  de  tàter  la  suscepti- 
l)ilité  du  sujet  en  injectant  d'abord  O*"^"",!  à  O^sr^a  ;  s'il  n'y  a  pas 
(io  réaclion,  on  peut  ndminislrer  trois  ou  quatre  jours  plus  tard  O'^Kt^s 
à  1  milligrammo.  Li  vivacité  de  la  réaclion  n'est  pas  en  rapport  avec 
l'étenduo  des  Iésions;  on  constate  memo,  on  general,  que  les  tuberculeux 
avancés  sont  moins  sensibles  que  les  sujets  atteints  de  Iésions  minimes. 
<"e  fait  se  vérifio  également  chez  les  animaux,  notamment  los  bovidés. 

On  injcctcauxbovidésadultes,  suivantla  tallio,  de  2cc,5  à  5  cenlimètres 
rubes  do  tuberculine  diluée  au  dixième,  et  aux  veaux,  de  1  à  2  centimètres 
cubes  ;  on  a  soin  de  noter  la  temperature,  à  plusieurs  reprises,  avant 
l'injection.  On  la  prend,  après  celle-ci,  à  quatre  reprises  (après  douzc, 
«juinze,  dix-huit,  vingt  et  une  heures).  Une  flèvre  de  1",5  ou  davantago 
denoto  la  tuberculose  ;  une  eleva tion  thermique  voisine  de  1  degré  per- 
met  de  considérer  l'animai  comme  suspect. 

Pour  ofToctuer  chez  l'homme  la  cutiréaction,  on  depose  une  goutli^ 
de  tuberculine  brute  (de  préférence  diluée  au  quart)  sur  une  scarifìca- 
tion  super ficielle  pratiquée,  par  exemple,  à  la  région  deltoidionno.  Il  est 
bon,  à  titre  de  contròie,  d'imprégner  de  glycérine  un  pou  diluée  uno 
soconde  scariflcation  faite  à  quelquo  distance  de  la  première.  En  cas  do 
résultat  positi!,  on  constate,  au  bout  de  quclques  heures,  l'apparition, 
-ous  l'influence  de  la  tuberculine,  d'une  papule  entourée  d'une  zone  do 
•ongestion  et  qui  disparait  au  bout  d'un  ou  doux  jours.  Les  bovidés 
luborculeux  sont  susceptiblos  aussi  de  reagir  à  la  cutiréaction. 

Mantoux  (1908)  a  préconisé  l'intradormoréaction,  consistant  à  injoc- 
tor  dans  l'épaisseur  méme  du  dorme  une  goutte  de  tuberculine  diluée 
au  degré  voulu  pour  que  la  dose  de  principe  actif  introduite  soit  cnviron 
<le  0'^s''jOL  II  se  produit  chez  le  tuberculeux  un  nodulo  centrai  ontouré 
<rune  zone  papuleuso.  Chez  los  bovidés  ou  chez  le  poro  tuberculeux, 
*on  constate  aussi  de  l'induralion  entourée  d'cedèmo. 

Chez  les  organismos  tuberculeux,  de  simplos  frictions  fi  la  tuberculine 
peuvent  développor  do  la  rougeur  do  la  peau,  de  petites  papulos  et  des 
démangeaisons  (Moro,  1908)  ;  on  observe  parfois  memo  de  la  fiòvre. 

Calmette  et  Wolff-Eisncr  ont  introduit  dans  la  pratiquc  l'ophlalmo- 
réaction.  Chez  le  tuberculeux,  la  conjonctive  inslillée  do  tuberculine 
l'ougit  fortoment  ali  bout  de  quelqucs  heures,  tandis  que  du  larmoiement 
<'L  un  peu  d'exsudation  muco-purulente  apparaissont.  Los  troubles  sont 
parfois  sérieux  lorsqu'on  omploie  de  la  tu'^erculino  trop  concentrée  ; 
•  iussi  faut-il,  pour  éviter  les  accidents,  utilisor  une  dilution  assez  étenduo, 
Los  bovidés  tuberculeux  sont  aptes  aussi  à  róngir  à  l'ophtalmoréaction  ; 

L'Immunilé.  0 


130  RÉACTIOM&  MODIFIÉES 

vacciiM',  accepté  volomtiors  l*'  terme  (c suscepiiibl<.'  »  ('t  rej^'t»''  le  qualifi- 
cati! «  sensibk  ».  lei,  la  distiiietioiL  est  impoesiible ,  il  s'agit  d'un  état 
d'hypersensibilité  vérifeabte-,  de  réceptivité  coiìsidéì'able'ment  accru  à 
l'égard  dea  sécrétions  microbiennes.  Certes,  les  résultats  po&itit;>, 
observables  chez  le  tuberculeux,  de  la  cutiréaction  ou  de  rinjectioii 
tubeixulinique,  résultent,  il  faut  bien  Fadmettre,  de  ce  que  les  produits 
baciUlaires  formés  au  niveau,  dcs  foyers  ont  imprégné  l'organisme  ;. 
cependant,  cojamicat  ex^pliquer  alor^  qu'uji  organis.m-e  non  tubcrcu- 
leux,  mais  qui- psécédemment  a  rc^gu,  qujelques  i-jajcctitìWiS- de  tulH'rcidiiic. 
reste  indi-ffé??ent  à  Finocula-tion'  de^  e©  prodwit?  En  réalité,  et  c'cst  hìvu 
surprenant,  l'aptitude  à  répondre  par  la  réaction  caractérislique  n< 
se  révèle  que  chez  les.  animauxporteurs  d.e  lésions  tuberculeuses  (celks- 
ci  pouvant,  il  est  vrai,  otre  peu.  étendues),  ot  qAiì  pan  con,scquent 
abiùtent  des  bacillcs  vivants  (l). 

On  voit  que  le  problème  se  complique.  iDans  l'allergie  vaccinali  . 
qui  a  tellemcnt  l'allure  d'un  phénomènc  d'immunité  que  nous  ìi'y 
soup§OBaj:ÌQiiis  rien  d'autre,  ne  se  glisse-t-il  pas-,  néanmoins,  un  élrni''!il, 
d'hypersensibililé?  ("ctt«'  rougeur  au.  trait  d'inoculation,  qui  clic/,  le 
revacciné  se-  mon-Ue  si  precoce,  n'est-eile  pas,  cn  somme,  une  cuti- 
réaction comparai )le  à  celle  de  la  tuberculose?  Et  le  processus  total 
n'est-iL  pas-  en,  vérité  un  mélange  assez;  inattendu  d'eflets  venant  de 
causes-  qui  sembk'nt  opposées,  une  injmufljté  manifeste,  puisque  h\ 
lésioH  retrocède  bien  plus  vite  que  cliez  un  organisme  neuf,  une  liy}Mr- 
sensibilité  au  moins  probablé,  puisqu'une  analogie  se  dessine  ave(  !r-s 
faits  relatifs  à  la  tuberculine? 


mais,  etani  donnei;  icur  sciisibiliié  moindrc  à  lu  tuberculine,  niii  ux 
vaut,  chez  ces  unimaux,  recourir  à  l'injectiion.  Tel  ce^l  Fa  vis  notammeut 
de  Mac  Fadyien  eL  S-hcather  (lOLt). 

Il  est  intéressimt  de  signaler  que  rapULude,  coiiférée  à  rhonaaasL'e  pati'- 
le  viL!us.  tuberculeux,  à  reagirà  la  cuiiréacliou  tutu-rculinique,  dispai^aìt 
momentanémenl  au  cours  de  la  rougeolie  (Pirquct).  Get  ótal  d'  t  anergie  >; 
s'obser.ve  égalenicut,  dans  Ih  niéme  maJadie,  vis-a-vis  de  la  vaccini'  : 
si  frequente  chez  Ics  individus  qui.  ont  été  vaccinés  assez  longtemps 
auparavant,  la  réaclion  allcrgique  au  vaccin  ne  se  manifeste  pas  chez 
les  rubéoliques  \cli,L'r).  Des  constatalions  analogues  onL  élé  faiùes 
ensuifce,  po.ui!  ce  qui  coucerìie  lant  la  vaccine  que  la  tuberculine,  chez 
Ics  malades  atteinls  de  grippe  (Debré  et  Lereboullel,  19  8).  Peni -è  ire 
y  a-t-il  litìu  de  rapprocher  ces  faits  de  celuj  (signalé  par.-  Levaditi)  que 
les  individus  inlectés  de-  streptocoque  ne  réagissent  pas  Ipcalcnicnt  à; 
l'insertion  à  la,  peau  de  streptocoq^ues  tués. 

On. s'expliquc  encore,  dansLtì-méme  ordre  d"idées,  le  l'ait  connu  depui> 
longieraps  que  les  individus  porteurs- de  lé&ions  très  étendues  peuivent 
ne  pas.réagir  à  la  tuberculine  ;  l'imprégnation  de  l'organisme  par»  le  prò. 
d,]it  microbien  est  déjà  si  prononcéc  que  l'iujection  d'une  quantité 
additionnelle  de  ce  produit  reste  sans  effei. 

(!)  En  moyenne,  les  coi>ayes  réagissenl  à  la  tuberculine  vers  le  quin- 
ziònic  jour  apKÒs  t'inocula.tion  de  b;tcilles  vivanls. 


ALLERGIE  IH 

Les  donnét'S  de  ce  genre  seraifnl  moiias  ialétcssantes  si  elles  étaienfc 
cxceptionncHes^  HiaLs  on  les  reBconfere  souvciit.  0«  le  sait ,.  lai  sensibiiité 
aux  produils  sccrctéà  par  le  virtis  en  jen  se  retrouvì?,  chez  l'animai 
morveux,  comrae  chez  l'organieme  atteint  de  tul>erculose.  Cbez.  le 
cheval  atteint  de  morve,  ne  fùt-ee  que  légèrenient,  rinjcclion  soujj- 
cutanée  die  malléine  allume  une  fièvre  intense  ;  en  o«tjre,  ane  ttìméfae- 
tion  douloureuse  assez  diirable  app)arait  au  poinl  inocidé  (L).  A  haute 
dose,  l'injection  de  malléine  tue  le  cheval  morveux.  In&lilLées  sur  l'oeiU 
la  tuberculine  et  la  malléine  ne  piroduisenl  aucua  eflÈet  ehez  les  aaiimaux 
bien  portante,  provoquent  d'autre  part,  chez  les  sujets  iiafectés  par  le 
viiua  correspondant,  une  conjoQctivite  pas^^agère  qu'une  lougeur 
manifeste  et  du  larmoierment  dénotent  ;  c'est  l'ophtalmoréaction  pré- 
conisée  pour  k-  diagiio^^tic  de  la  tuberculose  par  Calmette  et  Wolfi- 
Eisner,  pour  celui  de  la  morv^e  par  Choromansky,  Wladirairoff,  Vallèe 
et  Martel,Miessner.  L'injection  de  gonocoques  t«és,à  laquelle  on  a parfoitv 
recours  dans  un  but  de  vaccinothérapie,  détermine,  comme  pl'llsieur^- 
auteurs,  notamment  Irons  (1908),  l'ont  observé,  des  troubles  de  l'état 
general  (couibature,  frissons,  fièvre),  plus  accusés  ehez  les  malados 
atteints  de  gonococcie  que  chez  les  inidividws  normaux  (2). Chez  les  typhi  • 
bants,l'instillationde  toxine  typhiquesur  la  conjonctive  provoque  de  la 
rottgeur  et  de  l'exsudation  sérofibrineuse  (Qjantemess*,.  1907).  Gay 
et  Force  (1913)  ont  constate  que  les  personnes  ayant  eu  la  fìèvre 
typhoide  réagissent  presque  toujours  par  de  la  rougeur  et  de  l'indu- 


(l)  C^est  Nocard  qui  a  démontrc  la  grande  ulilité  de  la  inalféine  pour 
le  diagnoS'ic  de  la  morve.  La  m^lféine  provoqueassez  fréquemment,  chex 
I  ri nimal  norma  1,  une  fièvre  très  èphémère.  Chez  le  cheraP  morveux,  1> 
fièvre  appar.iìi;  huH  à  dix  beures-  après  Finje^.tian'  et  duire  cnvir^n 
ti'cnte-sLx  hcures.  Cesi  li  rcaction  locjle  qui  imparte  Le  plus  pour  le 
diagnostic  :  chez  le  morveux,  ra3dème  au  poinl  d'inoculation  est  consi- 
dérable  et  s'accompagne  d'un  engorgemont  lymphatique  et  ganglion- 
iiaire  de  la  région.  On  injecte,  sous  la  peau  de  l'encoMre,  2*'',5  de  malléine 
diluée  au  dixième. 

Lanfranchi  a  récomment  propose  d'iniecfecr  aux  chevaux  suspccls- 
•^^cc^5  de  malléine  dans  l'épaiaseur  de  la  paupière  inférieure.  En  mèrae 
temps  qu'un  gonflement  considérable,  apparaìt  une  conjonctivite  puru- 
lente à  polynucléaires  ;  il  se  produit  aussi  une  réaclion  fél)rile.  C'est  la 
[ìalpébrorèaction.  D'autre  part,  Drouin  et  Naudinat  préfèrent  (intra-- 
palpébroréaclion),  inoculer  Q^^l  d'une  dilution  au  quart  de  maUéiae- 
l»rute  dans  l'épuisseur  du  derme  de  la  paupière.  Ce  procède  a  été  promp 
lement  adopté  dans  les  acmées. 

Faver©  a  eu  recours  aussi  à  rinjcction  palpebrale  pour  le  diagnostic 
de  la  tuberculose  des  bovidès  par  la  tuberculine;  quand  la  réaction  est 
positive,  la  paupière  s'cedématie  fortement.  On  peut  aussi,  pour  la  tuber- 
culine, pratiquer  l'intrapalpébroréaction  (Moussu). 

(:)  D'après  Zieraann  (1912),  les  sujets  atteints  de  gonococcie  chroniquo 
seraiient  Iréquemment  aptes  à  présente!?  une  ophtahnoréaction  assez 
nette  lorsqu'on  iusLille  sur  la  conjonctive  une  éniulsion  de  gonocoquea- 
lués. 


132  RÉACTIONS   MODIFIÉES 

ration  lorsqu'on  leur  frictionne  la  peau  avec  des  émulsions  épaisses  de 
bacilles  typhiques  tués  ;  ce  symptome  se  développe  en  quelques  heures  ; 
l'épreuve  est  très  généralement  negative  chez  les  sujets  qui  n'ont 
jamais  été  atteints.  Chez  l'homme,  la  réinoculation  syphilitique  donne 
lieu  à  des  manifestations  allergiques  ;  nous  reviendrons  sur  ce  point. 
Au  fur  et  à  mesure  qu'ils  s'immunisent,  les  chevaux  qu'on  injecte  de 
bacilles  pesteux  en  vue  de  l'obtention  du  sérum  spécifique  présentent 
des  accidents  locaux  de  plus  en  plus  manifestes,  cedèmes  plus  intenses, 
tendance  plus  marquée  à  la  suppuration.  On  constate  des  faits  ana- 
logues  chez  les  animaux  traités  par  le  bacillo  coquelucheux,  par  les 
bacilles  tuberculeux  tués  (1),  etc.  S'agit-il  ici  d'une  simple  exagération 
de  la  défense,  laquelle,  devenant  trop  irritable  et  dépassant  le  but, 
expose  l'organisme  à  des  désagréments  sérieux,  ou  bien  un  élément 
special  d'hypersensibilitéjSemblable  à  celui  qui  se  trahit  dans  la  tuber- 
culose  ou  la  morve,  intervient-il  en  méme  temps? 

Des  faits  assez  paradoxaux  d'hypersensibilité  ont  été  signalés  il  y  a 
longtcmps  déjà  (1893-1895)  par  Roux  et  Vaillard,  Behring  et  ses  colla- 
borateurs,  Brieger,  et  d'autres  savants.  Parfois,  les  chevaux  qu'on 
immunise  contre  les  toxines  microbiennes  (diphtérique  ou  tétaniquc), 
et  dont  le  sang  est  devenu  assez  antitoxique  pour  étre  capable  de  pro- 
téger  les  animaux  neufs  contre  des  doses  considérables  du  poison, 
manifestent  néanmoins,  à  l'égard  de  celui-ci,  et  malgré  l'abondance  de 
l'anticorps,  une  sensibilité  inattendue.  Mais,à  vrai  dire,  ce  phénomène 
d'hyperesthésie,  qui  d'ailleurs  s'observe  seulement  chez  un  nombre 
restreint  d'animaux,  s'cxplique  d'une  fagon  plausible  par  le  dommage 
que  les  injections  réitérées  ont  lentement  infligé  aux  éléments  cellu- 
laires,  Nous  nous  en  rendrons  compte  plus  loin,  il  est  éminemment 
probable  que  l'antitoxine  n'annihile  pas  radicalement  l'activité  du 
poison,  mais  se  borne  à  l'atténuer  de  manière  à  le  rendrc  aisément 
tolérable  par  des  organismes  normaux.  Mais  un  tissu  qui  au  début  du 
traitement,  avant  l'apparition  de  l'anticorps,  a  été  touché  par  la  toxine 
inaltérée,  et  qui  a  souffert  de  ce  contact,  peut,  on  le  congoit,  par  suite 
de  la  détérioration  subie,  étre  devenu  tellement  vulnérable  que,  vis-à- 
vis  de  lui,  le  poison  méme  alTaibli  par  l'antidote  se  montre  encore  délé- 
tère.  Dans  le  méme  ordre  d'idées,  Kretz  a  constate  que  des  mélanges 
de  tojÀne  et  d'antitoxine,  préparés  suivant  des  proportions  telles  qu'ils 
sont  inoflensifs  pour  des  animaux  neufs,  font  parfois  reagir  violemment 
des  animaux  traités  antérieurement  par  le  poison.  Somme  tonte,  ces 
cas  de  sensibilité  accrue  vis-à-vis  de  toxines  dangereuses  pour  les  ani- 
maux neufs   semblent  beaucoup  moins  énigmatiques  que  ceux  où  il 


(1)  Si  on  pratiquc  chez  le  lapin,  à  quinze  jours  d'intervalle,  des  injec- 
tions successives  de  bacilles  tuberculeux  tués  (1  milligramme),  la  pre- 
mière inocula  Uon  de  termine  une  lésion  de  la  grosseur  d'une  lentille,  la 
cinqujème  produit  un  abcès  du  volume  d'un  oeuf  de  poule  (Borrcl). 


ANAPH  VLAX lE  1 33 

s'agii  de  malizine  ou  de  lubcrculine  ;  ici,  c'osi  préeisémcnl  dans  le 
contraste  si  Iranché  cntre  les  organismes  normaux  indifférents  à  ccs 
substances  et  les  animaux  infectés  dcvenus  très  susceptibles,  que  le 
mystère  résidc  ;  à  cet  égard,  les  conditions  sont  analogues  à  celles  qui 
caractérisent  les  phénomèncs  dits  anaphylactiques,  lesquels  ont  piqué 
au  vif  la  curiosile  des  chercheurs  et  suscité,  dans  ces  dcrnières  annécs, 
un  nombrc  incalculable  de  Iravaux. 


ANAPHYLAXIE 

L'injection,  méme  en  dose  très  faible,  de  matériaux  albuminoides 
provenant  d'une  espèce  difTérenlc,  et  qui  bien  souvent  sont  quasi  inof- 
fensifs  pour  les  animaux'neufs,  détermine  un  état  parliculier  d'hyper- 
sensibilité,  sur  lequel  Richet  et  Arthus  ont  tout  d'abord  attirò  l'atten- 
tion,  et  que  le  premier  de  ces  auteurs  appelle  l'anaphylaxie.  Par 
exemple,  un  cobaye  inoculé  quelque  temps  auparavant  d'une  trace 
d'un  sérum  étranger,  tei  que  celui  de  cheval,  meurt  cn  quclques  ins- 
tants  si  on  lui  injecte,  de  préférence  dans  la  circulation,  une  quantité 
de  ce  méme  sérum  assez  modérée  pour  étre  parfaitement  tolérée  par 
un  coltaye  non  préparé.  Au  lieu  de  fortifier  la  résistance  conformément 
au  principe  de  la  vaccination,  la  première  injection  a  donc  produit 
l'inverse. 

Ces  faits  que  nous  venons  d'énumérer,  allergie  vaccinale,  sensibilité 
cxcessive  et  spéci fique  vis-à-vis  de  la  tuberculine,  de  la  malléine  ou 
autres  produits  microbiens,  anaphylaxie,  un  lien  solide  Ics  unit-il  les 
uns  aux  autres?  Devons-nous  considérer  ces  phénomèncs  comme  les 
efTets  divers  d'une  cause  unique?  Il  faut  avouer  que  la  question  n'est 
pas  justiciable  encore  d'une  réponse  catégorique  ;  il  s'agit  d'un  des 
problèmes  que  l'investigation  actuelle  discute  avec  le  plus  de  véhc- 
mence  sans  apporter  la  solution  definitive.  Le  mécanisme  de  ces  phé- 
nomèncs n'est  pas  clairement  élucidé  :  par  exemple,  pour  divers 
savants,  Ics  troubles  anaphylactiques  seraient  dus  à  l'influence  nocive 
de  certains  produits  issus  de  la  désintégration  de  l'antigene  que  l'or- 
ganisme  préparé  par  une  première  injection  cherche  à  faire  disparaìtre 
et  réussit  à  digérer  ;  ils  apparaìtraient  dès  lors  comme  la  conséquence 
inéluctable  et  dircele  de  la  réaction  défensive  elle-méme.  Ils  ne  seraient, 
suivant  d'autres  auteurs,  qu'une  complication  accessoire,  se  produisar.t 
au  cours  des  phénomèncs  d'immunité  sans  en  étre  aussi  nécessairement 
ni  aussi  immédiatement  l'expression  ;  notamment,  ils  ne  reconnaì- 
traient  pas  pour  cause  la  décomposition  de  l'antigene.  Mais  l'examen 
de  ces  conceptions  diverses,  l'étude  des  relations  entre  l'anaphylaxie 
proprement  dite  et  les  autres  manifestations  de  l'hypersensibilité,  la 
discussion  du  role  joué  par  ccs  pl\énomènes  dans  la  symptomatologie 
des  infections,  tout  cela  néressite  un  atlentif  exposé  des  priiì<ip;il<'s 


134  INFLUENCES   PROTECTRICES   SECONDAIRES 

•doniaées  exp<?riineiitales,  le q uel  (lé:pa ssera it  les  limifces  d-e  ce  sominaire 
aperigia  et  troìivera  plaoe  plus  loin. 


FACTEURS  ADJUYANTS  DE  RESISTANCE 

Nous  bornant  dans  cette  première  partie  à  jeter  un  coup  d'ceM  d'en- 
semble sur  le  sujet  que  nous  devons  ensuite  explorer  plus  en  détaii, 
nous  n'avons,  parmi  les  moyens  de  défense  de  l'organisme,  cité  que 
l'essentiel,  inflammation  et  phagocytose,  influence  des  principes  humo- 
raux.  Mais  d'autres  phénomènes  encore  peuvent,  cela  va  sans  dire, 
interveimir  utilemenL  Est-ce  le  cas  par  exemple  de  ia  fièvre? 

Bien  qu*  des  perturbatioTis  thermiques  puissent  s'observer  dans  des 
maladies  non  parasitaires,  la  fièvre  est  =uii  spnptóme  si  prononcé  «et 
si  iiabituel  dans  l'iniectioa  qu'elie  en  est  pratiquement  aaaaindice  très 
important. 

Les  poisons  rainéraux  ne  ihcuiKul  pas  ia  fiè\rc.  (ùcrtains  poisons 
végétatuix  provoqueat  des  variations  de  la  temperatura  dues  plutót,  cti 
general,  à  <les  modifications  imprimées  à  i'appareil  oirculatoire  qu'à 
une  inflsaence  diTecte  sur  ia  thermog-etièse  (1).  Les  siabstances  pyréto- 
^nes  proprement  dites  appartiennent  à  la  catégorie  des  sui^stanc-es 
très  complex'CS  et  de  constitution  mal  dé€iii«.  Les  injections  de  sang 
ou  de  sérum,  pratiquées  dans  la  circulation,  dans  les  séreuses  (Dele- 
zenne  et  de  Rouvilk),  ou  uaéme  sous  la  peau,  peuvent  élev-er  la  tempe- 
rature pendant  quelques  heures.  Les  produits  de  l'hémolyse,  leseictraits 
d'or^anes  (Roux  et  Ghamberland),  le  blanc  d'<D&uf  (Vaughan),  agissent 
semblablemcnt.  Aussi  des  traumatisnaes  détermiTiant  l'écras^meiit  d-es 
tissus  ou  des  hémorragjes  internes  provoquent-ils  parfois  de  la  fièvre, 
nièn>e  en  l'absence  d'infection.  L'injection  d'urine  produit  uà  eff-et 
hypothiermisant,  lequel  est  passager  et  est  suivi  (Roger)  d'ane  édéva- 
tion  th«rmique  persistant  quekjues  ;heures,  Les  accidents  :a^naphylac- 
tiques  agissent  sur  la  temperature,  l'élèvent  lorsqu'ils  sont  iégers, 
l'aibaissent  lorsqulls  sont  graves.  Le  fait  qu'un  aìbuTni'noJde  étranger 
pToduit  ui>e  perturljatioìi  thermique  à  dose  bearacoup  plus  faible  chez 
les  aaiimaux  sensibilisés  (par  une  injection  antérieure  de  la  inéme 
subsfcance)  qufi  chez  ies  aniraauxneufs,  seTnbk  indiquer  que  la  matière 
inocuiée  modifìe  ia  temperature  non  pas  en  agissaiat  4ip©ctement  sut 
les  «entres  thermiquess.,  mais  par  d'inteTmèdiake  de  principes  apparte- 
nant  à  l'organisme  et  dont  l'interventi»!!  est  Itóe  a  la  réactioa  anaphy- 
lactiqu'e.  Getta  notion  «est  en  harw»onie  a-vec  06  qu'on  ©^bsearve  dans  la 

(1)  Par  exemple,  la  digitale,  la  cocaine,  d'après  Ackerman^  Richet, 
élèvent  la  temperature  périphérique,  mais  diminuent  la  temperature 
cent;ra?«.  A  vrai  dire,  4«  ©ur»Te,  ch-ez  {"hornvie,  ■pipodiri't  une  vérilablne 
iièvi*  .(fkaTnaHi). 


FA€TEUR^   AMUVANTS  BE   fHtS>ISTANCE  ì3o 

^1  r.'^aladic  da  S'ci'wm  i),  fjes  enfatìts  iinj«(^cli<^s  pmjr  l>a  pffomit^fe  fois  de 
sfi'uwi  de  chcvfìl  Y>Tcsenl«jftt  'parfois  dcT^  tt-oublr^  ii'a^>iparai!58*ttt  qtì'au 
boat  d'tiiK*  d-c^afeai'ri'c  àe  jotìré,  et  ttotamrtw^nt  «de  la  ftè'W*;,  ^i  patfois 
(loro  pÌusio\ìfs  joar<;,  soùVf'Wt  aveò  'dcs  l*«^niis<ik)ns  matiniales.  <*i'«fet 
drmc  1«  réaclion  ^do  l'organisTri*?,  a-ss<*z  l'oYìl'n  à  so  iprodawf ,  i^m  ivpré- 
-s-Mile  la  caiffse  imtn odiate  -ée  la  fièviv- . 

ì>cs  fa'ct^ufs  par  cKoelìi?Y»ce  d«  la  frèvrc  sotìl  Ics  produits  Tnicruhrcns, 
crtmmc  ("hai-rtn  vi  Rwiffer  (1889)  l'ont  pour  la  \^fem*òi'c  fois  -démoiiitré. 
•L<^s  milÌMa:<c  de  cullata  non  ensetìrenc^B  (boitìillHìn,  pn^ptone)  ^uvent 
par  eux-mémos  d(^tJcrTnm"et  «ne  asocnsion  thotimiqiii'c  d'aiUeurs  faiWe 
(1  ép-hómèrc  ;  ils  pfox-HXjnent  une  fièvrc  intense  «t^t  souvent  ia?;sc-z  di^fable 
lo^^u'ils  mit  «wvi  à  iJa  cultWTe  des  microbcs,  mòme  si  vilt'étrcHirenient 
(»i  Ics  fiUre.  Si  la  dose  des  produits  microbie^s  injr'ct'»^  est  teÙ'e  <^'ae  des 
sympt<^m*^s  graves  a]>)parai^sent,  on  constate,  après  nn  stade  pas^ger 
ùfnipertbcrmie,  de  l'hypcthermie.  Gelle-ci  «pparatt  d'tiabitude  dans 
Ics  dernières  péltodes  des  infcctions  mortelies.  Chez  ies  tubercnleux, 
U  tubetviilin^  en  petite  qn«ntìté  élève  fortement  la  t^mpéfatiire,  à 
(Jose  "mortelle  elle  ì'abaisse.  Certiains  poisons  microbiens,  èelui  du 
vibrion  cbolériqtìe  par  cxemple,  possèdent  'd'cs  qnalit<és  hy^othermi- 
^^ant-es  ivmarq«ables>  Le  wiéc^nisme  ftàce  auqael  les  produits  micro- 
biens agissent  sur  la  t»cnìpératurc  reste  tré*  mystèrienx. 

On  le  i^ait,  la  conrbe  de  la  temperature  varie  avec  la  nature  de  ì'in- 
feKjtion  et  «st  p^arfois  ussèfe  caraetéristique  poat  étfe  utiiisable  co!m*ne 
élétnent  du  dìagnosti-c.  Elle  est  donc  en  rapport  ^vec  les  quaìités  spé- 
eiales  du  gv»rme,  parfois  rnémc  avec  Ics  particularit<és  de  &on  évolu- 
tioii  (1),  Miai*  elle  t^t  «assi,  ceia  va  sans  dire^  en  oorrélation  étroite 
ax-Cft  la  diéfense  de  l'org'tìnisme  ;  la  temperature  ten<d  à  tedevenir  nor- 
male lorsque  l'infòclion  est  maìtrisée  ou  va  Tètre  ;  c'est  ce  qù'on  cons- 
tate très  nettement  par  exemple  ti«ns  la  fièvre  rccuri*ént«,  la  pneu- 
monie,  etc.  L'effet  cwratif  dia  sérum  thérapeiitiquc  s'annonòe  fréquem- 
n>c«t  "par  la  déferveseence. 

.'Vcceptée  pendant  dea  si'ècles,  l'idiée  que  la  rtèvre  fe^^^ésente  \ine 
iv*action  salutaire  a  *été-  contestée  nolamment  ^ar  Lk^bei^mèistcf,  (Jui 
a  beau^up  insistè  sur  les  effets  pernicieux  des  teftìpéfatures  tfop 
haut^.  n  est  probable  que  la  fièvre  est  utile,  mais  t^ndi^it  reconnaltte 
qae  son  ròlc  favt^rable  n'est  p«s  d'émontré  irriéfutablement  et  què  le 
nnk-afìisnie  «uqucl  elle  doit  s»n  apparitioh  oeete  trèa  obseuf.  Il  n'y  a 
p»s  grand^chose  à  retenir  des  très  nombreuscs  expéHences  t^alisées 
en  vno  de  féehereher  8i  la  flèvre  exerce  vraimenl  uWc  influente  bienfai- 
sanbe  mt  revolution  des  inffcction».  On  sait  bien  qu'une  forte  féfrigé- 
raticMi,  produite  pai*  k  contact  asserÉ  ppokvn^é  de  TeefU  froMe,  par 


(1)  On  saìt  que,  danà  le  paludismo,  la  nèvtc  s'allumo  aU  moment  où  les 
41émen{^  (mèrozoitcs)  issus  dt  la  mulUplicatton  nseitnée  du  pafasUc 
sout  mis  on  libertè  dans  le  9Mng. 


136         INFLUENCES   PROTECTRICES    SECONDAIRES 

l'immobilisation,  par  Ics  antipyrétiques  à  haute  dose,  peut  augmenter 
la  réceptivité.mais  les  effets  de  tcls  agents  sont  évidemment  complexes. 
Il  n'est  pas  nécessaire  que  la  temperature  s'élève  au-dessus  de  la  nor- 
male pour  que  l'élaboration  des  anticorps  soit  possible  (Lemaire). 
Pouf  ce  qui  concerne  la  grande  majorité  des  infections,  il  n'y  a  guère 
lieu  d'admettre  que  les  températures  observées  au  cours  des  états 
fébriles  méme  les  plus  prononcés  soient  susceptibles  de  géner  sérieu- 
sement  la  multiplication  des  parasites  ou  de  deprimer  leur  vitalité. 
L'opinion  la  plus  vraisemblable  est  que  l'ascension  thermique,  sans 
ótre  par  elle-méme  directement  utile,  est  intimement  liée  à  une  sèrie 
de  processus,  inflammation,  suractivité  des  organes  lymphoides,  libé- 
ration  de  produits  cellulaires,  etc,  qui  dans  leur  ensemble  ont  la  signi- 
fication  d'une  réaction  salutaire. 

La  formation  d'un  abcès  est  due  à  l'abondant  afflux  des  leucocytes, 
phénomène  précurseur  de  cet  acte  capital  pour  la  défense,  la  phago- 
cytose.  Mais  lorsque  fmalement  l'abcès  en  s'ouvrant  vide  au  dehors 
son  contenu,y  compris  les  germes  pathogènes,  le  déblayage  mécanique 
opere  de  la  sorte  est  salutaire  ;  le  processus  de  nécrose  qui  permet  la 
perforation  des  téguments  et  auquel  contribuent  sans  doute  dans  une 
certaine  mesure  les  ferments  digestifs  leucocytaires,  participe  donc  à 
la  défense  ;  ensuite,  les  phénomènes  de  bourgeonnement  et  de  cicatri- 
sation  s'efTectuent  pour  combler  la  cavité  et  réparer  les  dommages. 
La  peau  se  cicatrise  facilement  :  aussi  la  tuberculosc  cutanee  s'étend- 
elle  moins  aisément  que  la  tuberculose  pulmonaire.  La  formation, 
autour  des  foyers  profonds  d'infection,  d'enveloppes  fìbreuses  qui  les 
délimitent  nettementetlesisolent  en  quelque  sorte  du  reste  de  l'orga- 
nisme,  est  également  un  factcur  important  ;  un  phénomène  de  ce  genre 
s'effectue,  dans  le  péritoine,  au  cours  de  l'appendicite  ;  on  connaìt  le 
role  préservateur  joué  par  de  semblables  cloisonnements  qui  par- 
vienncnt  parfois  à  circonscrire  les  points  touchés  par  la  tuberculose. 
Chez  la  poule  injectée  de  bacilles  d'origine  humaine,  on  peut  au  bout 
d'un  an  retrouver  les  germes  encore  vivants  emprisonnés  dans  une 
coque  résistante  :  cette  incarcèration  4es  a  réduits  à  l'impuissance, 
bien  qu'ils  aient  gardè  leur  virulence  (Dorrei).  Les  voies  digestives  éli- 
minent  journellement  une  foule  de  microbes  doués  ou  non  d'aptitudes 
pathogènes,  et  la  participation  des  voies  biliaires  dans  l'expulsion  des 
germes  mérite  une  attention  particulière  depuis  que  Calmette  et  Gué- 
rin  (1911)  ont  montré,  à  propos  du  bacille  tuberculeux,  qu'elle  s'effec- 
tue plus  activement  chez  Ics  animaux  doués  d'une  immunité  au  moins 
relative  que  chez  les  organismes  neufs.  Tous  les  actes  physiologiqucs 
qui  contribuent  à  restaurer  l'état  general  compromis  coopèrent  évi- 
demment à  la  protection.  Dans  les  maladies  consomptives  où  l'orga- 
nisme  est  exposé  à  des  pertes  importantes  et  parfois  continues  de 
matériaux  précieux,  dans  la  tuberculose  pulmonaire  par  exemple,  où 
quotidienncment  de  nombrcux  leucQcyteg  sont  rejetés  par  les  voies 


l'ACTLLliS    ADJL\'A\TS   DE    I{ÉSISrA.\(Jj:  l.JT 

airicnncs,  il  est  superflu  de  remarquer  combien  rintégrilé  des  func- 
tions  digest ives  est  essentiellc.  La  suractivité  des  organes  hémato- 
poirtiques,  souvent  suivic  de  leur  hypertrophie,  et  qui  rcmédie  à 
l'appauvrissement  du  sang,  conséquence  de  nombreux  états  morbides, 
entre  également  en  ligne  de  compte  ;  de  méme  encorc  les  fonctions 
de  suppléance  dont  certains  organes  s'acquittent  afin  de  compenser 
l'état  d'infériorité  auqucl  d'autres  parties  du  corps,  touchées  par  la 
maladie,  ont  pu  étre  réduites.  Meme  l'intervention  des  facultés  de 
sensibilitc  et  de  conscience  a  son  utilité;  c'est  gràce  à  elle  que  l'orga- 
nisme  averti  évitc  les  causes  capal)les  d'accroltre  les  doulcurs,  cherche 
un  repos  réparateuf,  manifeste  parfois  méme  certaines  tcndances  qui 
le  préservcnt  de  l'infection  (1). 

Et  pour  dresser  sans  omission,  dans  un  inventaire  systématiquo, 
la  liste  des  capacités  physiologiques  susceptibles  de  concourir  à  la  pro- 
tection  de  l'individu  ou  de  l'espèce,  ne  faudrait-il  pas  citer  encore  les 
manifestations  de  l'intelligence  ou  du  sentiment,  auxquelles  sont  dues 
ces  méthodes  ingénieuses  de  la  médecine  preventive  et  de  la  thérapeu- 
tique,  ou,  dans  le  domaine  de  l'hygiène  sociale,  ces  bienfaisantes  ini- 
tiativcs,  commandées  par  la  solidarité,  et  qui  répondent  autant  aux 
aspiralions  de  l'idéal  altruiste  qu'aux  sollicitations  d'un  égoìsme 
averti?  Vis-à-vis  notamment  de  ces  maladies  si  répandues,  telles  que 
la  tuberculose,  dont  les  fonctions  obscures  de  l'étre  ne  peuvent  venir 
à  bout  et  que  seule  pourrait  faire  disparaltre  une  action  collective 
énergique  guidée  par  l'investigation  et  renseignée  par  elle  sur  les  res- 
sources  dont  le  virus  dispose  et  les  moyens  de  les  tarir,  de  quel  secours 
inestimable  n'eùt  pas  été  la  généralisation  systématique  des  mesures 
de  prophylaxie  et  d'assistance,  si  notre  civilisation  s'y  était  prétée 
avec  la  volonté,  l'esprit  de  suite  et  la  munificence  indispensables  ! 

Il  est  d'incontestables  principes  qui  ne  se  sont  point  encore  imposés 
partout.  Depuis  longtemps,  on  ne  conteste  plus  la  notion  que  si,  dans 
son  intérét  propre  et  pour  sauvegarder  sa  famille,  le  citoyen  doit  se 
premunir  contre  ces  redoutables  éventualités,  la  maladie  et  les  infir- 
mités,  rÉtat,  d'autre  part,  a  le  devoir  d'aider  le  citoyen  à  étre  pré- 
voyant.  Mais  c'est  surtout  pour  ce  qui  concerne  les  maladies  transmis- 
sibles,  et  notamment  la  tuberculose,  que  l'intervention  des  pouvoirs 
publics  est  légitime  et  nécessaire.  Cela  va  sans  dire,  les  personnes  qui 
paient  tribut  à  la  tuberculose  étant  frappées  sans  avoir  commis  d'im- 
prudencc,  la  société  ne  peut  leur  adresser  aucun  reproche  ;  au  con- 


(1)  Salomonsen  (1900)  dit  avoir  observé  que  les  infusoires  ciliós 
s'éloigiient  rapidement  des  cadavres  de  leurs  congénòpcs.  Les  chevaux 
refusent  de  s'approcher  des  cadavres  en  putréfaction.  Los  chiens  enragòs 
inspirent  la  terreur  aux  chiens  normaux.  La  répugnance  que  nous  éprou- 
vons  pour  les  matières  organiques  décomposées  est  un  phénomène  utile 
à  la  preserva tion. 


M38  INJP'LUENCES    PIMTECTm<CES    SECONl}.AIfiES 

•traire,  elle  lenT  doit  ées  excwses.  IPait'Cssentiel.,tee  me  sani  pas  soti}eHi<e3it 
■les  mddvidus  déjà  atteints  tqifld  ©ut  wn  intèrèt  majeur  à  ce  quc  touties  tes 
aiiesoiTes  •oppartuncs  'caa  'cas  de  maladie  transwiiissible  sodeait  applica óes, 
ce  soni  légalement  ceux  ^que  .^a  'oantemiaaation  m'a  pas  boacfe-és  ^e-noore ,  -et 
v^ai  foiénéficient  de  towite  dnterveoatioofi  susoeptdfcltc  d'ontravcr  ia  dissé- 
■miaaation  dia  raal.  LoTsqu'à  l'ocoa&icKiti  de  la  tette  Amiitu bercili eoase,  on 
vieaat  en  iaìde  -aux  classes  pauvres,  c'est  égaleme^nt  poooT  ìtes  gens  for- 
tianés  qia'on  travaille-,  piflis;qia'eici  écartaint  -des  loyiers  d'tttmJeeticna,  on 
dinainue  les  xisques  coarus  par  chacoaii  de  Tcmiccmbrer  le  rcidooutaiMe 
germe.  Il  'cn  réswlte  q^c  iles  f'Ooads  affectéi?  «  ia  dófeusK;  cositre  ;le  fléati 
me  ssmrment  «tre  Jouriais  par  certains  élèmeiits  détennainés  de  lìa  poput- 
lation  ;  ils  doivent  Tètre  par  tout  le  monde.  Pnisque  la  vde  -sociPaJe  qiai 
fait  jaotTe.séciirité«t  mxms  periaaet  d'existier  oomporte  aiassi  dcs  daagers 
>et  emtretient  ia  conlbagion,  puisqa>e  «oeux  qiae  les  aiTcctàcnas  traaismis- 
«ibles  atteignent  soaat  (d'irrespoinsaMes  victimes  Byamt  commis  rinuiqiiie 
fante  d'appartcnir  à  la  coikctivité,  comnBiCMt  ne  pas  se  r-allier  d^e  bornie 
gràce  et  unaninaeTtte'ittt  à  ce  principe  td'élénaentaipe  éqaité  qtte  les  sacri- 
•fices  impoffés  par  les  maladies  contagieuses.,  et  spéciaJement  par  la 
tubercnlose,  an  lien  de  peser  sur  nne  minorité  cniellement  frappée  qui 
acàète  de  ses  sonffrances  oii  expie  par  le  deuil  les  profits  que  tous 
3X!tirent  de  d'assocaation,  devradent.,  avec  l'acquiesoement  de  eeti^  -que 
le  hasard  préserve  et  en  dépit  d<es  lobjectioMs  qne  soiilèvcrait  pesut-étro 
nn  esprit  d'mddvidMaldaine  endoarci,  étre  dmparti«lement  «répartis  sur 
l'ensemble  de  da  commwnanté?  Mais  c'est  là  de  rdoirtiMiiibé  sociale,  et 
c'est  ia  résdsbance  de  l'organisme  isole  que  laous  devxs-ns  surtout  envi- 


IMMU>NOTHERAP^E   NON  SPEaFJQUE 

Ce  qui  confèpe  le  earaetère  s<pécifìiq'i*e  aux  efYets  de  la  v-aecination 
ou  de  la  vaccinothérapie,  e'est  l'antiioarps  dont  on  provoque  l'élabo- 
ration  et  qui  varie  selon  le  germe  que  l'on  vise,  c'est-à-dire  selon  la 
nature  dn  matériel  inununisant.  Mais  il  est  d'aiitre  part  eertaiiis  pro- 
«cessus  qui  appai^aissent  les  mémes  et  se  déi>3u!ent  à  pe^  près  semblabJe- 
ment  quel  que  soit  le  vaccin-,  ou,  d'une fa^n  generale,  •quel  que  soit 
l'albuminoide  ctranger  auquel  -on  a  reoours.  La  fièvrc  par  exemple 
est  commun'èmient  engendrée.  Nous  verroas  à  pmpos  de  la  phagocy- 
tose  que  des  virus  ou  vaccins  très  divers  non  seulement  peuvent  pro- 
duire  rìnflarnmation  et  modifìer  la  répartilion  des  leucocytes,  mais 
encore  exaitent  fréqueaaanaent  la  proliférati«n  de  ces  cellules.  Les  mani- 
festalions  anaphyiactiques  avec  les  perturbatioas  vaso-«aotTÌee^  dont 
elìes  s'accompagnent  soni  sonvent  !a  consèquenee  de  rìnjectTOìi  de 
piTotéines  étraagères  quelconques.  Jl  exlste  une  sèrie  de  réaclions  orga- 
niques  qui  prennent  cours  dans  les  différentes  infecti<^^'<as  et  qui,  sans 


IMMU.\ULHEHAPIE    i\U.\'    Sl'liClF lijUI-:  i;]'.» 

p<Hivoir  ètro  considéróes  comme  dos  réponscs  spócifiqucs  cxclusivoment 
iippropriées  au  virus  contre  loquol  la  luti  e  est  engagée,  sont  néanmoins 
susceptibles  de  contribuer  plus  ou  moins  cfficacement  à  la  défense  et 
ont  cotte  signification  quel  que  soit  le  microbe,  A  priori^  on  congoit 
dans  ces  conditions  quo  les  offots  utilos  d'une  intorvcntion  vaccino- 
thérapique  puissont  ne  pas  présenter  forcément  toujours,  d'une  manière 
absoluo,  la  qualité  spécifique  ;  on  devine  au  surplus  combien  doit  ètro 
delicate  l'analyso  des  multiples  phénomèncs  réactionnels  capables  do 
coopérer  à  la  protection,  et  qu'il  est  diffìcile  de  supputer  exactement 
la  part  revenant  à  chacun  d'cux  dans  les  améliorations  obtenues.  Les 
l'onslatatiOTis  danscet«rdre  d^tdées  sont  assex  dairseméfs,  ■eHes  se 
rapportent  s'i  la  patlioliog'ie  hanaaine  et  notaTO-ment  à  des  états  infec- 
tieuxcbroniques,  qu'à  vrai  dire  des  influcnces  assez  minimes  en  soi  sont 
parfois  susceptibles  de  modifier  d'une  manière  appréciable.  L'exemple 
<ij'ui  réoiommont  a  le  fvlus  attirò  r-attention  est  colui  de  la  gonoooccie 
rhronique,  laqu-eile,oji  le  .sait,e&t  nfitteiaent  amendéCipar  les  iiijections 
<le  goncicoqfues  tués.  Or,  -divers  a«beurs  estiinent  qii'cwi  oMioat  -d^s 
resulta ts  très  compiiralìles  en  injootant  non  pas  le  (gern*e  spécifìqMe, 
mais  d'auLres  raicrobes  tu-és,  ou  mieux  encore  des  matériaux  protéiques 
lek  <^'Ue  -dai  sérirm  ou  d^  p-référeaioe  <iu  lait.  L'itìj-ection  de  lait  d-éter- 
niine  une  élévation  de  la  temperature.  Est-ce  la  fìèvre  >qui  intervient 
utileinent?.&o«,t-ce  d«s  modiJioations  d'ardr^  vasculaire  au  niveau  <les 
temtoires  iiiiootés,  «n  rapport  sans  -daube  avec  des  phé»omènes  d'ana- 
phylaxie?  s'a;git-il  plutót  d'une  atimulataon  s'exergant  sur  l'^appareil 
phagocytair«?  l\  serait  io  ut  à  fait  pix''»tìiatu-ré  d^;  se  prcmonccr  -actuel- 
lenaeat.  Ouoiqa'il-en  soit,  il  soKible  lM<en  que  les  problèmes  soulevés 
par  oes  o liso r vati oixs  rentr-ent  daais  \c  c-adre  de  l'immunité  et  que, 
Kjuoiqoie  non  spócifìqwe,  la  iméthode  de  traitement  eo  question  puisse 
ètre  quAlifi^óe  d'«  imnaianoth-érapique  ».  En  effet,  les  substances  aiix- 
queJIes  on  a  .rcoours  dans  oes  essais  de  traitement,  qui  ne  cojnportent 
point  l'intervention  des  gerroes  responsablcs,  apparticrmerit  couumc 
oeiux-ci  à  la  catégorie  des  .aat^ènés,  le&quels  pejavent,  i»éme  lor^qu'ils 
.sont  très  ddfféfeats,  développer  -certains  effets  communs,  Au  surplas, 
la  valeurdc  oe  prooédé  non  spéci fique  par  rappartà  celle  de  la  vaccino- 
thérapde  pjpopremejit  dite  n'e&t  pa.s  encore  déterininée^vec  la  précision 
désiral)Ie_ 


CHAPITRE    VI 

SIGNIFICATION    GENERALE   DES    PRINCIPAUX 
PHÉNOMÈNES  D'IMMUNITÉ 


Les  aptitudes  défensives  dont  l'immunité  étudie  les  manifestations 
sont-elles  le  resultai  d'adaptations  spécialement  dirigées  contre  l'in- 
fection,  ayant  pour  objet  exclusif  et  par  conséquent  pour  raison  d'étre 
unique  la  résistance  aux  virus?  En  d'autres  termes,  s'il  ne  se  trouvait 
point  de  microbcs  pathogènes  à  la  surface  du  globe,  les  fonctions  phy- 
siologiques  capables  souvent  d'assurer  la  protection,  et  qui  sontnotam- 
ment  la  phagocytose  et  la  sécrétion  d'anticorps,  cxisteraient-elles  néan- 
moins  (1)?  En  réalité,  la  phagocytose  représente  primitivement,  comme 
Metchnikoff  l'a  montré,  un  phénomène  de  nutrition,  car  chez  de  nom- 
breux  animaux  inférieurs  elle  réalise  l'englobement  et  la  digestion  de 
particules  alimentaires  de  tonte  espèce,  et  c'est  méme  ainsi  que  ces 
étres  se  nourrissent.  Elle  a  souvent  aussi  la  signification  d'un  acte  de 
concurrence  cellulaire  généralement  favorable  à  l'ensemble  de  l'orga- 
nisme,  les  phagocytes  attaquant  des  cellules  alTaiblies,  dont  le  ròle 
est  termine,  et  les  faisant  disparaìtre  par  digestion  intracellulaire. 
L'utilisation  des  phagocytes  pour  la  destruction  des  microbes  n'est 
donc  qu'une  application- heureuse  et  efficace,  à  la  préservation  de  l'or- 
ganisme,  d'une  fonction  primordiale  qui  n'a  pas  été  créée  à  cette  fin. 
En  faisant  connaìtre  les  sérums  hémolytiques  et  en  montrant  que  leur 
mode  d'action  est  tout  à  fait  pareli  à  celui  des  sérums  antimicrobiens, 
Bordet  a  montré  que  les  propri étés  antivirulentes  des  humeurs  doivent, 
ausfei  bien  que  la  phagocytose  des  microbes,  étre  considérées  comme 


(])  Dans  cette  phrase  qui  suggèrc  l'absenci'  cventuellc  des  propriélés 
défensives,  il  serait  plus  logique  de  dire  simplemcnt  :  «  s'il  ne  se  trouvait 
point  de  microbes».  Car  si  les  fonctions  protectrices  n'existaient  pas, 
tous  les  microbes  capables  de  vivreaux  dépens  de  matières  organiques, 
c'est-à-dirc  l'immense  majorité  d'entre  eux,  seraient  pathogènes.  C'est 
évidemment  l'immunité  elle-mèmc  qui,  selon  qu'elle  se  montré  insur- 
montable  ou  qu'elle  cède,  créa  la  différence  entro  les  microbes  inofTen- 
sifs  et  les  microbes  dangereux. 


SIGNIFICATION  DES   PHÉNOMÈNES    l>  I.MMI    \  I J  f:      in 

l'appropriation,  à  la  protection,  de  qualités  préexistantes  :  la  faculté 
d'élaborcr  des  anticorps  se  révèle  de  la  fagon  la  plus  evidente  lorsqu'il 
s'agit  d'antigèncs  non  microbiens,  non  virulents,  incapables  de  se 
n'produire  dans  l'organismc  auquel  on  les  injecte,  et  dont  la  toxicité 
est  nulle  ou  négligeable.  En  conséquence,  cette  faculté  existerait 
uìéme  s'il  n'y  avait  pas  de  microbes  ;  ce  ne  sont  pas  ceux-ci  qui  l'ont 
lait  apparaìtre.  Au  surplus,  l'expérimentation  relative  aux  toxincs 
iiiicrobiennes  montre  que  la  sensibilité  à  ces  poisons  n'est  pas  une 
condition  nécessaire  à  la  production  d'anticorps  neutralisants.  Ainsi 
la  toxine  tétanique  n'est  pas  vénéneuse  pour  le  caìman  ;  cet  animai 
ui'anmoins  peut  élaborer  l'antitoxine  (?>IetchnikofT). 

Il  convient  de  remarqucr  à  ce  propos  que  le  róle  des  anticorps,  à 
i'état  normal,  est  reste  plus  mystérieux  que  celui  de  la  phagocytose. 
<'elle-ci,  abstraction  faite  de  son  intervention  en  cas  d'infcction,  scrt 
notamment  à  débarrasser  l'organisme  de  nombreux  déchets  cellulaires. 
Mais  en  quoi  ces  anticorps  dits  normaux,  répandus  dans  le  sang  des 
animaux  neufs,  et  qui  peuvent  impressionner,  soit  des  microbes,  soit 
<Jes  cellules  ou  éléments  divers  de  provenance  étrangère,  participent-ils 
au  fonctionnement  normal?  Des  hypothèses  ont  été  formulées.  Par 
<'xemple,  on  a  pensé  (Ehrlich)  que,  dans  les  cellules  où  ils  ont  pris 
iiaissance,  cortains  anticorps  peuvent  arréter  au  passage,  en  s'unissant 
à  eux,  divers  matériaux  nutritifs  qui  de  la  sorte  sont  retenus  et  incor- 
j)orés  dans  la  trame  de  ces  mèmes  cellules  ;  jouant  ainsi  le  role  d'intro- 
ducteurs,  ils  interviendraient  fort  utilement  dans  les  processus  nutri- 
lifs.  Mais  la  démonstration  expérimentale  de  cette  conception  théo- 
ii([ue  n'a  pas  été  fournie.  On  a  émis  l'idée  que  la  présence  d'anticorps 
<lans  les  humeurs  est  peut-étre  l'indice  d'une  concurrence  ou  d'un 
;intagonisme  entre  les  cellules  ou  les  fonctions  organiques,  et  quo  sans 
<loute  il  existe  des  autoanticorps  (1)  ayant  pour  mission  de  réfréner 
soit  la  prolifération  intempestive,  soit  la  tendance  à  un  travail  exagéré, 
de  certains  éléments,  ou  bien  encore  de  tempérer  l'influence  de  quelques 
jìi-incipes  trop  actifs.  Mais  l'existence,  dans  les  conditions  de  la  vie 
normale,  d'anticorps  capables  de  reagir  sur  des  cellules  ou  matériaux 
'[uelconques  appartenant  au  méme  organismo  n'a  pas  été  jusqu'ici 
•  lémontrée  d'une  manière  irréfutable,  sauf  peut-étre  pour  ce  qui  con- 
«(irne  les  sperma tozoides  (London)  ;  encore  faut-il  noter  que  norma- 
I' ment  les  spermatozoides  ne  soufTrent  pas  de  l'influence  des  principes 
tlu  sérum.  On  trouve  bien  dans  le  sang  normal  divers  principes  anta- 
i^onistes,  contrariant,  par  exemple,  la  coagulation  du  sang,  la  fixation 
<le  l'alexine,  l'influence  des  ferments,  etc,  mais  ils  ne  paraissent  pas 
'levoir  ètre  rangés  dans  la  catégorie  des  anticorps  que  l'Immunité 
onsidère.  En  injectant  à  un  cobaye,  sous  la  peau  ou  dans  le  péritoinc. 

(1)  Anticorps  agissant  sur  Ics  éléments  mèmes  de  l'organisme  où  ils 
unt  pris  naissance. 


142       SIGNIFIGATION  DES   PHÉNOMÈNES   D'IMMUNITÉ. 

des  spermato-zoidies  fotirais  pa-r  un  aittre-  e©baye-,  MetalnikoH-  a  obteau^ 
un  sérttm  qui,  sinen  chez-  l'aainasal;  vivant,  at*  Baoi:n&  éaas  le» e-xp-ériensees 
inatituées  in  «tko,  se  naontre  fortem^nt  toxique  à  l'égaré  ée^  speriaaa- 
tozoSdtes  appartenant  au  cobiaye  lui-mème  dont  id  pi'ovi-eniti  ;  ee  sèinarm 
renferaae  done  un  atitoantic©<rp&  (aufeosp^rmotoxme)  ;  mais  les  eom- 
ditions  qui  ont  permis  la  prQiduction  d'un  tei  principe  soni  vraiment 
tou;t  à  fait  ao-tificielles  :  le  fonctionne-ment  noEmal  de  l'oirganisme  ne 
les  réaliise  jamais.  Cette  réserve  s'appLiojue  assez  juste-naent  anssi  à  des 
autoanticOTps  analogu«s,,  actifs  vis-à-vis  d'autres  élém«nts  ce-liu]iaia?es 
(rate,  rein,  etc.),.  qxxe  certaiins  auteurs,.  Halpern  notaminient  (191L),  ont 
affirmé  avoir  obtenus.  Dans  Ite  sang  de  malades  atteints  d'iene  a ffetstion 
curieuse,  t'béraoglobinurie  paroxystique,  Landsteiner  et  D<*nath.  ont 
mis  en  évixience-  une  siibstaiice  partieipatnt  n/ettena^nit  des  pi'opriétés 
des  antkorps  et  qui^  impressionnaiit  lies  globmles  rouges-  du  memo-  OFga- 
nisme  (ou  d'individu'S  nornaaux),  se  comporte  comm«  une.  auiosensi- 
biMsatrice  hémolytique.  Mais  il  s'agii  d'un  étart  pathologique  et  il  serait 
téméraire  d'afiSrmer  q-ue  des-  pEiacipes  dou-és  de  caractères  comparables 
se  rencontront.  mènue  en  quantité  minime,  chez  les  sujets  biea  por- 
tants  (1). 

On  n'est  pa«  mieux  renaeigné  concernani  le  role  jjoué  dans  l'orga- 
nisme  par  l'alexine,  cette  matière  qu«  nous  voyons  intervenir  si  acti- 
vem-ent  dans  la  bactériolyse  et  l'héaaafilyse-.  Coatribue-fe-elle  à  la  résorFp- 
tion  des  globuiles  rouges  avariés  on  d'autres  éléments  eellulaires  eon- 
damnés  à  disparaltre?  eni  faeilite-t-elle  la  eapture  par  les  pkagocytes? 
L'hypotbèse  est  plau&ible,  mais  elle  attend  enccvre  sa  vérificatiork.  &'iì 
était  acquis  quie  l'alexine  est  un  ferment  leueoeytaire,  oii  poutrait 
admettre  qu'elle  sert  essentiellement  à  digérer  les  débris  celldiaires 
englobés.  Mais  l'idée  qiic  l'alexine  est  produite  par  les  leu-co€ytes  est 
très  contestée,  et  il  ne  semble  pas  que  ceUo  matière  soit  vraiment  un 
ferment. 

Tamii.-  que  la  pbagoeytosc  se  rctrouve  dans  tonte  la  sèrie  zoo-k)gique ,, 
on  ne  saurait  affiirmer  que  Taptitude  à  produire  des  anticorps  puissants 
et  spécifiq.ues  soit  commune  à  l'ensemble  des  animaux.  Elle  ne  paraìt 
bien  développée  que  chez  les  vertébrés.  Les  invertébrés-,  qui  pouartant 
fournissent  de  nombreux  exem:ples  d'immunité  naturelle  très.  solida',, 
ne  rétississent  guère  à  élaborer  des  anti^orps  spécifìques,  et  corrélati- 
vemeii!  ne  se  prètent  pas  à  l'éttide  de  l'immunité  acquise.  Qn  n'obtient 
que  dt?  résultats  négatifs  lorsqu'en  appliquant  méme  très  prudemmcnt 
les  procédés  de  vaccination  on  eherch'C'  à  protéger  ces  animaux  contre 
les  microbes  vis-à-vis  desqueLs  ils  se  montrent  normalement  récep- 


(1)  Au  surplus,  rautosensibilisatrice  dont  TI  s^agit  n'est  pas  cntièremenl 
comparabile  aux  anticopps  ètudiés  en  Immunité,  notamment  poiar  ce  quii 
concerne  les  tcmpératures  auxquelles  elle  est  susceptlble  d'agiir. 


SlGNIFiCATtON  DZrs   I^BÉNOMÈNES  R'IMMUNITÉ       Ili 

lifs  (  li).  Le»  tentativos  yisaoi  ài  L'aLtentioa  d'antitoxiDues  Ee&t«at  infruc- 
tuoustfs  ;  e;' est  ce-  q,u«  Metcluiikoflf.  (1900)  a  constate  pour  c«  qui  con- 
cerne Ijtt'  scoppion,  le  grilloB.,  la  mygale  (2^,  etc,  in}o€tés-  de  toxiiic 
tétaiikidfi.  On  suppose-i/a  peut-étre  qu<t  li'iUJiLieoups  est  élahoré^  vaaÀty 
resto-  c.ajiiftonné  dans  les   cellales   prodiictrices.  ;  s'il  eii  étaife  ains-i^  on 
dcvraii.  observer  quo  la.  toisiae  iajpctée-  est  n,outrali&ée  dans  le  cocps, 
ce  qui  n'cst  pas  1«  eas  ;  cluez  1«-  seonpion^  qui;  tolòue  fort  bien.  le  poii>on 
tétanique,  oo  retrouve  coluirci  dans  le  foie,.  mÙBae  apcès  un.  temps 
prolong?',  mais  jamais  oa.  q«  pcat  décelM-,  dans  l'oi-ga-nism.©  la  présence 
d'autìitoxine-.  ì\J<otclwiikolt  n'a  pas-  réussi  davaatage  à  obtenir  chezf  les 
invertébrés  det>  sesitóibilisatrrcos  ou  des  précipitines  comparables  par 
lours  pi'opciétés  au.^.  anticoa-ps  coures-pondants  des  vertébiués  ;.  lorsqu'oa 
iajecle  à  plusieurs:  repiuses  du  sang  d^fibriuiéd'oiseau  oade  raiammifère 
à  des  escargots  ou  h-,  d«s  vers  blancs,  ces  éléments  sont  englobés-  pai' 
les  leucocytes-,.  mais  il  ae-  se  d«YGlfìpp©  pa&  de  propriiété  h€'niO'lytiq«<> 
ilans  le  plasnaja.   Drew,   Fcédérieq;,  qui  plus  Bécemment  ont  repris 
l'étude  de  cette  questioa  (19-11-13.),  n'ont  obteau  encore  quo  des  résul- 
lats  négatifs-.  Toutefois^,  certains  au:teur&  sont  parvenus  à  cenforcer 
d'u»e  maoière  bien  appréciabl«  des  ppopriétés  q-ui  à  vrai  dir^  étainMife 
(It'jà  prononcées.  D'iatéressantes  recherches   de    Cantacuzènc   (19-12) 
unt    montré  nofcauHneat  q,ue-  les.  Uuuieurs    à{ Eupagiirus-   Prideawùu 
(cru&ba,cé  d-écapode)  Haanitestent  a  l'état  normal  une  propEiété  preci- 
pitante et  un,  pouvoii"  hémolytiqiie  très  nets  à  l'égard  des  globules  de 
lapin  paiR  exeniple  ;  rinjectioa  de  ces  éléments  rend  Ics  humeurs-  plus- 
nctives  (3)  ;  le  chaufTage  à  55°  leur  enlèvc:  om^  qualités  aussi.  bien  apnès 
qu'avant  l'immunisation..  La  résorption  de-  l'antigene  injecté  est  très 
I>énible  et  très  lente^  ti  y  a  lieu.  d'ajoater  qju.'en  1916  Cantacuzèmi  a 
iinoaeé  a.voir  réussi  à  taire  apparaìtre  ch€z,  l'escacgot,.  pac  injection 
tle  sang  de  mouton,  des  agglutinines-  et  précipitines.  Quel  que  soit  l'in- 
t  t'-rèt  de  ces  dt3rLnées^,  l'ensemble  des  constatation.s  démontre  que  l'ap- 
titude  à  produire  de  véritables  anticorps  spécifiques  est,  sicoa  l'apa- 
nage  exclusif  des  animane  supériours,  au  moins  considérablemont 
]ilus  développée  chez  eux  ;  cefeit  n'invite  pae-à  reconnaitre  à  la  capa^- 
.citió  d/élaborer  ces  priacipes  une  imporbance  foadamentaio  d«ins  \m 
]irocessus  vitaux.   Gliez:  les   vertébrés,    la   production   dtìs   anticorps 
-cmbltì  étre  cn  rclationaveclal-empératuj'e  du  corps  ;  IVktchnikoft"  (1901) 


(1)  Il  convient  à  vrai  dire  di'  remarquer  à  ce  propos  que  l'expérimen- 
l;i  l'ion  sur  les  invertébrés  est  difflGile. 

(2)  Une  dnse  de  toxine  aapaA)l«  de  tuer  1  OOG  souris  ne  pneriuii  aaicuii 
Iruuble  chuz  la  mygale. 

(3)  D'après  Cuntacuzène,.les  humeurs  des  crabes  hébergeant  des  sac- 
culines  manifestent  certaines  propriétés  (analogues  à  celles  des  sensi- 
liilisatrices)  vis-à-vis  des  tissus  de  ces  parasites. 

Noguchi  a  obtcuuy,  ctLOZ  le  limule,  des  résultats  analogues  à  ceux  de 
<   latac.uzène. 


144       SIGNIFICATION  DES    PHÉNOMÈNEF,    D'IMMUNITÉ 

a  montré  en  effet  que  l'alligator  fournit  des  anticorps  lorsqu'on  le 
maintient  à  l'étuve,  mais  n'en  élabore  pas  à  la  temperature  ordinaire, 
D'après  Hausmann  (1906),  les  chauves-souris  font  des  anticorps 
lorsqu'ellcs  sont  éveillées,  mais  n'en  produisent  pas  pendant  le  sommeil 
hiliernal.  D'une  fagon  generale,  il  est  reconnu  que  les  phénomènes 
d'immunité  acquise  se  manifestent  beaucoup  plus  nettement  chez  les 
vcrtébrés  supérieurs  que  chez  les  batraciens  et  Ics  poissons. 

Puisque,  comme  la  phagocytose,  la  proprietà  que  les  animaux  ou 
tout  au  moins  les  vertébrés  possèdent  d'élaborer  des  anticorps  résulte 
d'aptitudes  physiologiques  primordiales,  dont  la  genèse  n'est  pas  attri- 
buable  à  l'infection,  il  est  cvident  que  c'est  semblablement  dans  le 
cadre  des  phénomènes  normaux  et  non  dans  celui  des  processus  patho- 
logiques  qu'il  faut  chercher  la  raison  d'étre  primitive  de  cette  qualité 
la  plus  frappante  des  anticorps,  à  savoir  la  spécificité.  C'est  elle,  nous 
l'avons  vu,  qui  fait  converger  les  forces  défensives  do  l'organismo  vers 
le  but  que  le  traitement  par  les  vaccins  ou  les  sérums  leur  assigne  ;  elle 
est  l'élément  sine  qua  non  de  ces  méthodes  préventives  ou  curativcs 
qui  consistent  dans  l'habile  utilisation  des  ressources  physiologiques. 
Mais  comme  les  anticorps  eux-mémes  sur  Icsquels  elle  s'imprime,  elle 
ne  résulte  pas  d'une  adaptation  suscitce  par  la  pénétration  des  virus. 
L'idée  s'impose  qu'elle  doit  intervenir  dans  les  processus  normaux  et 
étre  un  facteur  décisif  d'actes  sans  doute  importants.  Toutefois,  cette 
notion  qu'on  sent  juste  en  principe  reste  vague,  car  il  faudrait,  pour 
s'expliquer  la  spécificité  des  anticorps,  connaìtre  le  motif  profond  de 
leur  existence,  et  nous  l'ignorons. 

Ouoi  qu'il  cn  soit,  la  spécificité  des  immunsérums  a  pcrmis  de  recucil- 
lir  d'importantes  constatations.  Notamment,  elle  a  mis  en  pleine 
lumière  les  différences  de  constitution  physico-chimique  des  espèces, 
qu'il  s'agisse  d'étres  très  simples  comme  les  bactéries,  ou  d'organismes 
supérieurs.  Cette  diversité,  que  des  réactifs  délicats  comme  les  sérums 
hémolytiques  ou  précipitants  trahissent  si  clairement,  nous  a  fait 
comprendre  pourquoi  les  divers  animaux  ne  se  montrent  pas  également 
réceptifs  à  l'égard  d'un  méme  gerpie.  Un  mème  virus,  lorsqu'il  parvient 
à  se  développer  chez  des  organismes  très  différents,  ne  provoque  pas 
cn  general  des  symptòmes  identiques,  et,  d'autrc  part,  la  parente 
zoologique  se  traduit,  sinon  avec  une  fìdélité  absolue,  au  moins  d'une 
manière  habituellement  reconnaissable,  par  des  analogies  dans  revo- 
lution morbide.  Par  exemple,  la  syphilis  ou  la  fìèvre  typhoì'de  du 
chimpanzé  présentent  avec  les  maladies  correspondantes  de  l'homme 
une  similitude  de  manifestations  et  d'allure  que  n'offrent  pas  au 
mème  degré  les  infections  développées  chez  le  lapin  par  les  mémes 
germes  (1),  et  qui,  on  n'en  saurait  douter,  est  en  rapport  avec  le  fait 

(1)  Il  faut  remarquer  que,  d'autrc  part,  l'aptitude  des  parasites  à 
s'accoutumer  à  divers  hòtes  tend  à  rendre  moins  apparentes,  au  moins 


SIGNIFICATION  DES   PHÉNOMÈNES   D'IMMl    \l  I  j;      I  ir, 

que  l'homme  et  les  singes  supérieurs,  et  non  l'homme  et  le  lapin,  se 
rcssemblent  au  point  de  vue  de  la  constitution  physico-chimique  des 
albuminoides.  En  efTet,  la  spécificité  des  immunsérums,  qui  distinguo 
Ics  espèccs  et  permet  de  retrouver  la  provenance  des  matériaux  albu- 
minoides soumis  à  l'épreuve,  nous  donne  aussi,  n^étant  pas  absolue, 
le  nioyen  de  dcceler  les  afTinités  d'origine  et  de  préciser  les  relations  de 
parente  ;  par  exemple,  un  sérum  actif  à  l'égard  du  sang  de  poule  l'est 
aussi,  plus  faiblement  mais  très  visiblement  encore,  vis-à-vis  du  sang 
de  pigeon  (Bord^t,  1899).  La  parente  de  l'homme  et  des  singes  supé- 
rieurs a  cté  mise  en  évidcnce,  par  les  sérums  appropri és,  de  fagon  incon- 
testable,  et  l'on  possedè  aujourd'hui  de  nombreuses  données  de  ce 
genre  (Griinbaum,  Nuttall,  Uhlenhuth,  etc.). 

C'est  ainsi  que  la  découverte  de  la  qualità  spéci  fique  dans  les  immun- 
sérums obtenus  par  injection  d'éléments  provcnant  d'espèces  animales 
difTérentes  a  considérablement  étcndu  la  portée  de  la  notion  mémc 
de  spécificité  :  ce  caractère  marque  de  son  empreinte,  d'une  faQon 
generale,  les  matériaux  albuminoides  de  chaque  étre  vivant.  Chez  des 
espèces  différentes,  les  substances  correspondantes  ne  sont  pas,  poni- 
la plupart,  bàties  exactement  de  méme,  leurs  molécules  se  distinguent 
très  souvent  par  de  menus  détails  d'arcliitecture  ou  par  la  manière 
dont  elles  sont  agrégées,  et  cette  diversité  est  le  témoignage  matèrici 
de  l'autonomie  des  espèces  et  sans  doute  aussi  la  cause  profonde  qui  la 
maintient  (1). 

C'est  elle  qui  voue  à  Tinsuccès  et  rend  vains  nos  essais  de  transfor- 
mation  des  espèces  méme  les  plus  humbles,  qui  assure  la  stabilite  et  la 


à  première  vue,  les  difTéreiices  qui  peuvent  exister  entre  ceux-ci  ;  mais 
rétude  attentive  des  variétés  microbienaes  ainsi  apparues  démontre 
souvent  qu'à  certains  égards  elles  se  distinguent  les  unes  des  autres  ;  h 
la  diversité  des  animaux  correspond  celle  des  races  virulentes  respecti- 
vomcnt  adaptées  à  chacun  d'eux. 

(1)  Avant  la  découverte  des  sérums  hémolytiques,  Gautier  avait  déjà 
exprimé  l'idée  que  la  diversità  des  espèces  est  l'expression  visible  de 
différences  d'ordre  physico-chimique,  et  il  avait,  à  Tappui  de  cette  opi- 
nion, invoqué  certaines  constatalioiis  fort  remarquables.  Gautier  a 
mentre  que  les  diverses  variétés  de  l'espèce  Vitis  vitifera  se  distinguent 
chimiquement  :  les  tannins  et  les  matières  colorantes  qu'on  y  trouve, 
bien  que  se  ressemblant  beaucoup  d'une  variété  à  l'autre,  ne  s'y  pré- 
senteut  pas  avec  des  caractères  tout  à  fait  identiques.  On  savait  déjà, 
au  surplus,  que  les  oxyhémoglobines  des  divers  mammifères  se  distinguent 
par  quelques  propriétés,  par  exoinple  le  degré  de  solubilité  et  la  forme 
cristalline.  Mais  c'est  grace  aux  rechcrches  poursuivies  en  Immunité  que 
la  notion  de  la  diversité  physico-chimique  des  espèces  a  pu  s'appliquer 
d'une  faQon  generale  aux  constituants  albuminoides  essentiels  de  l'orga- 
nisme,  et  aux  élémenls  cellulaires  eux-mémes.  D'autre  part,  les  récentes 
acquisitions  de  la  chimie  biologique  plaident  netlement  en  favcur  de 
cette  idée  que  chez  chaque  espèce  animale  il  existe  dans  le  métabolisme 
des  particularilés  réellement  spécifiqiies. 

L'Immitnilc.  1" 


i46      SIGNIFICATION  DES    PHEXOMÈNES    D'JMMUNITE 

pureté  specifìqiies  et  sléi'ilisc  Ics  croisemciits  entro  o^yx-'ccs  quclqucpcii 

éloigncc?,  lesqiiolles,  si  l'on  peiit  ainsi  dire,  sont  clumiqiiemfnl  incom- 

Y>atil)les,  pnisque  les  matériaux  complexes,  cellulaires  ou    anioriìlus, 

provenant  de  l'unc  d'elles  et  introduits  dans  im  organisme  non  iden- 

tique,  sont  considérés  par  cel^i-ei  comme   des   <''lérnents  indésirables 

qu'il  faut  combattre  et  s'efforc^r  de  détruire.  C'est  elle  encore  qui 

condamne  au  dépérissement,  à  l'étiolement  et  à  la  rt'sorption  finale 

les  fragments  de  tissu  que  l'on  greffe  sur  un  organisnu^  trop  dilTérent 

de  celui  qui  les  a  fournis.  De  pareilles  boutures  ont  besoin,  pour  s'im- 

planter  vigourexiscmcnt,  pooar  s'acdimater  et  prospércr,  de  la  eonni- 

vence  d'un  sol  foospitalier,  leur  rappelant  leur  provenancc,  où  elles 

puissent  se  sentir  chez  elles  et  rencontrer  de  la  part  des  cellules  appar- 

tenant  à  l'organisine  qui  sera  désormais  leur  abri,  l'accueil  tolérant 

■et  la  secrète  bienveillance  que  ralTmit*''  d'origine,  attestée  par  l'identité 

de  la  structure  moléculaire,  garantit.  Aussi  la  rdiirurgie  a-t-elle  recours, 

lorsqu'elle  pratique  des  greffes,  à  des  tissus  vcnant  d'organismes  de 

méme  espèce.  On  constate  parfois  méme,  tant  l'influence  de  l'origine 

est  prononcée,  que  les  transplantations  d'artères  par  exemple  réus- 

sissent   mieux    (Garrel   et    Ingebrigtsen)    lorsque    le    fragment   inséré 

provient  de  l'individu  lui-nièmc  sui'  lequel  on  tente  l'opération,  Sou- 

vent,  et  spécialement  lorsque  cette  condition  éminemment  favorable 

n'est  pas  réalisée,  l'artère  transplantée  se  transforme  totalement  en  un 

cylindre  de  tissu  conjonctif  dans  la  paroi  duquel  on  ne  trouve  plus  ni 

fìbres  musculaires  ni  frbres  élastiqiies.  De  méme  encore   il  faut,  pour 

que  les  grefles  de  tumeurs  malignes  réussissent,  eque  les  deux  animaux, 

celui  qui   fournit  le  tissu  néoplasique  et  celui  qui  le   rcQoit,  appar- 

tiennent  à  la  méme  espèce,  et  qui  plus  est,  dans  certains  cas  (tumeur 

de  rat  Mane,  sarcome  de  poule),  à  la  méme  race. 

Les  cellules  sexuelles,  dépositaires  de  l'ensemble  des  propriétés  spé- 
cifìques,  portent  aussi,  comme  il  faut  s'y  attendre,  l'empreinte  de  ces 
caractères  distinctifs  d'ordre  physico-chimique.  L'extrait  d'ceufs 
d'étoile  de  mer  n'est  pas  nocif  pour  les  spermatozo'ides  d'espèce  iden- 
tique,  mais  tue  les  spermatozo'ides  d'espèces  différentes,  ceux  de  l'our- 
sin  par  exemple  (von  Dungern,  1902).  L'intérét  de  telles  constatations 
n'a  pas  échappé  aux  embryologistes  ;  bornons-nous  à  ce  propos  à  faire 
all-usion  aux  recherches  de  Godkwski  et  de  Herlant  sur  l'antagonisme 
des  spermatozoides  d'espèces  différentes  lors  de  la  fécondation. 

C'est  encore  cette  notion  de  l'autonomie  physico-chimique  des 
«spèces  qui  a  fait  apprécier  davantage  la  necessitò  des  fonctions  diges- 
tives  et  éclairé  d'un  jour  nouveau  leur  signifìcation.  Naturellement, 
nos  aliments  doivent  étre  solubilisés  pour  que  la  résorption  soit  possible. 
Mais  les  matières  albuminoìdes  ingérées  doivent  aussi  étre  dénaturées, 
■et  c'est  cela  que  les  sucs  digestifs  réalisent.  Pour  étre^acceptées  dans 
l'intiiaité  de  notre  organisme,  prendile  rang  parmi  nos^éléments  consti- 
tutifs  et  étre  incorporées  dans  notre  trame,  les  molécules  complexes 


SIGNfFICATION  DES   PHÉNOMÈNES  D'IMMUNITÉ     1 17 

lioivent  porter  le  sceau  de  notre  espèce,  qu'il  faut  substituer  à  l'estam- 
nille  étrangère.  Par  conséquent,  le  cachet  dénonc^ant  la  provcnanco 
iloit  tout  d'abord  étre  elTacé,  d'où  la  nécessilé  d'une  désintégration 
l>réliminaire  suffisamment  profonde  (1).  Il  faut  commencer  par  dislo- 
quer  les  édifìces  et,  selon  l'expression  d'Abdcrhaldcn,  utiliser  Ics 
hriques  (2),  pour  procéder  alors,  suivant  un  autrc  pian,  conforme  cette 
lois  à  l'architecture  moléculaire  qui  nous  caractérise,  à  la  reconstruc- 
'  ion  des  divers  assemblagcs,  lesquels,  rcmaniés  de  la  sorte  et  désormais 
liumanisés»,sont  fìnalcmentadmis  à  faire  partie  intégrante  de  notre  étre. 


(1)  Chcz  le  uouveau-né  nourri  au  lait  maternel,  la  dénaturation  de 
l'albuminoide  n'aurait  pas  de  raison  d'ètre,  l'aliment  est  en  grande  partie 
rósorbé  cn  nature. 

(2)  Avrai  dire,  on  n'a  pu  encore  préciser  nettement  la  nature  de  tous 
los  fragments  que  donnent,  en  se  désagrégeant  sous  rinflucnce  des  sucs 
di-^estifs,  les  matériaux  protéiques  ingérés.  L'hydrolysc  se  poursuit-elle 
jusqu'à  ce  que  Fon  ne  trouve  plus  que  des  acicU's  aminés,  cu  laisse-t-elle 
-iibsister,  à  coté  de  ceux-ci,  des  fragments  plus  volumineux,  albumoses, 
;M.'ptones,  polypeptides,  susceptibles  d'ètre  résorbés  sous  cette  forme? 
Il  serait  diffìcile  actuellement  de  trancher  la  question.  D'autre  part,  on 
nesait  exactement  où  ni  de  quelle fa^on  s'opère  iarcconstruction  desédifu 

■s  protéiques  au  moytn  des  matériaux  que  le  travail  de  démolition  a  mis 
I  !a  disposition  de  l'organisme.  Quoi  qu'il  en  soit,  selon  les  espèces,  ces 
édifìces  se  distinguent,  ainsi  qu'il  résulte  notamment  des  recherches 
d'Osbornc  et  d'Abderhalden,  non  seulement  par  la  manière  dont  les 
tragmeiits  constitutifs  sont  arrangés,  mais  aussi  par  les  proportions  sui- 
vant lesquelles  chacun  d'eux  entre  dans  la  composition  de  l'ensemble. 
L'importante  découverte  que  la  digestion  pousse  la  désintégration 
Ics  albuminoìdcs  beaucoup  plus  loin  qu'on  ne  le  supposait  jadis  a  fait 

oncevoir  de  sérieuses  espérances  quant  à  la  possibilité  de  faire  inter- 
venir, dans  i'alimentalion,  ces  principes  azotés  relativoment  simples, 
polypeptides  ou  acides  aminés,  résultant  de  l'attaque  des  protéiques 
soit  par  les  ferments,  soit  par  les  acides.  Le  problème  est  à  vrai  dire  bien 
complexe.  Quels  sont,  parmi  les  nombreux  produits  de  i'hydrolyse,  ceux 

[ui  seraient  le  mieux  susceptibles  d'ètre  assimilés?  La  question  se  pose 
lUSsi  de  savoir  si  l'uno  de  ces  espèces  chimiques  peut  ètre  utilisée  lors- 
•  [u'on  la  présente  isolément  à  l'organisme,  ou  bien  si,  pour  reconstruire 
la  molécule  protéique,  celui-ci  n'exige  pas  formellement  d'avoir  à  sa  dis- 
position, au  méme  moment,  toute  une  sèrie  de  produits  azotés,  éléments 
divers  mais  tous  indispensables  du  nouvel  édifice.  Les  premièrcs  tenta- 
tives  visìnt  à  assurer,  au  moins  partiellement,  l'alimentation  des  ani- 
inaux  ou  mème  de  l'homnie  au  moyen  d'acides  aminés  ou  substances 
analogues  sont  ducs  à  Effront  (1888-99)  ;  cet  auleur  employa  les  produits 
izotés  de  ce  genre  exislant  dans  les  mélasses  ou  résultant  de  I'hydrolyse 
ioide  de  matières  vègélales  (foin,  dréches)  ou  animales  (sang,  blanc 
d'ceuf,  etc.)  ;  il  constata  que  ces  substances  sont  assimilables  et  pcuvent 
luaintenir  pendant  uu  certain  temps  l'animai  en  élat  d'équilibre  azoté  ; 
les  expériences  tentécs  chez  l'homme  donnèrent  des  résultats  satisfai- 
sants.  Les  recherches  d'EfTront  furent  reprises  et  étendues  par  Lcewi 

1902),  et  surtout  par  Abderhalden  et  ses  collaborateurs  (1904-12), 
lesquels,  associant  divers  acides  aminés,  ont  pu  coiistituer  des  mélanges 
doués  de  propriétés  alimentaires  incontestat)les. 


DEUXIÈME    PARTIE 

IMMUNITÉ   CELLULAIRE 


CHAPITHE    PREMIER 

DIGESTION    INTRACELLULAIRE. 

RÉSORPTION,     INFLAMMATION     ET     IMMUNITÉ 

DANS  LA  SÈRIE  ANIMALE 

PHAGOCYTOSE  ET  ALIMENTATION 

Myxomycètes.  —  Les  masscs  de  matière  vivante  (plasmodes),  que 
forment  en  se  fusionnant  les  zoospores  des  myxomycètes,  soni  ani- 
mées  de  mouvements  amiboides  ;  c'es-t  gràce  à  cette  mobilile  proto- 
plasmique  qu'elles  peuvent  s'alimenter.  Le  protoplasme  visqiieux  des 
plasmodes,  qui  nVst  point  limite  par  une  m,embrane  et  qui  trahit  uno 
scnsibilité  remarquable  à  des  excitants  divers,  percoit  la  présence  des^^ 
corps  étrangers  et  notamment  le  contact  de&  partieuies  nutFÌtives.  Il 
pousse  des  prolongements  qui  se  coulent  et  s'étalent  le  long  de  l'objei 
à  capturer,  l'entourent,  l'enserrent  et  l'englobent,  pour  se  rétracter 
ensuite  et  le  ramener  à  l'intérieur  du  corps.  &i  la  particule  ab&arbée  est 
indigeste,  inattaquable^  elle  est  bientot  expul&ée  gràce  aux  mouve- 
ments  protoplasmiques  ;  si  elle  peut  au  contraire  servir  à  Valimenta- 
tion,  «ne  vacuole  digestive  se  constitue  pramptement  autour  d'elle. 
Il  a  été  démontré  que  les  plasmodes  peuvent  s'emparer  non  seulément 
de  matières  martes,  de  débris  variés,  mais  aussi  de  proies  vivantes^ 
notamment  d'algues  telles  que  des  diatomée&  ou  des  cyanophycées, 
de  protisles  tels  que  flagellés  ou  infusoires.  Ces  petits  organismes 
sont  rapidement  tués  au  sein  de  la  vacuole,  subissent  des  altératioDS  ^ 
régressives  manifestes  et  sont  fmalement  résorbés.  Il  y  a  longtemps 
déjà,  Krukenberg  (1878)  trouva  dans  la  substance  plasmodique  un 
ferment  qu'il  presuma  étre  analogue  à  la  pepsine,  capable  comme 
celle-ci  d'agir  en  milieu  acide  ;  ielle  est  en  effet,  comm«^  l'a  montré 
Metchnikoff,  la  réaction  du  liquide  contcnu  dans  la  vacuole  digestive  : 
des  grains  de  tournesol  bleu,  ingérés  par  le  protoplasme,  et  qui  s'en- 
tourent  d'une  vacuole,  virent  au  rouge.  A  vrai  dire,  ce  ferment 
capabie  de  dissoudre  des  albuminoides  tels  que  le  blanc  d'ceuf  coaguU. 
opere  également,  d'après  les  recherches  plus  récentes  de  Geiakowsky. 
en  milieu  neutre  ou  légèrement  alcalin  ;  il  se  rapproche  à  cet  égard  de- 
la  trj'p&ine. 


152  DIGESTION    INTRACELLULAIRE 

Protistes.  —  L'alimentation  des  protistes,  ces  étres  rudimentaires 
qui  concentrent  en  une  cellule  unique  toutes  les  fonctions  nécessaires 
à  la  vie,  est  parfois  assurée,  comme  c'est  le  cas  pour  ces  flagellés  para- 
sites,  les  trypanosomes,  par  la  simple  diffusion,  à  l'intérieur  du  corps, 
des  principes  nutritifs  en  solution  dans  le  milieu  ambiant.  Mais  chez 
un  nombre  considérable  d'espèces,  le  protoplasme  absorbe  des  maté- 
riaux  solides.  De  méme  que  celui  des  myxomycètes,  le  protoplasme  nu 
des  rhizopodes  s'épand  lentement  comme  une  lave  demi-liquide,  pre- 
gresse sous  forme  de  prolongements  plus  ou  moinsténus,  puis  se  retire, 
phénomène  si  caractéristique  désigné  sous  le  nom  de  mouvement 
amiboide.  Chez  les  amibes,  qu'aucun  revétement  ne  protège,  ces 
pseudopodes  peuvent  étre  émis  par  n'importe  quel  point  de  la  surface 
du  corps  ;  aucune  différenciation  n'intervient  à  cet  égard.  Une  parti- 
cule  nutritive  est-elle  rencontrée,  le  pseudopode  l'englobe  et  la  ramène 
par  rétraction  en  un  endroit  également  quelconque  de  la  masse  ami- 
bienne.  Après  digestion,  les  résidus  insolubles  sont  abandonnés  par  le 
protoplasme  qui,  tout  en  rampant,  les  séme  sur  son  chemin.  Chez 
d'autres  rhizopodes,  pourvus  d'un  abri  solide  tei  que  coquille  ou  gaine, 
une  certaine  localisation  du  proccssus  est  inévitable,  les  pseudopodes 
ne  pouvant  se  projeter  qu'au  niveau  de  l'orifice  et  étant  obligés,  lors- 
qu'ils  rentrcnt  avec  leur  butin  et  se  fusionnent  dans  l'ensemble  de  la 
masse,  de  suivrc  la  méme  voie.  Lorsque  l'ouverture  est  très  petite, 
chez  les  foraminifères  perforés  par  exemple,  les  proies  volumineuses, 
arrétées  au  passage,  ne  pourraient  étre  incorporées  ;  sussi  sont-elles 
digérées  à  l'extérieur  du  corps,  dans  le  pseudopode  lui-méme  qui, 
s'épaississant  à  ce  niveau  par  afflux  abondant  de  protoplasme,  résorbe 
par  ses  propres  moyens  l'aliment,  puis,  ayant  excrété  les  résidus, 
retourne  à  son  point  de  départ. 

Chez  les  protozoaires  dont  le  protoplasme  est  inclus  dans  une  fine 
et  résistante  enveloppe,  celle-ci  parfois  ne  présente  pas  d'ouverture,  la 
nutrition  s'accomplissant  alors  par  osmose  ;  c'est,  nous  venons  de  le 
dire,  le  cas  d'espèces  vivant  en  parasites.  Mais  chez  celles  qui  mènent 
une  vie  indépendante,  on  trouve,  très  généralement,  un  orifice  qui  sert 
^  la  pénétration  des  particules  alimentaires  et  qui  fréquemment  est 
entouré  d'appendices  mobiles  facilitant  la  préhension.  Presque  tout  le 
contenu  des  infusoires  ciliés  est  constitué  par  du  protoplasme  digestif. 
Amenées  à  l'intérieur  du  corps  par  les  courànts  protoplasmiques,  les 
particules  alimentaires,  bactéries  par  exemple,  s'cntourent  d'une 
vacuole  et  sont  résorbées. 

Certains protistes  s'emparentassez indili éremment  dematériaux  quel- 
conques,  sans  paraìtre  s'inquiéter  beaucoup  de  leur  valeur  nutritive. 
Mais  dans  ces  cas  la  réaction  ultérieure  varie  selon  que  l'objet  ingéré 
est  utilisable  ou  non  ;  s'il  ne  l'est  pas,  il  est  d'habitude  rejeté  promp- 
tement  sans  qu'une  vacuole  digestive  ait  apparu  (Metalnikoff).  D'autres 
protozoaires  opèrent  un  choix  plus  judicieux  parmi  les  éléments  qui 


PHAGOCYTOSE    ET    ALIMENTAI' lON  101! 

passent  à  leur  portée,  négligcant  ceux  qui  ne  leur  conviennent  pas  ; 
(•'est  ce  que  SchaefTer  notamment  a  observé  en  étudiant  le  Slenlor 
(•(eruleiis;  parfois  ils  acceptent  exclusivement  des  particules  d'une 
nature  ncttcment  détérmince.  Les  infusoires  semblent  mème  capables 
d'éducation  :  les  paramécies  nourris  longtemps  de  substances  indi- 
;restes  en  absorbent  de  moins  en  moins  et  fìnissent  par  les  refuser,  tout 
t'n  continuant  à  manger  d'autres  matières  (MetalnikofT).  Au  moins 
chez  certains  protistes,  divers  étres  vivants  tels  qu'infusoires,  roti- 
fères,  et  mème  petits  crustacés,  peuvent  étre  absorbés.  Souvent  ces 
proies  sont  rapidement  tuées  par  le  protoplasme  qui  les  imprègne  de 
matières  toxiques  ;  la  mort  est  parfois  plus  lente,  et  s'il  s'agit  d'étres 
itiobiles,  on  peut  voir  leurs  mouvements  persister  quelque  temps  au 
sein  de  la  vacuolo . 

On  voit  souvent  des  amibes  chercher  à  s'emparer  d'objets  très 
allongés,  tels  que  fdaments  d'algues,  quelespseudopodes  neparviennent 
pas  toujours  à  envelopper  entièrement  ;  soumis  à  l'influence  digestive, 
le  fragment  englobé  change  d'aspect  et  subit  des  modifications  que  le 
centraste  avec  la  partie  restée  libre  rend  plus  manifestes.  Ainsi  les 
oscillaires,  bleuàtres  à  l'état  normal,  deviennent  jaunàtres,'  tandis 
que  la  paroi  se  ramollit  et  que  le  filament  se  résout  en  trongons  (Rhum- 
bler).  On  a  pu  établir,  chez  les  amibes  ou  les  infusoires,  qu'au  début  de 
l'acte  digestif  le  sue  vacuolaire  oltre  une  réaction  acide  ;  c'est  alors 
que  la  prole  ingérée  est  tuée  et  subit  des  altérations  préliminaires  ; 
ultérieurement  la  réaction  vire,  le  liquide  devient  alcalin,  et  c'est  à  ce 
moment  (Greenwood  et  Saunders,  MetalnikofT)  que  s'accomplit  la 
digestion  proprement  dite  des  matières  albuminoides.  On  emploie 
avantageuscment,  à  titre  d'indicateur,  le  tournesol,  le  neutralroth  qui 
rougit  sous  l'action  des  acides  et  brunit  en  milieu  alcalin,  ou  bien  encore 
la  solution  d'alizarine  sulfoconjuguée  qui  jaunit  par  les  acides. 

On  a  pu  obtcnir  sur  milieu  solide  (gelose)  des  cultures  d'amibes,  en 
leur  offrant  comme  nourriture  des  bactéries  mortes  ou  vivantes  (bacillo 
coli  par  exemple),  qui  constituent  pour  elles  un  aliment  fort  appropriò 
et  qu'elles  englobcnt  très  volontiers,  En  soumettant  de  semblables 
cultures  d'amibes  à  des  procédés  d'extraction,  notamment  à  la  macé- 
ration  en  glycérine,  Mouton  a  obtenu  des  sucs  doués  de  propriétés 
digestives  manifestes,  qui  disparaissent  sous  l'action  du  chauffage 
à  60^*.  L'extrait  liquéfie  la  gelatine  et  solubilise  la  fibrine  ;  il  attaque 
aussi,  plus  faiblement,  l'albumine  ooagulée  ;  les  effets  les  plus  nets 
s'obtiennent  en  réaction  légèrement  alcaline  ;  il  s'agit  d'un  ferment 
analogue  à  la  trypsine.  Fait  intéressant,  des  amibes  nourries  de  coli- 
bacille  fournissent  un  extrait  capable  d'agglutiner  fortement  les  émul- 
sions  de  ce  microbe,  puis  de  les  cclaircir. 

Mystérieux  dans  son  essence  comme  la  vie  dont  il  est  la  si  frappante 
cxpression,  le  mouvement  amiboìde  a  été  l'objet  d'analyses  péné- 
trantes  ;  pour  en  saisir  le  secret,  on  a  cherché  à  le  ramener  à  un  phéno- 


154  BIGESTION    INTRACELLULAmE 

méne  purement  physico-chimiquo  et  à  le  reproduire  sans  aucune  inter- 
vention  de  matière  animée.  Le  jeu  de  la  tcnsion  super fic ielle  produit, 
dans  des  conditions  qu'it  est  aisé  de  réaMser,  des  déformations  de  sur- 
faces.  Lorsquie  les  conditions  voulues  d'affinité  de  contact  sont  réali- 
sécs,  une  particule  peut  étre  englobée  par  un  liquide,  et  étre  easuite 
cxpulsée.  C'est  ce  qu'on  observe  lorsqu'une  goutte  de  cliioro forme 
touche  une  petite  tige  de  verre  enduite  de  gomme-laque.  Tout  d'abord 
l'englobement  s'effectue,  mais  les  actions  de  surface  se  modifiaint  par 
suite  de  la  dissolution  de  lia  gomme-laque  dans  le  chlorof ©rme ,  la  tige 
est  ensiiite  rejetée.  Ouel  que  soit  l'intérét  d'expériences  de  ce  gcnre, 
clles  ne  fournissent,  cela  va  saas  dire,  qu'uno  image  imparfaite,  peut- 
étre  mènie  infidèle,  des  phénomènes  si  compliM-  •  i  si  délicats  dont  le 
protoplasmc  vivant  est  le    siòge. 

Métazoaires.  —  En  résumé,  la  digestion  intracellulaire  est  le  pro- 
cessus  habituel  assurant  la  nutrition  des  pro4isfees,  mais  elle  se 
retrouve,  investie  d'autres  fonctions,  ehez  les  étres  les  plus  élevés,  et 
c'est  le  grand  mérite  de  Metchnikoff  de  l'avoir  poursuivie  à  travers  la 
sèrie  des  espèces.  Des  cellulcs  qui  mangent  —  des  phagocytes  — 
capables  d'englober  gràce  à  leurs  mouvements  amiboìdes,  et  de  résor- 
ber  gràce  à  leurs  sucs  digestifs,  existent  chez  tous  les  animaux. 

Bien  ([ue  constitués  de  nombreuses  celiuks,  les  métazoaires  infé- 
rieurs  n'ont  ree^urs  encore,  pour  s'alimenter,  qu'à  la  pbagocytose, 
c'est-à-dire  a  la  capture  de  particules  par  des  eellules  amiboidcs. 
C.omme  Metchnikoff  Ta  montn'.  la  digestion  des  alimemits  ekez  fes 
spongiaires,  les  eoelentérés,  la  pluparL  des  turbellariés  etméme  quelques 
mollusqucs  fgastéropodes  inférieurs),  est  intracelliailaiTe.  Chez  les 
cponges,  UH  revétement  endodermique  constitué  de  eellules  épithé- 
liailes  tapisse  les  eanaux  où  l'eau  contenant  les  matériaux  nutritifs  est 
admisc.  C.es  célluiles  émettent  des  prolongements  amiboides  et  s'em- 
parent  des  particules  en  suspension.  Lorscfue  fei  prole  à  capiurer  est 
vol'umineuse,  plusieurs  eellules  phagocytaires  peuvenut  ménme,  en.  se 
fusionnant,  constituer  une  masse  protoplasmique  (plasmode)  capablt^ 
de  l'enrober  entièrement  ;  ce  fait  se  constate  avcc  beaucoup  d'évid'encc 
no-tamment  chez  les  turbellariés. 

Est-ce  cxclusivement  l'endoderme  qui  se  trouve  investi  de  la  ionctioa 
phagocy taire?  L'étude  notamment  des  éponges  a  momtré  que  la  diges- 
tion intracellulaire  peut  également  étre  opérée  par  des  éléments  més©- 
dermiques.  Chez  ces  animaux,  entre  l'eetoderme  constitué  d'ima  épi- 
théliiam  plat  limitant  le  corps,  et  répithélium  cylindrique  endo'dermÉqu(^ 
revétant  les  cànaux  om  pénètre  l'eau  tenant  en  suspension  les  maté- 
naBix  alimentaires,  se  trouve  le  mésoderm;©,  parsciur  de  nom-bireuses 
eellules  douées,  ellesaussi,  de  propriétés  phagocytaires trèsprononcées. 
Ces  éléments  aradboides  sont,  comme  les  eellules  de  l'end'oderrae, 
capables  d'absorber  les  pariicvdcs  venant  du  dehors  et  entratoées 
jusqu'à  elles.  Fait  remarquable,  clles-  englobent  aussi  les  corps  étran- 


PHAGO€YTOSE   ET   ALIMENTATlùN  155 

gors  que  Toni  insère  dans  l'éponge  ;  s'iLs  sont  troj)  volummeux  poiir 
étre  ingérés,  elies  s'aeGÙmulent  autour  d'eux  en  les  enveloppant. 

La  digest ion  intracellulaire  est  particulièrement  intéressante  ci;; ex 
les  aetinies,  où  elle  a  été  observée  éès  1880  par  Metchnikofì"  et  étudr^i> 
ensiiite  trts  attentivement  par  divers  savants,  notammcnt  par  Mes- 
nil  (1901).  Ces  animaux  très  voraces  s'emparent  souvent  de  proies  rela- 
tivemont  très  grosses  (anijn^aux  marina  tels  que  crustacés)  et  a'ont 
cependant,  pour  en  venir  à  bout,  d'autre  re&source  que  la  phagocytose  : 
ils  ne  possèdent  point,  comme  les  antmaux  supérieurs,  de  tube  digestif 
où  se  Gotlectent  des  sécrétions  dissolvantes.  Saisie  par  les  tentacules, 
la  prole  est  engloutie  dans  une  cavité  gastro-vasculaire,  de  la  paroi  d  • 
laquelle  se  détachent  des  cordons  (filaments  mesenteri ques)  qui  s'in- 
sinuent  dans  les  rnterstices  de  l'objet  capturé  et  en  pratiquent  une- 
véritable  dissection.  Or,  les  filaments  sont  tapissès  d'un  épithéliuira' 
à  protoplasrae  amiboìde  émcttant  de  long&  pseudopodes  qui  effec- 
tuent  l'englobement.  Ces  cellules  se  gorgent  de  nourriture.  Elles  fa- 
briquent  d'ailleurs  des  diastases  très  actives  que  Fon  peut  ctudi*  r 
(ÌVl'esnil)  en  préparant  un  extrait  des  filaments  mésentériques.  Cet 
exti-ait  renferme  une  espèce  de  trypsine  digérant  la  fibrine,  l'albumino 
ooagulée,  la  caseine,  et  agissant  en  milieu  alcalin,  neutre  ou  mérae  fai- 
blenwnt  acide  ;  il  contient  aussi  une  presure  et  une  lipase  ;  il  dissont 
les  globules  rouges.  L'extrait  des  cellules  phiagocytairis  d(  s  éponges 
jcuit  de  propriètés  analogucs  à  celks  de  l'extrait  d'aetinies  (Cotte). 
Le  sérum  des  vertébrés  contrarie  nettement  l'influence  de  l'enzyme 
protéol^diique  de  l'extrait  d'aetinies  ;  on  sait  qu'il  agit  de  la  méme 
fa^on  sur  le  sue  pancréatique. 

Les  planaires  constituent  aussi  un  excellent  matèrici  d'étude  pern- 
ia questioTi  qui  nous  interesse.  Ces  vers  plats  sucent  le  sang  des  ani- 
maux qui  passent  à  leur  portée  ;  ils  en  remplissent  leur  tube  disgestif, 
dont  la  paroi  est  revétue  de  grosses  cellules  amiboides  émettant  des 
prolongements  qui  plongent  dans  le  liquide  ingéré  et  s'emparent  des 
globules  rouges.  Bientòt  entourés  d'une  vacuolo  digestive,  ceux-ci 
s'altèrent  profondément,  se  dissolvcnt  en  grande  partie,  ne  laissant 
que  quelques  débris  excrétés  ensuite  dans  l'intestin.  L'extrait  de  ces 
cellules  phagocytaires  jiouit  é'vm:  pouvoir  hémolytique  très  net. 

Aufur  età  mesure  qu'on  s'élève  dans  l'échelle  zoologique,la  pliagocy- 
lose  alimentaire,  assuirant  la  capture  et  M  digestion  des  matériaux 
iiutiitiis,  perd  de  soq  importance  ;  elle  £ait  place  à  un  mécanisme  plus 
I  erfectionné.  Héalisée  indiifféremment  par  les  cellules  endìderrniques 
(  u  mésedcirniqui*»  ehez  ks  éponges,  elle  n.e  l'est  plus,  chez  les  médMsee> 
Ics  planairts,  cfc,  que  par  rcr.dodeime.  Bientòt  celui-ci  mème  abdiqU'C, 
car  cLez  ks  animaux  &upérieurs,.et  déj<'i  mème  chez  la»  piupart  des  vers,. 
des  glandes  différeneiées  se  chargent  de  préparer  ks  etLzymes,  et  l'éla- 
loiaticn  des  alimenls  s'cffectue  dans  une  cavité  digestive.  En  d'autres 
tciincs,  d'ÌHtraeelljul.aire  qu'elle  était,  la  digestion  devient  extracellu- 


156  DIGESTION    INTRACELLULAIRE 

kiire.  Chez  certains  animaux,  tels  que  Phylirhoe  (mollusque  gastéro- 
pode),  on  observe  la  coexistence  et  la  collabora tion  de  la  digestion 
intracellulaire  qui  persiste  encore,  et  de  la  digestion  extracellulaire  qui 
met  cn  oeuvre  des  sucs  sécrétés  par  des  glandes.  Ceux-ci  impriment 
aux  aliments  des  modifications  préliminaircs  et  les  désagrègent  :  les 
particules  ou  grumeaux  résultant  de  cette  dislocation  sont  saisis  par 
l'épithélium  amiboide  des  appendices  coecaux  et  rmalem3nt  dissous. 
Chez  les  arthropodes,  la  plupart  des  mollusques  et  des  vers,  et  chez 
tous  les  vertébrés,  la  digestion  intracellulaire  n'intervient  plus  dans 
l'élaboration' des  aliments,  que  des  organes  digestifs  perfectionnés 
sont  chargés  de  soumettre  à  l'action  de  ferments  appropriés. 

Est-ce  à  dire  que  la  phagocytose,  n'ayant  plus  de  raison  d'étre, 
disparaìt  sans  laisser  de  traces  et  que,  dans  notre  propre  organisme, 
on  ne  constate  plus  ce  phénomène  de  l'cnglobement?  En  réalité,  nous 
venons  de  le  dire,  tous  les  animaux,  méme  les  plus  élevés,  possèdent  des 
phagocytes. 

En  fait  de  phagocytes,  nous  avons  avec  prédilection  considerò 
jusqu'ici,  chez  les  éponges,  actinies,  planaires,  etc.,,  les  cellules  endo- 
dermiques  qui  tapissent  la  cavitò  digestive,  et  qui,  en  raison  de  leur 
situation  et  de  leurs  propriétés,  sont  en  conflit  permanent  avec  le 
monde  extérieur  et  notamment  avec  les  matériaux  alimentaires  que 
le  milieu  ambiant  leur  apporto.  Mais  il  existe,  mème  chez  les  animaux 
inférieurs,  d'autres  cellules  amiboides,  la  phagocytose  n'est  pas  le 
monopole  du  revétement  digesti!.  Gomme  nous  l'avons  rappelé  à 
propos  des  éponges,  le  mésoderme  contient  lui  aussi  des  phagocytes 
actifs.  Or  ces  éléments  se  retrouvent  chez  les  animaux  supérieurs. 
Cachés  désormais  dans  l'intimité  des  tissus,  ils  s'acquittent  de  besognes 
iraportantes  :  notamment,  ils  peuvent  intervenir  pour  procéder  à  l'éli- 
mination  de  particules  étrangères  ou  bien  d'éléments  appartenant  en 
propre  à  l'organisme,  mais  qui,  s'étant  altérés  ou  ayant  cesse' d'étre 
utiles,  sont  condamnés  à  disparaìtre  ;  il  s'agit,  si  l'on  peut  dire,  d'une 
tàche  épuratrice. 


PHAGOCYTOSE  ET  RESORPTION 

Déjà  chez  des  étres  dont  la  constitution  est  encore  assez  simple,  et 
où  la  digestion  est  intracellulaire,  la  phagocytose  que  l'on  voit  se 
manifester  si  activement  à  l'égard  des  particules  alimentaires,  peut 
s'exercer  aussi  vis-à-vis  d'éléments  propres  à  l'organisme.  Chez  les 
méduses,  par  exemple,  comme  l'a  montré  Metchnikoff,  les  cellules 
génitales,  qui  avortent  souvent  lorsque  ces  animaux  sont  maintenus 
en  captivité,  deviennent  alors  la  prole  des  phagocytes  qui  les  en- 
tourent  comme  d'une  sorte  de  follicule. 

Cette  application  de  la  phagocytose  à  la  destruction  d'éléments 


PHAGOCYTOSE    ET   liÉSOfìPTION  157 

constilutifs  de  l'crganismc  prend  uik;  iinportance  considérahlo  daiis 
les  pliénomèncs  de  métamorphose,  où  l'on  voit  des  organcs  entiers  ou 
des  parties  d'organe  et  des  tissus  divers  disparaltre  pour  faire  place  à 
des  organes  ou  des  tissus  nouveaux.  L'histolyse  larvaire  chez  les 
i  nsectes,  la  disparilion  de  la  queuedes  tétards,  etc,  ensontdes  exempl^s 
typiques.  Kovalewski  et  Van  Rees,  en  1885,  puis  Perez,  Mercier, 
MetalnikolT  ont  montré  le  role  essentiel  des  cellules  amiboides  dans 
l'éliinination  des  tissus  larvaires,  chez  les  insectes  (chenilles  par 
exemple),  au  début  de  la  vie  à  l'état  de  nymphe.  Ces  tissus  baignent 
dans  un  liquide  plasmatique  cu  pullulent  les  cellules  mobiles,  lesquelles 
attaquent  les  divers  organes.  Ainsi,  l'on  voit  la  musculature  de  l'intes- 
tin  disparaltre  sous  l'influence  des  phagocytes  qui  s'insinuent  à  l'inté- 
rieur  de  la  substance  striée,  la  disloquent  en  fragments  qui  sont  ensuite 
englobés  et  digérés.  Metchnikoff  a  elucidò  le  mécanisme  qui  prèside  à 
la  disparition  de  la  queue  des  létards.  Le  sarcoplasme  des  faisceaux 
musculaires  s'hyperplasie,  ses  noyaux  prolifèrent  tout  en  s'entourant 
d'un  protoplasme  abondant  ;  ainsi  apparaissent  des  cellules  amiboides 
aptes  à  opérer  une  phagocytose  énergique  (1)  ;  ces  éléments  poussent 
leurs  pseudopodes  dans  le  myoplasme  et  le  disloquent,  les  fragments 
de  substance  striée  étant  ensuite  absorbés  et  soumis  à  la  digestion 
intracellulaire. 

Ues  faits  analogues  de  résorption  ont  été  constatés  au  cours  des 
métamorphoses  chez  les  animaux  les  plus  divers,  et  dans  tous  ces  cas, 
le  ròle  prépondérant  de  la  phagocytose  est  apparu  de  la  manière  la 
plus  evidente  ;  sans  entrer  dans  le  détail,  rappelons  par  exemple  les 
observfltions  de  MetchnikoIT  relatives  aux  holothuries,  aux  étoiles 
de  mer,  etc. 

En  dehors  de  ces  phénomènes  de  métamorphose  véritable,  ou  chez 
les  animaux  qui  n'en  subissent  point,  revolution  normale  des  tissus 
et  des  organes  comporte  des  modifìcations,  des  suppressions  et  des 
remaniements,  où  les  processus  de  résorption  interviennent  très  fré- 
quemment.  C'estpar  phagocytose  que  s'opère  la  résorption  des  carti- 
lages  au  début  de  l'ossification  ;  des  phénomènes  analogues  s'observent 
dans  rinvolution  de  l'utérus  posi  parlum  (Helme).  En  se  fixant  à  la 
muqueuse  uterine,  l'oeuf  se  comporte  comme  un  vrai  parasite  :  il  s'at- 
taque  à  l'épithélium  utérin,  qu'on  retrouve  à  l'intérieur  de  vacuoles 
digestives  apparues  dans  le  protoplasme  des  cellules  de  l'embryon 
(Duval,  Van  Beneden).  Dans  l'hématopoicse,  les  phagocytes  de  la 
moelle  osseuse  rouge,  chez  l'embryon  ou  les  jeunes  animaux,  englobent 
les  noyaux  expulsés  par  les  cellules  qui  se  transforment  en  globules 


(1)  Signalons  toutefois  que  dans  ce  cas  de  phagocytose  du  lissu  mus- 
culaire,  rorigine  des  éléments  opérant  la  myophagie  a  été  remise  en  qucs- 
lion  par  Tchistovitch  (1918)  ;  d'apròs  cct  autcur,  ils  scraient  d'origine 
conjonctive. 


158  DIGESTION    LMiiACELLULAIRE 

rouges  (Jolly).  Un  trouve  constamment  dans  la  rate  cles  ccUules  ami- 
boides  ayant  phagocyté  des  globules  rouges,  hors  d'usage  probable- 
ment.  Les  ganglioms  lymphatiques  donnent  lieu  aux  mémes  constata- 
tions  et  la  phagocytose  des  hématies  est  fréquemment  réalisée  aussi 
par  les  oellules  dites  de  Kupffer,  qui  tapissent  les  capillaires  du  loie. 
Cette  destruction  de  globules  rouges  s'opère  aussi  daias  la  moelle 
osseuse  (Dickson). 

Il  résulte  des  observations  faites  chez  l'escargot  que  les  cellules 
iiourricières  des  spermatozoides  (lesqueies  font  partie  du  revétement 
de  l'acinus  germinai)  englobent  les  reliquats  cytoplasmiques  des 
spermatides  non  utilisées  dans  la  production  des  spermatozoides  : 
1<  s  cellules  nourricières  sont  donc  douées  en  m.éme  temps  de  propriétés 
de  résorption.  Chez  les  oligochètes,  les  «permatozoides  déposés  par  la 
eopulation  dans  les  réceptacles  séminaux  doivent  traverser  une  cer- 
taine  étendue  de  la  cavitò  generale  du  corps  avant  d'arriver  aux  ovules  ; 
bcaucoup  d'entre  eux  sont  phagocytés  dans  ce  trajet  (foglietti  de 
Martini,  Brasil)  ;  Siedlecki  a  observé  des  faits  analogues  chez  les  anné- 
lides  marins.  Après  la  période  de  ponte,  chez  l'oursin,  ks  éléraents 
sexmels  non  utilisés  qui  restent  dans  les  glandes  génitales  sont  phago- 
cytés (Caullory  et  Siedlecki). 

Dans  la  vicillcsse,  où  les  éléments  nobles  tendent  à  étre  remplacés 
ìtar  du  tissii  conjonctif ,  les  phénomènes  phagocytaires  sont  firéquents, 
ainsi  qu'en  témoignent  l'involution  senile  de  l'ovaire  (Matchiaaski),  la 
régression  des  éléments  nerveux,  et,  à  un  àge  moins  avance,  la  résorp- 
tion des  cellules  pTopres  du  thymus. 

Lorsqu'un  traumatismo  ou  une  influence  nécrotisante  quelconque 
frappe  certains  éléments  fìgurés  ou  détermine  des  phénomènes  patho- 
logiques  tels  qu'épanchements  sanguins,  rélimination  des  tissus  lésés, 
des  cellules  qui  doivent  disparaìtre,  est  réalisée  gràce  à  la  phagocytose, 
Les  globules  rouges  extravasés  sont  bientòt  saisis  et  détraits  par  des 
cellules  amiboides  du  type  leucocytaire  ;  c'est  ce  que  Langhans  avait 
déjà  constate  en  1870.  Dans  diverses  maladies  du  système  nerveux, 
les  cellules  nerveuses  atteintes  s'entourent  de  phagocytés  et  fìnissent 
par  disparaìtre  ;  c'est  le  phénomène  de  la  neuronophaigie.  Dans  la 
poliomy élite,  par  exemple,  le  protoplasme  des  cellules  nerveuses  du 
bulbe,  de  la  moelle,  etc,  est  envahi  par  des  leucocytes  qui  l'attaquent 
<t  le  résorbent  :  on  retrouve  en  eux  Ics  granula tions  appartenant  à 
l'él^ment  nea'veux  (Levaditi).  Van  Gehuchten  et  Nelis  ont  signalé  la 
romarquablelésionqui,  au  cours  de  la  rage,  apparalt  dans  les  ganglions 
dn  pneumogastrique  et  du  sympathique,  dans  les  ganglions  spimaux  ; 
on  observe  la  prohfération  des  cellules  qui  forment  la  capsule  entou- 
rant  l'élément  nerveux,  tandis  que  celui-ci  s'atrophie  et  disparaìt  ;  il 
se  produit  aussi  une  in filtration  leucocytaire  ;  Levaditi  et  Pignot  (1914) 
ont  retrouve  dans  le  protoplasme  des  poly-  ou  raononucléaires  les  gra- 
nulations  oxyphiles  des  cellules  nerveuses.  La  disparition  des  fibres 


PIIAGOCYTQSE,    INFLAMMA  I  loX    ET    IMMUNITl.     T" 

uerveuses  lors  de  la  dégé^nérescenee  wallérienne  reconnaìt  pour  causo 
une  aotivité  phagocylaire  du  proiopUisine  des  scgment»  intorannu- 
laircs.  Dans  Ics  muscles  atLaqués  par  la  trichine,  le  sarcoplasme  parti- 
(ipc  à  rélimination  du  lissu  strie  et  finalement  un  afllux  de  celluJ*  s 
inobiles  de  nature  leucocytaire  aclrève  la  destructioa  des  déLris. 

Ces  phénoinènes  de  résorption  d'élénients  cellulaires  peuvent- élr.' 
aisément  déchatnés  par  l'expérimentation.  KòUiker  avait  déjà  étiidié 
*ie  la  sorte  la  résorption  de  fragments  de  substance  osseuse,  lesquels 
sont  bientòt  rongés,  creusés,  corrodés  et  enfin  disparaissent.  Pour 
observer  la  phagocytose  des  ^lobules  rougcs,  il  sufTit  d'injecter  du  sang 
provenant  de  préférence  d'une  espèce  étrangère  ;  nous  reviendrons  sur 
ce  point.  Introduits  sous  la  peau  ou  dans  le  péritoine,  les  spermato- 
zoìdes  sont  phagocytés.  Les  fragments  de  tissus,  insérés  dans  une  région 
quelconque  de  l'organisme ,  sorit  toujours  résorbés  par  les  phagocytés  ; 
ces  phénomènes  ont  cté  étudiés  notaniment  par  MetchnikolT  et  par 
Cantacuzène.  Si,  à  l'exemple  de  Metchnikof!,  on  touche  au  nitrate 
<]'argent  le  bord  de  la  nageoire  caudale  d'une  larvo  de  Trilon  laenialus,  les 
cellules  mobiles  dispersées  dans  le  tissu  s'approchent  de  l'endroit  lésé,où 
<'lles  s'accumulent,englobant  les  débris,tandis  que  l'escarre  se  détache. 

En  résumé,  les  éléments  devenus  inutiles,  les  cellules  lésées  et  leurs 
détritus  sont  capturés  comme  le  sont,  chez  les  protistes  ou  les  méta- 
zoaires  inférieurs,  les  corpuscules  ou  les  menus  ofganisme^s  si-rvant  à 
l'alimentation.  G'est  de  la  résorption,  c'cst  de  la  digcstion  intracellu- 
laire,  mais  c'est  aussi,  lorsqu'il  s'agit  d'une  injure  infligée  aux  tissus, 
<le  l'inflammation.  Ce  qui  déterraine  le  plus  souvent  celle-ci,  c'est  l'in- 
Irusion  de  corps  étrangers,  notamment  de  microbes,  et  nous  allons 
saisir  cette  notion  fondamentale,  due  à  Metchnikof! ,  que  le  phénomène 
essentiel  de  l'inflammation  consiste  dans  l'intervention  de  cellules 
aiiiil'"y'l'^>^  ']ou(''es  de  proprit^tés  phatrocytaires. 


PHAGOCYTOSE,  INFLAMMATION  ET  IMMUNITE 

Nous  avons  rappelé,  en  parlant  des  éponges,  que  chez  ces  animaux, 
dont  l'alimentation  est  assurée  uniquement  par  la  digestion  intracellu- 
laire,  on  peiit  voir  les  phagocytés  mésodermiques  cherclu  r  .1  (  apturer 
les  corps  étrangers  que  l'on  insère,  On  constate  dans  ces  conditions, 
chez  un  seul  et  méme  organisme,  d'ailleurs  peu  complexe,  à  c^té  des 
la  phagocytose  «hargée  du  ravitaillement,  et  que  l'on  pourrait  appeler 
«  phagocytose  d'alimentation  »,  un  processus  tout  à  fait  identique 
mettant  en  jeu  les  mèmes  activités  cellulaires  et  se  révélant  av<?c  les 
mémes  caractères,  mais  qui  cette  fois  5'exerce  vis-à-vis  d'objets  bruta- 
lement  introduits.  Cette  phagocytose,  consecutive  à  une  excitation 
anormale,  à  une  injure  d€S  tissus,  pourrait  ètre  assez  justement  dénom- 
mée  «  phagocytose  d'inflammation  ». 


160  DIGEST lON    INTRACELLULAIRE 

On  volt  s'échouer  asscz  souvcnt  sur  nos  plages  une  grande  meduse 
bleuàtre,  Bhizosìomum  Cuvieri.  Dans  le  tissu  gélatineux  et  trans- 
lucide de  la  cloche  d'un  de  ces  animaux,  MetchnikofT  introduit  un  corps 
étranger  piquant,  une  écharde  de  bois  par  exemple.  Il  constate  qu'au- 
tour  de  celle-ci,  dès  le  lendemaih  déjà,  une  opacité  blanchàtre  se 
constitue  ;  ce  nuage  est  forme  d'une  multitude  de  cellules  amiboides. 
Si  l'on  s'est  servi  d'une  écharde  préalablement  saupoudrée  de  carmin, 
on  retrouve  les  grains  colorés  dans  l'intérieur  du  protoplasme.  Pour- 
tant  ces  cellules  mésodermiques  n'interviennent  aucunement  pour 
fournir  à  la  meduse  les  éléments  nutritifs  ;  chez  cet  animai,  la  phago^ 
cytose  d'alimentation  est  l'apanage  exclusif  des  éléments  amiboides 
de  l'endoderme. 

Les  bipinnaires  sont  des  larves  flottantes  d'étoiles  de  mer,  que  leur 
transparence  permet  d'observer  à  l'état  vivant  et  recommande  à 
l'étude.  Des  échardes  insérées  dans  le  corps  provoquent  l'afTlux  abon- 
dant  de  cellules  mobiles  qui  dès  le  lendemain  forment  une  couche 
épaisse  entourant  le  corps  étranger.  On  saisit  immédiatement  l'analogie 
de  ces  phénomènes  observés  par  MetchnikofT  avec  les  processus  de 
suppuration,  qui,  chez  les  animaux  supérieurs  ou  chez  l'homme,  s'éta- 
blissent  lorsqu'un  corps  étranger  s'introduit  dans  les  tissus.  Et  cepen- 
dant,  remarquons-le  immédiatement,  les  méduses  sont  dépourvuos 
de  vaisseaux  sanguins  et  de  système  nerveux,  les  bipinnaires  n'en 
possèdent  pas  davantage.  INIais  chez  les  animaux  supérieurs,  le  système 
vasculaire  très  différencié  participe  nécessairement  au  processus  inflam- 
matoire  et  lui  communique  méme  ses  caractères  les  plus  apparents. 
Rendue  ainsi  plus  complexc,  l'inflammation  néanmoins  garde  sa  signi- 
fication  première,  que  la  pathologie  comparée  révèle.  Phagocytose 
alimentaire  qui  nourrit  les  animaux  inférieurs,  phagocytose  de  résorp- 
tion  qui  permet  les  rénovations  et  les  métamorphoses  et  déblaie  l'orga- 
nisme  des  éléments  inutiles  ou  usés,  phagocytose  d'inflammation 
consecutive  aux  meurtrissures  ou  à  l'introduction  de  corps  étrangers, 
ne  sont-ce  pas  les  aspects  divers  d'un  seul  et  méme  phénomène  pri- 
mordial? 

G'est  ce  qu'avant  les  recherches  de  Metchnikoff  on  ne  pouvait  guère 
prévoir,  car,  sans  soupgonner  les  services  que  la  pathologie  comparée 
était  appelée  à  rendre  à  l'investigation,  on  n'étudiait  l'inflammation 
que  chez  les  animaux  supérieurs  où  la  question  se  complique  beaucoup 
en  raison  de  l'existence  d'un  système  vasculaire  clos  commandé  par 
des  influences  nerveuses.  Pour  saisir  les  analogies  profondes  et  com- 
prendre  notamment  que  le  concours  de  ce  système  ne  représente  en 
réalité  qu'un  perfectionnement  masquant  dans  une  certaine  mesure, 
tout  en  la  favorisant,  la  péripétie  essentielle,  c'est-à-dire  l'afflux  des 
cellules  mobiles,  ne  fallait-il  pas  avoir  réalisé  par  exemple  l'expérience 
de  MetchnikofT  dans  laquelle  un  corps  piquant  inséré  dans  le  disque 
transparent   d'une   meduse    s'entoure    bientot   d'un   nuage   blanc   de 


PHAGOCYTOSE,    INFLAMMATION   ET    IMMLWITL    IGl 

ccllulcs  amiboìdes,  provoquant  de  la  sorte  un  travail  réactionnel  dont 
la  ressemblance  avec  la  suppuration,  Ielle  qu'on  l'observe  chez  les  étres 
supérieurs,  ne  saurait,  bien  que  la  meduse  soit  dépourvue  de  vaisseaux, 
étre  un  instant  contestée?  Ne  fallait-il  pas,  pour  interpréter  le  processus 
dans  tonte  sa  generalità  et  ses  modalités  diverses,  l'avoir  suivi  pas  à 
pas  à  travers  tonte  la  serie  des  étres? 

Farmi  les  éléments  que  les  phagocytes  peuvent  englober  et  détruire, 
se  trouvent  les  microbes,  et  nous  savons  que  l'infection,  mais  aussi 
l'immunitc  et  la  guérison,  peuvent  s'observer  dans  tonte  la  serie.  Chez 
les  animaux  inférieurs,  les  bactéries  servent  couramment  à  l'alimenta- 
tion  ;  elles  sont  utilisées  aussi  par  le  plasmode  des  myxomycètes  ;  des 
protistes  tels  que  les  amibes  peuvent,  nous  l'avons  vu,étre  entretenus 
sur  des  milieux  de  culture  où  l'on  a  soin  de  mettre  à  leur  disposition 
des  microbes  dont  ils  se  nourrissent.  La  digestion  intracellulaire 
vientà  bout  de  nombreuses  espèces  microbiennes,  et  ce  fait  se  constate 
avec  une  parfaite  évidence  pour  ce  qui  concerne  non  seulement  le 
protoplasme  des  protozoaires  ou  des  cellules  endodermiques  que  nous 
avons  considérées  chez  les  coelentérés,  les  turbellariés,  etc.,mais  aussi 
pour  celui  des  phagocytes  mésodermiques  qui,  chez  les  étres  plus  élevés, 
interviennent  au  cours  des  infections  ;  de  là  le  ròle  enorme  des  phéno- 
mènes  phagocytaires  dans  la  protection  de  l'organisme.  Il  est  méme 
remarquable  de  constater,  soit  dit  en  passant,  que  les  bactéries  et 
d'autres  étres  microscopiques  cèdent  plus  facilement  à  l'influence 
alterante  du  protoplasme  phagocytaire  qu'à  l'action  des  ferments 
digestifs,  gastrique  ou  pancréatique. 

Il  arrive  parfois  que  les  protistes  ingèrent  des  microbes  particuliò- 
rement  résistants,  qu'ils  ne  parvicnnent  pas  à  digérer  et  dont  ils  sont 
méme  incapables  d'enrayer  la  multiplication.  Le  protoplasme  peut 
alors  ótre  envahi,  une  véritable  infection  se  déclare  ;  ainsi  les  amibes 
peuvent  succomber  à  la  pullulation  d'un  microorganisme  (microsphère) 
observé  par  Metchnikoff,  les  euglènes  peuvent  étre  envahies  par  des 
cliampignons  inférieurs  (chytridiens),  les  paramécies  paient  tribut  à 
une  maladie  vue  par  Muller  en  1855, étudiée  par  Haffkine  en  1890, et  cau- 
sée  par  une  bactérie  qui  pénètre  dans  le  noyau.  L'infection  se  produit 
lorsque  l'influence  digestive  est  impuissante,  elle  n'est  en  somme  qu'une 
indigestion.  Ne  sait-on  pas,  similairement,  que  cette  maladie  humaine, 
la  blennorragie,  résulte,  elle  aussi,  d'une  indigestion  des  cellules  ami- 
boìdes, puisque  les  leucocytes  qui  capturent  les  gonocoques  ne  réus- 
sissent  pas  à  les  détruire  et  sont,  au  contraire,  tués  par  les  parasites  qui 
se  développent  en  eux?  Hàtons-nous  d'ajouter  au  surplus  que,  dans 
d'autres  cas,  comme  nous  le  verrons  bientòt,  l'infection  est  due  à  ce 
que  les  phagocytes  se  montrent  incapables  d'englober  les  microbes. 

Nous  sommes  donc  amenés  très  naturellement  à  prévoir  que,  d'une 
faQon  generale,  et  chez  les  animaux  les  plus  divers,  l'immunité  recon- 
naitra  pour  cause  une  efficace  intervention  de  la  fonctiun  phagocytaire, 
L'immunité.  11 


162  DIGEST lON    INTRACELLULAIRE 

tandis  que,  inversement,  l'infection  se  produira  inévitablement  lorsqiic. 
pour  une  raison  quelconque,  les  éléments  amiboìdes  ne  rempliront 
pas  convenablement  leur  mission.  D'innombrables  observations  ou 
recherches  expérimentales  ont  vérifìé  cette  loi  ;  nous  avons  surtout  à 
nous  préoccuper  ici  des  animaux  supérieurs,  mais  le  ròle  essentiel  de 
la  phagocytose  s'est  révélé  avec  la  méme  ciarle  chez  les  invertébrés  ou 
les  vertébrés  inférieurs,  Ainsi,  l'immunité  des  escargots,  des  larves  de 
scarabées,  etc.,  vis-à-vis  de  certains  microbes  tels  que  celui  du  charbon 
est  due  uniquement  à  son  intervention.  Des  bactéries,  mobiles  ou  non^ 
inoculées  à  une  PhillirhcB  onà  une  Bipinnaria,  sont  saisies  par  les  cel- 
lules  et  digérées  dans  une  vacuole.  La  grenouille,  bien  que  sensible  à 
la  toxine  du  vibrion  cholérique,  manifeste  une  remarquable  résistance 
à  l'inoculation  de  ce  microbe  :  les  vibrions  introduits  sont  capturés. 
à  l'état  vivant,  par  les  phagocytes  ;  on  constate  que,  pendant  quelque 
temps  encore,ils  se  meuvent  activement  à  l'intérieur  de  la  vacuole  diges- 
tive ;  bientòt  après  ils  s'immobilisent  et  sont  détruits.  De  nombreux 
poissons,  perches,  goujons,  etc,  sont  réfractaires  au  charbon  ;  les  micro- 
bes inoculés  supportent  le  contact  des  humeurs  de  l'organisme,  mais  sont 
bientòt  dévorés  et  détruits.  Les  crocodiles  font  preuve  d'une  tolérance 
extréme  à  l'égard  de  doses  élevées  de  nombreuses  bactéries,  microbes  du 
charbon,  de  la  tuberculose,de  la  lièvre  typhoi'de,  etc.  De  grosses  cellules 
amiboìdes  (macrophages)  phagocytent  très  activement  ces  virus. 

Il  est  une  maladie  qui,  du  point  de  vue  historique  notamment, 
mérite  une  mention  speciale,  car  son  étude,  faite  par  Metchnikoff  cn 
1884,  a  permis,  pour  la  première  fois,  à  propos  d'une  infection  spon- 
tanee, de  suivre  le  conflit  qui  s'engage  entre  le  parasite  et  son  hòte. 
Les  daphnies,  petits  crustacés  d'eau  douce,  avalent  parfois,  avec  leur 
nourriture,  les  spores  d'un  champignon,  Monospora  hicuspidala.  Ces 
spores  sont  munies  de  pointes  qui  leur  permettent  de  perforer  la  paroi 
intestinale  et  de  pénétrer  dans  la  cavité  generale.  Elles  y  rencontrent 
des  cellules  mobiles  qui  s'accumulent  autour  d'elles,  les  englobent  et 
les  détruisent.  Bien  que  pourvues  d'une  enveloppe  résistante,  les  spores 
sont  désagrégées  dans  le  protoplasma  et  se  réduisent  en  débris  bru- 
nàtres.  Mais  lorsque  les  spores  pénètrent  en  nombre  trop  élevé,  ce  qui 
arrive  chez  un  certain  nombre  d'animaux,  elles  ne  peuvent  étre  cap- 
turées  toutes  ;  quelques-unes  ont  le  temps  de  germer,  donnant  des 
formes  végétatives  ;  or,  celles-ci  sécrètent  un  poison  capable  de  dis- 
soudre  les  phagocytes  ;  aussi  se  développent-elles  désormais  sans 
entraves,  l'infection  s'étend  et  l'animai  succombe. 

Une  autre  consta tation,  faite  également  par  Metchnikoff  peu  après 
la  précédente,  est  peut-étre  plus  importante  encore  par  sa  signi fication. 
On  soumet  à  l'expérience  deux  races  distinctes  d'une  méme  espèce 
microbienne,  l'une  atténuée,  l'autre  virulente.  Inoculons  simultané- 
ment  à  un  méme  lapin,  sous  la  peau  d'une  oreille,  le  microbe  du  char- 
bon virulent,et,sous  la  peau  de  l'autre,  le  bacille  charbonneux  attenne 


PHAGOCYTOSE,    INFLAMMATION   ET   IM MUNITE    163 

(vaccin  de  Pasteur).  Celui-ci  provoque  une  inflammation  limitée  ;  Ics 
leucocytes  afìluent  en  nombre  et  englobent  Ics  bactéries  ;  il  se  forriK^ 
de  la  sorte  un  petit  foyer  purulent.  De  l'autre  coté,  un  cxsudat  gélati- 
neux  séro-sanguinolent  apparaìt  ;  Ics  phagocytcs  ne  s'y  rencontrent 
qu'en  nombre  très  restreint,  la  réaction  protectrice  est  donc  presque 
nulle  ;  le  badile  se  multiplie  sans  obstacles,  se  généralise  et  l'animai 
surcombe.  Utilisant  cette  fois  un  seul  et  méme  microbe,  le  charbon 
virulent,  comparons  d'autre  part  deux  animaux  de  méme  espèce,  mais 
dont  l'un  est  normal,  et  l'autre  a  été  traité  par  le  vaccin  de  Pasteur  ; 
nous  constatons  que  chez  l'animai  en  puissance  d'immunité  acquise 
l'afTlux  leucocytaire  est  intense,  la  phagocytose  énergique,  la  destruc- 
tion  des  microbes  complète  ;  chez  l'animai  normal,  le  microbe  prolifere 
à  l'aise  dans  l'exsudat  séreux  dépourvu  de  ccllules.  En  somme,  on 
pourrait  dire  quo  l'animai  immunisé  est  au  microbe  virulent  ce  que 
l'animai  neuf  est  au  vaccin.  Ces  expériences  symbolisent  à  elles  seules 
la  notion  fondamentale  que  nous  venons  d'énoncer,  et  que  les  décou- 
vertes  ultérieures  ne  firent  que  confìrmer  et  étendre,  à  savoir  que  le 
sort  de  l'organisme  infecté  dépend  essentiellement  de  l'efficacité  de 
sa  défense  phagocytaire.  Ce  principe  permet  d'interpréter  divers  faits 
antérieurement  découverts,  mais  dont  la  signi fication  restait  obscure. 
Par  exemple,  en  1880,  Pasteur  avait  vu  que  le  microbe  du  choléra  des 
poules,  très  dangereux  pour  la  poule  et  le  lapin,  ne  détermine  chez  ces 
animaux,  au  point  d'inoculation,  qu'un  accident  locai  à  peine  percepti- 
l)le,un  peu  d'cxsudationséro-sanguinolente.  Au  contraire, chez  le  cobaye, 
animai  bien  plus  résistant  et  quiguérit  assez  promptement,l'introduc- 
tion  des  germes  provoque  des  phénomènes  locaux  très  manifestes:  il  se 
forme  un  abcès.  De  tels  faits  démontraient  l'utilité  du  phénomène  in- 
llammatoire.  Mais,  à  cette  epoque  encore,on  n'admettait  guère  qu'il  cut 
la  signifìcation  d'une  réaction  salutaire,  bien  que  l'on  sùt  qu'il  est  par- 
fois  de  bon  augure:  par  exemple,  parmi  les  maladies  de  la  peau  dues  à 
des  champignons,  les  plustenaces  sont  celles  qui  provoquent  le  moins 
d'inflammation.  Au  surplus,  on  avait  parfois  constate  déjà  la  présence 
de  microbes  à  l'intérieur  des  leucocytes  ;  mais  on  estimait,  avant  Met- 
chnikofì',  que  ceux-ci  représentaient  un  milieu  de  culture  favorabk  et 
jouaient  un  ròle  dans  la  dissémination  des  germes  dans  l'organisme. 
En  faisant  ressortir  le  ròle  protecteur  de  la  digestion  intracellulaire, 
nous  avons  envisagé  seulement  les  animaux.  Gonstate-t-on  chez  les 
plantes  des  phénomènes  analogues  à  la  phagocytose?  La  cellule  vege- 
tale, avec  sa  paroi  rigide,  ne  saurait  évidemment  réaliser  l'englobe- 
ment.  Mais  des  filaments  de  champignons  parasites  peuvent  pénétrer 
dans  les  cellules.  Or,  dans  certains  cas,  on  observe  que  le  protoplasme 
de  celles-ci  les  digère  (Galland,  1905).  Noèl  Bernard,  Magrou  ont 
rcconnu  que  ce  processus,  fort  semblable  à  celui  qu'on  constate  chez 
li's  animaux,  peut  ètre  assez  intense  pour  enrayer  l'infection. 


e H API  TRE    II 

L 'INFLAMMATION   ET  LA  PHAGOCYTOSE 
CHEZ  LES  ANIMAUX  SUPÉRIEURS 

LE  PROCESSUS  INFLAMMATOIRE  ET  SA  SIGNIFICATION 

Le  système  vaso-moteur  qui  règie  le  débit  du  sang  dans  les  divers 
territoires  et  subdivise  en  quelque  sorte  la  circulation  generale  en  cir- 
€ulations  locales,  dont  Claude  Bernard  a  le  premier  mis  en  lumière 
toute  l'importance,  est  règi  par  des  influences  très  multiples.  Il  est 
sensible  à  de  nombreux  produits,  issus  de  la  désassimilation  ;  l'uree, 
notamment,  produit  une  vaso-constriction  assez  généralisée  pour 
élever  la  pression,  tout  en  déterminant,  d'autre  part,  une  vaso-dilata- 
tion  dans  certains  organes,  le  rein  en  particulier.  Les  déchets  résultant 
de  destructions  cellulaires,  de  brùlures  étendues  par  exemple,  pro- 
.  voquent  de  la  congestion  viscérale.  Les  variations  quantitatives  des 
gaz  du  sang  engendrent  des  réactions  vaso-motrices  ;  l'accumulation 
d'acide  carbonique  a  pour  effet  de  provoquer  la  vaso-dilatation  périphé- 
riqueetla  vaso-constriction  des  viscères.  Divers  organes  fabriquent  des 
principes  capables  d'agir  sur  le  tonus  vasculaire  et  la  pression  sanguine. 
Dans  ces  conditions,  on  ne  saurait  douter  que  par  les  troubles  nutritifs 
qu'elle  engendre,  par  les  lésions  qu'elle  imprime  à  des  organes  divers, 
ou  les  entraves  qu'elle  apporte  à  leur  fonctionnement,  l'infection  ne 
soit  susceptible  de  retentir  fortement  sur  l'appareil  vaso-moteur  et  ne 
l'exposé  à  des  répercussions  complexes.  Elle  peut  d'ailleurs  agir  sur 
lui  d'une  fagon  plus  directe  :  en  efTet,  les  produits  microbiens  se 
montrent  fréquemment  capables  de  l'impressionner  très  vivement  ; 
lorsque  leur  diffusion  dans  l'organisme  le  permet,  ils  peuvent  agir  au 
loin  sur  les  centres  nerveux  ;  par  exemple,  les  produits  du  bacille 
pyocyanique  dépriment,  d'après  Charrin  et  Gley,  le  centre  vaso- 
dilatateur  et  déterminent  ainsi  de  la  vaso-constriction.  L'injection  de 
tuberculine  au  sujet  tuberculeux  provoque  de  la  vaso-dilatation  (Bou- 
chard).  Mais  l'influence  de  beaucoup  la  plus  importante  à  considérer 
au  point  de  vue  de  la  défense,  est  celle  qui  s'exerce  autour  du  foyer  de 
puUulation  microbienne,  et  qui  donne  lieu  à  cette  manifestation 
locale,  l'inflammation.  Si  les  produits  microbiens  sont  par  excellence 


LE   PROCESSUS   INFLAMMATOIRE  165 

des  facteurs  d'irritation,  certains  principes  cellulaires,  d'ailleurs  mal 
connus,  que  les  lésions  des  éléments  anatomiques  mettent  en  liberté, 
apfissent  d'une  fa^on  comparable  ;  aussi  l'inflammation  peut-elle  égale- 
mcnt  survenir  à  la  suite  d'injurcs  infligées  aux  tissus,  rcsulter  du  trau- 
matisme,  de  la  brùlure,  de  l'action  de  substances  corrosives  ou  de  cer- 
taines  radiations,  etc. 

Le  système  nerveux  centrai,  les  ganglions  de  la  chaine  sympathique, 
renferment,  comme  on  sait,  des  centres  qui  commandent  le  tonus 
vasculaire  (1),  mais  la  fonction  vaso-motrice  dépend  aussi  des  forma- 
tions  ganglionnaires  périphériques,  c'est-à-dire  des  cellules  ncrveuses 
disséminées  dans  la  paroi  des  vaisseaux,  et  il  est  certain  que  ces  élé- 
ments jouent  dans  l'inflammation  un  ròle  considérable.  Lorsque  des 
microbes  pénètrent  à  travers  la  peau,  par  exemple,  la  congestion  se 
manifeste  dans  le  voisihage  immédiat,  exactement  comme,  lorsqu'on 
applique  sur  le  tégument  une  substance  irritante  telle  qu'un  révulsif^ 
ou  bien  encore  lorsqu'on  exerce  un  frotte ment  énergique,  c'est  au 
point  touché  que  la  rougeur  apparaìt  ;la  zone  de  vaso-dilatation  corres- 
pond  fidèlement  à  celle  où  l'impression  s'est  fait  sentir.  Or,  Weber, 
Vulpian  ont  montré,  il  y  a  longtemps  déjà,  qu'on  peut  produire  par 
irritation  directe  des  phénomènes  de  congestion  au  niveau  de  la  mem- 
brane interdigitale  de  la  grenouille,  méme  si  l'on  a  eu  soin  de  sectionner 
au  préalable,  tous  les  nerfs  se  rendant  à  cette  région.  Le  réflexe  n'exige 
donc  pas  la  participation  de  centres  éloignés,  il  s'établit  dans  l'intimité 
du  réseau  vasculaire  qui  répond  à  l'irritation  exercée  sur  le  tégument 
sus-jacent. 

Il  suffit  de  gratter  légèrement  la  peau  pour  qu'après  une  phase 
passagèrede  vaso-constriction,  que  révèle  une  teinte  plus  pale,  une  raic 
rouge  apparaisse  bientòt,  indice  de  la  vaso-dilatation  localisée.  Mais  le 
trouble  n'est  qu'éphémère,  le  tissu  reprend  assez  promptement  son 
aspect  normal.  Ce  n'est  pas  là  de  l'inflammation,  ou,  plus  exactement, 
c'est  de  l'inflammation  qui  n'évolue  pas,  qui  se  dissipe  sitót  ébauchée, 
sans  aboutir  aux  manifestations  principales.  Pour  qu'il  y  ait  inflam- 
mation  à  propremcnt  parler,  il  faut  que,  la  cause  excitatrice  agissant 
avec  une  energie  sufTisante,  le  processus,  en  se  déroulant  avec  l'inten- 
sité  voulue,  se  signale  par  trois  phénomènes  essentiels  qui  sont  la 
vaso-dilatation,  d'où  résulte  le  ralentissement  du  courant  sanguin,, 
l'exsudation  de  liquide  plasmatique,  l' emigra tion  leucocytaire.  Entre 
le  processus  complet  comportant  ces  perturbations  de  la  manière  la 
plus  ty piqué,  et  les  inflammations  fugaces,  à  peine  esquissées,  tous  les 


(1)  Dans  les  infections  qui  s'attaquent  au  système  nerveux  centrai, 
les  troubles  subis  par  les  centres  vaso-motcurs  se  trahissent  assez  fré- 
quemment  par  le  symptòme  dit  «  de  la  raie  móningitiquo  »  :  l'excitation 
mécanique  de  la  peau  détermine  d'emblée  de  la  vaso-dilatation  au  lieu 
de  la  taire  apparaltre  apròs  une  phase  passagère  de  vaso-constriction. 


166  VINFLAMMATION    ET    LA    PHAGQCYTOSE 

intermcdiaires  peuvent  naturellement  exister  ;  une  excitation  méca- 
nique  légère  ne  provoque  qu'un  trouble  à  peine  appréciable,  tandis 
qu'un  choc  violent  détermine  de  l'exsudation,  du  gonflement,  de  l'in- 
filtra tion  cellulaire  autour  des  éléments  meurtris.  Au  surplus,  chacun 
des  troubles  dont  l'ensemble  constitue  le  processus  inflammatoirc 
peut  étre  spécialement  prononcé.  Par  exemple,  selon  l'espèce  de  germes 
pathogènes,  parfois  l'exsudation  est  abondante,  tandis  que  l'émigration 
leucocytaire  est  discrète,  parfois  les  cellules  se  répandent  nombreuses 
dans  le  tissu  enflammé,  tandis  que  la  quantité  de  liquide  plasmatique 
qui  s'épanche  est  modérée.  D'autre  part,  les  dilTérentes  régions  de 
l'organisme  ne  répondent  pas  avec  la  méme  vivacité  aux  divers  exci- 
tants.  Sous  la  peau,  l'injection  d'un  peu  de  bouillon  stèrile  ou  de 
solution  physiologique  de  sei  marin  ne  détermine  guère  d'effet  appré- 
ciable ;  dans  les  cavités  sèreuses,  pèritoine  ou  plèvre,  elle  provoque 
une  forte  exsudation  très  riche  en  leucocytes.  Il  sufTìt  d'exposer  à  l'aii- 
des  organes  qui  habituellement  n'en  éprouv'  nt  pas  le  contact,  tels  que 
le  mesentère  de  la  grenouille,  pour  provoqucr  une  inflammation  vio- 
lente ;  à  vrai  dire,  certaines  influences  capables  de  léser  les  cellules, 
variations  de  temperature,  dessiccation,  etc,  intcrviennent  en  pareil 
cas.  Nombreux  sont  les  irritants  qui  déterminent  l'infiamma  tion,  et, 
selon  leur  nature,  le  phénomène,  bien  que  toujours  le  méme  dans  ses 
traits  gcnéraux,  présente  des  modalités  distinctes. 

Loin  de  soupQonner  dans  l'inflammation  un  acte  de  défense,  on  la 
regardait  autrefois  comme  une  maladie,  comme  une  lésion  des  vais- 
seaux  qu'une  cause  irritative  rend  plus  perméables,permettant  ainsi 
le  passage  plus  aisé  des  matériaux  sanguins  ;  on  n'y  voyait,  riiéme  en 
cas  d'infection,  que  l'expression  d'une  souffrance,  les  symptomes 
d'ordre  vasculaire,  dolor,  calar,  rubor,  tumor,  accaparaient  l'dttention, 
on  ne  faisait  commencer  le  processus  utile  qu'au  moment  où,  le? 
troubles  s'apaisant,  le  tissu  bourgeonne,  se  répare  et  fmalement  se 
cicatrise. 

En  1863,  Recklinghausen  identifìa  les  globules  du  pus  aux  leuco- 
cytes ;  on  pouvait  prévoir  dès  lors  le  passage  des  globules  blancs  du 
sang  à  travers  la  paroi  vasculaire,  observé  par  Cohnheim  en  1867. 
On  connaìt  l'expérience  classique  consistant  à  exposer  à  l'air  le  mesen- 
tère de  la  grenouille  ;  les  artérioles  puis  les  veines  se  dilatent,  la  circu- 
lation  se  ralentit,  les  leucocytes  du  sang  s'accolent  à  la  paroi  des  vei- 
nules  et  des  capillaires,  qu'ils  franchissent  bientòt  gràce  à  leurs  mou- 
vements  amiboides,  poussant  des  pseudopodes,  s'insinuant  à  travers 
les  interstices..  On  trouve,  au  bout  de  quelques  heures,  la  surface  du 
mesentère  converte  de  globules  blancs,  formant  ainsi  une  conche  de 
pus,  qu'imbibe  du  liquide  plasmatique  épanché;  quelques  globules 
rouges  peuvent  également  s'extravaser  à  la  faveur  de  la  congestion 
extréme.  Nous  verrons  plus  loin  qu'outre  les  leucocytes  du  sang, 
<l'autres   cellules   amiboides,   gros    éléments   provenant   de   l'appareil 


/./•;   PliOCESSUS    IMLAMMATOIIÌE  1G7 

lyniphaLiiiuc  cL  qui  sont  des  macrophagos,  peuvent,  nolammeiit  dans 
les  cavités  séreuses  telles  quc  le  péritoino.  apparaìtre  en  grand  nombre 
dans    l'exsudat    inflammatoire.    Nous    l'avons    rappelé,  Liebeikuhn, 
Langhans,  en  1870,  monlrèrent  c[ue  des  leucocytes  émigrés,  parvenus 
au  contact  de  foyers  hémorragiques,  peuvent  englober  des  globules 
rouges.  Slavjanski,  von  Inns,  en  1876,  constatèrent  que  Ics  collules, 
bourrces  de  grains  noirs,  qu'on  trouve  couramment  dans  le  mucus  des 
alvéolés  pulmonaires  ou  des  bronches,  sont  en  réalité  des  leucocytes 
qui  ont  franchi  l'épithélium  alvéolaire  et   ont  englobé  des  particules 
de    suie   inhalées.    Marchand  (1883)  étudia  la  réaction  ccllulaire  qui 
s'effectue  autour  des  corps  étrangers,  morceaux  d'éponge,  paquets  de 
soie  stérilisée,etc.;  il  observa  l'afflux  de  leucocytes  sanguins,  et  l'inter- 
vention   des   éléments   mononucléaires    que   nous   retrouverons  -sous 
le  nom  de  macrophages  et  qui,  s'insinuant  dans  les  interstices  de  ces 
corps  étrangers  et  englobant  des  fragments,  se  fusionnent  souvent  en 
cellules  géantes.  Enfin,  Metchnikoff,  qui,depuis  1865,  s'était  consacrò  à 
l'étude  systématique  de  la  digestion  intracellulaire,  montra  que  les 
leucocytes  émigrés  entrent  en  conflit  avec  les  éléments  étrangers,  tels 
que  les  microbes,  et  mit  ainsi  en  lumière  ce  qui,  dans  l'inflammation, 
représente   essentiellement   la   réaction   salutaire.    La    congestion,   le 
ralentissement  du  courant  sanguin,  qui  permettent  l'emigra tion,  sont 
le  prelude  nécessaire  de  la  phagocytose.  Gelle-ci,  au  surplus,  se  révèle 
avec  une  energie  comparable  et  aussi  utilement  chez  les  animaux  dé- 
pourvus  de  vaisseaux  que  chez  ceux  qui  en  possèdent.  Et,  d'autre  part, 
la  digestion  intracellulaire,  qu'elle  soit  l'agent  habituel  et  normal  de 
l'alimentation  ou  intervienne  à  la  faveur  de  l'inflammation  pour  résor- 
ber  des  corps  étrangers  introduits  dans  l'intimité  des  tissus,  revét  des 
caractères  très  analogues.  Par  exemple,  chez  les  planaires  qui  se  nour- 
rissent  de  sang,  les  globules  rouges  ingérés  sont  phagocytés  par  l'endo- 
derme  ;  chez  les  animaux  plus  élevés,  mollusques,  poissons,  mammi- 
fères,  auxquels  on  injecte  du  sang,  ils  le  sont  par  les  cellules  méso- 
dermiques  aflluant  dans  \v  I  i>su  qui  s'enflamme  ;  or,  (hm-  cos  divers 
cas,  ils  subissent,  au  sciti  du  protoplasme,  des  altéraliun^  pour  ainsi 
dire  identiques  (Metchnikoff). 

Considéré  dans  son  ensemble,  ce  processus  complexe,  l'inflammation. 
est  utile  incontestablement,  puisque,  si  les  vaisseaux  restaient  inertes^ 
l'émigration  leucocytaire  et,  conséquemment,  la  phagocytose,  ne  pour- 
raient  s'accomplir.  L'inflammation  peut  néanmoins  comporter,  cela 
va  sans  dire,  des  éléments  fàcheux.  Gomme  dans  tonte  perturbation, 
il  importe  de  distinguer  en  elle  ce  qui  est  souffrance  de  ce  qui  est  réac- 
tion. Oue  signifie,  par  cxemplc,  l'abondante  infiltration  cedémateuse 
pauvre  en  cellules,  qui  se  déclare  après  l'injection  de  certaines  toxincs, 
telles  quelepoisondiphtériquo,oude-certains  virus,  tels  que  le  microbe 
du  charbon  et  le  pneumocoque  virulents?  De  pareils  épanchements 
sont  sùrement  l'indice  non  d'une  réaction  salutaire,  mais  d'une  lésion , 


168  riNFLAMMATION   ET   LA    PHAGOCYTOSE 

ìntéressant  selon  toute  vraisemblance  l'endothélium  vasculaire,  lequel, 
d'après  les  recherches  d'Heidenhain,  intervient  largement  dans  la 
formation  de  la  lymphe.  Il  n'est  aucunement  nécessaire,  pour  que 
l'émigration  leucocytaire  puisse  s'opérer,  que  l'exsudation  plasma- 
tique  soit  aussi  copieuse.  Lorsqu'on  injecte  des  germes  peu  pathogènes, 
l'afilux  leucocytaire  est  très  prononcé,  l'infiltration  étant  néanmoins 
beaucoup  plus  discrète.  On  alléguera  peut-étre  que  l'oedème  diphté- 
rique  est  utile  en  ce  qu'il  dilue  le  poison  et  entrave  sa  résorption.  Mais 
il  est  des  poisons  très  dangereux,  telle  la  toxine  tétanique,  qui  ne  pro- 
voquent  pas  d'cedème  ;  d'autre  part,  la  toxine  diphtérique  injectée 
sous  la  peau  donne  lieu  non  seulement  à  un  cederne  locai  que  l'on 
pourrait  juger  salutaire,  mais  aussi  à  de  vastes  épanchements  pleural 
et  péritonéal  qui  témoignent  de  l'influence  nocive  exercée  sur  l'appa- 
reil  vasculaire.  Il  ne  semble  pas  qu'on  puisse  attacher  davantage,  ni 
à  l'épanchement  séreux  de  la  pleurésie  tuberculeuse,  ni  à  l'abondante 
infìltration,  autour  du  lobule  pulmonaire,  de  la  péripneumonie  bovine,, 
ni  à  l'exsudat  fibrineux  qui,  dans  la  pneumonie  de  rhomme,envahit  les 
alvéoles  au  point  de  transformer  le  tissu  en  un  bloc  solide  d'hépatisa- 
tion  (1),  ni  à  la  transsudation  intestinale  du  choléra,  la  signification 
d'une  défense.  De  la  diversità  des  influences  qui,  selon  la  nature  de 
l'agent  provocateur,  entrent  en  jeu  dans  le  déterminisme  de  l'inflam- 
mation,  du  fait  que,  suivant  lescas,  l'élément  souffrance  ou  l'élément. 
réaction  prédomine,  résulte  nécessairement,  comme  nous  venons  de  le 
faire  remarquer,  que  le  processus  est  sujet  à  des  variations  très  sen- 
sibles,  en  rapport  notamment  avec  l'abondance  relative  des  cellules 
émigrées  et  du  liquide  épanché,  ou  avec  la  composition  chimique  de 
celui-ci  :  la  richesse  de  l'exsudat  en  globulines,  en  fìbrinogène,  son 
aptitude  à  la  coagulation,  etc,  ne  sont  pas  constantes. 

Il  y  aurait  grand  intérét  à  pouvoir  préciser  dans  quelle  mesure  et 
surtout  par  quel  mécanisme  Taptitude  de  l'élément  vasculaire  à  res- 
sentir  l'excitation,  et  à  y  répondre  par  la  réaction  inflammatoire,  se 
modifie  par  l'immunisation  ou  au  cours  des  infections.  On  sait  bien 
que,  dans  l'état  anapliylactique,  l'introduction  de  l'antigene  détermine 
non  seulement  des  troubles  généraux,  mais  aussi  des  manifestation& 
inflammatoires  particulièrement  prononcées  au  point  de  l'inoculation. 
Chez  les  tuberculeux,  les  tissus  méme  sains  s'enflamment,  comme  en 
témoignent  l'ophtalmo-  ou  la  cutiréaction,au  contact  de  la  tuberculine  ; 
l'épreuve  révélatrice  congestionne  le  tissu,  y  fait  affluer  de  norabreux 


(1)  Injecté  sous  la  peau  ducobaye,  à  dose  de  0cc,5  à  Occ,l,  la  culture  de 
pneumocoque  très  virulent  provoque  aussi  une  exsudation  extrémement 
abondante  ;  l'animai  meurt  d'habitude  après  quclques  jours  ;  signalons 
ci  passant  qu'il  présente  souvent  de  profondes  altérations  du  tissu  car- 
diaque,  étudiées  par  Kiralyfl  ;  on  sait  combien,  dans  l'infection  pneumo- 
coccique  de  l'homme,  le  cceur  est  sujet  à  fléchir. 


VAPPAREIL    PHAGOCY TAIRE  169 

leucocytes.  De  quel  élémcnt  anatomiquc  en  particulier  dép.cnd  ccLte 
hypersensibilité?  On  est  contraint  d'avouer  que  l'analyse  intime  des 
phénomènes  allergiques  est  eneore  très  incomplète. 


L'APPAREIL    PHAGOCYTAIRE 

Sans  vouloir  empiéter  ici  sur  le  domaine  de  l'histologie,  nous  rap- 
pellerons  très  brièvement  comment  se  présentcnt  les  principaux  élc- 
ments  capables  d'exercer  la  fonction  phagocytaire. 

Au  point  de  vuc  de  l'infection,  les  phagocytes  les  plus  importants 
sont  assurément  Ics  cellules  migratrices  appelées  leucocytes  ;  leur 
étude  approfondie  et  la  détermination  des  caractères  qui  ont  servi  à 
les  classer  doivent  beaucoup  aux  méthodes  de  coloration  introduites 
notamment  par  Ehrlich.  Chez  les  invertébrés,  ce  sont  des  éléraents 
à  noyau  unique,  de  contour  assez  régulier  ;  des  vacuoles  peuvent  se 
former  dans  le  protoplasma  qui  est  souvent  parsemé  de  granulations. 
Mais  chez  les  vertébrés  l'aspect  des  leucocytes  est  plus  varie  et  on 
Ics  partage  en  plusieurs  catégories.  La  complexité  de  l'organisme,  la 
multiplicité  des  centres  de  production  de  ces  cellules  (moelle  osseuse, 
rate,  ganglions,  plaques  de  Peyer,  folliculcs  clos),  l'existence  d'un 
système  vasculaire  clos,  ont  donne  lieu  à  une  différenciation  assez 
prononcée.  Par  exemple,  les  leucocytes  les  plus  mobiles  et  les  plus  aptes 
à  émigrer  rapidement  hors  des  vaisseaux  n'ont  eneore  qu'un  seul 
noyau,  mais  celui-ci,  au  lieu  de  former  une  masse  compacte,  est 
découpé  en  lobes  fragmentés,  élastiques,  capables  de  s'étirer  aisément 
et  de  glisser  ainsi  sans  difficulté  dans  les  interstices  des  parois  vascu- 
laires  ;  ce  caractère  les  a  fait  designer  sous  le  nom,  justifié  en  appa- 
rence,  mais  en  réalité  impropre,  de  polynucléaires. 

Leucocytes  du  sang.  —  On  trouve  dans  le  sang  des  mononucléaires 
et  des  polynucléaires.  Il  existe  deux  types  de  mononucléaires,  les 
lymphocytes  et  les  grands  mononucléaires.  Les  lymphocytes  sont  de 
petits  éléments  offrant  un  noyau  relativement  gros,  arrondi,  se  tei- 
gnant  avec  intensité  par  les  couleurs  basiques,  et  qu'entoure  une  mince 
couche  de  protoplasme  ;  celui-ci  est  trop  peu  abondant  pour  étre 
capable  d'opérer  l'englobement  ;  aussi  ces  cellules  peu  móbiles  ne  par- 
ticipent-elles  pas  à  la  défense  phagocytaire  ;  elles  entrent  pour  envi- 
ron  23  p.  100  dans  la  teneur  totale  du  sang  en  leucocytes.  Les  grands 
leucocytes  mononucléaires  ont  un  noyau  vésiculeux  moins  colorable 
que  celui  des  lymphocytes,  à  contour  généralement  irrégulier,  souvent 
échancré.  Leur  protoplasme  est  abondant,  apte  à  la  phagocytose  ; 
comme  celui  des  lymphocytes,  il  se  teint  faiblement  par  les  couleurs 
basiques  ;  il  ne  contient  pas  de  granulations  ;  2  à  G  p.  100  du  nombre 
total  des  leucocytes  sanguins  appartiennent  à  cette  catégorie. 


170  UINFLAMMATION    ET    LA    PHAGOCYTOSE 

Le  sang  contieni  une  très  forte  proportion  (65  à  70  p.  100)  de 
leucocytes  dits  polynucléaires.  Ce  soni,  par  excellence,  des  phagocytes  ; 
leur  protoplasme  est  capable  de  mouvements  amiboides  très  actifs, 
qui  les  rendent  particulièreraent  aptes  à  l'émigration.  Le  noyau  unique 
a  un  contour  très  irrégulier  ;  il  est  découpé  en  lobes  reliés  par  des  ponts 
fìlamenteux.  Le  protoplasme  est  peu  colorable,  mais  il  contieni  do 
fmes  granulations,  que  l'on  met  le  mieux  en  évidence  par  l'emploi  de 
combinaisons  de  couleurs  basique  et  acide  (Romanowski),  ou  par 
l'application  successive  de  la  couleur  acide,  éosine,  et  d'une  couleur 
basique,  bleu  de  toluidine,  par  exemple  ;  selon  l'espèce  animale,  ces 
granulations  manifestent  une  afTmitó  plus  ou  moins  prononcée  pour  la 
couleur  acide,  mais,  en  general,  elles  prennent  uneteinte  intermédiaire 
entre  celles  de  chacun  des  colorants,  et  sont  appelées  neutrophiles  ou 
amphophiles. 

Il  existe  encore  dans  le  sang  une  proportion  de  2  à  4  p.  100  de  leuco- 
cytes dits  éosinophiles.  Leur  taille  est  analogue  à  cello  des  précédents, 
mais  ils  ont  un  noyau  bcaucoup  moins  découpé,  parfois  d'une  seulc 
pièce,  échancré  en  fer  à  cheval,  parfois  divise  en  deux  segments.  La 
caractéristique  de  ces  élémcnts  consiste  en  ce  qu'ils  sont  littéralement 
bourrés  de  grosses  granulations  arrondies,  manifestant  pour  les  couleurs 
acides,  et  notamment  l'éosine,  une  affinité  très  énergique.  CiCrtains 
auteurs  ont  admis  que  les  granulations  éosinophiles  sont  constituées 
de  débris  de  globules  rouges,  mais  cette  opinion  est  très  discutable. 
Les  éosinophiles  sont  des  phagocytes  très  médiocres,  ce  qui  résulte 
du  fait  que  leur  protoplasme  est  encombré  de  granulations  volumi- 
neuses.  On  a  constate  néanmoins  qu'ils  englobent  parfois  quelques 
bactéries  (Mesnil,  Bordet,  Nattan-Larrier  et  Parvu),  des  poussières 
ou  méme  des  globules  rouges  (Manceaux,  Weinberg  et  Séguin).  Enfìn 
le  sang  contieni  encore  une  très  faible  proportion  (au  maximum 
0,5  p.  100)  de  leucocytes  dénommés  «  mastzellen  »,  assez  semblables 
aux  précédents,  sauf  que  leurs  granulations,  grosses  également,  sont 
fortement  basophiles. 

De  nombreuses  infections  déterminent  une  irritation  fonctionnellc 
des  organes  hématopoiétiques,  ayant  comme  conséquence  l'élévation 
du  nombre  des  globules  blancs  (leucocytose),  Nous  reviendrons  sur  ce 
fait  lorsque  nous  suivrons  les  péripéties  du  conflit  qui  s'engage  entre  le 
parasite  et  son  hote. 

On  pensali  autrefois  que  le  lymphocyte  était  un  leucocyte  jeune, 
doni  les  autres,  et  notamment  les  polynucléaires,  provenaieni.  Cette 
idée  n'est  plus  admise  :  les  leucocytes  du  sang  ne  dérivent  pas  les  uns 
des  autres,  ils  sont  différenciés  dès  leur  formation  dans  les  organes 
hématopoiétiques.  Les  lymphocytes  viennent  des  ganglions  lympha- 
tiques,  les  grands  mononucléaires  sont  produits  par  les  ganglions  et 
par  la  rate  ;  normalement,  les  polynucléaires  sont  engendrés  essentiel- 
lemcnt  par  la  moelle  des  os,  où  ils  dérivent  des  myéiocytes.  Mais  dans 


L  '  APP.  ili  E  IL    PHA  GOCYTAIRE  17 1 

Ics  conditions  pathologiques,  la  rate  en  fabriquc  de  grandes  quantilés  ; 
ohez  les  animaux  infectós,  on  constate  dans  cet  organo  (ol  aussi  dans 
les  ganglions  lymphatiques  et  les  plaques  de  Peyer),  une  prolifération 
d'élómenis  amihoides  ayant  des  caractères  identiques  à  ceux  dcs 
myélocytes  de  la  moelle  osseuse  (Dominici,  1901).  C'est  ce  qu'on  appellc 
la  transformatiojì  myéloide  de  la  rate.  D'ailleurs,  le  tissu  myéloìde 
est  origincllenlent  semblahle  au  tissu  lymphoìde  :  il  s'en  difTérencie 
( usuile  par  un(^  évolution  speciale.  Récemment,  Delaet,  mettant  à 
profit  la  méthode  de  culture  des  tissus  in  vitro  (1),  a  mis  en  pleine 


(1)  On  sait  combien  cettc  Icchnique  s'est  montrée  précieuse  pour 
l'étude  de  divers  problèmes  physiologiqucs.  Les  cellulcs  vivantes,  qu'ellcs 
soiout  isolées  (leucocytes,  spermalozoìdes),  ou  fassent  parlic  intégrante 
des  tissus,  résistent  en  general  beaucoup  plus  qu'on  ne  pourrait  le  croire 
à  diversos  influences  nocives,  telles  que  le  froid,  l'arrèt  de  la  circulation, 

Déjà  Paul  Bert  avait  pu  garder  des  tissus  de  mammifèrcs  à  l'état  de 
vie  latente,  et  réussi  à  transplantcr  des  queues  de  rat  conservées  plu- 
sieurs  jours  à  basse  temperature. 

En  1908,  Carrel,  ayant  enlevé  un  rein  après  suture  des  vaisseaux  et 
de  l'uretère,  a  pu  le  replanter  en  rétablissant  les  connexions.  Bien  que 
la  circulation  eiìt  été  interrompue  pendant  cinquante  minules,  l'organe 
a  survécu  et  a  repris  ses  fonctions  ;  en  effet  l'animai  a  tolérc  la  résection 
de  l'autre  rein  pratiquée  quinze  jours  plus  tard.  Carrel  transplanta  aussi 
nvec  succès  dcs  fragments  de  vaisseaux  après  les  avoir  longtemps  con- 
servés  à  froid.  A  vrai  dire,  les  tissus  rctirès  de  l'oi'ganismc  meurent  plus 
ou  moins  vite  selon  leur  nature  :  ainsi,  la  substance  cerebrale,  la  thy- 
roide,  eie,  se  désintògrent  beaucoup  plus  rapidement  que  la  poau,  les 
OS,  les  artères,  le  tissu  conjonctif. 

Le  fait  qu'un  tissu  pcuL  culliver  in  vitro  fut  élabli  en  1907  par  Harri- 
son,  qui  constata  la  prolifération  decylindres-axes  dans  des  fragments 
de  syslòme  nerveux  centrai  (moelle)  d'embryondegrenouille,  qu'il  avait 
placés  dans  une  goutte  de  lymphe  cxlraite  du  sac  lymphatique  d'une 
grenouillc!  adulte.  Carrel  et  Burrows  (1910)  consta tèrent  le  développe- 
ment  de  tissus  de  mammifèrcs,  placés  à  l'étuve,  à  l'abri  des  microbes, 
dans  du  plasma  de  méme  espèce.  Le  tissu  est  coupé  en  fragments,  qu'on 
lave  à  la  solution  de  Ringer,  et  qu'on  transporle  dans  le  liquide  nutritif  ; 
au  lieu  de  plasma,  on  peut  employer aussi  (les  resulta ts  son!  nioiiis  bons) 
du  sérum  mélange  à  un  cinquième  de  gelose  à  2  p.  100.  Li  s  li;ìgments 
doivent  étre  petits,  le  tissu  ne  pouvant  désormais  se  nounii-  ^\\\r.  par 
simple  imbibition. 

Burrows,  W.  et  M.  Lewis,  Marinesco  et  Minea,  Ingebrigtsen  ont  attcu- 
livement  éludié  la  croissance  du  tissu  nerveux,  le  développement  dcs 
cylindres-axes,  en  opérant  sur  la  moelle  épinière,  les  nerfs  sympathiqucs, 
les  ganglions  spinaux,  le  ccrveau,  d'embryons  ou  de  jeunes  animaux 
(poulels,  chals,  lapins,  etc).  En  1912,  Carrel  montra  que  si  la  technique 
est  parfaite,  les  tissus  peuvent  pousser  in  v.tro  quasi  indéflniment.  Il 
suflìt  de  renouveler  le  milieu  nutritif,  tous  les  deux  à  qua  tre  jours,  après 
avoir  lave  le  fragment  à  la  solution  de  Hinger.  On  réalise  ainsi  des  «  pas- 
sages  »  qu'on  peut  pratiquer  en  nombre  illimité,  pourvu  naturellement 
que  l'asepsie  se  maintienne.  Dans  ces  conditions,  un  fragment  de  cceur 
d'embryon  de  poulct  peut  batlre  encorc  plus  de  cent  jours  après  l'extir- 


172  VINFLAMMATION    ET    LA    PHAGOCYTOSE 

lumière  l'intensive  néoformation  des  polynucléaires,  dans  la  rate,  sous 
l'influence  des  produits  microbiens.  Gay  et  Claypole  (1913)  avaient 
montré  que,  chez  le  cobaye  par  exemple,  l'injection  intraveineuse  de 
bacilles  typhiques  tués  provoque  très  rapidement  une  forte  élévation 
du  nombre  des  polynucléaires  sanguins,  lequel  atteint  son  maximum 
au  bout  de  seize  à  vingt-quatre  heures.  Or,  si,  le  Lendemain  d'une 
pareille  injection,  on  retire  la  rate  qu'on  découpe  aseptiquement  et 
dont  on  soumet  les  fragments  à  la  culture  in  vifro,  on  trouve  que 
ceux-ci,  après  deux  ou  trois  jours,  ont  produit  une  quantité  considé- 
rable  de  leucocytes  polynucléaires  formant  autour  d'eux  une  gangue 
épaisse  et  blanchàtre.  Gomme  Delaet  l'a  constate,  la  rate  d'un  cobaye 
non  traité  ne  produit  rien  de  pareli,  on  n'obtient  qu'une  prolifération 
des  éléments  mononucléaires  et  du  tissu  conjonctif.    . 

Constitution  des  exsudats  inflammatoìres.  —  Il  est  essentici, 
pour  les  recherches  sur  l'immunité,  de  s'étre  familiarisé  tout  d'abord 
avec  l'aspect  des  exsudats  inflammatoires  que  l'on  peut  faire  apparaìtre 
sans  intervention  de  microbes  virulents.  Observantainsi,  sansingérence 


pation.  Des  cultures  de  tissu  conjonctif  de  méme  provenance  ont  été 
entretenues  par  Carrel  pendant  plus  de  quatre  mois  ;  reprises  ensuite 
par  Ebeling,  elles  ont  dure  près  d'un  an,  après  avoir  subì  environ  150  pas- 
sages  (1913).  La  masse  du  tissu  néoformé  augmentant  beaucoup,  on 
peut  diviser  les  fragments  de  manière  à  obtenir  des  cultures  fiUes  dont 
le  nombre  s'accroìt  progressivement.  Une  adaptation  du  tissu  aux  nou- 
velles  conditions  d'existence  semble  mème  se  produire  graduellement  : 
les  cultures  deviennent  plus  vivaces.  Le  tissu  conjonctif  pousse  plus 
aisément  que  les  éléments  nobles.  Carrel  a  pu  obtenir  des  cultures  pures 
de  cellules  d'un  type  determinò,  cellules  rondes  du  tissu  conjonctif  par 
exemple.  Lesextraits  d'organes,  notamment  les  extraitsde  tissu  embryon- 
naire,  accélèrent  la  culture  in  vitro  (Carrel).  Divers  poisons,  tcls  que  la 
ricine,  qui  se  fixe  rapidement  sur  les  cellules,  empéchent,  méme  à  dose 
très  faible,  le  développement  ;  les  rayons  ultra-violets  exercent  aussi 
une  influence  très  délétère  (Levaditi  et  Mutermilch).  La  culture  des 
tissus  ne  se  fait  pas  en  l'abscnce  d'air  (Loeb  et  Fleisher,  1911), 

Fait  important,  les  cultures  in  vitro  ne  sont  pas,  à  proprement  parler, 
des  cultures  d'organes  ;  le  tissu  qui  se  développe  n'a  point  tendance  à 
réaliser  les  arrangements  cellulaires  caractérisant  la  structure  de  l'organe 
originel  ;  il  n'en  respecte  pas  l'architecture  ;  on  obtient  des  cultures  de 
cellules  poussant  d'une  manière  désordonnée,  sans  discipline;  il  se  fait 
une  sorte  de  dédifférenciation. 

Le  fait  que  divers  tissus  peuvent  étre  conservés  assez  longtemps,  à 
froid,  à  l'état  de  vie  latente,  a  donne  lieu,  on  le  sait,  à  des  applica tions 
chirurgicales  très  intéressantes  que  nous  n'avons  pas  à  considérer  ici. 
Cesi  Tuflìer  qui,  en  1910  et  1911,  inaugura  ces  essais  en  utilisantdu  tissu 
osseux,  cartilagineux,  etc,  gardé  à  froid  et  qu'il  greffa  ensuite,  En  1911, 
Magitot  greffa  de  méme  avec  succès  une  cornee  qui  avait  été  maintcnue 
huit  jours  à  froid.  Carrel  multiplia  ces  tenta tives  et  obtint  desrésultats 
extrèmement  remarquables. 


L'APPARE  IL    PHAGOCY  TAIRE  173 

<1('  l'acteurs  troublants,  les  phagocytes  en  ploine  vitalitó,  on  se  prépare 
à  l'étude  plus  complcxe  du  conflit  qui  s'engage  lorsque  l'infcction  se 
réalise.  On  obtient  d'cxcellents  résultats  en  injectant  dans  la  cavitò 
peritoneale  ou  pleuralc  du  lapin  ou  du  cobaye,  soit  des  substances 
telles  quo  l'aleurone,  soit  des  microbes  tués,  soit  simplcment  du  bouil- 
lon  ;  ce  liquide  convient  parfaitcmcnt  au  but  poursuivi.  L'injection 
determino  une  hyperémie  du  péritoine  ou  de  la  plèvre,  à  la  faveur  de 
laquelle  une  abondanle  émigration  s'ótablit. 

A  l'état  normal,  l'exsudat  péritonéal  du  cobaye,  que  nous  prendrons 
pour  exemple,  ne  contient.que  de  rares  cellules,  des  lymphocytes,  peu 
de  polynucléaires,  quelques  éosinophiles  ;  aussi  la  ponction  de  la  paroi 
abdominale,  pratiquée  au  moyen  d'un  tul)e  de  verre  effilé  à  son 
extrémité,  ne  ramène-t-elle  qu'un  peu  de  liquide  incolore  presque 
transparent.  Peu  de  temps  après  l'injection  de  quelques  centimètres 
cubes  de  bouillon,  le  liquide  qu'on  extrait  est  très  limpide  ;  en  efTet, 
les  rares  cellules  présentes  à  l'origine  se  sont  déposées  sur  les  parois 
péritonéales.  Plus  tard,  au  bout  d'une  heure  environ,  les  polynucléaires 
émigrés  des  vaisseaux  font  leur  apparition  et  affluent  dans  l'exsudat 
en  abondance  croissante.  Après  quelques  heures,  leur  nombre  est  consi- 
dérable  et  l'exsudat  se  trouble  de  plus  en  plus.  Progressi vement,  il 
devient  de  plus  en  plus  épais,  le  liquide  tendant  à  se  concentrer  par 
résorption,  tandis  que  la  viscosité  augmente  d'autre  part  en  raison 
de  l'afflux  ininterrompu  des  cellules  ;  l'exsudat  prend  un  aspect  puru- 
lent.  Dans  les  premières  heures,  l'examen  microscopique  montre  les 
polynucléaires  en  immense  majorité,  mélés  à  des  mononucléaires  du 
sang  et  à  quelques  éosinophiles.  Mais,  ultérieurement,  de  nouvelles 
cellules  apparaissent,  qu'on  ne  rencontre  pas  dans  le  sang  normal. 
Ce  sont  de  grands  éléments,  trois  ou  quatre  fois  (parfois  méme  davan- 
tage)  plus  volumineux  que  les  polynucléaires  ;  ils  méritent  donc  le 
nom  de  macrophages  que  Metchnikoff  leur  a  donne  par  opposition  aux 
polynucléaires  qu'il  appelle  microphages.  Leur  noyau  unique  est  vési- 
culeux,  arrondi  ou  échancré,  se  colore  bien,  moins  fortement  toutefois 
que  ne  le  fait  le  noyau  des  polynucléaires,  par  les  couleurs  basiques 
telles  que  le  bleu  de  méthylène  ou  de  toluidine.  Leur  protoplasme, 
très  développé,  se  creuse  facilement  de  vacuoles  et  contient  générale- 
ment  des  débris  cellulaires.  Ils  se  forment  dans  les  organes  lymphoides, 
la  rate  et  surtout  Ics  ganglions;  probablement  méme  peuvent-ils  dériver, 
lors  de  l'inflammation,  des  endothcliums  lymphatiques  qui  prolifèrent 
et  se  mobilisent.  Le  lendemain  de  l'injection,  le  nombre  de  ces  macro- 
phages dans  l'exsudat  est  devenu  sinon  égal,  au  moins  comparable  à 
celui  des  polynucléaires.  Plus  tard,  ceux-ci  tendant  à  se  résorber.  Ics 
macrophages  deviennent  prépondérants  ;  peu  à  peu  le  nombre  des 
cellules  de  tonte  nature  diminue,  l'exsudat  devient  moins  trouble  et 
moins  visqueux,  reprend  progressivement  ses  caractères  normaux  et, 
après  quelques  jours,  tout  est  rentré  dans  l'ordre. 


174  riNFLAMMATION    ET   LA    PHAGOCYTOSE 

On  voit  donc  que  l'intervention  des  macrophages  est  plus  tardive 
que  celle  des  microphages.   Ceux-ci,  d'ailleurs,  se  trouvent  cn  grand 
nombre,  et  tout  préts,  dans  le  sang,  d'où  ils  n'ont  qu'à  émigrer.  Par 
contre,  la  plupart  des  macrophages    qui   interviennent  proviennent 
d'une  néoformation,  réalisée  au  cours  méme  de  l'inflammation,  par 
Ics  organes  lymphatiques.  Le  ròle  des  macrophages  est  terminal,  ce 
sont  eux  qui  remettent  les  choses  en  état  et  déblaient  le  terrain,  non 
seulement  en   phagocytant   des   particules   étrangères   s'il    cn    existc 
encore  à  l'état  libre,  mais  aussi  et  surtout  en  englobant  des  dcbris  de 
tout  genre,  des  cellules  avariées  et  notamment  les  polynucléaires  qui 
ont  souffert.  Aussi  la  simple  inspection  d'un  exsudat  recueilli  vingt- 
quatre  ou  trente-six  heures  après  l'injection  de  produits  microbiens, 
d'aleurone,  de  bouillon,  etc,  est-elle  du  plus  haut  intérét  pour  l'étude 
du  rétablissement  des  conditions  normales.  Si  l'injection  a  determinò 
un  peu  d'hémorragie,  on  trouve  des  macrophages  contenant  des  glo- 
bules  rouges.  Mais  ce  qu'on  observe  constamment,  ce  sont,  à  l'intérieur 
des  macrophages,  des  polynucléaires  à  divers  stades  de  digestion  intra- 
cellulaire.  Ces  éléments  sont  si.reconnaissables,gràce  àleur  protoplasma 
parsemé  de  granulations  neutrophiles  et  à  leur  noyau  découpé  et  bien 
colorable,  qu'on  peut  suivre  très  loin  le  processus  de  leur  destruction 
au  sein  du  protoplasme  macrophagique.  Un  méme  macrophage  peut  en 
englober  plusieurs  et  s'en  remplir,  son  protoplasme,  bien  qu'abondant^ 
suffisant  alors  à  peine  à  enserrer  ces  cellules  capturées  et  à  les  entourer 
complètement.    Lorsqu'il    vient    d'étre    saisi,    le    microphage    paraìt 
intact  et  on  ne  le  distingue  guère  de  ses  congénères  restés  libres  dans 
l'exsudat.   Progressivement,  son  protoplasme  est  attaqué,  il  semble 
diminuer  de  volume,  tandis  que  lentement  le  noyau  se  fragmente  en 
grumeaux,  qui  gardent  longtemps  leur  intense  colorabilité  ;  plus  tard, 
le  microphage  devient  méconnaissable,  son  contour  ne  se  distingue  plus 
du  protoplasme  ambiant  qui  le  dévore  ;  on  ne  retrouve  du  noyau  que 
quelques  points,  lesquels  fìnalement  disparaissent.  Les  macrophages 
sont  de  très  actifs  mangeurs  de  cellules,  ce  qui  ne  les  empéche  pas 
d'étre  très  aptes  aussi  à  englober  les  microbes.  S'ils  semblent  souvent, 
à  cet  égard,  inférieurs  aux  microphages,  c'est  que  l'afflux  de  ces  derniers 
est  beaucoup  plus  precoce,  de  telle  sorte  que  dans  de  nombreux  cas, 
la  capture  des  germes  est  chose  faite  au  moment  où  les  macrophages 
interviennent.  Mais  si,  pour  une  raison  quelconque,  la  phagocytose 
est  différée  jusqu'à  l'arrivée  en  nombre  des  macrophages,  ceux-ci  se 
montrent,  aussi  bien  et  parfois  méme  mieux  encore  que  les  microphages, 
capables  d'engager  la  lutte.  On  trouve  fréquemment  aussi  des  maci^o- 
phages  chargés  de  polynucléaires  ayant  eux-mémes  englobé  antérieu- 
rement  des  microbes.  Les  macrophages  sont  plus  aptes  que  les  micro- 
phages à  s'emparer  des  particules  inertes  telles  que  grains  de  carmin, 
de  sépia,  de  c^arbon  et  aussi  des  gouttelettes  de  graisse  (Ramond)  ; 
d'après  Rindfleisch,  les  macrophages  peuvent  intervenir  aussi  dans  la 


i:appaiìeil  PIIAGOCìTAUìE  it:» 

résorplion  dcs  tophi  gouttcux.  Nous  vcnons  de  lo  signalcr,  après  une 
injection  de  l)Ouill()n  le  processus  inflammatoire  retrocède  complète- 
ment  avi  bout  de  quelques  jours.  Il  est  superflu  de  dire  qu'il  n'en  va 
l>as  de  mème  si  la  cause  irritative  persiste,  si  par  exemple  on  a  intro- 
<luit  daris  la  cavitò  peritoneale,  au  lieu  de  bouillon  aisément  résorhal)le, 
(les  particules  indigestes,  des  corps  étrangers  solides.  Los  macrophages 
alors  manifcstent  la  remarquable  propriétc  de  se  réunir  en  fusionnant 
leurs  proioplasmes,  de  fagon  à  constituer  ce  qu'on  appelle  une  celluh; 
Ideante  multinucléée  ou  de  se  superposer  en  couches  auloiu  da  corps 
(■■tranger  ;  l'étude  histologique  de  ces  phénomènes,  qui  aljoutissent  à 
la  formation  d'enveloppcs,  a  étc  poursuivie  notamment  par  Canta- 
iizène  (1902).  D'autre  part,  le  tissu  conjonctif  excité  peut  s'hyper- 
plasier  pour  donner  naissance  à  des  membranes  ou  à  des  coques 
lilìreuses.  Au  surplus,  lorsqu'une  infection  n'est  pas  rapidement 
jugulée,  le  processus  qui  évolue  est,  dans  une  large  mesure,  sous  la 
(lépendance  des  propriétés  spéciales  du  microbe  considerò  ;  nous  y 
revicndrons  à  propos  des  relations  qui  s'établissent  entre  les  cellule» 
tt  les  virus. 

Signalons  encore,  pour  ce  qui  concerne  la  constitution  de  l'exsudat 
péritonéal  inflammatoire,  que  si,  au  lieu  d'introduire  des  microbes  tués 
ou  du  bouillon,  on  injecte  du  sang  ou  sérum  étranger  (par  exemple  du 
sérum  de  lapin  dans  le  péritoine  du  cobayc),  l'afflux  des  polynucléaires 
est  plus  discret  ;  on  obtient  un  exsudat  caractcrisé  par  une  prédomi- 
nance  considérable  des  mononucléaires  et  notamment  des  macrophages. 

L'inflammation  survenant  dans  le  tissu  sous-cutané  ou  dans  d'autros 
régions  encore  (telles  que  la  chambre  antérieure  de  l'ceil)  présente  des 
caractères  très  analogues  à  ceux  que  nous  venons  de  mentionner  ; 
nous  sommes  donc  dispense  d'insister.  Notons  cependant  que  le  péri- 
loine  et  la  piòvre  témoignent  d'une  sensibilité  exquise  vis-à-vis  des 
influencos  irritatives  et  sont  extrémement  propiccs  à  l'émigration  leu- 
cocytaire.  En  injectant  sous  la  peau  des  substances  aussi  anodine» 
que  le  bouillon,  on  n'obtiendrait  guère  d'exsudat,  le  liquide  se  résorbc- 
rait  sans  développer  de  réaction  intense.  Mais  on  provoque  facilement 
des  exsudats  inflammatoires,  sous  la  peau,  en  injectant  dcs  microbes 
ou  des  produits  microbiens,  et,  dans  ces  conditions,  des  abcèsse  consti- 
tuent  facilement.  A  vrai  dire,  lorsque  des  collections  leucocytaires  ont 
pu  se  former  dans  le  tissu  sous-cutané,  elles  disparaissent  cnsuite,  en 
general,  moins  aisément  qu'ellcs  ne  le  feraient  dans  le  péritoine.  Gràce 
h  l'cxtrèmc  richesse  de  sa  vascularisation  sanguine  et  lymphatique, 
la  cavitò  peritoneale  est  particulièrement  appropriòe  à  la  circulation, 
dans  les  deux  sens,  des  cellules  amiboides. 

Phagocytes  dans  les  muqueuses.  —  Meme  à  l'òtat  norma!,  en  de 
nombreux  points  de  l'organisme,  et  notamment  aux  abords  du  tube 
dip-ostif.  on  trnuvo  d(-s  hnicocytes  sortis  des  vaisseaux  et  disscminés 


176  VINFLAMMATION    ET    LA    PHAGOCYTOSE 

dans  les  tissus.  Les  amygdales,  les  plaques  de  Peyer,  fournissent 
aussi  de  nombreux  phagocytes.  Ils  peuvent  s'insinuer  à  travers 
les  muqueuses  et  parvenir  ainsi  à  la  surface  de  l'épithélium.  Ghemin 
faisant,  ils  englobent  les  microbes  qui  ont  réussi  à  franchir  cette  bar- 
rière épithéliale  (Ruffer)  ;  c'est  ce  qu'on  constate  notamment  au 
niveau  de  l'intestin,  des  amygdales,  etc.  Stoehr,  notamment,  a  attirò 
l'attention  sur  le  phénomène  de  continuelle  migration  des  leucocytes. 
Dans  certaines  angines  légères,  où  l'amygdale  est  rouge  et  gonflée, 
mais  non  ulcérée,  on  observe  souvent  unenduit  crémeux  qui,  tapissant 
la  muqueuse,  est  forme  de  nombreux  polynucléaires  émigrés  et 
mélangés  au  germe  pathogène,  lequel  est  fréquemment  le  streptocoque. 
Ainsi  se  réalise  une  incessante  protection  contre  l'intrusion  microbienne; 
n'était  la  vigilance  des  phagocytes  qui,  à  chaque  instant,  écarte  le 
danger,  des  phénomènes  d'infection  surviendraient  pour  ainsi  dire 
constamment.  Les  voies  respiratoires  sont  également  protégées. 
Notamment,  les  macrophages  qu'on  trouve  dans  le  mucus  bronchiquo 
et  les  alvéoles  pulmonaires,  et  qui  s'emparent  des  poussières  de  suie 
par  exemple,  procèdent  à  un  soigneux  nettoyage  ;  ils  sont  capables  au 
surplus   d'englober  des   bactéries   ou   des   globules   rouges   (Briscoe). 

Phagocytes  fixes.  —  Outre  les  cellules  migratrices,  il  existe  des 
phagocytes  fixés  dans  les  tissus.  Tels  sont  les  éléments  endothéliaux 
qui  tapissent  les  capillaires  sanguins  du  foie.  Ces  cellules,  décrites  tout 
d'abord  par  Kupfler,  émettent  de  volumineux  pseudopodes  et  peuvent 
ainsi  opérer,  sur  diverses  particules  entralnées  par  le  courant  sanguin, 
une  phagocytose  que  la  lenteur  de  la  circulation  hépatique  favorise, 
Notamment,  on  trouve  dans  leur  protoplasme  des  débris  de  globules 
rouges,  et,  en  cas  d'infection  du  sang,  des  microbes.  Elles  ressemblent 
beaucoup  aux  macrophages  (1).  La  pulpe  splénique  contient  de  nom- 
breux phagocytes  mononucléaires  renfermant  souvent  des  globules 
rouges  et  qui  interviennent  activement  dans  certaines  infections  telles 
que  la  fièvre  récurrente.  Les  ganglions  lymphatiques  contiennent  des 
éléments  analogues  ;  en  cas  d'inflammation,  les  divers  organes  lymr.» 
phoides  mettent  d'ailleurs  en  liberté  d'abondants  macrophages,  de 
méme  qu'ils  fabriquent  des  polynucléaires.  Les  myéloplaxes  de  la 
moelle  osseuse  sont  également  des  phagocytes  ;  ils  englobent  souvent 
des  polynucléaires,  Rappelons  enfm  que  dans  certaines  circonstances, 
et  notamment  au  cours  des  métamorphoses  et  de  certaines  dégénéres- 
cences,  divers  protoplasmes,  le  sarcoplasme  des  faisceaux  musculaires, 
par  exemple,  ou  méme  des  cellules  d'origine  conjonctive.,  peuvent 
manifester  l'activité  phagocytaire. 

(  1  )  Elles  seraient  méme,  d'après  certains  auteurs,  non  pas  des  cellules 
endothéliales,  mais  des  macrophages  qui  se  sont  arrétés  et  se  sont  accolés 
à  la  paroi  capillaire. 


Pl{OPniÈTf:S  PJIYSIOLOGJQUES  DES  PirAGOCYTI-S     177 


PROPRIETES  PHYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES 

Eri  leur  qualité  de  cellules  librcs,  conservant  assez  longtomps  leur 
vitalité  en  dohors  de  l'organismc,  les  léucocytes  se  prétent  bien,  tant 
in  vilro  (ju'i'/i  vivo,  à  l'étude  physiologiquc. 

Mobilité.  —  Lorsqu'il  s'agit  d'animaux  à  sang  froid,  tels  que  la 
grenouille,  on  peut  suivre  le  mouvcment  amiboide,  sous  le  microscope, 
à  la  temperature  de  la  chambre,  en  placant  en  chambre  humide  une 
gouttelette  de  lymi)he  retirée  du  sac  lymphatique.  Lorsqu'il  s'agit  de 
vertébrés  supérieurs,  il  faut  naturellement  faire  l'observation  à  une 
temperature  voisine  de  37°  ;  les  exsudats  péritonéaux  de  cobayes  pré- 
parés  la  velile  par  une  injection  de  bouillon  conviennent  fort  bien  ; 
les  léucocytes  qu'ils  renferment  sont  très  actifs  et  en  pleine  vitalité  ; 
en  vue  de  rendre  l'exsudat  moins  visqueux  et  de  faciliter  ainsi  le  mou- 
vcment amiboide,  il  est  bon  de  diluer  l'exsudat  avec  un  peu  de  solution 
physiologiquc  de  NaCl.  On  constate  ainsi  le  lent  mouvement  du  pro- 
toplasme,  l'émission  de  pseudopodes  rayonnants  qui  rampent  le  long 
de  la  surface  du  verre,  parfois  courts  et  presque  globuleux  comme  des 
bourgeons,  parfois,  chez  les  polynucléaires  surtout,  très  effilés  et  appa- 
raissant  comme  de  minces  tratnées  de  protoplasme  ramifié.  On  les 
volt  aussi,  à  certains  moments,  faire  retour  sur  eux-mémes  et  rejoindre 
par  rétraction  la  masse  de  l'élément.  Meme  lorsque  les  exsudats  ont 
été  conservés  assez  longtemps,  un  jour  par  exemple,  à  basse  tempera- 
ture, les  léucocytes  peuvent  reprendre  leurs  mouvements  lorsqu'on 
les  reporte  à  l'étuve.  Ils  tolèrent  dans  une  certaine  mesure  aussi  les 
lavages  et  centrifugations  à  la  solution  physiologiquc  ou  à  la  solution 
de  Ringer  ;  ces  manceuvres  toutefois,  lorsqu'elles  sont  répctées,  sont 
nettement  préjudiciables  à  la  vitalité  des  cellules. 

Sensibilité  au  contact.  — ■  Les  léucocytes  manifestent  divers  genres 
de  sensibilité.  Ils  sont  sensibles  au  contact  des  surfaces  solides  (Massari 
et  Bordet,  1890),  ce  qui  leur  permet  d'imprimer  aux  mouvements 
protoplasmiques  et  à  la  poussée  des  pseudopodes  la  direction  la  plus 
favorable,  soit  à  l'émigration  dans  les  intersticcs  cellulaires,  soit  à 
l'englobement.  Il  est  superflu  d'y  insister,  ce  mode  de  sensibilité  est 
la  condition  sine  qua  non  de  tels  actes.  Les  anesthésiques  qui  abolissent 
la  sensibilité  tactile  empéchent  l'émigration  des  léucocytes  (Massart 
et  Bordet,  Cantacuzène). 

Chimiotaxisme.  -r-  Un  autre  mode  de  sensibilité,  fort  important 
pour  la  compréhension  de  l'infection  et  de  l'immunité,  c'est  le  chimio- 
taxisme. L'aptitude  à  percevoir  la  présence  de  certaines  substances 
L'immunité,  12 


178  UINFLAMMATION   ET   LA    PHAGOCYTOSE 

est,  on  le  sait,  une  propriété  essentiellc  de  la  matièrc  vivante  ;  on  en 
connalt  des  exemples  décisifs,  offerts  par  les  étres  Ics  plus  divers. 
Pfeffer  a  démontré  que  les  spermatozoìdes  de  fougères  ressentent  la 
présence  de  l'acide  malique  sécrété  par  les  organes  femelles  ;  guidés  par 
cette  perception,  ils  se  dirigent  vers  le  point  où  l'acide  malique  est 
le  plus  concentrò  et  parviennent  ainsi  à  leur  but.  Le  méme  botaniste 
a  constate  l'attraction  exercée  sur  divers  flagellés  par  la  peptone, 
l'asparagine.  Les  euglènes  sont  fortement  attirés  par  l'oxygène,  la 
sensibilité  à  ce  gaz  est  d'ailleurs  très  répandue.  Les  microorganismes, 
tant  bactéries  que  protistes,  répandus  dans  un  liquide  nutritif ,  tendent 
à  se  piacer  à  une  distance  de  la  surface  libre,  en  contact  avec  l'atmo- 
sphère,correspondant  à  leurs  besoinsen  oxygène  dissous  ;  ils  recherchent 
l'optimum  de  concentration  (1),  La  sensibilité  aux  substances  chi- 
miques  n'a  pas  toujours  comme  conséquence  une  attraction,  elle  deter- 
mino parfois  une  répulsion  (chimiotaxisme  négatif).  C'est  ce  qui  résulte 
du  reste  de  ce  qui  vient  d'ètre  dit  :  si,  attirés  par  l'oxygène,  certains 
étres  vivants  qui  s'approchent  de  la  surface  ne  cherchent  cependant 
pas  à  l'atteindre  et  se  maintiennent  à  quelque  distance,  c'est  que  trop 
d'oxygène  les  repousse.  Stahl  a  montré  que  les  plasmodes  de  myxo- 
mycètes  portés  au  contact  de  solutions  salinesou  sucrées  trop  concen- 
trées  s'en  éloignent.  On  peut,  à  vrai  dire,  les  accoutumer  à  tolérer  des 
concentra tions  assez  élevées.  D'après  Jennings,  l'anhydride  carbo- 
nique  attire  ou  éloigne  les  paramécies,  selon  qu'il  se  trouve  en  concen- 
tration faible  ou  forte  ;  les  alcalis  les  repoussent.  Beaucoup  d'étres 
vivants  sont  attirés  par  les  solutions  nutritives  qui  leur  conviennent. 
On  congoit  combien  ces  propriétés  doivent  intervenir  dans  l'accom- 
plissement  des  divers  actes  nécessaires  à  la  vie.  Il  est  fort  probable 
qu'elles  guident  les  parasites  dans  leur  localisation  et  expliquent  au 
moins  en  partie  l'organotropie.  Les  sporozoites  du  parasite  malarique 
se  dirigent  vers  les  glandes  salivaires  du  moustique,  puis,  inoculés  par 
celui-ci,  pénètrent  dans  le  globule  rouge. 

Les  leucocytes  percoivent  la  présence  de  produits  microbiens  et  très 
fréquemment  sont  attirés  par  eux.  Leber,  en  1888,  avait  constate 
que  de  nombreux  leucocytes  affluent  vers  une  substance  provenant 
des  cultures  de  staphylocoque,  et  que  l'on  introduit,  chez  le  lapin,  dans 
la  chambre  antérieure  de  l'oell.  En  1890,  Massart  et  Ch.  Bordet  sou- 
mettent  la  question  du  chimiotaxisme  leucocytaire  à  une  étude  systé- 


(1)  Par  exemple,  si  Fon  remplit  un  tube  capillaire  en  verre  d'une 
infusion  putréflée  de  végétaux  dans  l'eau  de  mar,  on  est  frappé  de  voir 
que  d'innombrables  bactéries  de  méme  espèce  (il  s'agit  d'une  sorte  de 
spirine)  se  placent,  aux  deux  bouts  du  tube,  à  une  distance  égale,  d'ail- 
leurs assez  notable,  de  l'orifice  ;  ils  s'agglomèrent  en  une  couche  com- 
pacte  et  linéaire,  parallèle  à  la  surface  libre.  Les  Infusoires,  plus  avides 
d'oxygène,  se  maintiennent  de  prèférence  entre  celle-ci  et  l'amas  des 
bactéries. 


PIÌOPIÌIÈTÉS  PIIYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     179 

matique.  Des  tubes  capillaires,  remplis  les  uns  de  liquide  de  culture 
zion  ensemcncé,  les  autres  de  liquide  identiquc  sauf  que  des  miciobes 
(staphylocoque,bacilletyphiquc,coccobacilleducholérade8poules,etc,) 
s'y  sont  développés,  sont  insérés  sous  la  peau  d'une  grenouille.  On 
les  retire  quelques  heures  plus  tard  et  l'on  constate  que  les  tubes  con- 
tenant  le  liquide  stèrile  ne  présentent  rien  de  particulier,  tandis  que 
oeux  où  des  produits  microbiens  ont  été  introduits  présentent  vers  leur 
orifice  une  bourrc  compacte  et  bianche  obturant  la  lumière  du  tube 
sur  une  longueur  assez  grande,  et  qui,  extraite  et  examinée  au  micro- 
scope, se  montre  constitu(k^  d'innombrables  leucocytes.  Aucun  afflux 
de  leucocytes  dans  le  tube  ne  s'observe  si  l'animai  est  anesthésié  par 
la  paraldéhyde.  En  trop  forte  concentra tion,  les  produits  microbiens 
exercent  parfois  une  influence  opposée  :  ils  repoussent  les  leucocytes, 
tandis  qu'ils  les  attirent  lorsqu'ils  sont  convenablement  dilués.  Il 
existe  dono  un  «  chimiotaxisme  négatif  ».  Les  débris  cellulaires  attirent 
aussi  les  leucocytes,  ce  qui  explique  l'cnglobcment  des  tissus  trauma- 
tisés.  Farmi  les  produits  du  mctabolisme  azoté,  la  leucine  exerce 
une  attraction  très  nette,  Des  expériences  analogues  réalisées  ultérieu- 
rement  par  Gabritchewsky  sur  les  cobayes  ou  les  lapins  conduisirent 
aux  mémes  constatations.  La  salive,  toujours  très  riche  en  microbes, 
attire  violemment  les  leucocytes  (liugenschmidt)  ;  nul  doute  que  ce  fait 
n'intervienne  pour  rcndre  compte  de  la  défense  leucocytaire  assidue 
doni  la  cavitò  buccale  est  le  siège,  et  gràce  à  laquelle  les  pénétrations 
microbiennes,  si  fréquemment  occasionnées  dans  cette  région  par  de 
légers  traumatismes,  n'ont  pas,  en  general,  de  fàcheuses  conséquences. 

Les  manchons  de  leucocytes  qui  se  constituent  dans  les  tubes  capil- 
laires remplis  de  produits  microbiens  et  insérés  dans  le  péritoine  de 
cobayes  ou  de  lapins  sont  formés  essentiellement  de  polynucléaires  ; 
parmi  les  diverses  variétés  de  leucocytes,  ces  éléments  sont  donc  les 
plus  sensibles  à  l'influence  attractive. 

Il  y  a  lieu  de  penser  que  ces  deux  facteurs,  ralentissement  de  la  cir- 
culation  résultant  de  la  congestion  vasculaire,  chimiotaxisme  positif* 
intervionnent  simultanément  pour  assurer  l'émigration  et  l'afTlux 
leucocytaire  aux  régions  infectées.  On  pourrait  objecter  qu'une  simple 
injection  intrapéritonéale  de  solution  physiologique  de  NaCl,  qui  sùre- 
ment  ne  contient  aucunc  substance  attractive,  suffit  à  provoquer 
l'alTlux  des  leucocytes  :  il  semble  que  cette  abondante  émigration 
dépende  uniquement  de  l'influence  irritative  légère  agissant  sur  les 
vaisseaux  pour  les  congestionner.  Mais  il  est  probable,  à  vrai  dire,  que 
le  liquide  injecté  détermine  dans  le  péritoine  quelque  lésion  cellulaire 
et  que  les  éléments  endommagés  mettent  en  liberté  des  produits 
attractifs.  D'ailleurs,  lorsqu'il  s'agit  de  microbes  doués  d'une  virulence 
extréme,  dont  les  produits  repoussent  les  leucocytes  au  lieu  de  les 
attirer,  on  peut  constater,  au  point  d'inoculation,  une  congestion  vascu- 
laire manifeste  ne  s'accompagnant  pas  d'émigration  :  il  se  forme  dans 


180  L'INFLAMMATION    ET   LA    PHAGOCYTOSE 

ces  cas  un  cederne  presque  limpide.  Il  est  rationnel  de  penser  que 
certaines  sécrétions  microbiennes  peuvent  diffuser  jusque  dans  les 
capillaires,  et  y  impressionner  les  leucocytes,  soit  poiir  les  attirer,  soit 
ponr  les  éloigner. 

Pour  étre  guidés  par  le  cbimiotaxismc  vers  un  point  déterminé, 
il  est  nécessaire,  cela  va  sans  dire,  que  les  leucocytes  n'aient  pas  res- 
senti  déjà  le  contact  de  la  substance  attractive,  ou  tout  au  moins  que 
celle-ci  se  trouve,  à  cet  endroit,  en  abondance  notablement  plus  grande. 
Les  spermatozoidcs  de  fougères  ne  pénètrent  dans  des  tubes  contenant 
une  solution  d'acide  malique  qu'à  la  condition  d'étre  plongés  dans  un 
liquide  exempt  de  ce  produit  ou  ne  le  renfermant  qu'à  un  état  de  con- 
centration  très  inféricure.  Lorsqu'on  insère  sous  la  peau  d'un  lapin 
normal  un  petit  tube  contenant  des  produits  pyocyaniques,  les  leuco- 
cytes venant  du  sang  y  pénètrent  ;  mais  le  phénomène  ne  s'observe 
pas  si  le  lapin  vient  de  rcccvoir  une  injection  intraveineuse  des  mémes 
produits  microbiens  (Bouchard).  On  constate  d'ailleurs  que,  dans  ces 
conditions,  le  sérijm,  place  en  tul»e,  attire  les  leucocytes  d'un  lapin  nor- 
mal (Massart  et  Bordet).  On  le  congoit,  il  peut  arriver,  au  cours  de 
l'infection,  que  les  leucocytes  soient  simultanément  sollicités  vers  plu- 
sicurs  centres  d'appel  et  que  des  diversions  se  produisent.  Ouand  on 
injecte  dans  l'articulation  du  genou  des  produits  microbiens,  on  cons- 
tate l'afllux  leucocytaire.  Mais  l'attraction  est  notablement  moins  pro- 
noncée  si  des  matières  identiques  ont  été  tout  d'abord  introduites 
dans  la  circulation  (Burger  et  Dold,  1914).  On  congoit  ainsi  la  réper- 
cussion  d'un  foyer  sur  un  autre.  La  notion  qu'une  cellule  ne  peut  guère 
répondre  à  l'application  nouvelle  d'un  excitant  chimique  qui  s'est 
déjà  largement  diffuse  dans  l'organisme  est  vraie  sans  nul  doute  aussi 
pour  d'autres  éléments  figurés  participant  à  l'inflammation,  notam- 
ment  pour  l'endothélium  capillaire  commandant  la  congestion  locale. 
Rappelons  à  ce  propos  Ics  faits  cités  déjà  dans  l'apergu  general  :  par 
exemple  (Levaditi),  l'insertion  à  la  peau  de  streptocoques  tués  ne  déve- 
loppe  pas  de  réaction  cutanee  chez  les  sujets  infectés  de  strepto- 
coque. 

L'englobement.  — -  Mobilité,  sensibilité  tactile  et  chimiotaxisme, 
telles  sont  les  propriétés  fondamentales  qui  permettent  aux  leucocytes 
de  réaliser  l'englobement.  Celui-ci  peut  alTecter  des  particules  de  nature 
très  diverse,  particules  minérales  ou  organiques  inertes,  poudre  de 
charbon,  de  carmin,  etc,  ccllules  variées,  microbes,  etc,  qu'il  s'agisse 
de  corpuscules  immobiles  comme  les  globules  rouges  et  les  spores,  ou 
d' éléments  mobiles  cornine  de  nombreux  microbes  ou  les  spermato- 
zoidcs. En  règie  generale,  nous  l'avons  signalé  déjà,  les  cellules  ani- 
males  et  les  particules  inertes  sont  absorbées  de  préférence  par  les 
macrophàges,  qui  d'ailleurs  ne  dédaignent  pas  les  bactéries,  les  micro- 
pbages  s'adressant  surtout  aux  microbes,  vivants  ou  morts.  La  phago- 


PROPRIÉrÈS  PHVSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     l8l 

cytosc  d'élémenls  inobiles  et  de  laille  assez  grande,  celle  des  trypano- 
somes  ou  des  spermatozoides,  par  exemple,  est  particulièrement  inté- 
ressante à  suivre.  Saisis  par  l'une  de  leurs  extrémités,  ils  sont  Icnto- 
ment  incorporés,  la  partie  encore  libre  se  débattant  vivement  et  témoi" 
gnant  ainsi  de  la  résistance  opposée  à  l'englobement. 

On  obtient  de  fort  bellcs  préparations  de  phagocytosc  en  colorant 
l'exsudat  extrait  après  injection  intrapéritonéale  de  microbes  inoffen- 
sifs  ou  faiblement  pathogènes  à  des  animaux  ayant  regu  la  veille,  dans 
la  mème  région,  une  injection  de  bouillon.  En  raison  du  nombre  enorme 
de  phagocytes  présents,  et  de  leur  grande  activitc,  la  phagocytose 
s'accomplit  dans  ces  conditions  avec  une  surprcnante  promptitude. 
En  ponctionnant  l'animai  à  divers  intervalles,  on  peut  suivre  le  pro- 
cessus  et  assister  notamment  aux  diverses  phases  de  la  digestion  intra- 
cellulaire.  Il  va  sans  dire  que  les  choscs  ne  se  passent  de  ccttc  fagon 
que  si  le  microbe  employé  n'est  pasdoué  d'une  virulence  extréme  pour 
l'animai  en  expérience,  car  les  infections  dangereuses  se  caractérisent 
précisément  par  le  développement  d'influences  susceptibles  d'entra  ver 
la  phagocytose  ou  de  compromettre  scs  elTets  protecteurs. 

Lorsqu'après  une  injection  microbienne  on  examine  l'exsudat  inflam- 
matoire,  on  est  vivement  frappé  de  ce  fait  qu'il  existe  entre  les  Icuco- 
cytes  des  dilTérences  individuelles  très  prononcées  quant  à  l'aptitude 
phagocytaire.  Des  cellules  tout  à  fait  semblables  d'aspect,  des  poly- 
nucléaires  par  exemple,  se  comportent  très  diversement  :  les  unes  ne 
participent  pas  à  l'englobement  ou  n'absorbent  qu'un  petit  nombre 
de  germes,  d'autres  se  gorgent  de  microbes  au  point  d'en  étre  véritable- 
ment  bourrées  et  de  ne  pouvoir  les  digérer. 

Une  technique  très  commode,  beaucoup  employée  par  Bordet, 
Denys  et  Leclef  (1895),  puis  par  Wright  et  ses  colla  bora  teurs,  consiste 
à  provoquer  la  phagocytose  in  viiro,  en  utilisant  les  exsudats  périto- 
néaux  si  richcs  en  leucocytes  actifs  que  fournissent  les  animaux  pré- 
parés  la  veille  p^r  une  injection  de  bouillon.  Si  l'on  désire  exclure  de 
l'expérience  l'influence  éventuelle  des  principos  en  solution  dans  la 
partie  liquide  de  l'exsudat,  on  peut  laver  les  cellules  à  la  solution  phy- 
siologique  (1).  On  ajoute  à  des  gouttelettes  de  la  suspension  leucocytaire 
une  trace  d'émulsion  microbienne,  obtenue  par  raclage  d'une  culture 
sur  gelose  et  délayagc  dans  la  solution  physiologiquc  ;  la  lamelle  por- 
tant  le  mélange  est  retournée  sur  lame  creuse  lutee  à  la  vaseline,  la 
goutte  suspendue  se  trouvant  ainsi  en  chambre  humide  et  à  l'abri  de 
l'évaporation  ;  on  porte  ensuite  à  l'étuve.  Sans  grande  dépense  d'ani- 
maux,  et  avec  une  minime  provision  d'exsudat,  on  peut  de  la  sorte 


(1)  Pour  les  expéricnces  de  phagocytose  in  vitro,  Sawtchcnko  recom- 
niande,  de  préférence  à  la  solution  physiologique  de  NaCl  pur,  une  solu- 
tion analogue  à  celle  de  Loctie  et  qui  conticiiL  :  eau,  100;  CaCF,  0,028 ; 
KCl,  0,042;  CO^NalI,  0,015  ;  NaCl,  0,9. 


182  VINFLAMMATION   ET   LA    PHAGOCYTOSE 

faire  de  nombreuses  préparations  et  obssrver  en  peu  de  temps  l'en- 
globement  des  microbes  les  plus  divers. 

Influence  de  poisons  et  de  substances  diverses.  —  Capables 
d'englober  des  éléments  très  variés,  les  phagocytes  ne  refusent  pas 
systématiquement  les  particules  toxiques.  On  doit  à  Besredka  d'inté- 
ressantes  recherches  sur  le  sort  d'un  compose  peu  soluble,  le  trisulfure 
d'arsenic,  injecté  en  suspension  dans  l'organisme.  L'inoculation  intra- 
péritonéale  détermine  un  afiflux  leucocytaire  manifeste.  Les  macro- 
phages  s'emparent  des  granulations  arsenicales  et  les  emmagasinent, 
préservant  ainsi  les  organes  du  contact  de  cet  agent  nocif.  A  vrai 
dire,  peu  à  peu  Ics  grains  englobés  se  dcsagrègent  et  disparaissent, 
mais  cette  dissolution  s'opère  lentement,  tandis  que  d'autre  part  le 
poison  est  eliminò  par  les  urines.  Dans  ces  conditions,  l'empoisonne- 
ment  des  tissus  ne  se  produit  que  d'une  fagon  ménagée,  car  il  s'espace 
sur  un  laps  de  temps  très  prolongé  ;  la  phagocytose  joue  ainsi  un  róle 
protecteur  manifeste.  Lorsque  la  réaction  phagocy taire  vis-à-vis  du 
trisulfure  est  entravée  par  le  fait  de  l'injection  antérieure  de  poudre 
de  carmin  qui  encombre  les  phagocytes,  le  compose  arsenical,  n'étant 
plus  mis  en  lieu  sur,  développe  plus  aisément  ses  redoutables  effets  : 
l'animai  meurt  sous  l'influence  de  doses  que  normalement  il  aurait 
tolérées.  D'autre  part,  si  4'on  injecte  le  trisulfure  dans  un  péritoine 
preparò  par  le  bouillon  et  par  conséquent  très  riche  déjà  en  leucocytes, 
la  résistance  au  poison  est  notablement  plus  prononcée.  Besredka  a 
démontré  en  outre,  par  l'analysc  chimique,  que  les  leucocytes  par- 
viennent  à  s'emparer  méme  de  composés  arsenicaux  solubles  (arsénite 
de  potassium)  qui  s'accumulent  en  eux.  Au  surplus,  on  savait  antérieu- 
rement  déjà  que  les  phagocytes  peuvent  absorber  des  substances  miné- 
rales  solubles,  telles  que  des  sels  de  fer  (Stender,  Samoìloff  et  Lipsky), 
que  l'on  retrouve  dans  les  leucocytes,  tant  mononucléaires  que  poly- 
nucléaires,  les  cellules  endothéliales  du  foie,  les  macrophages  de  la 
pulpe  splénique.  Des  recherches  relatives  aux  sels  d'argent,  de  plomb 
(Carlo),  de  mercure,  ont  conduit  à  des  constatations  analogues.  Pour 
les  alcaloìdes,  il  convient  de  mentionner  les  expériences  de  Galmette  : 
ce  savant  a  montré  que  l'atropine  injectée  dans  le  sang  se  retrouve  en 
majeure  partie  dans  les  leucocytes.  Geux-ci  peuvent  absorber  aussi 
certaines  endotoxines. 

Gomme  il  faut  s'y  attendre,  la  fixation  sur  les  phagocytes  s'observc 
également  lorsqu'il  s'agit  de  matières  qui  leur  sont  éminemment  nui- 
sibles,  et  méme  les  détruisent,  telles  que  les  leucocidines  bactériennes  (1). 

(1)  Ainsi  les  Icucocyies  absorbent  la  leucocidine,  et  aussi  l'hémolysine, 
produitcs  par  le  staphylocoquc  ;  il  est  probable  au  surplus  qu'en  réalité 
ces  deux  substances  n'en  font  qu'une  (Gengou).  Les  leucocytes  absorbent 
aussi  l'hémolysine  tétanique,  mais  non  la  toxinc  tétanique  proprement 
dite  (Mancini,  1910),  laquelle,  on  le  sait,  agii  sur  lo  système  nerveux. 


PliOPlllÉTÉtS  l'Jl  ySiOLOGlQUES  DEtS  l'JIAGUC  \  TES     183 

Il  va  sans  dire  qu'il  ne  s'agit  plus  ici  d'un  acte  d'englobement  ayant 
une  signi fìcation  protectrice,  sauf  cettc  réserve  tonte  naturelle  que  les 
cellulcs  absorbant  le  poison  représentent  des  victimes  servant  de  bou- 
cliers  à  leurs  congcnères  ;  cette  rcmarque  s'applique  d'ailleurs  aussi  à 
d'autres  éléments  cellulaires  ;  Ics  globules  rouges,  par  exemple,  lors- 
qu'ils  rencontrent  une  hémolysine,  l'absorbent  passivement,  parce  que 
certains  de  leurs  constituants  chimiques  manifestent  de  l'aflinité  pour 
elle. 

Aussi  sera-t-il  nécessaire,  d'une  fagon  generale,  lorsqu'il  s'agit  de 
poisons  solubles,  avant  d'interpréter  la  fixation  par  les  phagocytes  dans 
le  sens  d'une  défense  de  l'organisme,  de  rechercher  si,  à  l'inverse  de  la 
capture  de  particules  solides,  cette  absorption  n'est  pas  réalisée  aussi 
bien  par  des  cellules  mortes  que  par  des  cellules  vivantes,  et  si  elle  ne 
trahit  pas  siraplement  la  nocivité,  pour  ces  éléments,  de  la  substance 
considérée. 

Les  leucocytes  sont  à  vrai  dire  remarquablement  résistants  à  divers 
poisons  dangereux  pour  d'autres  cellules.  Par  exemple,  ils  peuvent 
phagocyter  encore  après  avoir  été  mis  en  contact  avec  la  toxine  diphté- 
rique,  ainsi  que  Bordet  a  pu  s'en  assurer  gràce  à  la  technique  de  la 
phagocytose  in  viìro  (1).  Get  auteur  (1896)  a  opere,  d'autre  part,  sur 
diverses  substances  médicamenteuses.  Si  l'on  mele  à  de  l'exsudat 
riche  en  leucocytes  (obtenu  par  ponction  du  péritoine  d'un  cobaye 
injecté  au  préalable  de  bouillon),  partie  égale  environ  de  solution  phy- 
siologique  contenant  1  à  2  p.  100  de  cblorhydrate  de  morphine,  ou  1  à 
2  p.  100  d'antipyrine,  ou  1  à  2  p.  1  000  de  cblorhydrate  de  cocaine 
ou  d'atropine,  et  si,  après  un  contact  de  deux  à  trois  heures,onajoute 
un  peu  d'une  émulsion  microbienne,  on  constate  que  la  mobilitò  ami- 
boide  persiste  et  que  la  phagocytose  s'effectue.  La  cocaine  et  l'atropine, 
à  dose  plus  élevée  (1  p.  100),  provoquent  des  lésions.  Mémeà  faibledose» 
la  quinine  est  fort  toxiquc  (2)  :  l'exsudat,  mélange  à  volume  égal  de 
solution  de  cblorhydrate  de  quinine  à  1  p.  1  000,  ne  contient  bientòt 
plus  que  des  leucocytes  incapables  d'opérer  la  phagocytose.  Bordet  a 
reconnu  encore  que  les  leucocytes  tolèrent  assez  bien  l'augmentation 
de  concentration  saline.  Si  l'on  mélange  l'exsudat  à  volume  égal  de 
solution  de  Na(U  à  2  p.  100,  la  motilité  persiste,  ainsi  que  la  faculté 
d'ingérer  les  microbes.  Si  l'on  emploie  la  solution  à  3  p.  100,  les  mou- 
vements  sont  abolis,  mais  ils  reparaissent  par  dilution  ultérieure.  Si 
l'on  met  en  jeu  une  solution  de  sei  marin  plus  concentrée  (4  à  5  p.  100) 


(1)  La  toxine  cholérique  (tuant  le  cobaye  à  la  dose  de  Q^^,b  et  mème 
moiiis),  est  aussi  assez  bien  supportée,  surtout  si  l'on  a  soin  de  neutra- 
lisor  au  próalabie  la  réaction  alcaline  tròs  intense  ({ue  ce  liquide  présente. 
Quant  aux  venins  des  serpents  et  des  araignéos,  ils  dótruisent  les  leuco- 
cytes (Flexner  et  Noguchi,  Belonowski). 

(2)  La  quiuiuc  tue  aussi  les  iafusoircs. 


184  VINFLAMMATION    ET   LA    PHAGUCì  TOSE 

on  observe  chez  les  leucocytes  polynucléaires  (on  sait  que  cette  appel- 
lation  est  impropre)  une  curieuse  modification  :  les  dii^érentes  pièces 
qui  constituent  le  noyau  se  réunissent  de  fagon  à  constituer  un  noyau 
compact,  de  forme  arrondie  ;  parfois  la  réunion  n'est  pas  complète, 
et  l'on  trouve,  au  lieu  du  noyau  fragmenté  primitif,  deux  corps  arrondis. 
Cette  constatation  met  en  relief  la  plasticité  du  noyau  chez  les  micro- 
phages  ;  il  se  découpe  aisément,  mais  les  segments  d'autrepartpeuvent 
s'accoler  et  reconstituer  une  masse  à  contour  régulier. 

Malgré  certaines  exceptions,  dont  la  quinine  offre  un  exemple  remar- 
quable,  il  paraìt  bien  certain  que  les  leucocytes  tolèrent  le  contact  de 
nombreuses  substances  nuisibles  pour  d'autres  catégories  de  cellules. 
Joint  à  leur  tendance  si  manifeste  à  l'absorption,  ce  caractère  leur 
assigne  incontestablement  un  ròle  très  réel  dans  la  protection  contre 
les  poisons.  Il  est  méme  légitime  de  penser  que  diverses  substances, 
dont  l'injection  est  inoffensive,  se  comporteraient  comme  des  poisons, 
si  les  phagocytes  n'étaient  pas  doués  du  pouvoir  de  les  happer  au  pas- 
sage,  de  mème  que  de  nombreuses  bactéries  sont  dénuées  de  pouvoir 
pathogène  précisément  parce  que  les  phagocytes  les  maìtrisent  aisé- 
ment. Mais,  de  méme  encore  que  ceux-ci  n'englobent  pas  indistincte- 
ment  toutes  les  espèces  de  germes,  ce  qui  précisément  permet  à  certains 
microbes  de  se  montrer  redoutables,  de  méme  ils  n'entrent  pas  en 
réaction  avec  tous  les  produits  d'origine  microbienne.  Ainsi  (au  moins 
chez  les  animaux  sensibles  qui  ont  été  étudiés  à  ce  point  de  vue),  ils 
n'entrent  pas  en  réaction  avec  la  toxine  diphtérique  (1)  (Stenstrom)  et 
n'absorbent  que  faiblement  la  toxine  tétanique  (Pettersson)  ;  au  sur- 
plus, s'ils  s'emparaient  avidement  de  ces  principes,  il  est  éminemment 
probable  que  ceux-ci  seraient  dénués  de  toxicité,  car  ils  ne  pourraient 
atteindre  l'élément  nerveux  si  réceptif.  Rappelons  à  ce  propos  que  de 
nombreux  poisons  microbiens  sont  plus  dangereux  lorsqu'on  les  ino- 
cule  par  trépanation  ;  il  en  est  de  méme  de  la  morphine  (Roux  et  Dor- 
rei) et  aussi,  chez  le  lapin,  de  l'atropine.  Get  animai,  normalement  fort 
résistant  à  ce  poison,  succombe  lorsqu'on  lui  introduit  sous  les  mé- 
ninges  la  centième  partie  d'une  dose  qui,  injectée  dans  la  circulation, 
est  bien  tolérée  (Calmette).  L'arsenic  a  donne  lieu  à  des  constatations 
analogues  (Besredka);  nous  avons  cité  dans  l'Apergu  general  les  faits 
relatifs  à  la  poule  et  à  la  toxine  tétanique,  au  rat  et  au  poison  diphté- 
rique. 

Le  phénomène  de  l'englobement  a  été  soumis  à  une  investigation 
physiologique  fort  delicate,  poursuivie  notamment  par  Hamburger  et 
ses  collaborateurs  (1910-13).  Ces  savants  ont  constate,  par  exemple, 
que  l'addition  de  petites  quantités  d'ions  calciqucs  cxcitc  visiblement 


(1)  TouLofois,  d'après  Kolzarenko  (1915),  les  leucocytes  seraient 
capables,  mais  à  la  faveur  d'un  long  coniaci,  d'altérer  la  toxine  diphté- 
rique. 


PliOPHlÉTÉS  PHVSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     185 

la  phagocytosc  ;  le  strontium  et  le  baryum  ne  manifestent  pas,  à  cet 
égard,  les  propriétés  du  calcium.  De  petites  quantités  de  narcotiques 
capahles  de  dissoudre  les  graisses  ou  les  lipoides,  tels  quelechloroforme, 
l'hydrale  de  cliloral,  l'alcool,  le  camphre,  etc.,  agissent  comme  exci- 
tants  ;  des  doses  plus  élevées  entravent  le  phénomène.  D'après  Ham- 
burger, de  Haan  et  Bubanovic  (1911),  l'iodoforme  en  solution  saturée 
dans  la  solution  phy.siologique  favorise  la  phagocytose  de  particules 
de  charbon  ;  ces  auteurs  pensent  que  cette  substance,  comme  les  pré- 
cédentes  d'ailleurs,  agit  de  la  sorte  parce  que,  se  dissolvant  dans  les 
matières  grasses  du  protoplasma  leucocytaire,  elle  en  abaisse  la  tension 
superficielle,  ce  qui  rend  l'englobement  plus  aisé  en  facilitant  les  mou- 
vements  amiboìdes.  En  raison  du  partage  qui,  selon  un  ccrtain  coeffi- 
cient,  s'établit  entre  le  protoplasme  et  le  liquide  ambiant,  les  substances 
dissolvant  les  lipoides  agissent  dans  ce  sens  à  dose  d'autant  plus  faible 
qu'elles  sont  moins  solubles  dans  l'eau.  Le  propionate  de  sonde  et 
d'autres  sels  d'acides  gras  favorisent  nettement  aussi  la  phagocytose, 
gràce  encore  à  l'abaissement  de  la  tension  superficielle. 

Gertaines  sul)stances  favorisent  nettement,  par  un  mécanisme 
encore  obscur  à  vrai  dire,  les  phénomènes  de  résorption  qui  dépendent 
de  l'activité  phagocytaire  ;  le  travail  des  macrophages  notamment  est 
vivemcnt  excité.  C'est  ainsi  que  se  comporte,  d'après  les  recherches 
de  Cantacuzène  (1905),  l'iodure  de  potassium,  qui,  injecté  quotidien- 
nement  au  cobaye  à  la  dose  de  O^r^lO,  détermine  la  résorption  rapide 
(en  cinq  à  six  jours)  de  Og'",01  de  bacilles  tuberculeux  tués  injectés  sous 
la  peau.  Nul  doute  que  l'efTicacité  de  l'iodure  dans  le  traitement  des 
gommes  syphilitiques,  des  tumeurs  actinomycosiques,  etc,  ne  soit  en 
rapport  avec  l'influence  de  ce  médicament  sur  le  processus  phagocy- 


La  phagocytose  dans  les  diverses  régions.  —  Quel  que  soit 
le  point  de  l'organisme  où  il  s'effectue,  l'englobement  se  révèle  natu- 
rellement  toujours  avec  les  mémes  caractères,  mais,  dans  certaines 
régions,  des  inlluences  accessoires  intcrviennent,  ou  bien  encore,  des 
phénomènes  consécutifs  se  déroulent,  qui  méritent  de  retenir  l'atten- 
tion.  Il  est  superflu  de  dire  que  la  phagocytose  a  été  soigneusement 
observée  in  vivo,  partout  où  elle  peut  s'opérer,  sous  la  peau,  dans  les 
cavités  peritoneale  ou  pleurale,  dans  la  chambre  antérieure  de  l'oeil, 
dans  les  organes  internes,  dans  le  sang  circulant. 

Nous  avons  considéré  déjà  le  processus  qui,  dans  la  cavité  peritoneale, 
évoluc  à  la  suite  de  l'injection  de  bouillon,  d'aleurone,  de  suspensions 
microbiennes.  Celtc  injection  détermine  tout  d'abord  le  dépót,  sur 
les  parois  de  la  cavité,  des  cellules,  d'ailleurs  relativement  peu  nom- 
breuses,  présentes  à  l'origine.  L'examen  attentif  montrc  que  ces  cel- 
lules sont  agglomérées  en  paquets  qui  se  rencontrent  surtout  à  la  sur- 
face  du  grand  epiploon.  Il  semble  qu'une  rupture  de  l'équilibre  colloi- 


186  VINFLAMMATION   ET   LA    PHAGOCYTOSE 

dal  se  soit  produite  dans  l'exsudat,  déterminant  une  agglutination  des 
éléments  qui  s'accolent  les  uns  aux  autres  en  meme  temps  qu'à  la 
paroi.  Si  le  liquide  injecté,  au  lieu  d'ètre  limpide  comme  l'est  le  bouillon, 
contieni  des  particules  en  suspension,  celles-ci  participent  à  cette  agglu- 
tination et  sont  également  entralnées.  Fait  remarquable,  on  trouve  à 
ce  moment  que  l'epiploon  s'est  rétracté  en  se  tassant  comme  un  cordon 
le  long  de  son  insertion  stomacale,  et  que,  entre  les  plis  ainsi  formés, 
les  granulations  sont  rassemblées  en  grumeaux.  On  dirait  que  la  mem- 
brane épiploique,  tei  un  linge  dont  on  se  sert  pour  nettoyer  une  sur- 
face  chargée  de  poussières,  a  ramasse  dans  la  cavitò  les  particules  en 
voie  d'agglomération,  puis,  se  repliant  sur  elle-mème,  les  a  enrobées 
entre  ses  sinuosités.  On  couQoit  l'utilité  de  cette  opération  de  dé- 
blayage  qui,  concentrant  les  corps  étrangers  en  un  point  determinò  et 
les  mettant  ainsi  en  lieu  sur,  les  empèche  de  s'insinuer  dans  les  lympha- 
tiques,  de  les  encombrer  et  éventuellement  de  pénétrer  par  cette  voie 
jusqu'au  sang.  D'autre  part,  accolées  entre  les  replis  épiploiques,  immo- 
bilisées,  emprisonnées  en  quelque  sorte,  les  granulations  injectées 
sont  désormais  en  butte,  de  la  part  des  phagocytes,  à  une  attaquc 
énergique  qui  peut  se  déployer  dans  des  conditions  excellentes.  On 
constate,  par  exemple,  s'il  s'agit  de  grains  de  carmin,  que  le  proto- 
plasme  des  mononucléaires  est  bientòt  bourré  de  ces  particules  (Dur- 
ham,  Pierallini,  Ricoux,  Milian,  Heger).  Les  bactéries  qu'on  injecte, 
notamment  si  elles  sont  relativement  peu  virulentes,  se  déposent  aussi, 
au  moins  partiellement,  sur  l'epiploon.  Heger  a  montré  que  celui-ci 
peut  également  retenir  des  corps  étrangers  de  grand  volume  et  les 
envelopper  dans  ses  plis.  On  devait  se  demander  si,  à  coté  de  ce  ròle 
actif  de  la  membrane  épiploique,  le  liquide  péritonéal  n'intervient  pas 
dans  le  processus  rapide  d'agglomération  qui  s'observe  avec  tant 
d'évidence  lorsqu'il  s'agit  de  particules  inertes,  telles  que  carmin, 
sulfate  de  baryum,  sous-nitrate  de  bismuth.  Or,  Gengou  (1908)  a 
constate  que  l'exsudat  péritonéal  normal,  préalablement  débarrassé 
de  tóut  élément  cellulaire  par  centrifugation,  agglomère  quasi  instan- 
tanément  en  blocs  compacts,  méme  lorsqu'il  est  fort  dilué,  des  sus- 
pensions  de  sulfate  de  baryte  ou  de  noir  animai  par  exemple.  L'exsudat 
manifeste  cette  propriété  méme  lorsqu'il  provieni  d'animaux  (gre- 
nouille)  dépourvus  de  grand  epiploon.  Chez  les  mammifères,  les  parti- 
cules sont  tout  d'abord  violemment  agglomérées,  l'epiploon  interve- 
nant  ensuite  pour  rassembler  les  grumeaux.  Gengou  a  constate  que  la 
substance  à  laquelle  l'exsudat  doit  son  pouvoir  possedè  tous  les  carac- 
tères  de  la  mucine.  Au  surplus,  d'autres  liquides  de  rovganisme,  con- 
tenant  également  de  la  mucine,  sont  doués,  comme  l'exsudat  périto- 
néal, d'une  influence  agglomerante  très  intense.  G'est  le  cas  du  mucus 
nasal,  de  la  synovie,  de  l'exsudat  pleural  et  méme  de  l'humeur  aqueuse. 
Inutile  de  faire  remarquer  combien  cette  propriété  doit  étre  utile  pour 
le  nettoyage  des  surfaces  muqueuses  exposées  à  de  fréquentes  souillures. 


PROPlìlÉ TÉS  PH  Y SIGLO GIQ UES  DES  PHA  GOC 1  TES     1  s7 

Les  phagocytes  qui  dans  la  cavile  peritoneale  ont  englobé  des  par- 
I  icules  suffisammcnt  digcstibles,  peuvent,  au  bout  d'un  certain  temps, 
("tre  repris  par  le  courant  lymphatiquc  et  transportés  ainsi  en  d'autres 
points.  C'est  ce  que  MetchnikofT  a  établi  en  poursuivant  le  sort  de  glo- 
bules  rouges  d'oie  injectés  dans  le  péritoine  du  cobaye  ;  gràce  à  leur 
noyau,  ces  éléments  se  reconnaissent  facilement,  méme  après  avoir  été 
capturés.  Au  bout  de  trois  ou  quatrc  jours,  on  en  retrouve,  à  l'intérieur 
des  macrophages,  dans  les  ganglions  mésentériques,  dans  le  foie  et  la 
rate  ;  on  en  découvre  parfois  méme  dans  la  circulation.  Il  semble  que 
les  leucocytes  se  maintiennent  plus  longtemps  au  point  d'inoculation 
lorsqu'ils  se  sont  chargés  de  particules  très  indigestes,  carmin  par 
exemple  (Ricoux). 

L'injection  dans  la  circulation  s'accompagne  de  particularités  inté- 
ressantes.  Les  corpuscules  introduits  dans  le  sang  en  disparaissent  en 
general  promptement  ;  on  les  retrouve,  déjà  englobés  ou  encore  libres, 
dans  les  capillaires  des  organes  internes,  rate,  poumon,  foie  ;  ce  fait 
est  comparable  à  celui  du  dépòt  des  granulations  sur  les  parois  pcrito- 
iiéales.  L'analogie  se  poursuit  en  ce  que  les  leucocytes  eux-mémes, 
>urtout  ceux  qui  ont  opere  l'englobement,  se  concentrentdans  les  or- 
ganes internes,  où  la  lenteur  de  la  circulation  favorise  leur  arrét  ;  on 
trouve  parfois,  dans  ces  conditions,  de  véritables  thrombus  leucocy- 
taires  dans  les  capillaires  du  poumon.  Les  inoculations  intravasculaires 
dcterminent  donc  une  hypoleucocytose  ou  leucopénie  (Ròmer,  Kant- 
hack,  Lòwit,  Everard,  Demoor  et  Massart,  etc),  qui  afYecte  tout  par- 
ticulièrement  les  polynucléaires  et  est  souvent  très  prononcée  ;  parfois, 
en  quelques  instants,  ceux-ci  disparaissent  presque  complètement  du 
sang.  Chose  remarquable,  quoique  l'injection  de  particules  et  notam- 
ment  de  raicrobes  soit  spécialeraent  apte  à  provoquer  cette  baisse  con- 
sidéral)le  de  la  teneur  du  sang  en  leucocytes,  l'introduction  de  liquides 
limpides,  bouillon,  peptone  et  méme  solution  physiologique  de  NaCl, 
produit  des  effets  analogues,  bien  que  d'habitude  beaucoup  moins 
marqués.  Il  s'agit  d'une  sorte  de  choc  dù  à  l'altération  de  la  composi- 
tion  du  liquide  circulant,  et  sans  doute  à  un  trouble  de  l'équilibre  col- 
loidal,  Au  bout  d'un  temps  variable  avec  la  nature  et  la  dose  de  la 
substance  injectée,  la  teneur  normale  en  leucocytes  se  rétablit.  Ulté- 
rieurement,  on  constate  souvent,  au  lieu  de  leucopénie,  le  phénomène 
contraire,  la  leucocytose  :  le  nombre  des  leucocytes  peut  s'clever  con- 
sidérablement  au-dessus  du  taux  habituel  ;  c'est  ce  que  l'on  constate 
siirtout  après  l'injection  de  produits  microbiens  ou  de  microbes  dont 
la  virulence  n'est  pas  exagérée.  S'il  s'agit  de  microbes  dangereux,  le 
fliiffro  leucocytaire  ne  se  relève  pas,  la  leucopénie  persistant  d'habi- 
tude jusqu'à  la  mort  (Everard  et  Demoor,  1893). 

Le  sort  des  particules  injectées  intraveineusement  a  été  étudié  très 
aLtentivement  par  Werigo  (1893).  C'est  surtout  dans  le  foie  qu'elles 
se  localisent,  et  l'on  constate  bientòt  une  phagocytose  énergique  rèa- 


188  VINFLAMMATION   ET   LA    PHAGOCYTOSE 

lisée  par  les  cellules  de  Kupffer.  Les  microbes  introduits  dans  le  sang 
peuvent,  si  leur  faible  virulence  le  permet.  étre  rapidement  phagocytés 
dans  ce  liquide  ;  les  leucocytes  (polynucléaires  notamment)  qui  les 
ont  ingérés  se  rcfugient,  comme  d'ailleurs  bon  nombre  de  leurs  congé- 
nères  n'ayant  rien  englobé,  dans  les  organes  internes,  où  la  digestion 
intracellulaire  se  poursuit.  Souvent  la  purifìcation  du  sang  s'accomplit 
ainsi  avec  une  promptitude  étonnante.  Nous  verrons  que  chez  les  ani- 
maux  immunisés  la  phagocytose  est  particulièrement  énergique  et 
rapide.  Si  l'on  injecte  des  vibrions  cholériques  dans  les  veines  d'un 
cobaye  vaccine  contre  ce  microbe,  on  trouve  qu'au  bout  de  quelques 
minutes  déjà  le  sang  s'est  débarrassé  des  germes,  tandis  que  l'ense- 
mencement  du  foie  et  surtout  de  la  rate  donne  lieu  au  développement 
de  nombreuses  colonies  (Bordet,  1895).  De  multiples  expériences  ont 
établi,  comme  on  doit  s'y  attendre,  que  les  microbes  virulents  pour 
un  animai  déterminé  (streptocoque  et  lapin,  par  exemple)  se  main- 
tiennent  dans  son  sang  beaucoup  plus  aisément  que  ceux  dont  le  pou- 
voir  nocif  est  minime  ;  bientót  ils  se  multiplient  et  l'animai  meurt  de 
septicémie. 

Delrez  et  Govaerts  (1918)  ont  constate  que  les  microbes  peu  viru- 
lents introduits  dans  la  circulation  s'accolent  promptement  aux  pla- 
quettes  sanguines  gràce  à  un  phénomène  d'adhésion  ;  ainsi  se  forment 
des  amas  nés  d'une  agglutination  mutuelle  et  qui  se  déposent  aisément 
dans  les  organes  internes,  notamment  dans  le  foie  :  les  plaquettes 
contribueraient  donc  fort  efficacement  à  la  purifìcation  du  sang.  On 
sait  d'ailleurs,  par  les  recherches  d'Aynaud  notamment,  que  ces  élé- 
ments  sont  particulièrement  aptes,  sous  diverses  influences,  à  s'agglo- 
mérer  soit  entre  eux,  soit  autour  des  corps  étrangers.  Meme  en  milieu 
décalciflé,  le  sue  detissus  agglutine  les  plaquettes  (Bordet  et  Delange). 

L'abaissernent  de  la  teneur  du  sang  en  leucocytes  peut  se  produire 
àussi  à  la  suite  de  l'inoculation  d'éléments  étrangers,  et  notamment 
de  microbes,  sous  la  peau  et  surtout  dans  le  péritoine.  Ce  fait  se  concoit 
aisément  en  raison  de  l'émigration  des  cellules  et  de  leur  afflux  à  la 
région  injectée.  Ultérieurement,  la  leucocytose  apparait  fréquemment: 
nous  reviendrons  d'ailleurs  sur  ce  phénomène. 

Digestion  intracellulaire;  propriétés  des  extraits  leucocytaires; 
matières  microbicides  ou  cellulicides;  ferments.  - —  Le  dernier 
acte  de  la  phagocytose,  c'est  la  digestion  au  sein  du  protoplasme. 
Pour  se  rendre  compte  du  phénomène,  on  a  recoursà  deuxméthodes  : 
on  observe  les  altèrations  subies  in  siili  par  les  éléments  ingérés, 
on  étudie  les  propriétés  des  principes  extraits  des  phagocytés. 

Les  modifications  régressives  que  les  microbes  englobés  subissent 
sont  plus  ou  moins  prononcées  et  rapides,  selon  la  nature  des  germes, 
lesquels  manifestent  une  résistance  très  inégale,  et  aussi  selon  l'espèce 
animale  où  l'on  étudie  la  phagocytose.  Il  est  des  microbes  que  les  pha- 


PHOPHlhTÉS  PHìSIOLOCtIQUES  DES  PHAGOCYTES     189 

gocytes  détruisent  très  facilement,  d'autres  dont  ils  enrayent  la  multi- 
plication,  mais  qu'ils  ne  tuent  qu'au  bout  d'un  temps  très  prolongé, 
d'autres  enfin  dont  ils  ne  parviennent  pas  à  empccher  la  prolifération. 
Le  nombre  d'espèces  niicrobiennes  dont  ils  peuvcnt  venir  à  bout  est 
consid<  rable.  Ils  réussissent  non  seulement  à  tuer  ces  microbes,  mais 
à  les  désagrcger  complètemcnt  et  à  cn  faire  disparaitre  les  débris. 

La  stérilisation  progressive  des  collections  purulentes  est  fréquem- 
ment  observée  ;  l'expérimentation,  d'autre  part,  démontre  avec  évi- 
dence,  dans  des  cas  très  nombreux,  la  diminution  graduelle  de  la  quan- 
tità des  germes  vivants  dans  les  exsudats  où  les  phagocytes  ont  pu 
s'emparer  de  la  totalité  des  microbes.  On  a  remarqué  (Ruediger, 
Hektoen,  Rosenau,  1906)  que  de  nombreuses  espèces  microbiennes, 
capables  de  supporter  parfaitement  le  contact  du  sérum,  ne  tolèrent 
pas  aussi  bien  celui  du  sang  défibriné  ;  la  différence  tient  à  ce  que  celui- 
ci  contient  des  phagocytes,  lesquels,  si  les  conditions  de  temperature 
le  permettent,  elTectuent  l'englobement  et  procèdent  ensuite  à  la 
digestion  intracellulaire,  ou  bien  encore,  en  macérant  dans  le  liquide, 
fìnissent  par  mettre  en  liberté  les  principes  microbicides  qui  leur  sont 
propres. 

Lorsqu'on  ensemence  un  exsudat  où  les  microbes,  ayant  été  englobés 
jusqu'au  dernier,  subissent  l'influence  pernicieuse  du  protoplasme 
phagocytaire,  mais  où  cependant  quelques  germes  sont  encore  vivants, 
les  cultures  obtenues  ne  présentent,  en  general,  rien  de  bien  particulier. 
Notamment,  dans  la  grande  majorité  des  cas,  elles  sont  douées  de  la 
virulence  normale  ;  celle-ci  est  parfois  méme  plutòt  exagérée.  D'une 
fagon  generale,  il  ne  semble  donc  point  que  les  microbes,  entre  le  mo- 
ment où  ils  sont  capturés  et  celui  où  ils  meurent,  passent  par  un  stade 
d'atténuation  susceptible,  si  on  les  transporte  alors  sur  un  milieu  per- 
mettant  la  multiplication,  de  se  transmettre  à  la  descendance. 

L'examen  microscopique  des  bacilles  englobés  révèle  fréquemment 
une  déformation  très  frappante  et  qui  apparaìt  d'habitude  assez  promp- 
tement  :  le  microbe  se  gonfie,  devient  ovoide  ou  mème  globuleux  ;  il 
se  montre  en  mème  temps  moins  colorable.  C'est  ce  que  Metchnikoff 
constata  (1895)  pour  ce  qui  concerne  le  vibrion  cholérique  ;  au  sein 
des  polynucléaires,  ce  microbe  se  transforme  rapidement  en  granula- 
tions  arrondies  ;  les  mononucléaires  sont  beaucoup  moins  aptes  à  pro- 
voquer  cette  métamorphose.  Bordet  (1896)  qui,  appliquant  la  technique 
de  la  phagocytose  in  vitro,  opera  sur  de  nombreux  microbes,  observa 
une  transformation  intraleucocytairc  tout  à  fait  analogue  dans  le  cas 
des  bacilles  typhique,  coli,  pyocyanique,  du  hog-choléra,  du  choléra 
des  poules,  etc.  Ces  expériences  mettaient  en  jeu  des  phagocytes  de 
cobaye  ;  ceux  de  grenouille  peuvent  également  (Gheorghiewski)  déter- 
miner  cette  métamorphose.  D'autres  microbes,  tei  le  badile  diphté- 
rique,  gardent  mieux  leur  forme  effilée,  mais  fìnissent  par  se  fragmenter. 
Les  coccus  ingérés  présentent  souvent  du  gonflement.  Au  bout  d'un 


190  riNFLAMMATION   ET   LA    PHAGOCYTOSE 

temps  d'ailleurs  variable,  allant  de  quelques  heures  à  plusieurs  jours, 
les  microbes  de  plus  en  plus  altérés  se  retrouvent  de  plus  en  plus  diffi- 
cileraent. 

Une  modifìcation  remarquable,  et  que  l'on  constate  souvent,  est  celle 
de  l'affinité  pour  les  matières  colorantes.  Les  microbes  ingérés  se 
montrent  moins  avides  de  leurs  colorants  normaux,  c'est-à-dire  des 
matières  basiques  telles  que  le  bleu  de  méthylène,  mais  acquièrent,  en 
revanche,  l'aptitude  à  "absorber  des  couleurs  acides  telles  que  l'éosine. 
Les  préparations  traitées  successivement  par  l'éosine  et  le  bleu  montrent 
que  les  microbes  restés  libres  ont  gardé  leur  basophilie,  tandis  qu'à 
l'intérieur  des  phagocytes  ils  apparaissent  teints  en  rose,  ou  prennent 
une  nuance  violacee  intermédiaire  entre  le  rouge  et  le  bleu.  Ce  fait  a 
été  constate  par  MetchnikofT  pour  ce  qui  concerne  le  vibrion  cholé- 
rique  ;  par  Cantacuzène,  Mesnil  pour  le  Vibrio  Meichnikovi,  le  bacille 
du  charbon;  par  Bordet  pour  les  bacille  typhique,  coli,  de  Friedlànder, 
pyocyanique,  du  hog-cholcra,  du  choléra  des  poules,  de  la  diphtérie, 
pour  le  gonocoque,  le  streptocoque  ;  par  Cantacuzène  et  Riegler  pour 
les  bacilles  morveux  tués.  Il  est  donc  très  general.  Le  pouvoir  de  con- 
férer  aux  microbes  l'affinité  pour  l'éosine  appartient  exclusivement 
au  protoplasma  phagocytaire  :  les  sérums  mème  fortement  bactéri- 
cides  ne  le  possèdent  pas. 

Les  cellules  animales  subissent  également  dans  l'intérieur  des  pha- 
gocytes des  modifications  très  nettes.  On  sait  que  le  bleu  de  méthylène 
ou  de  toluidine  colore  en  vert  pale  le  protoplasme  du  globule  rouge, 
tandis  qu'il  teint  en  bleu  pale  le  protoplasme  du  macrophage.  Or,  si 
l'on  extrait  à  divers  intervalles  et  colore  un  exsudat  contenant  des 
globules  rouges  englobés,  on  constate  que  les  caractères  de  colorabilité 
des  hématies  se  modifient.  Bientòt  elles  ne  se  teignent  plus  en  vert,  mais 
prennent  une  nuance  bleue  de  plus  en  plus  semblable  à  celle  du  proto- 
plasme qui  les  enserre  ;  en  méme  temps  leur  contour  devient  moins 
net  ;  fmalement,  elles  se  confondent  entièrement  avec  la  masse  envi- 
ronnante  (Bordet).  Poursuivant  le  sort  des  globules  rouges  nucléés 
(d'oiseau),  Metchnikoff  a  vu  que  le  noyau  resiste  plus  longtemps  que  le 
protoplasme  ;  néanmoins,  il  se  résout  lentement  en  fragments  qui 
fmissent  par  disparaìtre. 

En  portant  les  phagocytes  au  contact  de  matières  colorantes  suscep- 
tibles  de  servir  d'indicateur,  on  a  tenté  de  definir  la  réaction  des  sucs 
digestifs  dont  les  particules  englobées  s'imbibent.  Le  bleu  de  tournesol 
ne  change  pas  visiblement  de  teinte.  Le  rouge  neutre  ne  colore  pas  les 
particules  restées  libres,  mais  nuance  de  rouge  celles  qui  ont  été  englo- 
bées ;  seulement,  cette  coloration  disparaìt  au  bout  de  quelques  heures  ; 
la  réaction  acide  n'est  donc  que  passagère.  Tels  sont  les  renseignements 
essentiels  que  le  microscope  permet  de  recueillir.  Restait  à  definir  les 
principes  responsables  des  altérations  constatées.  Restait  aussi  à  pré- 
ciser  dans  quelle  mesure  les  propriétés  microbicides  ou  cellulicides  du 


PIÌOPIÌIÉTÉS  PIIYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     191 

sérum  sont  le  reflet  dee  qualités  correspondantes  des  phagocytes  :  eu 
égard  en  elTet  à  la  puissance  destructive  considérable  doni  ces  éléments 
sont  doués,  il  était  assez  naturol  de  penser  que  peut-étre  le  sérum  doit 
son  activité  simplement  à  la  difì'usion  dans  le  liquide  ambiant  des 
principe»  leucocytaires.  En  conséquence,  on  a  cherché,  d'une  pari,  à 
letirer  systómatiquement  des  phagocytes  les  diverses  matières  activcs 
(jii'ils  recèlent  ;  de  l'autre,  à  retrouver  dans  Ics  extraits  phagocytaires, 
à  l'état  particulièrement  concentrò,  les  substances  bactéricides  on 
hómolytiques  dont  la  présence  dans  le  sórum  est  manifeste. 

Or,  il  existe  dans  le  sérum  frais  une  matière  dont  l'étude  a  pris  en 
Immunité  une  grande  importance,  et  qui  se  montre  capable,  quand  la 
rollaboration  d'un  anticorps  appropriò  lui  est  assurée,  de  détruire 
certains  microbes  ou  certaines  cellules  telles  que  les  globules  rouges. 
C'est  l'alexine.  Ne  proviendrait-elle  pas  des  leucocytes,  soit  que  ces 
éléments  la  déversent  autour  d'eux  gràce  à  un  proccssus  normal  de 
sécrétion,  soit  qu'ils  la  laissent  échapper  au  moment  où  une  influence 
quelconque  les  deteriore  ou  les  tue?  Lorsqu'un  anticorps  spécifique 
vientintensifier  son  action,  et  c'est  ce  qu'on  observe  s'il  s'agit  du  sérum 
d'un  animai  immunisc,  l'alexine  peut  transformer  en  granulations  cer- 
tains germes  délicats,  tei  le  vibrion  cholérique  ;  nous  insisterons  beau- 
coup  sur  ce  fait  dans  la  suite.  Mais  on  trouve  précisément,  nous  venons 
de  le  faire  rcmarquer,  que  le  protoplasme  phagocytaire,  particulière- 
ment celui  des  microphages,  est  apte  à  réaliser  cette  métamorphose 
non  seulement  de  microbes  fragiles,  tei  le  vibrion  cholérique,  mais 
aussi  de  germes  manifestement  plus  résistants,  tels  les  bacilles  coli, 
typhique,  pyocyanique,  etc.  De  là  la  conclusion,  à  première  vue  très 
légitime,  que  le  pouvoir  bactéricide  du  sérum  est  l'expression,  affaiblie 
par  la  dilution,  de  l'energie  digestive  du  phagocyte,  celui-ci  représen- 
tant  la  source  méme  de  l'alexine.  L'argument  que  dans  le  leucocyte, 
mème  d'animai  neuf,  divers  microbes  subissent  une  altération  morpho- 
logiquement  identique  à  celle  que  les  immunsérums  impriment  aux  plus 
vulnérables  d'entre  eux,  a  été  longtemps  jugé  décisif  ;  il  n'est  cependant 
pas  irrésistible  :  il  n'est  pas  impossible,  a  priori,  que  deux  principes 
distincts  soient  capables  d'engendrer  la  méme  lésion  (1).  En  fait,  les 
recherches  récentes  tendent,  comme  nous  allons  le  voir,  à  faire  admettre 
que  le  principe  auquel  est  due  la  métamorphose  granuleuse  des  microbes 
à  l'intérieur  des  phagocytes  ne  doit  pas  étre  assimilò  à  l'alexine  du 
sérum.  En  conséquence,  le  problème  de  l'origine  de  l'alexine  reste 
obscur,  nous  le  discuterons  dans  le  chapitre  consacré  à  cette  substance. 

Pouf  une  autre  substance  bactéricide,  à  vrai  dire  beaucoup  moins 
importante,  dont  la  présence  a  été  constatée  dans  certains  sérums, 

(l)  Dans  les  vieilles  cultures  en  bouillon,  de  nombreux  vibrions  se 
transforment  en  granulations  arrondies,  très  sembiables  à  cejles  quo  l'on 
observe  au  sein  des  phagocytes  qui  ont  englobé  le  microbe. 


192  UINFLAMMATION    ET    LA    PHAGOCYTOSE 

et  qui  semble  n'atteindre  que  de  rares  cspèces  microbiennes,  notam- 
ment  la  bactéridie  charbonneuse,  il  a  été  formellement  démontré  que 
l'activité  du  sérum  est  due  à  la  difTusion,  dans  la  phase  de  coagulation, 
d'un  produjt  émanant  des  cellules  sanguines  :  le  sérum  de  rat  ou  de 
lapin  est  normalement  bactéricide  pour  le  microbe  du  charbori,  mais 
il  est  dénuc  de  ce  pouvoir  lorsqu'il  résulte  de  la  prise  en  caillot,  non  du 
sang  complet,  mais  du  plasma  sanguin  clair  qui,  maintenu  liquide 
pendant  la  centrifugation  gràce  à  l'intervention  d'influences  appro- 
priées,  a  pu  étre  débarrassc  des  éléments  cellulaires  (Gengou,  1901)  ; 
nous  reviendrons  également  sur  ce  point. 

Bornons-nous  pour  le  moment  à  résumer  les  données  relatives  aux 
extraits  de  leucocytes,  c'est-à-dire  aux  matières  provenant,  sans  con- 
teste possible,  de  ces  éléments. 

Si  l'on  centrifuge,  après  l'avoir  maintenu  quelques  heures  à  l'étuve, 
l'exsudat  péritonéal  très  riche  en  leucocytes  qu'on  obtient  en  injectant 
au  préalable  du  bouillon,  on  constate  que  le  liquide  surnageant  se 
montre  très  nettement  bactéricide  à  l'égard  du  streptocoque,  microbe 
remarquablement  rebelle  cependant  à  l'influence  du  sérum  (Denys  et 
Leclef,  Bordet).  Chez  le  chien,  ni  le  sérum  ni  le  plasma  ne  sont  bacté- 
ricides  pour  le  microbe  du  charbon,  tandis  que  les  extraits  résultant 
de  la  congélation  d'exsudats  très  riches  en  polynucléaires  (1)  (obtenus 
par  injection  de  gluten-caséine)  le  sont  manifestement.  Au  surplus, 
l'observation  de  la  phagocytose  révèle,  on  le  sait,  que  les  leucocytes 
sont  capables  de  faire  complètement  disparaìtre  des  microbes  vis-à-vis 
desquels  le  sérum  est  tout  à  fait  inopérant.  Jl  en  est  de  mème  des 
spermatozoides,  des  noyaux  cellulaires,  etc,  qui  gardent  leur  forme 
dans  le  sérum  et  se  désintègrent  dans  les  phagocytes. 

Une  méthode  commode  et  souvent  efficace  pour  obtenir  des  extraits 
actifs  est  celle  de  la  congélation,  préconisée  par  Buchner,  Romer, 
Gengou,  etc.  Pour  les  débarrasser  des  matières  venant  des  humeurs, 
on  lave  tout  d'abord  les  leucocytes  à  la  solution  physiologique,  soit 
qu'ils  proviennent  d'exsudats  inflammatoires,  soit  qu'on  les  retire  du 
sang.  Dans  ce  dernicr  cas,  le  sang  sortant  du  vaisseau  est  recueilli  dans 
la  solution  de  citrate  de  sonde,  qui  prévient  la  coagulation  ;  après  cen- 
trifugation on  séparé  la  conche  leucocytaire.  On  peut  en  outre,  comme 
l'a  fait  notamment  Schattenfroh,  faire  macérer  les  cellules  à  37°  pen- 
dant quelques  heures,  après  lavage  et  trituration. 

De  tels  extraits  manifestent  à  l'égard  de  nombreux  microbes  un  pou- 
voir bactéricide  très  net,  que  Pettersson  notamment  a  beaucoup  étudié  : 
ils  tuent,  par  exemple,  plusieurs  races  de  proteus,  le  subtihs,  le  microbe 


(1)  Les  exsudats  obtenus  par  injeclion  de  globules  de  cobaye  lavés, 
et  qui  sont  presque  uniquement  constitués  de  macrophages,  fournissent 
des  extraits  très  inférieurs,  comme  pouvoir  bactéricide  pour  le  charbon, 
aux  extraits  microphagiques. 


PROPRIÉTÉS  PHYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     193 

du  charbon,  le  streptocoque,  le  staphylocoque,  le  pneumocoque,  divers 
bacilles  paratuberculeux.  Les  faits  de  cegenre,  relatifs  aux  microbes  de 
cette  dernière  famille  (acido-résistants),  ont  été  signalés  par  Barici  et 
Neumann,  et  par  Kling.  Ges  auteurs  admettent  méme  que  les  extraits 
jieuvent,  dans  une  certainc  mesure,  détruire  le  bacillo  tuberculeux,  ce 
qui  rendrait  compie  de  la  rareté  relative,  déjà  remarquée  par  Koch, 
de  ce  virus  dans  le  pus  des  abcès  froids.  Pettersson  appelle  endolysines 
les  principes  auxquels  les  leucocyles  doivent  leur  energie  bactéricide  ; 
ils  sont,  d'après  cet  auteur,  intimement  liés  au  proloplasme  et  ne  se 
dógagent  qu'après  destruclion  ou  tout  au  moins  avarie  grave  de  l'élé- 
ment  cellulaire.  Tous  les  auteurs  qui  ont  étudié  l'influence  de  la  chaleur 
sur  ces  subslances  (Schattenfroh,  1897  ;  Pettersson,  1905  ;  Korschun, 
1908;  Schneider,  Werbitzki,  1909;  Kling,  1910)  sont  d'accord  pour 
reconnaìtre  qu'elles  résislent  à  des  températures  assez  élevées  (envi- 
ron  80°),  Irès  supérieures  à  celles  qui  suffisent  à  abolir  l'activité  de 
l'alexine.  Elles  sont  d'ailleurs  assez  stables;  on  peut  les  conserver 
longtemps  sans  que  leurs  propriétés  s'affaiblissent  ;  la  dessiccation  les 
respecte.  Elles  ne  franchissent  pas  les  bougies  méme  relativement  très 
poreuses  ;  elles  sont  précipitées  par  l'alcool  (Pettersson),  l'éther 
{Schneider,  Kling),  le  sulfate  ammonique  (Manwaring).  Le  sérum,  sur- 
tout  lorsqu'il  a  étó  chauffé,  exerce  en  general  sur  le  pouvoir  microbicide 
des  extraits  une  influence  empèchante  très  nette  ;  on  sait  qu'un  tei 
pouvoir  antagoniste  se  manifeste  aussi  à  l'égard  des  ferments  tels  que 
la  Irypsine.  Les  principes  actifs  leucocytaires  sont  aisément  adsorbés 
(Pettersson,  Weil)  par  diverses  matières  chimiquement  inertes,  noir 
animai,  craie,  kaolin,  silice  colloidale,  eie.  L'ensemble  des  constatations 
tcnd  à  leur  assigner  une  nature  albuminoide.  Les  extraits  manifestent 
assez  fréquemment  aussi  un  pouvoir  hémolytique  plus  ou  moins  pro- 
noncé,  résistant  souvent  à  des  températures  assez  élevées  (1). 

Signalons  encore  que,  d'après  Hiss  et  Zinsser  (1909),  les  extraits  leu- 
cocytaires font  apparaìlre  un  precipite  dans  les  macérations  de  divers 
microbes,  staphylocoque,  pneumocoque,  bacille  typhique,  etc. 

Les  données  relatives  au  pouvoir  bactéricide  des  extraits  sont  en 
somme  encore  un  peu  confuses.  Cela  tieni  peut-étre  en  partie  à  ce  que 
les  principes  capables  de  produire  des  efiets  manifestes  ne  soni  pas  tou- 


l)  Les  renseignemenls  fournis  à  ce  propos  par  les  divers  auteurs 
presentent  de  sérieuses  divergences.  D'après  Tarassevitch,  le  pouvoir 
hémolytique  serali  atteint  si  l'on  chauffe  au-dessus  de  60°.  Pour  Kor- 
:  chun  et  Morgenroth,  Sawtchenko  et  Berdnikoff,  des  températures  plus 
élevées  sont  nécessaires.  11  scmble  acquis  que  dans  le  pouvoir  hémoly- 
tique de  tels  extraits,  et  notamment  des  extraits  de  ganglions,  inter- 
viennent  fréquemment,  pour  une  part  notable,  des  matières  banaJes, 
lijioldes,  savons,  etc,  sans  rapport  ni  avec  l'alexine  ni  avec  les  vrais 
principes  digcstifs  des  leucocyles.  On  sait  que  de  nombreuses  subslances 
peuvent  manifester  un  pouvoir  hémolytique  plus  ou  moins  énergique. 
L'immiiniV.  13 


194  VINFLAMMATION    ET    LA    PHAGOCYTOSE 

jours  les  mémes  selon  l'espèce  microbienne  qu'on  étudìe.  Il  semble, 
notamment,  que  le  principe  impressionnant  le  microbe  du  charbon 
soit  assez  particulier.  Pour  ce  germe  en  effet,  contrairement  à  ce  qu'on 
■observe  d'habitude,  on  constate  que  le  sérum,  loin  d'exercer  une  in- 
fluence  antagoniste  sur  l'activité  des  exsudats,  la  renforce  ;  il  est  pos- 
'sible  que  les  humeurs  agissent  en  favorisant  la  libération  du  principe 
bactéricide  en  jeu. 

Une  autre  cause  d'imprécision  consistait  en  ce  que  fréquemment  les 
recherches  ne  parvenaient  pas  à  établir  une  corrélation  bien  nette  entre 
les  principes  que  les  procédés  d'extraction  fournissaient  et  les  altéra- 
tions  morphologiques  que  les  microbes  sont  susceptibles  de  subir  à 
l'intérieur  des  leucocytes  qui  les  ont  englobés  ;  à  vrai  dire,  un  réel  pro- 
grès dans  ce  sens  a  été  récemment  réalisé.  La  transformation  en  gra- 
nules  que  de  nombreux  microbes  subissent  promptement  lorsqu'ils 
sont  devenus  la  proie  des  phagocytes  est  une  lésion  très  frappante  ;  il 
était  donc  essentiel  de  tenter  l'extraction  du  principe  responsable  et 
■d'en  poursuivre  l'étude.  Un  procède  trèssimple,  fonde  surl'emploi  des 
acides  diluès,  a  permis  à  Gengou  (1915)  de  réaliser  ce  desideratum. 

Les  leucocytes  d'un  exsudat  obtenu  chez  le  lapin  par  injection  intra- 
pleurale  de  bouillon,  et  dont  la  coagulation  a  ètè  empéchèe  par  addition 
<le  citrate,  sont  lavès  à  plusieurs  reprises  dans  la  solution  physiologique, 
puis  dèlayés  dans  un  volume  d'acide  chlorhydrique  centinormal  égal 
à  environ  la  moitiè  du  volume  d'exsudat  mis  en  oeuvre.  Après  douze  à 
dix-huit  heures,  on  centrifuga  et  additionne  le  liquide  surnageant 
décantè  de  la  dose  de  sonde  centinormale  qui  suffit  à  lui  communiquer 
une  rèaction  très  faiblement  alcaline.  Il  se  produit  à  ce  moment  un 
precipite  albumineux  qu'on  élimine. 

Le  liquide  limpide,  neutre  ou  légèrement  alcalin  ainsi  obtenu  est 
doué,  à  faible  dose,  du  pouvoir  de  transformer  en  granulations  arron- 
dies  non  seulement  le  vibrion  cholérique  ou  le  Vibrio  Meichnikovi, 
mais  aussi  d'autres  microbes  que  le  sérum  ne  parvient  pas  à  altérer, 
notamment  les  bacilles  typhique,  coli  etpyocyanique  :  ces  germes,  nous 
!e  savons,  se  métamorphosent  aisément  à  l'intérieur  des  phagocytes, 
et  la  lésion  qu'ils  y  subissent  est  parfaitement  identique  à  celle  que 
l'extrait  détermine.  L'acide  agit  en  extrayant  du  protoplasme  cellulaire 
le  principe  actif,  qu'on  ne  trouve  pas,  méme  après  les  avoir  traités  par 
l'acide  dilué,  dans  les  extraits  leucocytaires  obtenus  par  d'autres  pro- 
cédés, tels  que  celui  de  la  congélation.  Traités  par  l'acide  dilué,  d'autres 
éléments  figurés,  tels  que  les  globules  rouges  ou  les  plaquettes,  ne  four- 
nissent  pas  la  substance  active. 

L'extraction  par  l'acide  réussit  encore  lorsqu'on  emploie  des  leuco- 
cytes d'autres  animaux  ;  toutefois,  il  semble  que  la  concentration 
nécessaire  varie  selon  les  espèces  ;  pour  le  cobaye,  par  exemple,  il  con- 
vient  de  recourir  à  l'acide  chlorhydrique  décinormal. 

Nous  avons  signalé  plus  haut  que  la  transformation  des  microbes 


PROPRIÉTÉS  PHYSIOLOGIQUES  DES  PJIAGOCYTES     195 

«n  granules  s'elTectue  énergiquement  dans  le  protoplasme  des  poly- 
nuch^aires,  mais  non  dans  celui  des  mononucléaires.  Or,  Gengou  a 
observé  que  Ics  exsudats  composés  presque  exclusivement  de  mono- 
nucléaires, traités  par  l'acide,  ne  fournissent  pas  d'extrait  actif. 

La  transformation  en  granules  est  l'expression  visible  d'une  éner- 
gique  influence  bactéricide  :  les  émulsions  microbiennes  ajoutées  aux 
extraits  peuvent,  sous  leur  influence,  étre  stérilisées,  méme  s'il  s'agit 
de  germes  qui,  tels  le  streptocoque,  le  bacillo  diphtérique,  etc,  résistent 
parfaitemcnt  au  sérum.  Le  principe  aclif  opere  cn  milieu  neutre  ou 
légèrement  alcalin,  mais  plus  efficacement  encore  cn  milieu  faiblcmcnt 
acide.  La  métamorphose  des  microbes  s'effectue  mieux  à  l'étuve  qu'à 
la  temperature  du  laboratoire  ;  elle  s'opère  encore  très  bien  si  le  liquide 
est  chaufTé  à  60°.  Le  principe  actif  resiste  d'ailleurs  remarquablement 
au  chauffage,  surtout  en  réaction  faiblement  acide  ;  dans  ces  conditions, 
il  supporto  l'ébullition  ;  celle-ci,  en  milieu  neutre,  l'affaiblit  considéra- 
blement  ;  néanmoins  l'extrait  ainsi  attenne  par  chauffage  en  milieu 
neutre  se  régénère  sous  l'influence  de  l'addition  d'une  trace  d'acide. 

Le  sérum  exercc  une  influence  antagoniste  très  nette.  Néanmoins, 
si  la  quantité  de  sérum  qu'ils  contiennent  n'est  pas  exagérée  (1),  les 
mélanges  d'extrait  et  de  sérum  se  montrent  encore  bien  actifs,  méme 
lorsqu'on  les  chaulTe  vers  60».  Ce  fait  différencie  nettement,  de  l'alexine, 
le  principe  leucocytaire  qui  transforme  les  microbes  en  granules.  Il 
convient  d'ajouter  à  ce  propos  que  les  extraits  ne  possèdent  pas  le 
pouvoir  hémolytique,  méme  vis-à-vis  de  globules  sensibilisés  par 
l'anticorps  spécifìque  (2).  D'autre  part,  en  présence  d'extrait,  les 
microbes  sensibilisés  ne  se  transforment  pas  plus  aisément  que  les 
microbes  normaux.  Enfin,  le  principe  leucocytaire  se  conserve  beau- 
coup  plus  longtemps  que  l'alexine  :  l'extrait  preparò  depuis  un  mois 
manifeste  encore  ses  propriétés  premières. 

Bien  que  se  distinguant  incontestablement  de  l'alexine  par  les  carac- 
tères  essentiels  que  nous  venons  de  mentionner,  le  principe  actif  des 
extraits  se  comporte  comme  elle  en  ce  qu'il  se  laisse  adsorber  par  les 
globules  sensibilisés  et  par  les  précipités  spécifiques  (3).  Nous  aurons 
l'occasion  de  revenir  sur  ce  fait  intéressant  lorsque  nous  traiterons  de 
la  fixation  de  l'alexine.  Méme  en  l'absence  d'anticorps,  de  nombreux 
microbes,  le  vibrion  cholérique  ou  la  bactéridie  charbonneuse,  par 
exemple,  absorbent  la  substance  active  des  extraits.  . 

Les  tentatives  réalisées  en  vue  d'accoutumer  les  microbes  (vibrions 

(1)  On  peuL  ajouler,  par  exemple,  une  parile  de  sérum  à  deux  parties 
d'extrait. 

(2)  L'extrait  n'acquiert  pas  le  pouvoir  hémolytique  lorsqu'on  l'addi- 
tionne  soit  du  chainon  centrai,  soit  du  chalnon  terminal,  de  l'alexine.  Il 
no  conferò  pas  aux  éléments  sensibilisés  l'aptitude  à  la  conglutina tion 
par  le  sérum  de  boeuf. 

(3)  Les  globules  non  sensibilisés  l'absorbent  à  peine. 


196  UINFLAMMATION  ET  LA   PHAGOCYTOSE 

cholériques)  à  cette  matière  n'ont  pasencore  donne  de  resultai  pjositiL 

Nous  avons  considerò  jusqu'ici  les  effets  produits  par  les  principes 
leucocytaires  sur  des  microbes  ou  des  cellules  ;  or,  les  altérations  subies 
par  des  éléments  aussi  complexes  sont  difficiles  à  étudier  chimiquement 
et,  par  conséquent,  ne  fournissent  guère  d'indications  précises  quant 
à  la  nature  ou  au  mode  d'action  des  matières  capables  de  les  déter- 
miner.  Mais  on  peut  faire  agir  les  extraits  sur  des  matériaux  mieux 
défmis,  et  notamment  sur  des  substances  attaquables  par  les  sucs 
digestifs  :  on  reconnait  ainsi  que  les  leucocytes  contiennent  de  véri- 
tables  ferments. 

Déjà,en  1864,  Eichwald  avait  montré  qu'on  peut  trouver,  dans  le 
pus,  de  la  peptone.  En  1881,  Leber  constata  que  le  pus  stèrile  extrait 
d'un  hypopion  liquéfie  la  gelatine  et  digère  la  fibrine.  Les  importantes 
recherches  d'Achalme  (1899)  démontrèrent  défìnitivement  l'existence, 
dans  le  pus,  de  ferments  typiques,  agissant  mieux  en  milieu  neutre 
qu'en  présence  d'acide,  capables  de  solubiliser  la  fibrine,  la  caseine,, 
l'albumine  coagulée,  la  gelatine.  Le  lait  additionné  de  pus  se  coagule 
d'abord,  le  liquide  s'éclaircit  ensuite  sous  l'influence  de  la  caséase  et 
cesse  d'ètre  précipitable  par  l'acide  acétique. 

On  s'explique  ainsi  la  prompte  résorption  des  fragments  d'albumine 
coagulée  introduits  sous  la  peau  (Buchner,  1899),  ou  des  fìls  de  catgut 
abandonnés  dans  les  tissus.  Muller  (1909)  put  établir  que  la  résolution 
de  la  pneumonie  croupale  résulte  de  la  liquéfaction  de  l'exsudat  par 
un  ferment.  Il  n'est  pas  douteux  que  les  ferments  n'interviennent  dans 
la  production  des  poches  que  les  abcès  se  creusent  dans  les  tissus,  et 
dans  l'attaque  des  téguments  lorsque  le  pus  s'ouvre  une  issue.  En  ca& 
de  plaie  contuse,  les  leucocytes  favorisent  l'élimination  des  tissus  mor- 
tifiés,  que  leurs  enzymes  protéolytiques  attaquent  (Fiessinger,  1916). 
On  comprend  ancore  que  dans  les  collections  purulentes  on  puisse 
trouver  de  la  leucine,  de  la  tyrosine,  de  la  xanthine,  de  l'hypoxanthine, 
de  la  guanine,  de  l'ammoniaque  :  il  s'opère  une  autodigestion  (autolyse). 
La  désintégration  due  aux  ferments  peut  en  efTet  étre  poussée  trè& 
loin,  donner  lieu  notamment  à  l'apparition  d'acides  aminés  (Jobling 
et  Strouse).  D'après  Lenk  et  Pollack  (1912),  le  pus  decompose  les 
peptides,  tels  que  le  glycyltryptophane.  Sans  doute  aussi  les  ferments 
détruisent-ils,  dans  le  pus,  certains  produits  microbiens  sensibles  aux 
influences  protéolytiques. 

En  1906,  Opie,  étudiant  les  leucocytes  de  chien  obtenus  par  injection 
intrapleurale  d'aleurone,  mesura  l'activité  des  ferments  en  titrant 
l'azote  incoagulable  résultant  de  la  digestion.  Partant  d'exsudats 
séchés  et  pulvérisés,  il  obtint  un  extrait  attaquant  à  37°  le  sérum 
coagulò,  et  qui  contenait  deux  ferments  protéolytiques,  agissant  l'un 
en  milieu  acide,  l'autre  en  milieu  alcalin.  Des  expériences  complémen- 
taires  établirent  que  le  premier  provieni  des  mononucléaires  (il  se  ren- 
contre  également  dans  la  rate  et  les  ganglions),  tandis  que  le  second  est 


PROPRIÉTÉS  PHYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     197 

fourni  par  Ics  polynucléaires  (il  se  retrouve  aussi  dans  la  moelle  des  os). 
Oes  deux  fermenls  existent  fréqucmment  còte  à  còte,  puisque  de  nom- 
breux  exsudats  renferment  en  mélange  les  deux  types  cellulaires.  Les 
abccs  provoqués  par  injection  d'essence  de  térébenthine,  qui  sont  très 
riches  en  polynucléaires,  fournissent  un  ferment  bien  actif  en  milieu 
alcalin.  Par  contre,  si  l'on  injecte  dans  la  plèvre  d'un  chien  une  grande 
quantité  de  bacilles  tuberculeux,  on  provoque  en  une  quinzaine  de 
jours  la  formation  d'un  tissu  tuberculeux  assez  ferme  et  translucide, 
forme  de  grands  leucocytes  mononucléaires  (macrophages)  ;  or,  le 
ferment  extrait  de  ce  tissu  agit  en  milieu  faiblement  acide  ou  neutre, 
non  en  milieu  alcalin.  Avrai  dire,  au  début  du  processus  inflammatoire, 
c'est-à-dire  au  moment  de  l'afTIux  des  polynucléaires,  on  trouve  le 
ferment  actif  en  milieu  alcalin,  mais  il  disparaìt  ensuite  en  méme  temps 
que  CCS  éléments  (Opie  et  Barker). 

Muller  et  Joclimann  (1906)  eurent  recours  à  une  technique  simple 
et  très  démonstrative.  Il  suffit  de  déposer  sur  du  sérum  coagulé,  main- 
lenu  vers  50°  à  60^,  une  gouttelette  d'exsudat  leucocytaire  humain, 
pour  qu'au  point  de  contact  la  surface  se  creuse  d'une  dépression  bien 
visible  ;  on  obtient  le  méme  résultat  en  employant  la  conche  leucocy- 
taire qui  se  constitue  par  centrifugation  de  sang  humain  rendu  incoa- 
gulable  par  addition  d'hirudine  ;  le  ferment  se  retrouve  aussi  dans  le 
colostrum.  Le  sérum  coagulé,  étant  alcalin,  convient  très  bien  pour 
déceler  le  ferment  des  polynucléaires,  mais  non  celui  des  mononucléaires, 
qui  agit  en  milieu  acide  (1).  Le  pus  à  mononucléaires,  notamment  le 
pus  tuberculeux,  ne  liquéfie  pas  (2).  Le  résultat  négatif  de  l'expérience 
autorise  méme,  d'après  Jochmann  et  Muller,  Kolaczek  et  Muller,  Fies- 
singer  et  Marie,  à  conclure  à  la  nature  tuberculeuse  du  pus  étudié  (3). 

Chose  remarquable,  ces  expériences  de  liquéfaction  du  sérum  coagulé 
ne  donnent  de  résultat  bien  net  que  si  le  matèrici  leucocytaire  éprouvé 
provient  de  l'homme,  du  singe  ou  du  chien.  Il  y  a  lieu  de  penser  que 
chez  de  nombreux  animaux  la  libération  du  ferment  est  difficile,  ou 
que  des  substances  antagonistes  s'opposent  à  sa  manif estation. 

Tous  les  auteurs  admettent  que  le  ferment  n'est  mis  en  liberté  que 
par  avarie  des  leucocytes.  Il  est  assez  résistant  et  supporte  bien  le 
traitement  extracteur.  Jochmann  et  Lockemann  (1908)  laissent  les 
leucocytes  macérer  à  une  temperature  assez  élevée  (55°),  les  traitcnt 
ensuite  par  la  glycérine  diluée,  et  précipitent  enfìn  par  l'alcool-éther. 

(1)  Le  phénomène  se  prodult  si  l'on  mei  en  jeu  le  sang  de  leucemie 
myélogènc,  mais  ne  s'observe  pas  si  l'on  opere  sur  le  sang  de  leucemie 
lymphatique.  Le  broyagc  de  moelle  osseuse  normale  reagii  positivement, 
celui  de  ganglion  lymphatique,  négativement. 

(2)  Le  pus  tuberculeux  est  d'ailleurs  rebelle  à  l'autolyse. 

(3)  Cepcndant  le  pus  tuberculeux  peut  reagir  positivement  en  cas 
d'infection  mixtc  ou  après  injection  d'iodoforme,  car  dans  ces  condilions 
il  contient  d'habitude  de  nombreux  polynucléaires. 


198  UINFLAMMATION  ET  LA  PHAGOCYTOSE 

Le  precipite,  redissous  dans  la  solution  physiologique,  liquéfìe  la  gela- 
tine, la  fibrine,  la  caseine,  le  blanc  d'oeuf  et  le  sérum  coagulés  ;  il  attaque- 
la  peptone  en  faisant  apparaìtre  de  la  tyrosine,  du  tryptophane  (colo- 
ration  rose  par  addition  d'eau  de  brome),  de  l'ammoniaque,  etc.  IF 
agit  le  mieux  à  temperature  assez  haute  (55o),  ce  dont  il  ne  faut  point 
s'étonner,  car  les  agents  protéolytiques  qu'on  a  pu  étudier  avec  soin,. 
pepsine  et  trypsine,  digèrent  plus  rapidement  aussi  à  50»  ou  55»  qu'à 
la  temperature  du  corps.  Ce  ferment  leucocytaire  se  détruit  à  75°.  On 
le  conserve  dans  la  glycérine  à  50  p.  100  (Opie).  Le  sérum,  qui  entrave 
le  pouvoir  bactéricide  des  extraits,  contrarie  de  méme  l'influence  du 
ferment.  Et  cependaiit  les  globulines  du  sérum  contiennent  elles- 
mèmes  un  ferment  très  analogue,  mais  les  albumines  du  mème  sérum,. 
étant  antagonistes,  masquent  complètement  sa  présence. 

Lesferments  leucocytaires  interviennent  dans  le  phénomène  connu 
sous  le  nom  de  digestion  chloroformique  de  la  fibrine.  Denys  et  Marbaix 
ont  constate  que  le  caillot  sanguin  peut  se  dissoudre  en  présence  de- 
chloroforme.  Getta  liquéfaction  de  la  fibrine  est  une  digestion  véritable, 
comportant  la  production  de  peptone  (Dastre).  Le  pouvoir  protéoly- 
tique  vient  des  leucocytes  entralnés  dans  la  coagulation  et  qui  adhèrent 
au  caillot  ;  la  fibrine  obtenue  par  coagulation  d'un  plasma  bien  débar- 
rassé  d'éléments  cellulaires  ne  se  laisse  pas  redissoudre  (Rulot).  Le 
chloroforme  favorise  la  digestion  parce  qu'il  détruit  un  principe  anta- 
goniste du  ferment  :  Delezenne  et  Pozerski  (1903)  ont  montré,  en  eflet, 
que  le  sérum  méme  peut  renfermer  un  ferment  actif  que  le  chloroforme 
démasque  en  éliminant  l'influence  antitryptique(l);  par  exemple,  en 
présence  de  chloroforme,  le  séjour  à  l'étuve  pendant  sept  à  douze  heures 
fait  apparaìtre  dans  le  sérum  de  chien  le  pouvoir  d'attaquer  la  gelatine 
et  la  caseine  (2).  Fait  remarquable,  le  sérum  ainsi  traité  respecte  le 
blanc  d'oeuf  coagulé,  mais  en  permet  la  digestion  par  le  sue  pancréa- 
tique  pur  (Delezenne  et  Pozerski)  ;  il  contient  donc  un  principe  fonc- 
tionnant  comme  l'entérokinase,  et  qui,  selon  tonte  vraisemblance,  est 
d'origine  leucocytaire.  Le  sue  pancréatique  pur  est,  comme  on  sait, 
inactif  vis-à-vis  de  l'albumine  coagulée,  mais  il  digère  la  fibrine  (Dele- 
zenne), ce  qui  est  dù  à  ce  que  celle-ci  sert  de  support  à  un  principe 
agissant  comme  l'entérokinase.  En  effet,  comme  celle-ci,  la  fibrine 
confère  au  sue  pancréatique  le  pouvoir  de  digérer  l'albumine  coagulée. 
Or,  Delezenne  a  retrouvé  cette  kinase,  destructible  par  le  chauffage 
à  7O0-750,  dans  les  exsudats  leucocytaires,  les  leucocytes  du  sang,  les 
organes  lymphoides  (ganglions  mésentériques). 

G'est  aux  leucocytes  du  lait  qu'il  faut  attribuer  le  fait  que  ce  liquide 


(1)  Le  chloroforme  favorise  aussi  l'autodigestion  des  microbes  (Bur- 
gers,  Schermann  et  Schreiber,  1911). 

(2)  L'action  du  chloroforme  ne  doit  pas  étre  trop  prolongée;  ce  réactif, 
en  effet,  finii  par  altérer  le  ferment. 


PROPRIÉTÉS  PHYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     199 

est  susceptiblc,  s'il  n'a  pas  été  centrifugé  ou  bouilli,  de  se  coaguler  en 
présence  de  chloroforme  (Pozerski,  1914).  Par  addition  de  leucocytes 
provenant  d'un  exsudat  inflammatoire,  le  lait  bouilli  ou  centrifugé 
n«cupère  l'aptitude  à  la  coagulation  chloroformique  (Gengou). 

Existe-t-il  des  rapports  étroits  entre  Ics  ferments  protcolytiques  des 
leucocytes  et  leurs  principes  bactéricides?  Les  recherches  récentes  de 
Gengou  tendent  à  faire  admettre  que  les  ferments  ne  s'identifient  pas 
avec  le  principe  qui  transforme  les  microbes  en  granules  ;  ils  sont  plus 
sensibles  au  chaufTage  et  manifestent  plus  de  tendance  à  se  fixer  sur 
It'S  matériaux  albuminoides  propres  de  l'exsudat.  Par  précipitation 
alcoolique  d'extraits  glycérinés  de  leucocytes,  Jochmann  a  obtenu 
un  produit  protéolytique,  mais  non  bactéricide. 

D'après  plusieurs  auteurs,  les  leucocytes  manifesteraient  également 
un  pouvoir  lipolytique.  Achalme  a  constate  que  le  pus  est  capable  de 
dédoubler  la  monobutyrine  ;  Bergel  (1909)  a  signalé  que  les  leucocytes 
mis  en  présence  de  stearine  ou  de  margarine  peuvent  faire  apparaìtre 
des  acides  gras.  Le  ferment  ne  se  rencontre  pas  dans  les  polynucléaires, 
mais  Fiessinger  et  Marie  Font  extrait  du  pus  tuberculeux.  Peut-étre 
des  ferments  analogues  entrent-ils  en  action  pour  attaquer  la  ciré  des 
bacilles  acido-résistants.  Il  existe  des  ferments  de  ce  genre  :  comma 
IMetalnikoff  l'a  constate,  la  chenille  de  Galleria  mellonella,  qui  dévore 
la  ciré  des  ruches,  fabrique  un  principe  agissant  sur  lebacille  tuberculeux. 

Onsait  que,  in  vitro,\e  sucre  du  sangdisparaìt  graduellement  (Lépine) 
sous  l'influence  d'un  ferment  qui  normalement  n'existe  pas  dans  le 
plasma  (Arthus,  Seegen,  1891),  mais  provient  des  éléments  cellulaires  : 
Levene  et  Meyer (1912)  l'ont  décelé  dans  les  leucocytes  du  chien ;d'après 
Chelle  et  Mauriac  (1914),  il  serait  élaboré  par  les  polynucléaires. 

Klebs  reconnut  en  1868  que  le  pus  bleuit  la  teinture  de  gaiac  ; 
Vitali  (1887),  Brùcke  (1889),  Carnot  (1896)  constatèrent  que  le  prin- 
cipe actif  peut  étre  extrait  par  macération  des  leucocytes  dans  l'eau. 
Portier  (1898)  le  considère  comme  une  véritable  oxydase.  Selon  Bran- 
derburg,  les  polynucléaires  qui  l'élaborent  ne  le  mettent  en  liberté  que 
lorsqu'ils  se  détruisent  (1).  —  Les  polynucléaires  contiennent  aussi  de 
la  catalase  (Tschernoruzki,  1911). 

Phagocytes  et  phénomènes  d'excrétion.  —  Nous  savons  que 
chez  les  animaux  inféricurs,où  seule  elle  assure  l'alimenta tion  de  l'étre, 
la  digestion  intracellulaire  comporte  une  opération  ultime,  l'élimination 
des  résidus  insolubles.  S'efTectue-t-elle  aussi,  dans  le  cas  d'ani- 
maux  supérieurs,  chez  les  phagocytes  qui  se  sont  chargés  de  particules 


(1)  On  sait  que  le  lait  contieni  un  ferment  oxydant  que  l'on  mei  en 
évideuce  nolamment  par  addition  de  paraphénylènediamine  et  d'eau 
oxygénée.  Le  lait  chauffé  à  80°  est  inactif.  D'après  Burlhel  (1899),  les 
leucocytes  du  lait  sont  les  porteurs  de  l'oxydase. 


200  UINFLAMMATION    ET  LA  PHAGOCYTOSE 

rebelles  à  l'influence  dissolvante  des  sucs  protoplasmiques?  S'il  existe 
en  réalité,  un  tei  processus  d'excrétion  ne  se  laisse  pas  surprendre  aisé- 
ment  :  Metchnikoff  notamment  ne  l'a  jamais  constate.  Les  particules 
insolubles  introduites  dans  la  circulation  se  déposent  dans  les  organes 
internes  ;  les  macrophages  les  englobent,  mais  on  peut  les  retrouver 
encore  après  un  temps  très  prolongé. 

Lorsqu'on  injecte  des  microbes  dans  la  circulation,  on  en  retrouve 
souvent  dans  l'intestin  ;  le  résultat  est  le  méme  après  inoculation 
intrapéritonéale  ou  méme  sous-cutanée,  à  condition  que  la  dose  intro- 
duite  soit  telle  que  des  microbes  puissent  pénétrer  dans  le  sang  (Breton, 
Bruyant  et  Mézie,  1912).  Mais  l'accès  des  germes  dans  l'intestin  est  dù 
vraisemblablement  à  ce  qu'ils  ont  échappé  aux  phagocytes  :  il  s'agit 
en  conséquencé  d'un  processus  de  dissémination,  non  d'élimination  (1). 
Lorsqu'on  introduit  dans  la  circulation  des  particules  inertes  insolubles 
(oxyde  de  cuivre,  minium,  carmin,  etc),  la  phagocytose  s'efTectue  et 
les  granulations  incluses  se  retrouvent  soit  dans  le  sang,  soit  de  préfé- 
rence  au  niveau  de  la  rate  et  du  foie.  Mais  la  recherche  dans  le  contenu 
intestinal,  après  des  laps  de  temps  variés,  allant  d'une  heure  à  cinq 
jours,  n'a  donne  à  Breton,  Bruyant  et  Mézie  que  des  résultats  négatifs. 
Certains  auteurs,  tels  Spillmann  et  Bruntz  (1911),  pensent  que  les 
leucocytes  peuvent  se  débarrasser  dans  les  organes  internes  de  diverses 
substances  solubles  (poisons,  toxines,  couleurs)  dont  ils  s'étaient 
emparés  ;  le  rein  interviendrait  ensuite  pour  procéder  à  l'élimination. 
Nous  avons  signalé,  à  propos  des  recherches  de  Besredka,  que  les  par- 
ticules de  sulfure  d'arscnic  ingérées  par  les  phagocytes,  étant  un  peu 
solubles,  finissent  par  disparaìtre,  et  que  de  l'arsenic  s'élimine.  Mais 
s'agit-il  d'une  véritable  décharge,  activement  réalisée  par  le  phagocyte, 
ou  d'une  simple  diffusion  lente,  phénomène  purement  physique  indé- 
pendant  de  la  vitalité  de  l'élément?  La  seconde  éventualité  paralt  la 
plus  vraisemblable. 

On  s'est  demandé  enfm  si  les  substances  incluses  dans  le  protoplasma 
des  phagocytes  ne  pourraient  pas  étre  transportées  dans  une  région 
déterminée  du  corps,  lorsqu'en  ce  point  une  influence  attractive  appelle 
énergiquement  les  cellules  et  provoque  leur  afflux  abondant.  La  ques- 
tion  se  pose  à  propos  des  abcès  dits  «  de  flxation  »  que  parfois  l'on  fait 
apparaìtre  dans  un  but  thérapeutique.  La  térébenthine  injectée  sous 
la  peau  provoque,  comme  on  sait,  la  formation  d'une  collection  puru- 
lente. Les  leucocytes  qui  les  constituent  n'apportent-ils  pas  avec  eux, 
éventuellement,  les  toxines  ou  déchets  cellulaires  dont  ils  se  soni 
chargés,  et  ne  peut-on,  de  cette  fagon,  «  purger  »  l'organisme  en  ras- 
semblant  en  un  endroit  donne  des  matériaux  nuisibles  qu'il  est  aisé 
d'expulser  ensuite  par  ouverture  de  l'abcès?  Cette  thèse  a  été  défendue, 

(1)  Cerlaines  constatations  dues  à  Calmette  semblent  néanmoins  montrer  que, 
chez  les  animaux  en  état  d'immunité  relative,  le  badile  tuberculeux  peut  s'éli- 
miner  réellement  par  les  voies  biliaires. 


PROPIÌIÉTÉS  PHYSIOLOGIQUES  DES  PHAGOCYTES     201 

mais  il  n'est  point  acquis  qu'un  to\  m(''canismc  puisse  fonctionner  avec 
la  pcrfection  espérée.  Notamment,  il  est  douteux  quc  des  leucocytes 
ayant  capturé  des  microbes  puissent  répondre  à  de  nouveaux  appels. 
Si  les  abcès  de  fixation  exercent  parfois  une  influence  favorable,  le  fait, 
pourrait  ótre  dù  simplement  à  ce  que  l'irritation  produite  par  la  sub- 
stance  injectce  a  pour  conséquence  la  stimulation  des  organes  hémato- 
poiétiqucs  et  raccroissement  du  nombre  des  leucocytes.  Des  recherches 
complémentaires  sur  cette  question  sont  assurément  désirables. 

Phagocytes  et  alimentation  parentérale.  —  Bien  que,  chez  les 
aniniaux  supórieurs,  la  phagocytose  soit  dcchue  de  sa  prerogative 
ancestrale  de  capturer  les  aliments  et  de  ravitailler  l'organisme,  désor- 
mais  pourvu  d'appareils  assimilateurs  perfectionnés,  la  similitude  des 
processus  intraphagocytaires  est  telle,  chez  les  étres  les  plus  simples 
d'une  part,  les  plus  complexes  de  l'autre,  que  l'idée  de  la  possibilité 
d'une  suppléance  au  moins  partielle,  chez  les  espèces  les  plus  élevées, 
des  organes  digestifs  par  le  système  phagocytaire,  pourrait  se  présenter 
à  l'esprit.  Il  est  bien  certain  que,  malgré  leur  activité  remarquablc,  les 
phagocytes  ne  représentent  pas,  dans  un  organisme  tei  que  le  nòtre, 
un  facteur  capable  de  venir  à  bout  des  quantités  élevces  d'ahments 
nécessaires  à  la  subsistance.  Il  va  sans  dire  au  surplus  que  des  maté- 
riaux  solides,  mème  solubilisables  par  les  enzymes  et  complètement 
assimilables,  ne  sauraient  ètre  attaqués,  lorsqu'on  les  injecte  sous  la 
peau,  qu'à  la  faveur  de  phénomènes  inflammatoires  impliquant  l'inter- 
vention  vasculaire  et  susceptibles  d'entraìner  pour  l'organisme  de  très 
sérieux  inconvénients.  D'autre  part,  notre  tube  digesti!,  qui  liquéfie  et 
degrada,  a  contraete  avec  des  organes  d'élaboration  et  de  synthèse, 
tels  que  le  foie,  des  rapports  de  dépendance  très  étroits  ;  rien  n'auto- 
rise  à  penser  qu'une  harmonie  de  ce  genre  pourrait  s'établir  cntre  ces 
organes  et  les  phagocytes. 

Mais  on  a  beaucoup  étudié  la  question  de  savoir  dans  quelle  mesure 
des  matériaux  nutritifs  solubles,  notamment  des  albuminoides,  peuvent 
ètre  utilisés  par  l'organisme  lorsqu'ils  sont  introduits  par  voie  paren- 
térale. A  vrai  dire,  ce  sujet  dépasse  les  limites  du  chapitre  des  phago- 
cytes, car  il  ne  semble  pas  douteux  que,  pour  modifier  de  telles  sub- 
stances,  d'autres  éléments  cellulaires  ne  puissent  intervenir,  soit  direc- 
t  ement,  soit  par  l'intcrmédiaire  de  ferments  dévcrsés  dans  les  humeurs. 
On  a  longtemps  admis  que,  introduites  dans  les  tissus  ou-  le  sang,  des 
substances  alimentaires  telles  que  le  blanc  d'oeuf  ou  l'albumine  du 
sérum  ne  font  que  traverser  l'organisme  :  on  en  retrouve,  en  elTet, 
d'importantes  quantités  dans  l'urine,  mélangées  d'ailleurs  à  des  albu- 
minoides appartenant  en  propre  à  l'organisme  traité,  et  qui  ont  franchi 
le  filtro  renai  en  raison  sans  doute  des  troubles  provoqués  dans  cet 
organe  par  le  contact  avec  la  substance  étrangère.  On  a  pu  établir 
cependant  (Michaelis  et  Rona,  WolfT  et  Hougardy,  etc.)   qu'une  frac- 


^02        .      UINFLAMMATION  ET  LA  PHAGOCYTOSE 

tion  de  celle-ci  est  utilisée  et  participe  au  métabolisme  azoté  (1).  L'orga- 
nisme  tire  naturellement  meilleur  parti  des  albuminoides  de  méme 
espèce  :  d'après  Hari  (1911),  la  transfusion  de  sang  de  chien  à  un  chien 
a  pour  conséquence  l'augmentation  de  l'excrétion  azotée. 

Chez  les  animaux  qui  ont  déjà  regu  des  injections  d'un  liquide  albu- 
mineux  étranger,des  principes  actifs  apparaissent(anticorps,ferments)^ 
qui  facilitent  soit  la  capture  par  les  phagocytes,  soit  la  désintégration 
dans  les  huraeurs  ou  dans  certains  organes.  Aussi,  lors  d'une  nouvelle 
inoculation,  la  proportion  de  la  substance  injectée  qui  s'élimine  par 
l'émonctoire  est  plus  faible.  Mais,  d'autre  part,  des  complications 
fàcheuses  peuvent  surgir,  dues  à  l'établissement  de  l'anaphylaxie,  et 
qui  démontrent  combien  la  pénétration  d'aliments  azotés  complexes 
ailleurs  que  dans  le  tube  digesti!  est  incompatible  avec  le  jeu  régulier 
des  fonctions  physiologiques.  On  sait  aussi  que  l'injection  de  peptone 
provoque  des  perturbations. 

En  somme,  on  ne  doit  pas,  semble-t-il,  se  faire  d'illusions  quant  aux 
ressources  de  l'alimenta  tion  parentérale  (2).  Pour  ce  qui  concerne  la 
fonction  phagocytaire,  on  peut  dire  qu'ayant  définitivement  renoncé, 
chez  les  étresupérieurs,àentrer  en  conflit  avec  le  monde  extérieur  pour 
y  puiser  des  principes  utiles,  elle  ne  joue  plus  dans  les  circonstances 
normales  qu'un  ròle  interne,  à  coup  sur  très  important  :  notamment, 
elle  contribue  au  développement  de  l'organisme  ou  au  maintien  de  son 
intégrité  en  éliminant  des  déchets  ou  des  éléments  devenus  gènants. 
Mais,  lorsque  les  phagocytes  entrent  en  conflit  avec  des  matériaux  du 
dehors,  c'est  à  la  suite  de  pénétrations  accidentelles  et  fàcheuses,  dont 
l'invasion  microbienne  est  l'exemple  essentiel  ;  leur  role  n'est  plus 
d'assimiler,  mais  de  détruire. 


(1)  Reste  à  savoir  toutefois  si  les  albuminoides  injectés  par  vele  paren- 
térale ne  parviennent  pas  jusqu'à  i'intestin  pour  y  étre  digérés  comme 
ils  le  seraient  s'ils  avaient  été  ingérés. 

(2)  Peut-ètre  obtiendra-t-on  de  meilleurs  résultats  en  recourant  à 
l'injection  non  pas  d'albuminoides,  mais  des  produits  résultant  de  la 
désintégration  hydrolytique  de  ceux-ci.  Les  acides  aminés  introduits 
dans  le  sang  s'éliminent  en  partie  par  l'urine,  mais  une  fraction  notable 
disparaìt  dans  l'organisme  méme,  et  il  est  possible  qu'ils  y  soient  employés 
à  la  synthèse  d'albuminoides.  Ils  ne  déterminent  pas  les  accidents  de 
l'anaphylaxie.  —  Pour  ce  qui  concerne  les  hydrates  de  carbone,  on  a  pu, 
d'après  Kautsch  (1911),  soutenir  des  malades  affaiblis  en  leur  injectant 
des  Solutions  diluées  de  glucose.  Le  saccharose  s'élimine  en  nature, 
mais  une  partie  reste  dans  l'organisme  ;  il  y  a  sans  doute  dédoublement 
(Mendel  et  Kleiner,  1910;  Heilner,  1911):  nous  reviendrons  sur  les  effets 
de  l'injection  de  saccharose  à  propos  des  ferments  du  sang.  Les  graisses 
injectées  sous  la  peau  ne  se  résorbent  que  très  diffìcilement.  Il  semble 
toutefois  qu'elles  soient  mieux  utilisées  quand  on  les  introduit  sous 
forme  d'émulsions  flnes,  que  l'on  peut  obtenir  en  les  délayant  dans 
l'eau  avec  de  la  lécithine  (Mills,  1911). 


e H API  TRE  III 

LE  CONFLIT  DU  PHAGOCYTE  ET   DU    MICROBE 

VALEUR    DE   L'INTERVENTION    PHAGOCYTAIRE 

Correspondance  de  la  phagocytose  et  de  rimmunìté.  —  Nous 
venons  de  considérer  d'une  fagon  generale  les  phagocytes  et  les  pro- 
priótés  qui  leur  permettent  de  réaliser  l'englobement  et  la  digestion 
intracellulaire.  Il  convient  maintenant  d'assister  au  conflit  qui  met  les 
adversaires  aux  prises.  Il  est  inutile  de  multiplier  à  l'infini  les  exemples  ; 
nous  nous  attacherons  aux  cas  les  plus  instructifs,  les  mieux  suscep- 
tibles  de  mettre  en  relief  les  ressources  tant  de  la  défense  que  de  l'agres- 
sion,  et  de  faire  apercevoir  aussi  leurs  points  faibles  et  leurs  imperfec- 
tions.  Les  microbes  doivent,  pour  une  très  grande  part,  leur  virulence 
à  leurs  propriétés  antiphagocytaires  :  l'étude  de  celles-ci  est  donc, 
pour  la  compréhension  de  l'infection,  d'une  grande  importance. 

Nous  avons  reconnu  plus  haut  que  l'immunité  naturelle  s'explique 
par  une  phagocytose  énergique  ;  la  concordance  est  fidèle  ;  inverse- 
ment,  lorsque  les  microbes  parviennent  à  se  multiplier  et  à  envahir 
l'organisme,  c'est  à  l'insuffisance  de  la  phagocytose  qu'ils  doivent  leur 
triomphe  ;  l'expérience  de  MetchnikolY  relative  au  charbon  virulent 
ou  au  vaccin  charbonneux,  que  nous  avons  rappelée,  illustre  cette 
notion  de  la  manière  la  plus  frappante.  Dans  la  guérison  d'une  maladie 
déclarée  ou  dans  l'immunité  acquise,  la  fonction  phagocytaire,  que  les 
anticorps  spécifiques  viennent  favoriser,  intervient  également  à  titre 
essentiel.  Par  exemple,  dans  l'érysipèle  de  l'homme,  lorsque  la  maladie 
guérit,  on  constate  l'englobement  en  masse  des  streptocoques  par  les 
leucocytes  polynucléaires,  lesquels,  dans  les  couches  profondes  du 
derme,  sont  souvent  dévorés  ensuite  par  les  macrophages. 

Lorsque,  chez  l'homme  ou  chez  le  singe,  l'accès  de  fièvre  récurrente 
s'apaise  et  que  la  temperature  retombe  à  la  normale,  cette  défervescence 
se  signale  par  la  disparition  des  spirilles  qui  puUulaient  dans  le  sang  ; 
on  les  retrouve  exclusivement  alors  dans  la  rate,  englobés  par  les  ccl- 
lules  sanguines  qui  se  sont  réfugiées  dans  cetorgane,  ou  par  les  macro- 
phages appartenani  à  celui-ci  (MetchnikofT). 


204     LE    CON  FLIT  DU   PHAGOCYTE   ET  DU   MIC  ROBE 

Une  espèce  de  spirochètes  assez  semblables  à  ceux  de  la  fièvre  récur- 
rente  détermine  chez  les  oies  une  maladie  contagieuse,  à  laquelle  les 
mammifères  sont  réfractaires.  Si  Fon  injecte  dans  la  cavile  peritoneale 
du  cobaye  du  sang  d'oie  contenant  ces  spirilles,  on  constate  que  ceux-ci 
gardent  intacte  leur  mobiHté  dans  l'exsudat.  Le  conflit  ne  s'établit 
pas  immédiatement,  car  vis-à-vis  de  ces  germes  les  polynucléaires 
s'abstiennent  presque  complètement  ;  ce  sont  les  macrophages,  dont 
la  mobilisation  est  plus  lente,  qui  engagent  la  lutte.  Ces  éléments 
émettent  des  prolongements  qui,  s'accolant  au  microbe  et  y  adhérant, 
le  ramènent  ensuite  vers  l'intérieur  du  protoplasme.  On  voit  souvent 
la  partie  non  encore  englobée  du  germe  manifester  des  mouvements 
très  vifs,  lesquels  s'arrétent  seulement  lorsqu'il  est  complètement 
ingéré.  Il  est  alors  promptement  détruit  et  disparaìt  (MetchnikofT). 
Le  tableau  est  analogue  lorsque  l'expérience  met  en  jeu  du  sang 
d'homme  contenant  le  spirochéte  de  la  fièvre  récurrente  (Sawtchenko). 

Le  bacille  du  charbon  se  développe  avec  luxuriance  lorsqu'on  l'ense- 
mence  dans  le  sérum  de  chien  ;  pourquoi  cet  animai  est-il,  vis-à-vis 
de  ce  germe,  doué  d'une  forte  immunité  naturelle?  Une  ponction  pra- 
tiquée  à  l'endroit  del'inoculation  montre  que  les  microbes,dès  que  les 
leucocytes  ont  affine,  sont  englobés  et  détruits.  L'immunité  de  la  poule 
à  l'égard  du  charbon  est  due  au  méme  mécanisme  (Hess,  1887).  Si 
l'injection  est  pratiquée  dans  la  chambre  antérieure  de  l'oeil,  où  l'afflux 
des  leucocytes  est  plus  lent,  la  puUulation  s'opère  jusqu'au  moment 
où  ces  cellules  arrivent  en  nombre  suffisant.  La  grenouille  resiste  éga- 
lement  au  charbon,  les  microbes  introduits  dans  le  sac  lymphatique 
y  sont  rapidement  englobés,  à  moins  qu'on  ne  les  protège  contre  la 
phagocytose  en  les  enfermant  dans  un  petit  sac  fait  d'une  membrane 
de  roseau,  lequel  laisse  fìltrer  les  liquides,  mais  arréte  les  cellules  ;  dans 
ces  conditions,  ils  pullulent  (Metchnikoff).  Les  spores  elles-mèmes  sont 
aisément  capturées  par  les  phagocytes,  qui  en  empéchent  la  germi- 
nation,  et  finissent,  malgré  leur  résistance  extréme,  par  les  détruire 
(Trapeznikoff). 

Certains  animaux  sont  réfractaires  à  la  tuberculose  ;  c'est  à  leurs  pha- 
gocytes qu'ils  doivent  leur  résistance,  ainsi  que  Font  démontré  tout 
d'abord  les  recherches  de  Metchnikoff  relatives  à  la  gerbille  et  au  sper- 
mophile.  On  sait  que  les  diverses  races  de  bacilles  tuberculeux  sont 
inégalement  virulentes  pour  diverses  espèces  animales.  Or  les  animaux 
réfractaires  à  une  race  déterminée  (pigeon  et  bacille  humain,  par 
exemple)  manifestent  à  l'égard  de  celle-ci  des  propriétés  phagocytaires 
très  prononcées  (Dembinski).  Ce  sont  les  macrophages  qui  jouent 
le  róle  principal  ;  ils  se  fusionnenten  cellules  géantes  autour  des  bacilles 
et  les  emprisonnent.  S'ils  ne  parviennent  pas  à  les  détruire  tous,  au 
moins  les  empéchent-ils  de  pulluler.  Mais,  si  on  inocule  à  un  pigeon  le 
bacille  aviaire,  auquel  il  est  sensible,  les  macrophages  n'interviennent 
que  faiblement  ;  ils  sont  détruits  et  l'infection  se  propage.  Aux  parti- 


VALEUR  DE  V INTERVENTION  PHAGOCYTAIRE       205 

cularités  qui  distingucnt  les  systèmes  défensifs  des  diverses  espèces 
animales  correspondent,  nous  l'avons  fait  remarquer  antérieurement, 
chez  Ics  diverses  raccs  microbiennes,  des  particularités  agressives 
appropriées,  et  c'est  ainsi  que  se  rcalise  l'adaptation  du  parasite  à 
son  hóte. 

Ce  sont  aussi  les  macrophages  qui,  au  cours  d'autrcs  infections  chro- 
niques  telles  que  la  syphilis  (Gierke,  Levaditi,  Ehrmann,  1906),  inter- 
viennent  à  titre  prédominant  dans  la  lutte  contre  le  virus. 

Fait  remarquable,  des  animaux  très  sensibles  à  une  toxinc  déter- 
minée  peuvent  ètre  parfaitement  aptes  à  maìtriser,  gràce  à  leurs  pha- 
gocytes,  le  microbe  qui  scerete  ce  poison.  Le  tétanos  fournit  à  cet 
égard  un  excmple  typique,  bien  étudic  par  Vaillard  et  ses  eollabora- 
teurs  Vincent  et  Rouget  (1891-1893).  Les  leucocytes  du  cobaye  ou  du 
lapin  englobent  avcc  la  plus  grande  facilité  les  spores  tétaniques  et  les 
empéchcnt  de  germer  ;  si  l'on  n'a  pas  introduit  de  toxine,  la  maladie 
n'éclate  qu'à  la  faveur  d'influences  susceptibles  de  contrarier  la  pha- 
gocytose  ;  par  exemple,  des  spores  enrobées  dans  de  la  gelose,  et  par 
conséquent  protégées  contre  les  cellules,  peuvent  germer  :  le  poison  est 
produit  et  l'animai  succombe.  Le  bacille  qu'on  trouve  dans  le  hog- 
choléra  produit  une  toxine  à  laquelle  le  lapin  est  fort  sensible,  et  que 
le  sérum  de  cet  animai,  mème  après  immunisation,  est  incapable  de 
neutraliser  ;  la  guérison  résulte  de  l'intervention  phagocytaire  qui 
annihile  le  germe  (MetchnikofT,  1892). 

Il  nous  serait  impossible  de  passer  en  revue  les  innombrables  re- 
cherches  qui,  chez  les  animaux  les  plus  divers,  ont  scruté  le  mécanisme 
de  la  défense  vis-à-vis  des  microbes  les  plus  variés.  Elles  ont  réguliè- 
rement  mis  en  évidence  l'importance  pour  l'immunité  de  la  destruction 
intracellulaire  des  virus,  qu'il  s'agisse  d'état  réfractaire  naturel  ou 
d'immunité  conférée  soit  par  vaccination,  soit  par  injection  de  sérum 
préventif.  Gomme  l'active,  l'immunité  passive  se  signale  par  un  accrois- 
sement  de  l'energie  phagocytaire  :  c'est  ce  qu'on  observe,par  exemple, 
chez  les  animaux  traités  par  le  sérum  préventif  contre  le  microbe  trouvé 
dans  le  hog-choléra  (MetchnikofT,  1892).  Les  choses  se  passent  de  mème 
chez  les  animaux  qui  ont  regu  les  sérums  actifs  vis-à-vis  de  divers 
vibrions  (MetchnikofT,  Bordet,  Mesnil,  1893-1897),  du  bacille  diphtérique 
(Roux  et  Martin,  1894),  du  bacille  charbonneux  (Marchoux,  1895), 
du  bacille  typhique  (Chantemesse  et  Widal,  Funck),  du  streptocoque 
(Denys  et  Leclef,  1895;  Bordet,  1897),  du  pneumocoque(Issaeff,  1893), 
du  bacille  du  rouget  (Mesnil,  1898),  du  bacille  pyocyanique  (Ghior- 
ghiewski,  1899),  etc.,etc.  La  phagocytose  étant  plus  vive  chez  les  ani- 
maux immunisés,  la  destruction  des  germes  y  est  aussi  plus  prompte 
et  plus  sùre  que  chez  les  animaux  neufs,  mème  s'il  s'agit  de  doses  de 
microbes  trop  faibles  pour  tuer  ces  derniers.  Heck  (1907)  a  constate, 
par  exemple,  que,  si  chez  le  lapin  normal  on  injecte  dans  les  veines  du 
bacillo  typhique,  le  microbe  disparalt  du  sang  au  bout  de  six  heures 


^06     LE    CON  FLIT   DU    PHAGOCYTE    ET  DU   MIC  ROBE 

environ,  mais  se  retrouve  à  l'état  vivant  dans  la  rate  et  la  moelle  des 
OS  après  trois  semaines  et  mème  davantage.  Chez  le  lapin  immunisé, 
tous  les  organes,  au  bout  de  trois  jours,  se  montrent  stériles. 

Puissance  bactéricide  des  phagocytes  et  des  humeurs.  —  Bien 
que  conduisant  aux  mèmes  résultats,  ces  travaux  si  nombreux  étaient 
tous  nécessaires,  en  raison  des  objections  incessantes  que  les  partisans 
de  la  théorie  dite  du  pouvoir  bactéricide  des  humeurs  soulevaient  contre 
la  doctrine  phagocytaire.  Cette  opposition  s'est  depuis  longtemps  éva- 
nouie  :  elle  invoquait  d'ailleurs,  à  coté  de  faits  dont  l'exactitude  n'est 
pas  douteuse,  des  notions  erronées.  On  exagérait  beaucoup  la  vertu 
antiseptique  des  principes  dissous  dans  les  humeurs,  on  allait  jusqu'à 
prétendre,  contre  tonte  évidence,  que  les  phagocytes,  en  thèse  gene- 
rale, sont  incapables  d'englober  des  microbes  vivants  et  que  leur  inter- 
vention  se  borne  à  effectuer  l'englobement  de  germes  tués  au  préalable 
par  la  partie  liquide  des  exsudats  ou  du  sang.  Certes,  il  est  des  cas  où 
une  quantité  relativement  forte  de  sérum  peut  stériliser  un  ensemence- 
ment  modéré  de  microbes  ;  il  arrive  mème,  mais  c'est  déjà  beaucoup 
plus  rare,  que  la  puissance  antiseptique  soit  notablement  plus  pro- 
noncée  ;  on  peut  citer  à  ce  propos  l'influence  du  sérum  normal  de  rat 
sur  le  microbe  du  charbon,  ou  celle  qu'exerce  sur  le  vibrion  cholérique 
le  sérum  des  animaux  immunisés.  Nous  discuterons  brièvement  dans 
un  chapitre  special  la  part  respective  revenant  aux  humeurs  et  aux 
cellules  dans  la  défense  de  l'organisme  et  le  mécanisme  de  la  guérison. 
Mais  nous  pouvons  dès  à  présent  signaler  que,  mème  dans  les  cas  où  le 
microbe  en  jeu  est  particulièrement  sensible  à  l'action  bactéricide  des 
humeurs,  dans  ceux,  en  d'autres  termes,  qui  se  montrent  le  plus  favo- 
rables  à  la  théorie  fondée  sur  ce  pouvoir,  celui-ci  apparaìt  comme  hors 
■de  proportion  avec  ce  qu'il  devrait  ètre  pour  ètre  capable  à  lui  seul  de 
défendre  efficacement  l'animai  contre  les  doses  élevées  de  microbes 
qu'il  peut  en  réalité  supporter,  et  qu'il  tolère  gràce  à  l'intervention  des 
phagocytes.  La  notion  de  la  dose  est  essentielle  ;  or,  la  quantité  de 
microbes  qu'un  exsudat  riche  en  leucocytes  actifs  peut  détruire  est 
relativement  très  considérable.  D'autre  part,  on  n'est  pas  autorisé  à 
affirmer  a  priori,  et  nous  reviendrons  sur  ce  point,  qu'une  substance 
trouvée  en  solution  dans  le  sérum  existe,  in  vivo,  à  l'état  de  liberté 
dans  les  humeurs.  Il  convient  d'ajouter  encore  qu'un  microbe  mème 
lése  par  les  humeurs  n'est  pas  nécessairement  détruit,  que  fréquemment 
«ertains  germes  en  s'adaptant  fìnissent  par  surmonter  l'influence 
nocive  et  qu'alors  l'infection  reprendrait,  si  les  phagocytes  ne  dé- 
blayaient  le  terrain.  Répétons  au  surplus  qu'à  l'égard  de  nombreux 
microbes,  le  sérum  des  animaux  normauxou  mème  immunisés  ne  mani- 
feste qu'un  pouvoir  stérilisateur  absolument  négligeable  :  on  ne  saurait 
l'invoquer  pour  expliquer  la  mort  de  tels  germes  introduits  dans  l'or- 
ganisme, tandis  que  la  phagocytose  et  la  destruction  intracellulaire  se 


VALEUR  DE  VINTERVENTION  PHAGOCYTAIRE       207 

ronstatent  de  la  manière  la  plus  frappante  ;  nous  avons  à  ce  propos 
rencontré  déjà  des  exemples  décisifs.  Citons-en  quelques  autres  :  dans 
l'immunité  contre  le  streptocoque,  le  pneumocoque,  le  staphylocoque, 
les  bacilles  pesteux,  du  charbon,  diphtérique,  pyocyanique,  etc,  que 
manifestent  les  animaux  primitivement  sensibles,  mais  qui  ont  été 
soumis  à  la  vaccination,  le  pouvoir  stérilisateur  du  sérum  est,  pour 
ainsi  dire,  nul  ;  il  existe,  mais  est  faible,  chez  les  animaux  immu- 
nisés  contre  le  bacille  typhique;  les  paratyphiqucs,  etc,  et  à  lui  seul 
ne  rendrait  aucunement  compte  de  l'état  réfractaire  que  désormais  on 
ol)serve.  Dans  tous  ces  cas,  au  contraire,  la  phagocytose  est  d'une 
•  ificacité  souveraine. 

Il  est  juste  néanmoins  d'envisager  attentivement  les  cas  où  le  pou- 
voir microbicide  du  sérum  est  vraiment  très  marqué.  Le  rat  oppose 
à  l'infection  charbonneuse  une  résistance  qui  n'est  pas  absolue,  mais 
•est  très  prononcée.  Behring  a  constate  en  1888  que  le  sérum  de  cet 
animai  exercq  une  influence  destructive  frappante  sur  le  microbe  en 
<juestion  (1)  :  mélangés  au  sérum,  les  bàtonnets  perdent  leur  réfrin- 
gence,  semblent  se  vider,  se  réduisent  à  leur  membrane  d'enveloppe 
et  corrélativement  deviennent  à  peu  près  incolorables  ;  l'addition 
•d'acide  au  sérum  lui  enlève  ses  propriétés.  Mais  Sawtchenko  a  constate 
que  la  substance  active,  abondante  dans  le  sérum  et  l'exsudat  péri- 
tonéal,  ne  passe  pas  dans  l'cedème  sous-cutané.  Elle  ne  se  trouve  pas 
à  l'état  libre  dans  le  plasma  circulant  (Gengou).  Aussi,  injectés  sous 
la  peau,  les  microbes  peuvent  se  reproduire,  provoquent  de  l'cedème, 
puis  un  afilux  leucocytaire  intense  ;  ils  sont  alors  englobés  vivants  et 
détruits  (Sawtchenko).  On  ne  constate  pas  d'oedème  si  les  microbes, 
avant  d'ètre  injectés,  ont  subi  le  contact  du  sérum,  ce  qui  montre 
ombien  celui-ci  est  plus  bactéricide  que  l'exsudat  sous-cutané.  Au 
surplus,  si  la  dose  inoculée  est  trop  forte,  les  phagocytes  sont  débordés, 
et  l'animai,  malgré  les  propriétés  que  l'on  constate  dans  le  sérum; 
succombe  à  l'infection  généralisée. 

Le  sérum  de  lapin,  animai  réceptif  au  microbe  charbonneux,  exerce 
cependant  sur  celui-ci  une  influence  bactéricide  très  nette.  Mais  Gen- 
gou (1901)  a  démontré  que  la  substance  microbicide  en  jeu  està  l'état 
normal  renfermée  dans  les  cellules  sanguines  ;  le  plasma  circulant  n'en 
<^ontient  pas  ;  c'est  lorsque  le  sang  est  retiré  du  corps  qu'elle  est  mise 
en  liberté  ;  nous  aurons  à  la  considérer  plus  loin.  Uva  lieu  de  tenir 
<'ompte  encore  de  ce  que,  dans  les  milieux  de  culture,  les  microbes 
pathogènes  ne  sont  pas,  en  règie  generale,  doués  de  leur  virulence  maxi- 
male.  Introduits  dans  l'organisme,  certains  d'entre  eux  s'adaptent 


(1)  Il  ne  faudrait  pas  s'imaginerque  le  sérum  de  rat  manifeste  à  l'égard 
de  la  generante  des  virus  un  pouvoir  antiseptique  de  ce  genre.  En  réalité, 
il  n'agit  de  cette  fagon  que  sur  le  microbe  du  charbon  et  sur  quelques 
bacilles  assez  voisins  de  celui-ci,  tei  le  Bacillus  sublilis. 


208     LE    CON  FLIT   DU    PHAGOCYTE    ET   DU    MIC  ROBE 

plus  aisément  et  plus  promptement  que  les  autres,  la  sélection  inter- 
vient  pour  constituer  des  générations  plus  résistantes  et  plus  dange- 
reuses.  On  constate  dans  cet  ordre  d'idées  que  le  virus  charbonneux 
extrait  non  d'une  culture  sur  milieu  artifìciel,  mais  du  coeur  d'un  lapin 
venant  de  succomber  à  la  maladie,  ne  se  laisse  plus  détruire  par  le 
sérum  de  lapin  neuf.  Sacharoff  (1904)  a  montré  que  le  microbe  du  char- 
bon,  cultivé  dans  le  sérum  de  lapin,  acquiert  le  pouvoir  de  resister  à 
l'influence  délétère  de  ce  liquide.  En  conséquence,  la  substance  mi- 
crobicide,  méme  si  elle  se  trouvait  en  liberto  dans  le  plasma,  n'appor- 
terait  en  somme  qu'une  garantie  insuffisante,  Au  surplus,  le  sérum  de 
lapin  normal,  injecté  à  titre  préventif  au  cobaye  par  exemple,  ne 
protège  aucunement  contre  le  charbon.  Il  est  curieux  de  constater  que 
le  sérum  du  lapin,  animai  réceptif,  est  bactéricide  in  vilro,  tandis  que 
le  sérum  du  chien,  animai  réfractaire  au  charbon,  ne  l'est  pas. 

L'immunité  acquise  contre  le  vibrion  cholprique  se  signale  par  un 
pouvoir  bactéricide  intense  que  nous  aurons  à  considére.r  longuement. 
Les  microbes  introduits  dans  le  péritoine  des  animaux  vaccinés  y 
subissent  très  rapidement,  avant  que  les  leucocytes  n'aient  eu  le  temps 
d'affluer,  une  modifìcation  regressive  très  caractéristique,  indice  de 
l'influence  bactéricide.  Mais  méme  en  pareli  cas  la  phagocytose,  au 
moins  après  une  injection  assez  copieuse,  est  encore  indispensable.  Si 
on  l'entrave  (par  l'administration  de  teinture  fì'opium,  par  exemple), 
certains  vibrions,  qui  ont  resistè,  peuvent  repulluler  au  bout  d'un  cer- 
tain  temps  et  tuer  l'animai  (Cantacuzène).  Au  surplus,  les  phagocytes 
n'exigent  pas,  pour  englober  les  vibrions,  que  ceux-ci  aient  subi  tout 
d'abord  la  lésion  dont  il  s'agit.  Si,  dans  le  péritoine  d'un  cobaye  immu- 
nisé,  on  détermine,  gràceà  une  injection  de  bouillon,  un  très  abondant 
afflux  leucocytaire,  et  si  Fon  injecte  ensuite  les  vibrions,  ceux-ci  sont 
capturés  quasi  instantanément  et  se  retrouvent  alors,  avec  leur  aspect 
nornial,  dans  le  protoplasme,  où  d'ailleurs  ils  s'altèrent  ultérieurement 
(MetchnikofT).  On  obtient  également  cette  phagocytose  presque  imme- 
diate lorsque,  chez  l'animai  vaccine,  on  introduit  les  vibrions  dans  la 
circulation  (Bordet,  Levaditi).  En  raison  des  particularités  de  diflFu- 
sibilité  d'une  matière  nécessaire  au  pouvoir  bactéricide,  l'alexine,  ce 
pouvoir  se  manifeste  plus  faiblement  dans  le  tissu  sous-cutané  que  dans 
le  péritoine  ;  en  conséquence,  lorsqu'on  injecte  les  vibrions  sous  la 
peau,  on  constate  qu'ils  peuvent  étre  englobés  sans  que  leur  forme  se 
soit  au  préalable  modifiée  (MetchnikofT).  Il  est  juste,  à  vrai  dire,  d'ajou- 
ter  que  les  vibrions  qui  ont  été  touchés  par  des  doses  méme  faibles  des 
substances  actives  humorales  sont  englobés  beaucoup  plus  aisément  : 
il  s'agit,  comme  nous  le  verrons,  d'une  influence  opsonique. 

Quant  à  l'allega tion,  produite  autrefois  par  divers  auteurs,  que  les 
phagocytes  ne  sont  capables  d'englober  que  des  cadavres,  les  microbes 
étant  tout  d'abord  tués  par  les  humeurs,  elle  est  d'une  flagrante  inexac- 
titude.  A  maintes  reprises,  MetchnikofT  a  montré  qu'on  peut,  lorsqu'il 


VIRULENCE  ET  PROPRIÉTÉS  ANTIPIIAGOGYT AIRES    209 

s'agit  de  microbes  très  mobiles,  suivre  pendant  un  certain  temps  leurs 
mouvements  dans  le  protoplasme  phagocytaire  lui-mème,  au  sein  de 
la  vacuole  digestive.  Une  expérience  très  démonstrative  aussi  consiste 
à  retirer  par  ponction  un  exsudat  dans  lequel  les  leucocytes  ont  récem- 
ment  englobé  la  totalité  des  microbes  injectés,  et  à  piacer  à  l'étuve,  à 
l'abri  de  l'évaporation,  et  en  l'additionnant  d'un  peu  de  bouillon,  la 
gouttelette  qu'on  vient  d'extraire.  Les  cellules  se  trouvant  désormais 
dans  des  conditions  défectueuses,  périssent  ;  les  microbes  inclus  se 
reproduisent  in  sita,  et  bientòt  le  phagocyte  apparaìt  comme  un  sac 
bourré  de  microbes  et  qui  fmalement  se  déchire,  laissant  échapper 
ceux-ci.  Nous  avons  rappelé  plus  haut  que  des  exsudats  ne  contenant 
plus  que  des  microbes  englobés  peuvent  étre  virulents.  Il  faut  natu- 
rellement  avoir  soin,  dans  ce  genre  d'expériences,  de  ne  pas  retirer 
l'exsudat  trop  longtemps  après  que  la  phagocytose  s'est  complètement 
opérée;  si  l'on  intervient  troptard,  la  digestion  des  microbes  est  déjà 
efTectuée. 


VIRULENCE    ET    P^OPRlETES   ANriPHAGOOYfAIRES    DES    MICROBES 

Variations  de  l'influence  chimiotaxique.  — •  Pourquoi  les  pha- 
gocytes  refusent-ils  parfois  d'accomplir  leur  mission  salutaire  et 
laissent-ils  ainsi  le  champ  libre  à  l'infection?  Dans  certains  cas,  l'afflux 
leucocy taire  au  point  injecté  est  pour  ainsi  dire  nul,  on  n'observe  qu'un 
peu  d'oedème,  le  microbo  se  maintenant  à  l'état  libre  se  résorbe  promp- 
tement  par  les  lymphatiques  et  se  généralise.  Sans  doute  s'agit-il  d'une 
influence  chimiotaxique  repulsive  pergue  à  distance  et  s'opposant  au 
passage  des  leucocytes  à  travers  les  parois  capillaires.  Massart  (1892), 
comparant  chez  une  méme  espèce,  par  la  méthode  des  tubes  capillaires, 
des  microbes  peu  pathogènes  à  des  microbes  virulents,  constata  que 
très  généralement  les  premiers  attirent  les  leucocytes  plus  énergique- 
ment  que  les  seconds  ;  ceux-ci  peuvent  méme  les  repousser.  D'autre 
part,  un  méme  microbe  virulent  attire  davantage  les  leucocytes  d'un 
animai  réfractaire  que  ceux  d'un  animai  réceptif.  Appliquant  un  prò 
cède  analogue,  et  opérant  sur  le  pneumocoque  virulent,  Tchistovitch 
observa  que  l'afllux  leucocytaire,  sollicité  par  ce  microbe,  est  nul  chez 
la  souris,  faible  chez  le  lapin,  très  intense  chez  le  chien.  Or,  le  chien 
est  le  plus  réfractaire,  la  souris  est  la  plus  réceptive. 

Mais  parfois  aussi  les  leucocytes  apparaissentennombre  très  notable, 
et  cependant,  bien  que  parfaitement  capables  de  mouvements  ami- 
boìdes,  n'englobent  pas.  Semblable  constatation  a  été  faite  par 
Metchnikoff,  en  1884,  à  propos  du  charbon. 

Qaines.  —  Un  exemple  intéressant  à  cet  égard  a  été  étudié  par 
Bordet  (1896).  C'est  celui  du  streptocoque  ;  il  s'agit  d'une  race  dont 
L'Imrnunilé.  14 


210     LE    CON  FLIT    DU    PHAGOCYTE   ET  DU   MIC  ROBE 

Marmorek  avait,  en  pratiquant  de  nombreux  passages,  considérable- 
ment  exalté  la  virulence  pour  le  lapin  ;  il  suffisait,  pour  tuer  cet  animai^ 
d'introduire  sous  la  peau  0^^,000001  de  culture  en  bouillon  additionné 
de  liquide  d'ascite,  milieu  très  favorabie.  Le  cobaye  est  considérable- 
ment  plus  résistant  ;  il  tolère  jusque  O^c,!  de  cette  culture,  injectée 
intrapéritonéalement,  mais  succombe  à  l'infection  généralisée  si  l'on 
^^troduit  dans  le  péritoine  environ  le  doublé  de  cette  dose.  Il  supporte 
beaucoup  mieux  encore  l'injection  sous-cutanée.  On  sait  d'ailleurs  que 
la  cavitò  peritoneale  est  une  région  fort  propice  au  développement 
rapide  du  streptocoque. 

Si  l'on  inocule  dans  la  cavité  peritoneale  d'un  cobaye  la  dose  infra- 
mortelle  de  O^c,!,  l'afflux  leucocytaire  se  réalise,  la  phagocytose  se 
fait  assez  rapidement  d'une  manière  complète.  Les  streptocoques,  trop 
peu  nombreux,  sont  englobés  sans  avoir  eu  le  temps  de  s'adapter  au 
milieu  ;  certains  d'entre  eux,  il  est  vrai,  se  maintiennent  libres  plus 
longtcmps  que  d'autres  ;  mais  comme  leur  nombre  est  infime,  ils 
fìnissent  par  rencontrer  des  leucocytes  spécialement  actifs  par  lesquels 
ils  se  laissent  capturer.  La  destruction  dans  le  protoplasme  s'accomplit 
alors  et  l'animai  guérit  sans  trouble  ultérieur. 

Injectons  cette  fois  la  dose  minima  mortelle,  soit  0cc,2.  Au  bout  de 
quelques  heures,  les  leucocytes,  mononucléaires  et  surtout  poly- 
nucléaires,  étant  devenus  très  abondants,  ont  englobé  la  majorité  des 
microbes  introduits.  Cependant,  bien  que  les  phagocytes  soient  déjà 
infìniment  plus  nombreux  qu'il  ne  faudrait  pour  suffire  à  l'englobement 
de  la  totalité  des  streptocoques  présents,  quelques  microbes  parviennent 
à  rester  libres  et  à  se  multiplier.  Ges  germes  présentent  un  caractère 
particulier  que  ne  possédaient  pas  les  microbes  venant  de  la  culture  et 
qui  ont  été  inoculés.  Ils  se  sont  entourés  d'une  aurèole  assez  large,  que 
le  bleu  de  méthylène  colore  en  rose  violacé  pale.  Ils  donnent,  au  bout 
de  deux  ou  trois  heures  en  general,  naissance  à  de  nombreux  individus 
nouveaux,  auréolés  comme  eux  et  qui,  comme  leurs  ascendants,  sont 
doués  de  la  propriété  de  se  dérober  à  l'englobement.  Bientot  ils  pul- 
lulent;  on  se  trouve  alors  en  présence  d'un  exsudat  très  riche  à  la  fois 
en  microbes  et  en  cellules,  mais  celles-ci,  pour  la  plupart,  sont  vides. 
Et  rimpossibilité  où  elles  se  trouvent  de  capturer  le  germe  ne  résulte 
pas  de  ce  qu'elles  sont  atteintes  dans  leur  vitalité  :  leur  mobilitò  ami- 
boìde  est  intacte.  Injectons  en  effet,  à  ce  moment,  une  suspension  d'un 
microbe  peu  virulent,  tei  que  le  Proteus  vulgaris.  Presque  instantané- 
ment,  les  leucocytes  s'emparent  de  ces  germes,  les  englobent  jusqu'au 
dernier,  tout  en  continuant  à  refuser  les  streptocoques  ;  ils  opèrent 
donc  très  strictement  un  choix  entre  les  deux  espèces  microbiennes  (1)» 


(1)  Cette  expérience  a  été  réalisée  ensuite  sur  d'autres  microbes,  avec 
des  résultats  tout  è»^  fait  analogues.  Ainsi  Silberberg  et  Zeliony  (1901) 
injectent  dans  le  péritoine  d'un  lapin  le  microbe,  trcs  virulent  pour  cet 


VlfìULENCE    ET   PrtOPRIÉTÉS    ANTIPHAGOCYT AIRES     211 

Il  est  supcrflu  de  faire  remarquer  dans  quelle  mesure  de  tels  phéno- 
mènes  de  sélection  interviennent  pour  expliquer  raccroissenient  d»^^ 
virulence  que  détermine  la  méthode  des  passages  :  d'une  culture 
injectée,  les  phagocytcs  anéantissent  les  individus  les  moins  aptes  à  se: 
défendre,  et,  tout  en  veillant  au  salut  de  l'organisme,  contribuent  de  l;i 
sorte  eux-mémes  et  inévitablement,  par  ce  mécanisme  épurateur,  ;< 
l'apparition  de  générations    microbiennes    spécialement    dangereuses. 

Les  streptocoques  rebelles  à  la  phagocytose  ctarit  précisément,  sans 
exception,  ceux  qui  ont  réussi  à  s'entourer  d'une  aureole,  il  est  légi- 
time  de  pcnser  que  celle-ci  trahit  une  adaptation  microbienne  confé- 
rant  aux  germes  l'immunité  vis-à-vis  des  leucocytes,  c'est-à-dire  la 
virulence.  Vraisemblablement,  cette  aurèole  ou  capsule  contient  une 
substance  irritante  impressionnant  désagréablement  le  leucocyte  et 
le  tenant  à  une  certàine  distance,  donnant  lieu  ainsi  à  un  phénomènc 
de  chimiotaxisme  négatif  ;  peut-ètre  encore  ne  possède-t-elle  pas  les 
propriétés  de  contact  voulues  pour  pouvoir  adhcrer  au  protoplasme 
cellulaire,  qui  de  la  sorte  ne  peut  l'entrainer  au  sein  du  phagocyte. 
Nous  verrons  plus  loin,  dans  cet  ordre  d'idées,  combien  l'adhésion 
moléculaire  intervient  dans  le  phénomène  de  l'englobement. 

Lorsqu'on  a  injecté  dans  le  péritoine  d'un  cobaye  une  quantité  de 
culture  voisine  de  la  dose  minima  mortelle,  on  peut  très  généralement, 
au  bout  de  quelques  heures,  formuler  le  pronostic  en  se  fondant  sur  la 
présence  ou  l'absence,  en  dehors  des  cellules,  de  streptocoques  encap- 
sulés.  Si,  quatre  heures  par  exemple  après  l'injection,  on  trouve  que 
l'exsudat,  devenu  à  ce  moment  très  riche  en  leucocytes,  renferme  de 
rares  microbes  auréolés,  le  sort  de  l'animai  apparait  très  compromis  » 
peut-étre  ces  germes  fìniront-ils  toutefois  par  devenir  la  proie  de  quel- 
ques phagocytes  exceptionnellement  actifs.  Mais  si  leur  nombre  est 
notable,  on  peut  étre  assuré  qu'ils  se  multiplieront  désormais  sans 
entraves,  et  que  l'animai  succombera.  Le  salut  de  l'animai  exige  dònc 
que  la  phagocytose  complète  se  fasse  très  promptement.  Si  elle  tarde, 
les  microbes  ont  le  temps  de  se  multiplier,  de  s'adapter,  d'acquérir 
l'immunité  antiphagocytaire.  La  précocité  de  l'intervention  cellulaire 
—  et  cette  notion  s'applique  à  de  très  nombreux  cas  d'infection  — 
est  une  condition  essentielle  au  succès  de  la  défense. 

Le  Seul  facteur  de  destruction  microbienne  que,  dans  l'exemple  étu- 
dié,  l'observation  nous  révèle,  c'est  la  phagocytose.  Les  microbes  sont 
englobés  vivants,  ils  périssent  fìnalement  à  l'intérieur  des  leucocytes, 
mais,  avant  de  mourir,  sont  encore  virulents  :  une  trace  d'exsudat 
péritonéal  de  cobaye  en  voie  de  guérison,  renfermant  des  streptocoques 
qui  tous  ontété  ingérés  par  les  leucocytes  depuis  quatre  heures  au  moins, 


animai,  du  choléra  des  poules.  Pas  do  phagocytose.  Ils  inoculent,  quelque 
tcmps  plus  tard,  dans  le  péritoine,  des  staphyiocoques  peu  virulents, 
qui  sont  très  rapidement  englobés. 


212     LE    CONFLIT  DU   PHAGOCYTE   ET  DU    MICROBE 

tue  rapidement  le  lapin  auquel  on  l'injecte  sous  la  peau.  Le  sci'um  de 
cobaye  ne  manifeste  aucun  pouvoir  bactéricide  à  l'égard  du  strepto- 
coque. 

Mais  pourquoi  le  lapin  est-il  plus  réceptif  que  le  cobaye?  On  se 
convainc  facilement  de  ce  que  la  différence  est  d'ordre  phagocytaire, 
elle  est  en  rapport  avec  l'aptitude  à  opérer  l'englobement.  Injectons 
quelques  centimètres  cubes  de  bouillon  dans  la  cavitò  peritoneale  d'un 
lapin  et  d'un  cobaye.  Inoculons  le  lendemain  à  chacun  des  animaux, 
dans  cette  méme  région  où  un  exsudat  très  riche  en  leucocytes  s'est 
constitué,  mème  volume  de  culture  streptococcique.  On  trouve  que  la 
phagocytose  est  considérablement  plus  prononcée  chez  le  cobaye  que 
chez  le  lapin  ;  en  d'autres  termes,  les  leucocytes  de  ce  dernier  sont 
beaucoup  plus  sensibles  à  l'influence  repulsive  exercée  par  le  microbo  ; 
ils  refusent  souvent  d'englober  méme  des  streptocoques  non  encore 
auréolés,  Ils  ressentent  plus  vivement  aussi,  d'autre  part,  les  effets 
délétères  des  sécrétions  streptococciques  ;  au  bout  de  quelques  heures, 
les  cellules  présentes  dans  l'exsudat  subissent  des  lésions  que 
l'on  n'observe  pas  chez  le  cobaye  méme  inoculò  d'une  forte  dose 
et  qui  succombe.  Ges  faits,  observés  par  Bordet  (1897),  mettent 
clairement  en  relief  la  notion  essentielle  sur  laquelle  nous  avons 
insiste  dans  l'Apergu  general,  à  savoir  que  les  cellules  de  mème  nom 
ne  sont  pas  absolument  identiques  chez  les  différentes  espèces  ani- 
males,  et  que  ces  dilTérences  rendent  compte  de  l'inégalité  des  récep- 
tivités. 

Gontrairement  aux  races  virulentes,  les  échantillons  de  streptocoque 
doués  d'un  pouvoir  pathogène  mediocre  ne  forment  pas  d'aurèole. 
Aussi  se  laissent-ils  phagocyter  aisèment  ;  ce  fait  a  été  vérifìé  par 
Marchand  sur  un  grand  nombre  d'èchantillons.  Bordet  a  constate  en 
outre  que  le  cobaye  tolère  beaucoup  mieux  le  streptocoque  virulent 
lorsque  la  culture  est  àgèe  de  trois  à  quatre  jours  ;  cela  tient  à  ce  que 
les  microbes  vieillis  ne  s'entourent  pas  de  l'aurèole  protectrice  avec  la 
promptitude  voulue.  En  general,  d'ailleurs,  l'àgerend  les  microbes  plus 
phagocytables,  c'est  le  cas  notamment  du  bacille  typhique  (Levaditi 
et  Inman,  1907). 

Les  données  recueillies  par  Bordet  concernant  le  role  de  l'aurèole 
ont  été  conflrmèes  par  l'ètude  d'autres  microbes,  et  notamment  du 
inicrobe  charbonneux  virulent.  Dans  l'organisme,  ce  germe  s'entoure 
également  d'une  gaine,  que  Serafini  avait  déjà  signalée  en  1888,  mais 
dont  la  signification  n'était  pas  défìnie.  Sawtchenko  a  constate  que 
cette  gaine  possedè  les  mémes  propriétés  que  l'aurèole  streptococcique  : 
elle  permet  au  microbo  qui  l'a  produite  d'échapper  à  la  phagocytose 
et  le  rend  ainsi  invulnèrable.  Les  germes  provenant  d'une  culture 
exigent  un  temps  assez  long  pour  se  munir  de  la  gaine  et  devenir  ainsi 
très  dangereux  ;  aussi,  lorsqu'on  inoculo  des  microbes  extraits  d'un 
organismo  infoctè,  c'ost-à-dire  déjà  encapsulés,  cette  période  d'adapta» 


VinULENCE    ET    PROPRIÉTÉS   ANTIPHAGOCYT AIRES     213 

tion  est  supprimée  et  la  mort  survient  plus  vite  (1).  Meme  après  lavage 
soigneux  et  chauffage  à  60^,  les  microbes  charbonneux  auréolés  se 
drrobent  encore  à  l'onglobement  (Stiennon,  1907).  Lorsque  le  bacille 
du  charbon  est  soumis  aux  influences  déprimantes  qui  l'atténuent  et  le 
transforment  en  vaccin,  il  perd  corrélativement  l'aptitude  à  produirc 
la  capsule  (Ascoli,  Stiennon,  Preisz),  tandis  qu'il  devient  aisément 
phagocytable  ;  on  constate  d'autre  part  (Preisz,  1909)  que  le  charbon 
cncapsulé  resiste  mieux  aux  antiseptiques  et  aux  substances  bactéri- 
cides  du  sórum. 

Étant  donnée  la  grande  importance  de  la  gaine  au  point  de  vue  de 
la  virulence,  on  a  tenté  de  préciser  les  conditions  de  son  apparition, 
Ghose  singulière,  et  que  Stiennon  a  remarquée,  c'est  surtout  au  moment 
où  l'infection  est  en  voie  de  généralisation  que  la  capsule  est  bien  appa- 
rente. Elle  tend  à  devenir  moins  nette  chez  les  générations  microbiennes 
ultérieures  et  peut  memo  disparaìtre  lorsque  l'animai  va  succomber  ; 
la  gaine  rcparaìt  d'ailleurs  promptement  lorsque  les  germes  sont 
reportés  sur  un  nouvel  organisme.  Il  semble  donc  que  la  bactérie  uti- 
lise  pour  constituer  sa  gaine  un  produit  fourni  par  l'organisme,  mais' 
qui  s'épuise  rapidement  (Stiennon).  Cette  déduction  est  en  harmonie 
avec  ce  qu'on  observe  in  vitro.  Sur  les  milieux  de  culture  ordinaires 
stérilisés  à  l'autoclave,  la  bactérie  charbonneuse  ne  forme  pas  de  gaine  ; 
celle-ci  apparaìt  lorsque  le  germe  se  développe  dans  des  liquides  albu- 
mineux,  tels  que  le  sang  ou  le  sérum.  Le  streptocoque,  d'ailleurs,  se 
comporte  semblabkment.  Mais  lorsque  la  culture  se  prolonge,  c'est-à- 
dire  lorsque  le  milieu  s'épuise,  on  ne  trouve  plus  de  capsule  ;  seules,  les 
promières  générations  microbiennes  ont  pu  la  produire  ;  aussi  les 
cultures  àgées  sont-elles  plus  aisément  phagocytées.  Divers  auteurs, 
notamment  Danysz,  Eisenberg,  Ottolenghi,  Fischòder,  Bail,  Rotky, 
ont  étudié  les  conditions  de  production  de  la  capsule  in  vilro  et  tenté 
de  déterminer  quelle  est,  dans  le  sang  ou  le  sérum,  la  substance  néces- 
saire à  son  apparition.  Ce  n'est  pas  l'albumine,  c'est  une  substance 
dialysable,  que  le  chaufTage  à  100°  n'altère  pas,  et  dont  la  nature  est 
encore  obscure  ;  elle  ne  semble  pas  provenir  des  leucocytes  :  dans  les 
émulsions  de  ces  cellules,  qu'on  ensemence  du  microbe,  la  gaine  ne  se 
produit  pas.  Les  bacilles  charbonneux  déjà  développés  ne  fixent  pas 
cette  matière,  mais  ils  la  consomment  lorsqu'ils  se  multiplient. 

D'autres  microbes  encore,  le  bacille  pesteux  par  exemple  (Lòhlein^ 
1906),  possèdent  la  faculté  de  produire  dans  l'organisme  des  auréolés 
ou  gaines  ayant,  au  point  de  vue  de  la  virulence,  la  méme  signification 
que  celles  du  streptocoque  ou  du  charbon.  Injecté  dans  le  péritoine  du 
cobaye,  le  pneumocoque  s'entoure  d'une  belle  et  large  aurèole,  que  le 


(1)  Les  cultures  obtcnues  par  ensemencement  dans  du  sérum  tuent 
plus  vite  que  le  microbe  développe  sur  gelose,  le  sérum  étant  plus  pro- 
picc  à  l'apparition  de  la  gaine  (Stiennon,  1907). 


-214     LE    CONFLIT   DU    PHAGOCYTE    ET   DU    MIC  ROBE 

ibleu  de  toluidine  teint  en  rose  ;  il  échappe  à  la  phagocylose.  Ensemen- 
cés  sur  gelose  contenant  du  sang,  milieu  très  favorable,  les  pneumo- 
coques  venant  de  malades  gravement  atteints  donnent  des  colonies 
volumineuses,  glaireuses,  formées  de  microbes  enveloppés  de  gaines 
•épaisses  ;  les  pneumocoques  venant  de  cas  bénins  n'offrent  pas  ce 
caractère  ;  les  colonies  sont  plus  plates  et  plus  sèches  (Bordet).  Cepen- 
dant,  toutes  les  espèces  de  microbes  encapsulés  ne  sont  pas  néces- 
■sairement  virulentes  :  il  est  probable  d'ailleurs  que  la  gaine  n'a  pas, 
chez  toutes  ces  espèces,  la  méme  composition. 

Mobilité.  —  D'autres  propriétés  microbiennes  peuvent  intervenir 
•encore  pour  mettre  plus  ou  moins  efficacement  obstacle  à  la  phagocy- 
tose  ;  telle  est, par  exemple,  une  mobilité  excessive.  Lorsqu'on  injecte 
•dans  le  péritoine  d'un  cobaye  une  quantité  de  vibrions  cholériques 
légèrement  superi eure  à  la  dose  minima  mortelle,  on  est  frappé  de  voir 
combien  les  divers  individus  microbiens  que  la  culture  a  fournis  sont 
inégaux  au  point  de  vue  de  la  virulence.  Beaucoup  sont  peu  mobile-i, 
plus  sensibles  aussi  aux  influences  bactéricides  ;  ils  constituent  pou- 
les  phagocytes  qui  affluent  progressivement  une  prole  aisée  à  capture:-. 
Mais  l'examen  de  l'exsudat,  pratiqué  deux  ou  trois  heures  après  l'iu- 
Jection,  raontre  que  quelques  vibrions  sont  restés  libres  ;  ils  témoignent 
-d'une  vitalité  extréme,  ils  traversent  comme  une  fiòche  le  cliamp  du 
microscope  ;  nul  doute  que  les  cellules,  bien  que  capables,  comme  on 
saitjdes'emparer  de  particules  mobiles,  n'aient  grand'peine  à  s'emparer 
de  microbes  animés  d'une  pareille  vélocité.  Aussi  se  multiplient-ils 
bientot,  en  sécrétant  leurs  toxines,  et  la  peritonite  chòlérique,  suivie 
d'infection  généralisée  mortelle,  se  déclare. 

Produits  toxìques.  —  Une  autre  propriété  agressive  fort  impor- 
tante, c'est  l'aptitude  à  produire  des  substances  capables  de  nuire  aux 
elementi  cellulaires  et  particulièrement  de  détruire  les  leucocytes. 
Nous  avons  parie  antérieurement  des  leucocidines  et  des  agressines. 
Rappelons  que,  lors  de  ses  recherches  sur  la  maladie  des  daphnies, 
Metchnikoff  avait  déjà  constate  qu'en  se  multipliant  le  champignon 
peut  empoisonner  les  phagocytes.  Farmi  les  microbes  qui  s'attaquent 
à  l'homme,  le  staphylocoque  notamment  se  distingue  par  une  pro- 
priété analogue,  et  très  prononcée  (Denys  et  VandeVelde).  La  leuco- 
cidinese  fìxesur  les  leucocytes  (Kraus).  Nous  verrons  plus  loin,  à  propos 
■des  opsonines,  que  certains  microbes  peuvent  contrarier  l'influence 
iavorisante  que  le  sérum  tend  à  exercer  sur  la  phagocytose. 

Résistance  à  la  digestion.  —  Si  certains  microbes  esquivent  l'en- 
globement,  soit  en  intoxiquant  les  leucocytes,  soit  en  se  préservant  h 
Faide  de  certaines  adaptations  telles  que  la  production  d'auréoles, 
-d'autres  se  laissent  capturer,  mais,  et  ceci  ne  vaut  guère  mieux  pour 


VIIÌULENCE   ET    PliOPRIÉTÉS    ANT IPHAC.OCYT AIRES     215 

l'organisme,  résistent  à  la  digestion  intracellulaire.  Le  gonocoque  est 
un  exemple  typique  ;  les  cellules  l'englobent  avidement,  mais  il  se  mul- 
tiplie  uu  sein  du  protoplasme,  au  moins  lorsqu'il  s'agit  de  leucocytes 
liumains.  Par  contre,  il  est  rapidement  dctruit  lorsqu'il  est  ingcré  par 
des  leucocytes  d'autres  espèces,  cobaye  ou  lapin  par  exemple  ;  aussi 
ne  tómoigne-t-il  envers  ces  animaux  d'aucune  aptitude  virulente.  Ce 
fait  dOmontre,  une  fois  de  plus,  d'abord  que  l'immunité  est  fonction 
d'une  phagocytose  efficace,  ensuite,  que  les  cellules  de  méme  nom  ne 
présentent  pas,  chez  des  animaux  différents,  exactement  les  mémes 
caractères  physiques  ou  chimiques. 

La  résistance  des  bacilles  tuberculeux  aux  phagocytes  est  considé- 
rable  ;  ce  microbe  très  indigeste  scerete  en  outre  des  substances  nécro- 
tisantes,  chaque  espèce  animale  semblant  particulièrement  sensible 
aux  produits  de  la  race  microbienne  vis-à-vis  de  laquelle  elle  se  montre 
réceptive.  Méme  chez  les  animaux  résistant  à  une  race  déterminée,  les 
bacilles  introduits  ne  sont  anéantis  par  la  digestion  phagocytaire 
qu'avec  une  grande  difficulté  et  très  lentement.  Chez  la  gerbille,  ron- 
geur  doué  non  d'une  immunité  absolue,  mais  d'une  résistance  très 
notable  vis-à-vis  du  virus  tuberculeux,  les  bacilles  englobés  par  les 
phagocytes  (cellules  géantes  résultant  de  la  coalescence  de  plusieurs 
mononucléaires),  parfois  survivent  et  tuent  la  cellule,  mais  parfois 
dégénèrent,  tout  en  se  défendant  de  leur  mieux  :  ils  sécrètent  autour 
d'eux  une  coque  qui  devient  de  plus  en  plus  épaisse  par  superposition 
de  couches  successives  ;  finalement  ils  périssent  dans  cette  sorte  de 
cuirasse  qu'ils  sont-  parvenus  à  produire,  et  que  l'on  trouve  souvent 
imprégnéede  phosphate  de  chaux  depose  par  la  cellule.  MetchnikofT, 
qui  a  fait  connaìtre  ce  fait,  a  signalé,  à  propos  de  la  tuberculose  du 
spermophile,  des  phénomènes  analogues.  Un  microbe  qui  chez  l'homme 
manifeste  également  une  résistance  extréme  est  le  bacille  de  la  lèpre, 
fort  analogue  du  reste  à  celui  de  la  tuberculose.  Le  cryptocoque,  cham- 
pignon  inférieur  qui  provoque  la  lymphangite  épizootique  du  cheval, 
peut  se  développer  à  l'intérieur  des  leucocytes  (Negre  et  Boquet,  1918). 
On  peut  citer  encore,  à  ce  propos,  les  parasites  des  leishmanioses. 
Nous  avons  dit  plus  haut  que  si  l'on  injecte  à  un  cobaye  une  quantité 
de  streptocoques  telle  que  ces  microbes  puissent  étre  en  totalité  englo- 
bés par  les  phagocytes,  l'animai  guérit  sans  trouble  ultérieur  ;  au  bout 
de  deux  ou  trois  jours,  l'exsudat  ne  contient  plus  de  microbes  vivants. 
Telle  est  en  effet  la  règie  presque  absolue  ;  toutefois,  dans  des  cas  à 
vrai  dire  fort  rares,  l'animai,  après  une  période  de  guérison  en  appa- 
rence  complète,  au  cours  de  laquelle  on  ne  trouve  pas  de  microbes 
libres  dans  l'exsudat,  redevient  soudain  malade  et  succombe  à  l'infec- 
tion.  On  trouve  alors  dans  le  péritoine  des  streptocoques  néoformés, 
entourés  d'une  aurèole  très  accusée.  De  semblables  récidives  s'observent 
y>lus  fréquemment  chez  les  lapins  qu'on  infecte  après  les  avoir  soumis 
à  l'injection  de  sérum  antistreptococcique.  Gràce  au  sérum,  la  phago- 


216     LE    CON  FLIT   DU   PHAGOCYTE   ET  DU    MICROBE 

cytose  s'opère  énergiquement,  tous  les  microbes  sont  englobés,  très 
souvent  la  guérison  est  definitive.  Mais  chez  quelques  animaux,  après 
un  temps  variable  et  souvent  assez  long,  une,  deux  ou  trois  semaines, 
une  repullulation  s'efTectue  qui  rapidement  amène  la  mort. 

Ceci  nous  montre  que  parfois  certains  streptocoques  témoignent 
d'une  remarquable  résistance,  persistent  à  l'état  de  vie  latente  à  l'in- 
térieur  méme  des  phagocytes,  fìnissent  après  un  délai  prolongé  par 
reprendre  des  forces  et  déchaìner  une  réinfection.  Cet  exemple  de 
microbisme  latent,  expérimentalement  réalisé  (Bordet,  1897),  offre 
une  instructive  analogie  avec  ceux  qui  en  pathologie  humaine  donnent 
lieu  à  ces  rechutes  assez  fréquemment  observées,  notamment  dans 
Férysipèle  (érysipèle  à  répétition),  maladie  qui  d'ailleurs  est  due  éga- 
lement  au  streptocoque.  Il  n'est  pas  douteux  que  les  abcès  profonds 
survenant  parfois  longtemps  après  la  guérison  de  la  fìèvre  typhoide 
ne  résultent  d'un  déterminisme  analogue.  Des  faits  similaires  de  revi- 
viscence  microbienne  ont  été  signalés  par  Citron  (1906)  chez  des 
cobayes  injectés  intrapéritonéalement  du  bacille  trouvé  dans  le  hog-- 
choléra  et  traités  par  l'immunsérum  ;  ce  germe  resiste  très  longtemps 
à  la  digestion  intracellulaire.  Chez  divers  animaux,  les  spores  téta- 
niques  peuvent  se  maintenir  vivantes  à  l'intérieur  des  phagocytes 
pendant  des  mois  entiers,  et  il  arrive  qu'elles  germent  fmalement  si  les 
cellules  sont  exposces  à  des  influences  nuisibles,  celle  du  traumatismo 
par  exemple, 

ÉVOLUTION  ET   CONSÉQUENCES  DU  CONFLIT 

La  diversité  des  propriétés  physiologiques  des  virus,  et  notamment 
celle  des  ressources  qu'ilsdéploient  dans  leur  conflit  avec  les  phagocytes, 
a  pour  conséquence  la  variété  que  les  infections  ofTrent  dans  leur 
allure.  Parfois  la  multiplication  du  germe  est  si  rapide  et  l'.abstention 
de  la  phagocytose  si  complète  que  la  généralisation  s'opère  très  promp- 
tement  ;  parfois,  bien  que  la  défense  au  point  d'inoculation  se  soit 
montrée  insuffisante,  le  microbe  éprouve  une  difflculté  réelle  à  franchir 
les  obstacles  qui  le  séparent  de  la  circulation  ;  les  ganglions  lympha- 
tiques  notamment,  si  aptes,gràce  à  rhyperplasie,à  s'infìltrer  d'éléments 
phagocytaires,  opposent  à  l'invasion  une  barrière  plus  ou  moins  solide. 
Mais  le  conflit  engagé  au  foyer  d'infection  peut  dans  d'autres  cas  se 
poursuivre  longtemps.  Si  les  polynucléaires,  qui  sont  les  phagocytes 
les  plus  prompts  à  se  mobiliser,  ne  viennent  pas  à  bout  du  virus,  et  si 
néanmoins  celui-ci  n'est  pas  capable  de  provoquer  sans  délai  l'infection 
généralisée,  les  macrophages  ont  le  temps  d'entrer  à  leur  tour  en  action, 
et  leur  intervention  est  parfois  plus  efficace.  Selon  les  qualités  du 
germe,  et  corrélativement  selon  Igi  nature  des  cellules  qui  désormais 
assument  le  ròle  prédominant,  les  manifestations  qui  se  déroulent  sur 
la  scène  du  oonflit  peuvent  révéler  des  caractères  nettement  distincts* 


ÉVOLUTION   ET   CONSÉQUENCES   DU    CON  FLIT       ,' 1 7 

Suppuration.  —  Les  polynucléaires,  nous  l'avons  vu,  témoignent 
à  rogarci  (ics  sécrétions  microbiennes  d'une  scnsibilité  chimiotaxique 
oxquisc.  Si  Fappcl  de  ces  élt'ments  est  à  la  fois  assez  vif  et  assez  per- 
sistant,  le  nombre  des  cellules  qui  se  rassemblent  au  point  infecté 
ilevient  tellement  grand,  que  la  résorption  ne  peut  ultérieurement 
-'effectuer.    Lcur    accumulation    méme    compromet    leur    nutrition  ; 
d'autre  part,desproduits  microbiens  délétères,  tels  que  les  leucocidines, 
les  atteignent  dans  leur  vitalité  ;  ellcs  entrent  en  dcgénérescence  grais- 
seuse.  Les  vaisseaux  lymphatiques  qui  s'encombrent  d'éléments  cel- 
lulaires  et  de  leurs  déchets  s'oblitèrent.  Le  pus  qui  s'est  constitué,  tout 
en  fusant  plus  ou  moins  loin,  s'isole  en  quelque  sorte  du  reste  de  l'òrga- 
nisme,  creusant  dans  les  tissus  une  poche  à  la  formation  de  laquelle 
contribuent  les  enzymes  digestifs  échappés  des  leucocytes  en  voie  de 
destruction  ;  les  cellules  s'altcrent  de  plus  en  plus,  le  revétement  sus- 
j acent  finit  souvent  par  se  perforer  et  l'abcès  se  vide,  réalisant  l'élimi- 
nation  mécanique  des  cellules  hors  d'usage  et  de  ce  qui  reste  du  virus. 
Sont  les  plus  aptes  à  provoquer  la  suppuration  aigué  les  microbes,  tels 
les  staphylocoques,  qui,  tout  en  appelant  très  vivement  les  leucocytes 
et  particulièrement  les  microphages,   possèdent  à  un  haut  degré  le 
pouvoir  de  les  empoisonner.  C'est  Pasteur  qui,  en  1878,  a  démontré 
l'origine  bactérienne  des  suppura tions,  qu'il  provoqua  en  injectant  des 
cultures  vivantes  ou  tuées.  L'injection  de  matières  diverses,  solides 
ou  en  solution,  pourvu  qu'elics  soient  stérilisées,  ne  produit  pas  de 
suppuration  (Councilman,  Straus).  En  règie  presque  absolue,  on  le 
sait,  la  suppuration  est  d'origine  microbienne.  Gependant,  quelques 
produits,  les  sels  de  cuivre  ou  d'argent  (Leber)  et  surtout  l'essence  de 
térébenthine,   peuvent  attirer  les  leucocytes  et  déterminer  des  abcès 
ne  présentant  guère  qu'un  intérét  théorique  ;  rappelons  toutefois  qu'on 
les  a  parfois  provoqués  dans  un  but  thérapeutique  (abcès  de  fixation). 

Tubercule.  —  Supposons  maintenant  que  l'appel  soit  plus  modéré, 
plus  discret,  dù  à  des  substances  émises  en  faible  dose  par  un  microbe 
qui,  tei  le  bacille  tuberculeux,  ne  prolifere  qu'avec  lenteur  tout  en  étant 
très  résistant.  L'évolution  est  alors  plus  torpide,  plus  trainante.  La 
participation  des  polynucléaires,  notable  au  début,  devient  ensuitepeu 
importante.  Les  mononucléaires  et  notamment  les  grands  éléments 
lymphatiques  dénommés  macrophages,  artisans  les  mieux  qualifics 
des  processus  chroniques,  entourent  peu  à  peu  le  foyer  microbien,  se 
fusionnant  volontiers  pour  constituer  des  cellules  géantes  (1),  où  l'on 


(1)  La  tendance  des  éléments  mononucléaires  à  se  confondre  en  cellules 
géantes  est  si  marquée,  que  Metchnikoff  et  Gallemaerts  ont  pu  observer 
ce  phénomène  sous  le  microscope,  dans  la  lymphc  de  grenouille.  De  la 
nième  facon,  des  cellules  géantes,  capables  d'englober  d'autres  cellules 
ou  des  corps  étrangers,  peuvent  se  constituer  lorsqu'on  cullive  les  tissus 


218     LE    CON  FLIT   DU   PHAGOCYTE   ET   DU    MICROBE 

retrouve  des  bacilles  et  des  débris  cellulaires.  Les  bacilles  continuant  à  se 
développer,  le  phénomène  se  poursuit,  de  nouvelles  cellules  viennent 
s'apposersur  les  précédentes;  c'est  ainsiqu'un  tubercule  se  constitue. 

Ce  processus  en  somme  est  analogue  dans  son  essence  à  celui  qui 
s'organise  autour  de  corps  étrangers  non  bactériens  mais  très  indigestes, 
coton,  fìls,  éponges,  moellede  sureau,  poudre  de  lycopode,  particules 
de  graisse,  etc.  Courmont  a  trouvé  dans  le  poumon  d'un  bceuf  un  fort 
beau  tubercule  autour  d'un  fétu  de  paille.  Des  néoformations  du  meme 
genre  peuvent  se  produire  autour  de  parasites  animaux  :  en  1882,  au 
moment  où  le  bacille  tuberculeux  était  à  peine  découvert,  Gratia  signa- 
lait  déjà  la  grande  fréquence  des  lésions  parasitaires  tuberculiformes 
aboutissant  parfois  à  la  caséification  et  qui  chez  divers  animaux 
peuvent  se  constituer  autour  de  vers  tels  que  strongles  et  échinocoques. 
Cet  auteur  reconnut  l'analogie  profonde  de  constitution  que  ces  lésions 
présentent  avec  le  tubercule  véritable  ;  il  put  ainsi  formuler  cette 
notion  que  celui-ci  est  dépourvu  de  spécificité  anatomique  vraie,  qu'il 
résulte  d'une  irrita tion  due  au  bacille  de  Koch,mais  qued'autres  agents, 
très  difTérents  de  ce  germe,  sont  capables  également  d'exercer  sur  les 
tissus.  Besnoit  et  Robin  (1913)  ont  constate  que  ces  singuliers  parasites, 
lessarcosporidies,  s'entourent  parfois  de  nodules  inflammatoires  consti- 
tués  de  macrophages  fréquemment  confondus  en  cellules  géantes,  et 
qui  présentent  beaucoup  d'analogie  avec  le  tubercule.  Les  levures 
peuvent  provoquer  aussi  (Zinsser)  des  réactions  macrophagiques  à 
cellules  géantes. 

Mais  dans  le  cas  de  la  tuberculose  ou  d'autres  infections  chroniqueg 
telles  que  la  morve,  les  phénomènes  de  destruction  cellulaire  sont  par- 
ticulièrement  prononcés  en  raison  de  l'influence  nécrotisante  des  pro- 
duits  microbiens.  Le  centre  du  tubercule  degènere,  se  transforme  en 
matière  caséeuse  ;  comme  Gratia  l'ènongait  déjà  en  1882,  cette  fonte 
a  pour  cOnsèquence  delibérer  des  bacilles  qui,  sedisséminant,  excitent 
autourd'eux  la  production  de  nouveaux  tubercules,ou  parfois  méme  sont 
entralnés  au  loin.  Mais,  et  surtout  lorsque  la  réaction  de  l'organisme 
se  montre  assez  efficace  pour  que  la  prolifération  du  microbe  en  soit 
génée,  les  élèments  conjonctifs  du  tissu  environnant  peuvent,  en  se  mul- 
tipliant  autour  des  foyers  tuberculeux,  s'organiser  en  membranes 
fibreuses  denses  qui  circonscrivent  plus  ou  moins  étroitement  Le  pro- 
cessus morbide  ;  dans  le  lupus,  par  exemple,  on  voit  se  produire  une 
assise  dermique  rèsistante  qui  oppose  une  barrière  à  l'expansion  de  la 
tuberculose. 

in  vitro.  Opérant  sur  du  tissu  splénique  d'embryon  de  poulet  mélange 
à  des  spores  de  lycopode,  Lambert  (1912)  a  vu  se  développer  des  cellules 
migra trices  mononucléées  qui  entourent  les  spores  et  se  fusionnent  en 
cellule  géante  à  l'intérieur  de  laquelle  les  spores  sont  visibles.  Ces  grandes 
cellules  contiennent  des  gouttelettes  graisseuses  et  des  v«cuoles  ;  elles 
peuvent  émettre  des  prolongements  protoplasmiques. 


ÉVOLUTION   ET    CONSÉQUENCES   DU    CONFLIT      210 

IiijecLant  des  bacilles  tuberculeux  dans  la  veine  de  l'oreille  d'une 
s'tìc  de  lapins,  Dorrei  (1893)  a  suivi  pas  à  pas,  en  sacrifiani  les  ani- 
inauxau  boutde  temps  variables,  la  genèso  du  tubercule.Tout  d'abord 
les  bacilles  sont  saisis  par  les  polynucléaires  au  niveau  des  capillaires 
'In  poumon  ;  ces  éléments  qui  s'agglomèrent  contre  la  paroi  vasculaire 
suhissent  bientòt,  sous  l'influence  des  produits  bacillaires,  la  dégéné- 
rescence  ;  alors  surviennent  dans  le  vaisseau  des  mononucléaires,  des 
niacrophages  qui  confluent  autour  des  amas  nécrosés  ;  ce  processus 
d'apposition  se  poursuit.  D'autre  part,  quelques  polynucléaires  conte- 
nant  des  bacilles  qui  s'étaient  glissés  dans  les  interstices  cellulaires, 
l)arviennent  dans  les  alvéoles  pulmonaires  ;  ceux-ci  à  leur  tour  de- 
viennent  le  siège  de  la  tuberculisation.  Dans  le  foie,  les  cellules  étoilées 
de  KupfTer,  qui  sont  des  macrophages,  prennent  une  part  importante 
;i  l'édification  du  tubercule. 

En  somme,  la  suppuration  et  la  tuberculisation,  quelles  que  soient 
leurs  différenóes  d'aspect,  ont  en  réalité  une  signification  très  analogue 
<-t  sont  au  fond  de  méme  nature,  étant  des  phénomènes  d'ordre  pha- 
;:ocytaire.  Ce  sont  des  modalités  inflammatoires  diverses  résultant  de 
la  combinaison  diverse  des  facteurs  d'agression  et  de  défense.  On  pen- 
sa it  autrefois  que  le  tubercule  (ou  autres  formations  analogues,  tuber- 
cule morveux  ou  tubercule  de  la  lèpre  par  exemple)  dérivait  de  la 
prolifération  d'éKments  fixes  divers,  notamment  des  cellules  nobles  des 
•rganes;  l'intervention  leucocytaire  était  considérée  comme  secondaire 
«t  négligeable.  Ainsi  le  bacille  tuberculeux  depose  dans  le  foie  provo- 
juerait  des  tubercules  dérivés  de  cellules  hépatiques,  le  tubercule 
;  '-nal  serait  constitué  de  cellules  épithéliales,  etc.  Cette  théorie,  défen- 
lue  naguère  par  Baumgarten  notamment,  n'a  pu  resister  à  l'observa- 
tion  attentive. 

Le  bacille  tuberculeux,  qui  provoque  couramment  la  formation  de 
tubercules, peut  aussi,  on  le  sait,  donner  lieu  à  de  la  suppuration.  On 
produit  aisément  celle-ci  en  injectant  dans  le  tissu  sous-cutané  des 
doses  assez  fortes  de  bacilles  morts.  Une  grande  quantité  de  produits 
microbiens  étant  brusquement  mise  en  oeuvre,  les  polynucléaires  éner- 
iriciuement  soUicités  aflluent  assez  abondamment  pour  constituer 
line  collection  purulente.  La  réaction  est  beaucoup  plus  intense 
encore  chez  les  animaux  qui  ont  déjà  regu  de  pareilles  injections 
(allergie).  Lorsque^  par  inoculation  intraveineuse,  on  dissémine  les 
bacillesmorts  dans  la  circulation,  chaque  grumeau  forme  de  cescadavres 
microbiens  devient  le  centre  d'un  tubercule  dont  à  vrai  dire  revolution 
s'arréte  bientòt,  et  qui  reste  rudimentaire. 

Le  tubercule  n'est  pas  vascularisé  et  est  sujet  à  la  nécrose  ;  on  peut 
se  demander  dans  quelle  mesure  les  substances  médicamenteuses  sont 
susceptibles  de  le  pénétrer  ;  cette  question  préalable  est  importante 
au  point  de  vue  de  l'application  éventuelle  des  procédés  de  la  chimio- 
thérapie.  Loeb  et  Michaud  (1907)  ont  trouvé  que  l'iode  administré 


220     LE    CON  FLIT   DU   PHAGOCYTE    ET   DU    MIC  BOBE 

sous  forme  d'iodure  se  retrouve  en  quantité  notable  dans  le  tissu  tuber- 
culeux;  Cette  donnée  a  été  confirmée  par  Wells  et  Hedenburg  (1912)  ; 
mais  cesauteursont  constate  que  c'est  dans  le  sang  qu'on  retrouve  le 
plus  d'iode,  et  qu'au  surplus  celui-ci  peut  pénétrer  dans  des  tissus 
n-écrotisés  par  des  agents  autres  que  le  bacille  tuberculeux.  En  somme, 
l'accumulation  des  composés  iodés  dans  les  tissus  morts  est  due  sim- 
plement  à  ce  que,  les  cellules  tuées  n'étant  plus  semi-perméables,  les 
substances  cristalloides  s'y  diffusent  sans  rencontrer  d'obstacle.  Les 
colloides  ne  pénètrent  pas  le  tissu  tuberculeux.  Il  n'y  a  pas  lieu  d'ad- 
mettre  une  affinité  spécifìque  de  celui-ci  pour  l'iode.  Diverses  couleurs, 
bleu  de  méthylène,  fuchsine,  trypanbleu,  etc,  se  diffusent  assez  aisé- 
ment  aussi  dans  le  tubercule  (von  Linden,  De  Witt). 

Cytodiagnostic  et  cytopronostic.  —  Le  fait  que  selon  la  nature  des 
infections  ce  sont  des  types  différents  de  leucocytes  qui  interviennent 
à  titre  prépondérant,  est  susceptible  d'étre  mis  à  profit,  en  vue  d'éclai- 
rer  le  diagnostic,  notamment  dans  l'analyse  des  épanchements  séreux, 
ceux  de  la  plèvre  par  exemple.  On  procède  ainsi  à  ce  que  Widal  et 
Ravaut  ont  appelé  le  cytodiagnostic.  L'alTlux  intense  des  polynu- 
cléaires  est  l'indice  d'une  réaction  énergique,  comportant  la  congestion 
vasculaire  et  l'émigration  active  des  cellules  sanguines.  La  prédomi- 
nance  des  mononucléaires  (lymphocytose)  qui  ne  proviennent  du  sang 
qu'en  faible  proportion,  et  dérivent  essentiellement  des  amas  lympha- 
tiques  situés  au  niveau  des  séreuses,  est  l'expression  d'un  travail  réac- 
tionnel  né  d'une  excitation  plus  discrète  et  plus  limitée.  Dans  les 
épanchements  séreux,  comme  Widal  et  Ravaut  l'ont  formule,  la 
constatation  d'une  polynucléose  dénote  une  infection  aigué,  la  lym- 
phocytose trahissant  au  contraire  les  processus  chroniques  (tubercu- 
lose,  syphilis)  ou  bien  se  manifestant  au  moment  où  les  infections 
aiguès  rétrocèdent,  c'est-à-dire  lorsque  les  polynucléaires,  ayant 
accompli  leur  tàche,  peuvent  se  desister  du  conflit.  C'est  pour  ce  qui 
concerne  le  liquide  encéphalo-rachidien  que  le  cytodiagnostic  présente 
le  plus  vif  intérét  clinique.  La  polynucléose  est  très  accusée  dans  les 
méningites  cérébro-spinales  aiguès  ;  ce  sont  les  mononucléaires  qui 
prédominent  dans  la  meningite  tuberculeuse.  L-es  irritations  chro- 
niques donnent  de  la  lymphocytose  ;  c'est  ce  que  Widal  et  ses  élèves, 
Nissl,  Donath,  etc,  ont  régulièrement  constate  à  propos  notamment 
du  tabes  et  de  la  paralysie  generale. 

Dans  les  plaies  souillées,  par  exemple  les  plaies  de  guerre,  le  fempla- 
cement  des  polynucléaires  par  les  mononucléaires  a  naturellement  une 
signification  favorable  ;  il  coincide  d'ailleurs  avec  la  raréfaction  des 
germes. 

Leucocytose.  —  La  production  d'un  exsudat  inflammatoire  est 
un  phénomène  de  leucocytose  locale.  Mais  la  stimulation  exercée  par 


ÉVOLUTION    ET    CONSÉQUENCES   DU   CON  FLIT       221 

les  produits  microbiens  sur  les  organes  formatcurs  a  fréquemment 
pour  conséquence  l'augmentation  du  nombre  total  des  leucocytes 
présents  dans  l'organisme  (Buchner,  Ròmer).  Les  variations  numé- 
riques  de  ces  éléments  représentent  donc  l'un  des  aspects  intéressants 
du  conflit.  Il  semble  bien  que  toutes  les  substances  capables  d'attirer 
les  leucocytes  en  un  point  de  l'organisme  sont  aptes  également  à  pro- 
voquer  la  leucocyttìse,  et  la  coincidence  est  fort  heureuse,  puisque  la 
suractivité  des  organes  producteurs  sert  de  correctif  à  la  dérivation 
cellulaire  qui  tend  à  appauvrir  le  sang. 

A  vrai  dire,  le  pouvoir  d'augmenter  le  nombre  des  leucocytes  n'est 
pas  le  monopole  exclusif  des  produits  microbiens  qui  d'ailleurs  en  sont 
doués  à  un  très  haut  degré  (1).  De  nombreuses  matières  organiques 
produisent  des  efTets  assez  analogues.  C'est  le  cas  du  nucléinate  de 
sonde,  dubouillon,  dessérums  étrangers,  de  certaines  toxines  végétales. 
L'injection  de  peptone  méme  en  dose  faible  produit  une  leucocytose 
qui  dure  un  ou  deux  mois  (Lassablière  et  Richet).  L'injection  intra- 
veineuse  de  globules  étrangers  détermine  une  hypoleucocytose  très 
prononcée,  portant  surtout  sur  les  polynucléaires,  mais  qui  est  suivie 
d'hyperleucocytose  (Battelli  et  Mioni,  1904).  La  leucocytose  consecu- 
tive à  l'injection  de  microbes  ou  de  globules  étrangers  est  spécialement 
prononcée  chez  les  animaux  préalablement  immunisés  (Gay  et  Clay- 
pole,  1914).D'après  Dold  (1917),  une  leucocytose,  passagère  à  vrai  dire, 
peut  s'observer  méme  si  le  sang  n'est  pas  étranger  à  l'organisme,  à 
condition  qu'il  se  soit  déversé  dans  les  tissus  (épanchements  hémor- 
ragiques).  On  a  signalé  que  l'argent  colloidal  produit  de  la  leuco- 
cytose. 

Au  deb  ut  de  l'agression  microbienne,  les  leucocytes  mis  à  contri- 
bution  sont  dérivés  vers  les  régions  infectées,  et  leur  nombre  dans  le 
torrent  circulatoire  diminue  corrélativement.  Lorsqu'on  injecte  les 
microbes  dans  le  sang,  la  teneur  de  ce  liquide  en  leucocytes  s'abaisse 
considérablement  et  très  vite,  car,  ainsi  qu'il  a  été  dit  plus  haut,  ces 
éléments  se  réfugient  dans  les  organes  internes.  A  vrai  dire,  ce  stade 


(1)  Nous  avons  rappelé  plus  haut  les  efTets  d'une  injection  de  bacilfes 
lypliiques  tués.  Mais  f'ingestion  de  microbes  peut  aussi  determinar  la 
leucocytose,  lorsque  les  germes  sont  susceptibles  de  franchir  la  paroi 
intestinale.  Cesi  fé  cas  des  bacilles  morveux  tués  :  après  résorplion,  ils 
se  déposent  notamment  dans  la  rate  dont  ils  provoquentl'hyperplasie 
et  où  une  surproduction  considérable  de  mononucféaires  se  constate 
{Cantacuzène  et  Riegler).  L'injection  dans  le  péritoine  d'un  sérum 
étranger  produit  aussi  l'augmentation  de  volume  de  la  rate  (due  à  l'hyper- 
trophie  des  follicules  de  Malpighi),  et  celle  des  ganglions  mésentériques  ; 
on  constate  dans  ces  organes  une  forte  surproduction  de  mononucléaires. 
L'introduction  de  tissus  étrangers  provoque  également  de  l'hyperleuco- 
cytose  et  peut  au  surplus  donner  lieu  à  la  transforma tion  myéloTde  de 
la  rate,  que  Dominici  avait  sigualéc  dans  les  iufrctions  (Cantacuzène, 
1902). 


222     LE    CON  FLIT   DU    PHAGOCYTE    ET   DU   MIC  ROBE 

de  diminution  du  nombre  des  leucocytes  (leucopénie)  est,  dans  la  plu- 
part  des  maladies  microbiennes,  très  bref  et  peut  méme  en  clinique 
passer  inapergu,  en  raison  de  la  néoformation  cellulaire  compensatrice 
et  fort  intense  qui  s'accomplit  bientót.  Toutefois,  la  leucopénie  est 
durable  s'il  s'agit  d'une  infection  rapidement  mortelle  désarmant 
l'organisme. 

Pour  étre  complet,  l'inventaire  des  leucocytes  devrait  comprendre 
non  seulement  ceux  qui  circulent  dans  le  sang,  mais  aussi  ceux  qui  se 
sont  accumulés  dans  les  organes,  ou  ont  afllué  aux  régions  envahies 
par  les  microbes.  Assurément,  les  leucocytes  néoformés  dans  la  rate, 
la  moelle  osseuse  et  autres  organes  lymphatiques  sont  déversés  dans  le 
sang,  mais,  obéissant  aux  attractions  chimiotaxiques  locales,  ou  pro- 
fìtant  de  l'état  de  congestion  de  certains  territoires  vasculaires,  ils 
peuvent  sortir  de  la  circulation,  ou  se  concentrer  dans  celle  de  certains 
organes,  de  telle  sorte  que  la  numération  des  leucocytes  dans  le  courant 
sanguin  ne  fournit  que  des  indications  approximatives  quant  aux  res- 
sources  phagocytaires  totales  dont  l'organisme  dispose.  Bien  que 
l'active  néoformation  de  ces  éléments  doive  incontestablement  étre 
considérée  comme  une  réaction  salutaire,  il  ne  faudrait  pas,  de  ce  qu'on 
a  constate  une  hyperleucocytose  très  prononcée,  déduire  formellement 
que  le  pronostic  est  favorable,  car  cette  néoformation,  qui  traduit 
l'eflort  défensif  de  l'organisme,  est  la  réponse  à  l'irritation  exercée  par 
le  microbe,  et  son  intensité  est  donc  forcément  en  rapport  avec  la  viva- 
cité  de  l'agression.  A  priori,  il  est  légitime  d'admettre  en  conséquence 
qu'un  certain  fléchissement  du  nombre  des  leucocytes,  survenant  à  un 
moment  donne  de  la  maladie,  peut  indiquer  non  pas  une  défaillance 
de  l'organisme,  mais  au  contraire  un  recul  de  l'infection,  comportant 
un  réel  apaisement  de  l'excitation  ressentie  jusqu'alors  par  les  organes 
formateurs.  Ainsi,  dans  la  période  fébrile  de  la  pneumonie  lobaire,  il 
y  a  généralement  hyperleucocytose,  laquelle  diminue  d'habitude 
après  la  crise  thermique,  ainsi  que  de  nombreux  auteurs  l'ont  signalé 
(Hayem,  von  Limbeck,  Everard  et  Demoor,  Rieder,  Stiénon,  Domi- 
nici, Achard  et  Loeper,  etc).  Dans  d'autres  cas,  une  chute  brusque  de 
la  teneur  du  sang  en  leucocytes  peut  au  contraire  étre  un  indice 
très  inquiétant,  dénotant  que  l'organisme  est  mis  en  état  d'infé- 
riorité. 

Les  considérations  qui  précèdent  le  font  prévoir,  les  données  que 
fournit  en  clinique  la  numération  des  leucocytes  sanguins  doivent, 
pour  étre  utilisées  comme  éléments  du  pronostic,  étre  judicieusement 
interprétées.  Eu  égard  à  la  complexité  et  aux  répercussions  des  in- 
fluences  en  jeu,  il  convient,  sans  vouloir  faire  trop  de  théorie, 
de  tenir  grand  compte  des  documents  que,  pour  chacune  des 
maladies  contagieuses,  l'observation  comparée  des  cas  bénins 
et  des  cas  graves  a  pu  accumuler.  Dans  les  différentes  in- 
fections,    la  leucocytose    présente    certaines    modalités    particulières 


I'\()LiTlU\    ET    CONSÉQUENCES   DU    CONFLIT      223 

rii  rapport  avec  Ics  qualités  du  germe  et  revolution  speciale  que  celles- 
(  i  impriment  à  la  maladie. 

En  règie  generale,  les  polynucléaires,  que  nous  avons  vus  répondre 
d'habitude  les  premiers  à  l'appel  des  microbes,  sont  aussi,  parmi  les 
divers  leucocytes,  ceux  que  de  préférence  l'organisme  multiplie  tout 
d'abord  au  cours  des  infections  aiguès.  Cette  polynucléose  se  maintient 
durant  la  période  d'état  ;  versledéclin,  elle  diminue,  tandisqu'unemo- 
nonucléose  plus  ou  moins  prononcée  apparalt  :  on  le  sait,  les  mono- 
nucléairesapportent  surtout  leur  concours  au  moment  où,  la  lutte  com- 
mengant  à  s'apaiser,  il  s'agit  de  rétablir  l'intégrité  de  l'organisme 
rn  parachevant  la  destruction  des  microbes  et  en  éliminant  les  débris 
cellulaires.  Cela  va  sans  dire,  on  peut  observer  des  poussées  transi- 
toires  de  leucocytose,  en  rapport  avec  les  variations  dans  la  vivacité  de 
l'agression  et  qui  traduisent  les  péripéties  du  conflit.  La  polynucléose 
'st  habituelle  dans  la  pneumonie,  dans  la  diphtérie,  dans  les  infections 
staphylo  ou  streptococciques,  dans  l'appendicite,  et  en  general  lorsqu'il 
s-'agit  de  microbes  déterminant  volontiers  des  suppurations.  Norma- 
lement,  le  nombre  total  des  leucocytes  du  sang  est,  on  le  sait,  d'en- 
viron  G  000  par  millimètre  cube,  ce  chiffre  étant  d'ailleurs  susceptible 
de  varier  dans  des  limites  assez  larges,  méme  en  l'absence  de  toute 
influence  pathologique  (1).  Dans  l'infection,  il  peut  s'élever  à  20,  à 
30  000,  et  méme  davantage.  La  polynucléose  implique  l'augmentation 
non  seulement  absolue,  mais  aussi  relative,  des  microphages  :  leur 
proportion,  normalement  voisine  de  70  p.  100,  peut  monter  à  80, 
90  p.  100  ou  méme  plus  encore. 

D'autres  maladies  provoquent  plutót  de  la  mononucléose.  C'est  ce 
qu'on  observe  notamment  dans  la  malaria  ;  pendant  l'accés,  à  vrai 
dire,  on  constate  souvent  un  fléchissement  du  nombre  des  leucocytes, 
mais,lorsqu'il  se  termine,  le  chifTre  des  mononucléaires  augmente  beau- 
coup  (parfois  90  p.  100  du  nombre  total  des  leucocytes),  tandis  que  les 
parasites  deviennent  plus  rares;  il  en  résulte,  d'après  Thomson  (1911), 
que  la  courbe  des  leucocytes  est  inverse  de  la  courbe  thermique.  Dans 
le  kala-azar  on  trouve  beaucoup  de  mononucléaires.  La  tuberculose 
et  la  syphilis  donnent  souvent  de  la  mononucléose  et  particulièrement 
une  augmentation  du  nombre  des  lymphocytes  ;  nous  avons  vu  que 
le  bacille  tuberculeux  sollicite  surtout  l'intervention  des  éléments 
mononucléés  :  les  épanchements  séreux  d'origine  tuberculeuse  se 
signalent  par  l'abondance  relative  de  ces  cellules.  Dans  la  variole,  la 
mononucléose  est  habituelle  et  souvent  très  prononcée.  D'après  Roger  et 
Weil,  Enriquez  et  Sicard,  la  vaccine  provoque  de  la  leucocytose,  avec 


(1)  Le  nombre  des  leucocytes  augmente  pendant  la  période  digestivo, 
ou  bien  encore  sous  l'influence  d'exercices  assez  violents,  de  la  tempera- 
ture èlevée,  etc.  Les  nouveau-nés  possèdent  un  nombre  de  leucocyte& 
remarquablement  élevé. 


224     LE    CON  FLIT   DU    PHAGOCYTE    ET   DU    MIC  ROBE 

prédominance  de  mononucléaires  chez  l'enfant  primovacciné,  et  de 
polynucléaires  chez  l'adulte  qu'on  revaccine.  Dans  la  fìèvre  typhoide, 
le  nombre  des  leucocytes  du  sang  est  généralement  très  diminué  ;  il 
faut  tenir  compte  de  ce  que,  dans  cette  maladie,  les  organes  lympha- 
tiquessontspécialementlésés.  Chez  les animaux,au  contraire,  qui  luttent 
beaucoup  plus  efficacement  contre  le  bacille  typhique,  celui-ci  déter- 
mine  une  polynucléose  intense.  Au  surplus,  chez  l'homme,  les  consta- 
tations  varient  sensiblement  avec  la  gravite  des  cas  ;  la  vaccination 
antityphique,  qui  n'engendre  pas  de  troubles  sérieux,  élève  très  nota- 
blement  chez  l'homme  le  nombre  des  leucocytes  polynucléaires  dans 
le  sang  ;  au  bout  de  quelques  jours,  le  chiffre  revient  à  la  normale 
(Ròmer,  1915). 

Les  diflérences  individuelles  de  résistance  sont  trop  tranchées,  la 
gravite  des  symptòmes  est  trop  inégale,  l'état  notamment  des  organes 
hématopoiétiques  est  trop  variable  d'un  malade  à  un  autre,  pour  qu'il 
soit  possible  de  faire  correspondre,  à  chacune  des  infections,  une  for- 
mule hémoleucocytaire  assez  constante  pour  étre  vraiment  caracté- 
ristique.  La  numération  des  leucocytes  sanguins  fournit  des  indica- 
tions  utiles,  des  présomptions  dont  il  convient  de  tenir  compte,  tant 
pour  le  pronostic  que  pour  le  diagnostic,  mais  dont  la  valeur  est  fort 
loin  d'étre  absolue,  et  qu'il  faut  juger  avec  prudence.  Si,  dans  les  mala- 
dies  où  la  leucocytose  est  habituelle,  on  observe  au  contraire  de  la 
leucopénie,'  ce  symptòme  dénote  une  insuffisance  réactionnelle  et 
implique,  par  conséquent,  un  pronostic  défavorable  (Tchistovitch, 
Rieder,  Gilbert,  Besredka,  etc.)  :  une  leucocytose  forte  sans  étre  exces- 
sive  a  plutòt  une  signification  rassurante. 

L'immunisation  expérimentale  des  animaux  contre  des  microbes 
variés  s'accompagne  fréquemment,  comme  Everard,  Demoor  et 
Massart  notamment  l'ont  signalé,  d'une  leucocytose  et  surtout  d'une 
polynucléose  assez  persistante,  indice  de  l'énergique  réaction  que  la 
vaccination  a  sollicitée.  L'immunisation  contre  les  toxines  donne 
lieu  d'habitude  à  des  constatations  analogues  (Chatenay). 

Nous  l'avons  vu,  les  éosinophiles  n'ont  comme  phagocytes  qu'une 
importance  négligeable  et  cependant  leurs  variations  numériques 
sont  intéressantes,  car  elles  sont  très  prononcées  au  cours  de  certaines 
afTections,  et  notamment  lorsque  l'organisme  héberge  des  parasites 
animaux.  Pendant  le  cours  des  maladies  infectieuses,  les  éosinophiles, 
en  règie  generale,  se  font  rares  dans  le  sang  ou  méme  disparaissent, 
pour  se  montrer  à  nouveau  au  moment  de  la  convalescence.  On  cons- 
tate l'éosinophilie  chez  les  sujets  atteints  de  dysenterie  amibienne 
(Billet,  1905),  dans  certaines  maladies  de  la  peau  (dermatite  herpéti- 
forme,  pemphigus),  chez  les  asthmatiques,  etc.  Mais  elle  est  remar- 
quablement  prononcée  chez  les  porteurs  de  vers,  à  quelque  espèce 
d'ailleurs  que  ceux-ci  apparti ennent.  Certaines  données  cliniques  et 
surtout  l'expérience  ont  montré  qu'elle  est  due  à  la  résorption  de 


PREUVES  DE    V  IMPORT  ANCE   DE   LA    PHAGOCYTOSE     225 

substances  sécrétées  par  les  parasites.  Chez  les  porteurs  de  kyste  hyda- 
tique  qui  n'ont  pas  d'éosinophilie,  la  ponction  exploratrice  détermi- 
nant  l'écoulement  et  la  résorption  d'un  peu  de  liquide  peut  faire  appa- 
raitre  ce  symptOme  (dhaulTard  et  Vincent).  Achard  et  Lceper  ont 
montré  que  l'injection  sous-cutanée,  à  la  souris,  du  liquide  extrait  des 
cysticerques  provoque  une  éosinophilie  accusée.  Inoculò  au  cobaye, 
l'extrait  de  sclérostomes  produit  des  efl'ets  analogues  (Weinberg  et 
Léger,  1908)  ;  les  extraits  d'autres  vers  (taenias,  douves,  etc.)  se  com- 
portent  semblablement  (Weinberg,  Ugo  Mello).  Chauffard  et  Boidin, 
Boidin  et  Fiessinger  admettent  que  des  éosinophiles  apparaissent  loca- 
lement  autour  de  la  paroi  des  kystes  hydatiques. 

En  réalité,  comme  Weinberg  et  Séguin  (1913)  l'ont  montré,  les  pro- 
duits  vermineux,  l'extrait  d'ascaris  par  exemple,  exercent  sur  les  éosi- 
nophiles du  sang  une  influence  attractive  remarquable  ;  ils  les  font 
émigrer  et  afìluer  au  point  inoculé  ;  l' éosinophilie  locale  ainsi  provo- 
quée  est  assez  persistante.  Elle  est  plus  intense  lorsque  les  extraits 
sont  administrés  à  des  animaux  déjà  injectés  antérieurement.  Signa- 
lons  à  ce  propos  que  les  animaux  soumis  à  des  injections  répétées  d'un 
sérum  étranger,  et  chez  lesquels  on  pratique  une  nouvelle  inoculation 
du  méme  liquide,  présentent  bientót,  au  point  de  pénétration,  une 
forte  infiltration  dans  laquelle  on  trouve  (Schlecht  et  Schwenker,  1913) 
beaucoup  d'éosinophiles  ;  on  constate  aussi  de  l'éosinophilie  sanguine. 
La  signification  des  phénomènes  d'éosinophilie  n'est  pas  précisée. 

Les  centres  de  production  des  phagocytes  sont  multiples,  des  phé- 
nomènes de  suppléance  s'établissent  aisément.  L'extirpation  de  la 
rate  est  bien  tolérée  par  les  animaux  d'expérienec'  cobaye  notamment, 
et  il  ne  semble  pas  que  cette  opération  ait  en  general  pour^-^'et  d'aug- 
menter  la  réceptivité  aux  infections.  D'après  Soudakewitch,  les  singes 
dératés  succombent  à  la  flèvre  récuirente,  mais  il  s'agit  d'une  infection 
où  le  ròle  joué  par  cet  organe  est  spécialement  important.  Par  contre, 
Laveran  et  Thiroux  (1907)  estiment  que  la  splénectomie  n'exerce 
pas  d'influence  bien  appréciable  sur  revolution  des  trypanosomiases. 


SERIE  DES  DONNEES  ATTESTANT  L'IMPORTANCE 
DE  LA  PHAGOCYTOSE 

En  considérant  le  conflit  qui  s'engage  entre  le  virus  et  l'organisme, 
nous  avons  rencontré  une  sèrie  de  constatations  relatives  à  la  part  de 
la  phagocytose  dans  l'immunité.  A  titre  de  résumé,  énumérons  les 
données  essentielles  qui  démontrent  son  ròle  fondamental  ;  cette  brève 
récapitu'ation  nous  permettra  aussi  de  signaler  divers  faits  complé- 
mentaires  méritant  d'attirer  l'attention. 

lo  Le  parallélisme  étroit  entre  l'energie  de  la  phagocytose  et  le  degré 
de  résistance,   entre  l'insufTisance  cu   l'ineffieacité  de  l'intervention 

L'Immunitc.  1^ 


.226     LE    CONFLIT   DU   PHAGOCYTE   ET   DU    MICROBE 

«ellulaire  et  la  réceptivité,  s'observe  sans  jamais  se  démentir.  Il 
n'existe  pas  d'exemple  de  guérison  survenant  sans  participation  des 
phagocytes  ;  ces  éléments  sont  doués  de  remarquables  propriétés  qui 
«xpliquent  leur  aptitude  à  combattre  les  virus  ; 

2^  Le  pouvoir  stérilisateur  des  humeurs,  pour  ce  qui  concerne  de 
nombreux  microbes  pathogènes,  est  négligeable.  Meme  lorsqu'il  est 
accentué,  il  ne  suffit  pas  à  rendre  compte  de  la  destruction  complète 
des  quantités  relativement  considérables  d'individus  microbiens  que 
l'organisme  tolère  :  c'est  la  digestion  intracellulaire  qui  assure  l'anéan- 
tissement  des  germes  ; 

3°  Les  propriétés  ou  adaptations  auxquelles  les  microbes  pathogènes 
doivent  leur  virulence  sont  essentiellement  de  nature  antiphagocy- 
taire  ;  les  microbes  inoffensifs  à  l'égard  d'une  espèce  animale  donnée 
constituent  pour  les  phagocytes  de  cette  espèce  une  prole  facile  :  ils 
les  attirent  et  sont  vite  capturés  et  détruits.  Les  microbes  dangereux 
leur  résistent  ou,  plus  exactement,  c'est  parce  que  certains  microbes 
résistent  aux  phagocytes  d'une  espèce  donnée  qu'ils  sont  dangereux 
pour  elle  ; 

4°  L'expérience  montre  que  les  inoculations  de  microbes  pathogènes 
sont  moins  dangereuses  lorsqu'elles  sont  pratiquées  dans  une  région 
riche  en  phagocytes  que  dans  les  points  où  ces  cellules  sont  rares.  La 
précocité  de  la  phagocytose  est,  en  effet,  un  facteur  d'une  importance 
d'autant  plus  considérable  que  souvent  les  microbes  mettent  le  temps 
à  profit  non  seulement  pour  se  multiplier,  mais  aussi  pour  réaliser  des 
adaptations  protectrices.  C'est  pourquoi  l'inoculation  dans  l'humeur 
aqueuse  notamment  est  sevère  ;  ainsi,  le  pigeon,  normalement  réfrac- 
taire  au  charbon,  le  contraete  lorsque  le  virus  est  introduit  dans  cette 
région  où  les  leucocytes  n'aflluent  qu'assez  lentement  (MetchnikofI). 
Pour  la  méme  raison,  et  méme  lorsqu'il  a  regu  du  sérum  préventif, 
le  lapin  tolère  infmiment  moins  bien  l'injection  de  streptocoque  dans 
la  chambre  antérieure  que  l'inoculation  sous-cutanée  (Bordet).  D'autre 
part,  on  renforce  beaucoup  la  résistance  du  péritoine  en  préparant 
cette  région  par  une  injection  de  bouillon,  d'aleurone,  de  sérum  quel- 
conque,  etc.,  qui  détermine  l'afflux  des  leucocytes.  C'est  ce  que  Issaeff 
a  constate  le  premier  à  propos  du  vibrion  cholérique.  Bordet  a  reconnu 
que  les  cobayes  ainsi  préparés  résistent  à  une  dose  de  streptocoque 
très  virulent  doublé  de  celle  qui  tuerait  un  cobaye  normal  :  les  microbes 
trop  rapidement  capturés  ne  peuvent  s'entourer  de  la  capsule  pro- 
tectrice.  Les  bacilles  typhique,  pesteux,  etc,  donnent  lieu  à  des  obser- 
vations  analogues  (Funck,  MetchnikofI).  Se  fondant  sur  ces  données, 
on  a  conseillé,  en  vue  de  mieux  armer  le  péritoine  contre  l'infection, 
d'injecter  en  cette  région,  quelques  heures  avant  l'opération,  des 
liquides  appropriés  (bouillon,  sérum  de  cheval,  acide  nucléique)  aux 
sujets  qui  doivent  subir  une  laparotomie  (R.  Petit,  Hirano,  Diez  et 
Campara).  Nous  avons  signalé  plus  haut  qu'une  ielle  injection  préa- 


PREUVES  DE    L'IMPORT  ANCE   DE    LA    PllAGOCYTOSE     227 

lable  favorise  la  défense  contre  les  composés  arsenicaux  (Besredka)  ; 
elle  permei  également  aux  animaùx  de  mieux  tolérer  l'injection  ìntra- 
p'n-itonéale  d'abrine  (Calmette  et  Dólóarde).  Bien  qu'augmentant  la 
résistance,  l'introduction  de  liquides  appelant  les  leucocytes  ne  repré- 
sente  évidemment  pas  une  immunisation  proprement  dite.  La  protec- 
tion  conférée  est  locale  et  n'est  pas  spécifìque  ;  elle  resulto  d'une  mobi- 
lisation  préalable  des  facteurs  défensifs  vers  le  point  qui  sera  le  théà- 
tre  de  la  lutte.  G'est  encore  la  concentration  des  cellules  protectrices 
en  un  point  qui  permei  de  comprendre  pourquoi  un  foyer  infectieux 
circonscrit  peut  s'éteindre  bien  que  l'organisme  n'ait  pas  acquis  encore 
une  solide  immunité.  Par  exemple,  à  la  faveur  de  l'afflux  leucocytaire, 
un  furoncle  peut  guérir,  tandis  qu'en  un  autre  endroii  un  nouveau 
furoncle  apparali.  Une  plaque  d'érysipèle  s'elargii,  tandis  que  le  centre 
guérii.  Il  s'agii,  en  somme,  d'un  processus  d'immunisation  locale  pré- 
cédant  l'apparition  de  l'immunité  generale.  Des  faits  analogues 
s'observeni  couramment  dans  les  infections  chroniques,  la  syphilis 
notamment. 

Fait  intéressant,  on  peut  mème,  d'après  certains  auteurs,  protéger 
un  organismo  en  lui  administrant,  en  méme  temps  que  le  virus,  des 
leucocytes  vivants  provenant  d'un  animai  de  méme  espèce.  Peitersson 
(1906)  constate  que  dans  ces  conditions  les  animaux  supporteni  irès 
notablement  mieux  l'injection  intrapériionéale  de  bacille  typhique,  de 
Vibrio  Melchnikovi,  etc.  :  la  phagocytose  s'effectue  pluspromptemeni. 
Méme  l'injection  intraveineuse  de  leucocytes  peut  se  montrer  utile. 
Des  recherches  analogues  dues  à  Salimbeni  (1909)  oni  conduit  à  des 
résuliats  concordanis.  Opie,  Manwaring,  Kling,  ont  tenie,  chez  les 
animaux,  d'appliquer  ces  données  au  iraitement  de  la  iuberculose. 
Par  exemple,  à  la  suite  de  rinjection  inirapleurale  de  leucocytes  de 
«hien  chez  un  animai  de  méme  espèce  aiteint  de  iuberculose  pleurale, 
le  tissu  tuberculeux  pourrait,  d'après  Opie  (1908),  disparaìtre  et  étre 
remplacé  par  du  tissu  fibreux.  Les  recherches  analogues  de  Manwa- 
ring (1912),  concernani  la  meningite  tuberculeuse  expérimentale  du 
chien,  ont  donne  des  résuliats  favorables.  On  a  mème  eu  recours  à  des 
extraiis  de  leucocytes  émulsionnés  et  raacérés  dans  l'eau  distillée  : 
Hiss  et  Zinsser  (1908)  les  oni  uiilisés  pour  le  traitemeni  de  diverses 
maladies,  pneumonie,  érysipèle,  eie.  ;  les  résuliats  leur  ont  paru  saiis- 
faisants. 

o»  Toutes  les  influences  accidentelles  suscepiibles  d'entraver  la  pha- 
gocytose diminuent  corrélativemcni  la  résistance.  Les  spores  iéia- 
niques  soni  aisément  phagocytées,  mais^  l'injection  concomitante 
d'acide  lactique  favorise  l'éclosion  du  iétanos  (Nocard  et  Roux,  Vail- 
lard  et  Vincent)  ;  cette  substance  nuit  aux  phagocyies  et  les  repousse 
(Massari  et  Bordet).  Vincent  (1904)  a  observé  que  l'injection  de  qui- 
nine  favorise  l'éclosion  du  iétanos  ;  nous  avons  rappelé  plus  haut  que 
la  quinine  est  ioxique  pour  les  leucocytes  (Bordet).  La  présence  de 


228     LE    CON  FLIT   DU   PHAGOCYTE   ET  DU   MIC  ROBE 

corps  étrangers,  dans  les  interstices  desquels  les  microbes  ne  peuvent 
que  difficilement  étre  capturés,  celle  de  microbes  associés  ou  de  par- 
ticules  inertes  qui,  étant  englobées  par  les  phagocytes,  détournent 
ceux-ci  de  la  lutte  contre  l'agent  virulent,  agissent  semblablement 
(Vaillard,  Vincent,  Rouget).  Leclainche  et  Vallèe  pour  ce  qui  con- 
cerne le  microbe  du  charbon  symptomatique,  Besson  à  propos  du 
vibrion  septique,  ont  fait  des  constatations  entièrement  concordantes. 
Par  exemple,  l'introduction  de  sable  stérilisé  rend  les  spores  dange- 
reuses  ;  désormais  protégées  contre  les  phagocytes,  celles-ci  germent 
et  déversent  des  produits  nuisibles  aux  cellules  ;  par  la  méthode  des 
tubes  capillaires,  Besson  a  vu  notamment  que  la  toxine  du  vibrion 
septique  exerce  une  chimiotaxie  negative.  La  teinture  d'opium,  qui 
entrave  l'émigration  leucocytaire,  favorise  l'infection  (Cantacuzène, 
Gheorghiewski).  Le  chien  normalement  réfractaire  au  charbon  peut 
contracter  cette  maladie  lorsqu'au  préalable  on  lui  injecte  dans  la  cir- 
culation,  en  quantité  suffisante,  des  poudrcs  inertes  très  fines(Bardach). 
Les  cellules  lésées  par  un  traumatisme  et  qui  doivent  étre  résorbées 
accaparent  l'activité  des  phagocytes,  de  telle  sorte  que  les  microbes 
fortuitement  introduits  dans  la  région  endcmmagéej^  ont  plus  de 
chances  de  pouvoir  se  développer  que  s'ils  avaient  pénétré  dans  des 
tissus  intacts.  La  contusion  des  muscles  favorise  l'éclosion  du  charbon 
symptomatique,  le  traumatisme  osseux  celle  de  l'osteite  slaphylo- 
coccique  ou  tuberculeuse.  Des  doses  de  microbe  charbcnneux  trop 
minimes  pour  déterminer  l'infection  se  montrent  dangereuses  lorsqu'on 
les  additionne,  avant  de  les  injecter,  de  débris  d'organes  (Bezzola). 

Lefroid  favorise  diverses  infections,  rend,  par  exemple,  la  poule  sen- 
sible  au  charbon  (Pasteur).  Or,  il  deprime  l'activité  phagocytaire  (1)  ; 
les  antipyrétiques  à  forte  dose  (chloral,  antipyrine)  agissent  sembla- 
blement (Wagner).  Koch  avait  vu  que  les  grenouilles  injectées  de  bacille 
charbonneux  dans  le  sac  lymphatique  résistent,  mais  Gibier  constata 
qu'elles  se  montrent  réceptives  lorsqu'on  les  maintient  à  l'étuve  ;  à 
vrai  dire,  ceci  s'applique  plutot  à  la  grenouille  rousse  [Rana  lempora- 
ria),  que  le  chauffage  incommode  beaucoup,  qu'à  la  grenouille  verte 
{Rana  esculenta),  laquelle  supporte  mieux  l'élévation  de  la  temperature 
(Mesnil).  Or,  chez  les  grenouilles  chauffée3  réceptives,  la  phagocytose 
du  bacille  ne  s'opère  que  très  faiblement  (Metchnikoff)  ;  on  sait  d'ail- 
leurs  que  le  plasma  de  la  grenouille  ne  tue  pas  ce  microbe.  Non  seule- 
ment  l'association  microbienne,  mais  probablement  aussi  le  froid, 
résultant  de  l'immobilité  paralytique,  interviennent  pour  rendre  le 
chien  enragé  sensible  au  bacille  du  charbon  ;  chez  de  tels  animaux, 
la  réaction  phagocytaire  vis-à-vis  de  ce  microbe  est  très  faible  (Martel). 


(1)  Ceci  n'exclut  pas  que  le  froid  ne  puisse  agir  auirement  encore, 
notamment  en  déterminant  des  perturbations  vaso-motrices. 


PREUVES  DE  VIMPORTANCE    DE    LA    PIIAGOCYTOSE     229 

L'inanition,  qui  favorise  l'infection,  se  signale  par  une  diminution  du 
nombre  des  leucocytes.  Selon  toute  vraisemblance,  lorsque  l'ctat 
general  est  mauvais,  à  la  suite  par  exemple  de  privations,  du  manque 
d'air,  ou  conséeutivement  à  certaines  maladies,  l'energie  du  système 
phagocytaire  est  en  baisse. 

6°  Enfin  la  signiflcation  capitale  de  la  phagocytose  dans  la  défense 
se  trahit  encore  en  ce  que,  très  généralement,  revolution  favorable 
d'une  infection  s'accompagne  d'un  accroissement  du  nombre  total  des 
leucocytes.  Chez  les  animaux  qu'on  a  immunisés,  la  leucocytose  est, 
en  règie  g«}ncralc,  très  prononcée  et  se  maintient  parfois  longtemps. 


CHAPITBE  IV 

LES  FACTEURS  ADJUVANTS  DE  LA 
PHAGOCYTOSE 

POUVOIR  OPSONIQUE  DU  SÉRUM 

L'exposé  qui  précède  nous  a  édifiés  quant  à  la  régulière  concordance 
entre  l'immunité  et  la  phagocytose,  fonction  dont  les  microbes  eux- 
mémes  reeonnaissent  toute  l'importance,  puisque  c'est  surtout  contre 
elle  qu'ils  se  protègent  lorsqu'ils  se  montrent  virulents.  Mais  cette 
constatation  déjà.  satisfaisante  n'épuise  pas  le  problème.  Elle  répond 
avee  une  indiscutable  netteté  à  cette  question  primordiale  :  la  pha- 
gocytose est-elle  le  pivot  de  l'immunité?  Mais,  en  répondant,  elle 
pose,  implicitement,  de  nouveaux  points  d'interrogation. 

Lorsque,  étudiant  la  réaction  cellulaire  de  l'organisme  vis-à-vis  d'un 
microbe  donne,  on  compare,  à  un  animai  normal  et  réceptif,  un  animai 
de  méme  espèce  mais  qui  a  été  vaccine,  on  trouve  que  la  phagocytose 
s'effectue  beaucoup  plus  énergiquement  chez  le  second  que  chez  le 
premier.  A  quoi  tient  cette  difTérence?  La  Biologie  generale  suggère 
immédiatementune  hypothèse.  Des  étres  vivants,  méme  très  simples, 
sont  capables  d'éducation.  Les  bactéries,  les  levures,lesinfusoires,  etc, 
peuvent  s'adapter  progressivement  dans  une  certaine  mesure  aux 
antiseptiques,  aux  températures  élevées,  aux  concentrations  trop 
fortes,  etc,  de  faQon  à  ne  plus  en  ressentir  aussi  vivement  les  funestes 
effets.  Les  plasmodes  de  myxomycètes,  mis  en  contact  avec  des  solu- 
tions  trop  concentrées  de  sei  ou  de  sucre,  fuient  ces  liquides  défavc- 
rables  en  mettant  à  profìt  leur  mobilitò  amiboi'de  ;  ils  manifestent  un 
chimiotaxisme  négatif.  Mais  peu  à  peu  ils  s'accoutument  fsans  doute 
en  perdant  une  certaine  partie  de  leur  eau,  ce  qui  tend  à  rétablir  l'équi- 
libre)  et  plongent  leurs  pseudopodes  dans  le  liquide  sans  chercher 
désormais  à  l'éviter.  N'est-ce  pas  de  l'immunité  acquise,  et  ne  peut-on, 
semblablement,  admettre  qu'après  vaccination  les  leucocytes  désor- 
mais adaptés  mettent  plus  d'ardeur  à  se  porter  au-devant  des  microbes 
pathogènes  et  à  engager  le  conflit?  Cette  idée  n'est-elle  pas  en  harmonie 
avec  la  constatation  faite  par  IMassart  que  chez  les  animaux  immunisés 
les  leucocytes  pénètrent  plus  abondamment  que  chez  les  animaux 


POUVOIH    (JPSOMijL  l£    DU    SÈliUM  231 

neufs  daii.->  k's  tubes  capillaires  contenant  Ics  émulsions  microhiennos, 
et  que  l'on  a  insérés  dans  le  péritoine? 

Seulement  l'energie  phagocytaire  est  aussi  très  manifestcment 
augmentée  chez  les  animaux  non  vaccinés,  mais  qui  ont  été  injectós 
d'un  scrum  doué  de  propriétés  préventives  efiicaces.  Étant  donnée  la 
promptitude  d'apparition  de  cette  immunité  passive,  il  devient  diffi- 
cile d'accepter  qu'en  pareil  cas  l'accroissement  de  l'aptitude  phago- 
cytaire résulte  d'une  adaptation  ou  éducation  que  les  leucocytes 
auraient  réalisée  par  leurs  propres  moyens.  On  est  conduit  à  presumer 
que  le  sérum  lui-méme  renferme  un  élément  capablc  de  rendre  plus 
-ictifs  les  phénomènes  d'englobement  :  il  réalise  1'  «  excitophagie  ». 
Dès  lors,  deux  possibilités  surgissent.  Ou  bien  la  substance  que  le 
sérum  fournit  agit  sur  les  phagocytes  pour  renforcer  leur  puissance,  se 
comportant  ainsi  comme  une  «  stimuline  »,  ou  bien  elle  impressionne 
les  microbes  de  facon  à  les  rendre  plus  aisément  phagocytables.  La 
première  alternative,  a  priori,  n'ofYre  rien  d'invraisemblable  ;  elle  se 
heurte  pourtant  à  une  difficulté  :  le  pouvoir  préventif  des  immun- 
sórums  est  spécifique  ;  par  l'intermédiaire  de  la  phagocytose  qu'il 
favorise,  il  protège  contre  une  espèce  déterminée  de  germes,  et  non 
contre  un  microbe  difTérent  ;  or,  on  concoit  malaisément  comment 
une  matière  donnée  pourrait  stimuler  un  élément  cellulaire  de  facon 
à  accroitre  son  energie  défensive  exclusivement  vis-à-vis  d'un  seul  et 
unique  adversaire.  Cette  objection,  la  seconde  alternative  n'y  donne 
pas  prise.  L'expérience  montre  en  effet  que  les  immunsérums  im- 
priment  directement,  et  d'une  fa'i'on  très  spéci fique,  aux  microbes 
contre  lesquels  les  animaux  dont  ils  proviennent  ont  été  vaccinés,  des 
modifications  aisément  constatables,  l'agglutination  par  exemple.  Il 
est  plausible,  en  conséquence,  de  prévoir  que  le  sérum  contient  aussi 
quelque  substance  susceptible  d'impressionner  le  germe  de  manière  à 
en  faire  pour  les  leucocytes  une  prole  plus  facile  à  saisir. 

En  réalité,  c'est  dans  ce  sens  que  l'investigation  a  répondu.  Remar- 
quons-le  immédiatement,  cette  solution  apportée  au  problème  ne 
récuse  aucunement  la  notion  generale  fournie  par  la  biologie,  à  savoir 
que  les  cellules  vivantes  sont  capables  d'adaptation.  Incontestable- 
ment,  une  éducation  cellulaire,  au  cours  de  la  vaccination,  se  poursuit. 
Seulement,  elle  n'est  pas  dirigée  dans  le  sens  d'un  amiboisme  meilleur, 
d'une  aptitude  plus  accusée  à  ingérer  des  particules  étrangères,  elle 
conduit  au  développement  excessif  et  à  la  spécialisation  d'une  pro- 
priété  sécrétoire,  celle  do  d  ' verser  dans  les  humeurs  des  produits  agi.-:- 
sant  directement  sur  les  microbes  pour  les  préparer  à  la  phagocytoso. 

Remarquons-le  encore,  dous  n'avons,  dans  les  pages  précédentes, 
accordé  aux  humeurs  qu'un  ròlc  en  general  très  effacé  dans  la  destruc- 
tion  des  microbes.  Mais  il  s'agissait  alors  de  leur  pouvoir  stérilisateur 
direct,  qui,  en  réalité,  n'est  prononcé  que  dans  un  nombre  restreint 
d'cxemples,  et  non  du  préjudice  qu'elles  peuvent  indirectement  causer 


232      LES   FACTEUfìS   ADJUVANTS   DE   LA    PHAGOCYTOSE 

aux  microbes  par  l'intermédiaire  des  phagocytes  dont  elles  facilitent 
la  tàche.  Aussi  convient-il  de  signaler  dès  à  présent  ceci  :  il  n'est 
aucunement  nécessaire,  pour  qu'une  humeur  rende  un  microbe  plus 
aisément  phagocytable,  qu'elle  l'atteigne  profondément  dans  sa 
vitalité.  Les  critiques  dirigées  contre  la  théorie  de  l'immunité  fondée 
sur  le  pouvoir  bactéricide  des  humeurs  n'impliquent  dono  aucune 
méconnaissance  des  propriétés  «  excitophagiques  »  des  liquides  de 
l'organisme. 

En  1895,  Denys  et  Leclef,  préparant  des  mélanges  de  streptocoques 
assez  virulents  et  de  leucocytes  bien  actifs  (que  Fon  peut  obtenir 
aisément,  comme  il  a  été  dit  plus  haut,  en  ponctionnant  une  cavité 
peritoneale  ou  pleuralè  dans  laquelle  on  a  injecté  au  préalable  du 
bouillon  ou  des  produits  microbiens)  et  étudiant  ainsi  la  phagocytose 
in  vitro,  constatèrent  que  celle-ci  s'opérait  beaucoup  plus  énergique- 
ment  si  Fon  ajoutait  au  mélange  un  peu  de  sérum  antistreptococcique 
bien  préventif.  Ce  sérum  n'est  nuUement  bactéricide  par  lui-méme, 
mais  il  favorise  beaucoup,  dans  cette  expérience,  la  destruction  du 
microbe,  car  il  facilite  l'englobement,  bientót  suivi  de  digestion  intra- 
cellulaire.  Mennes  constata  ensuite  des  faits  analogues  à  propos  du 
pneumocoque  et  du  sérum  correspondant,  et  Sawtchenko  (1901),  puis 
Tarassevitch  apportèrent,  concernant  la  phagocytose  de  spirilles  ou 
de  globules  rouges  soumis  à  l'action  d'immunsérums  appropriés,  des 
données  concordantes.  Leishmann  (1902)  observa  que  dans  un  mélange 
de  staphylocoquesetde  sang  de  personnes  vaccinées  contre  ces  microbes 
les  leucocytes  englobent  ceux-ci  avec  une  avidité  inusitée.  Wright 
et  Douglas  (1903)  s'attachèrent  beaucoup  à  l'étude  de  cette  question, 
et  désignèrent  sous  le  nom  d'opsonines  les  substances  du  sérum  qui 
activent  la  phagocytose.  Ils  reconnurent  que  le  pouvoir  opsonique 
existe  non  seulement  dans  les  immunsérums,  mais  aussi,  bien  qu'à 
un  moindre  degré,  dans  les  sérums  normaux. 

S'appuyant  sur  de  nombreuses  recherches,  ils  défendirent  l'idée 
que  la  résistance  à  l'égard  d'un  virus  peut  assez  exactement  se  mesurer 
par  l'energie  opsonisante  que  le  sérum  manifeste  vis-à-vis  de  ce  germe. 
L'étude  des  opsonines  dans  leur  nature  intime  et  leurs  rapports  éven- 
tuels  avec  les  autres  matières  actives  des  humeurs  est  un  problème 
de  serologie  que  nous  considérerons  plus  loin.  Nous  ne  les  envisagerons 
en  ce  moment  qu'au  point  de  vue  de  l'acte  phagocytaire.  Tout  d'abord, 
sur  quel  élément  agissent  ces  substances? 

Mode  d'action.  —  En  diluant  un  exsudat  dans  de  la  solution  phy- 
siologique,  puis  centrifugeant  et  décantant  le  liquide  surnageant,  on 
peut  facilement  séparer  les  leucocytes  du  liquide  où  ils  baignaient. 
Or,  on  observe  (Denys  et  Leclef,  1895)  que  les  leucocytes  ainsi  lavés, 
fournis  par  un  animai  vaccine  contre  le  streptocoque,  ne  s'emparent 
pas  plus  avidement  de  ce  microbe  que  ne  le  font  des  leucocytes  prò- 


POUVOIR    OPSONIQUE   DU    SÉ  RUM  233 

vcnant  d'un  «inimal  neuf.  On  ne  constato  dono  point  quo  la  vaccination 
comporte  une  éducation  cellulaire  impliquant  une  supériorité,  au  point 
de  vue  de  l'aptitude  à  l'englobement,  des  phagocytes  de  l'organisme 
inimunisé  sur  ceux  de  l'organisme  normal.  D'autre  part,  d'où  que 
viennent  les  leucocytes,  l'addition  d'immunsérum  renforce,  dans  la 
méme  mesure,  la  phagocytose,  tandis  que  celle  de  sérum  d'animai  neuf 
no  produit  qu'un  e(Tet  beaucoup  moins  net.  Donc,  ce  qui  distingue 
l'organismo  vaccine  de  l'organismo  neuf,  ce  sont  les  matières  dissoutes 
dans  les  humeurs,  et  non  les  qualités  propres  aux  phagocytes. 

Divers  faits  oxpérimontaux  montront  que  le  sérum  agit  non  sur  la 
cellule  pour  on  faire  un  phagocy te  plus  puissant,  mais  sur  le  microbo  pour 
en  faire  une  proie  moins  rebelle.  Le  sérum  humain  favorise  nettement 
l'englobement  du  staphylocoque  ;  son  activité  à  cet  é^ard  souffre 
l)oaucoup,  comme  nous  le  verrons,  du  chaufTago  à  60^.  Or,  si,  à  du 
sérum  qui  a  été  exposé  à  cotto  temperature,  on  ajoute  des  microbes 
tués  par  chauffage  à  60»,  et  des  leucocytes,  l'ofTot  opsonique  observé 
<'st  très  faible.  Mais  si  l'on  porte  des  staphylocoques  tués  au  contact 
(le  sérum  non  chauffé,  et  si  l'on  chauffe  ensuito  le  mélange  à  60^,  les 
leucocytes  ultérieurement  additionnés  englobent  avec  energie  (Wright 
et  Douglas).  Dos  leucocytes  sont  traités  par  du  sérum  antistreptococ- 
cique,  puis  lavés  et  additionnés  de  stroptocoques  :  la  phagocytose  est 
très  faible  ;  d'autre  part,  des  stroptocoques  sont  traités  par  du  sérum 
antistroptococcique,  puis  lavés  et  additionnés  do  leucocytes  :  la  pha- 
gocytose est  énergique  ;  cela  va  sans  dire,  lo  résultat  est  le  méme  si 
l'on  emploie  d'autrcs  microbes  et  les  immunsérums  correspondants. 
Les  expériencos  de  ce  genre  (Hektoen  et  Ruodiger,  1905  ;  Neufeld  et 
Rimpau)  sont  décisives.  Les  microbes,  mis  en  présence  d'un  sérum 
opsonique,  en  absorbent  les  principes  actifs,  le  liquide  ambiant  pord 
ses  propriétés  (Wright  et  Douglas,  Bulloch  et  Atkin,  etc.) . 

Les  phénomènos  obsorvés  in  vitro  correspondent  entièrement  à 
ceux  qui  se  passent  in  vivo  (1)  ;  de  nombreux  travaux  ont  démontré 
cotto  concordance  ;  pour  qu'ello  $oit  parfaite,  il  est  toutefois  nécessaire, 
on  le  conQoit,  que  le  microbo  mis  en  jeu  in  vitro  soit  identiquo  par  ses 
diverses  propriétés,  et  notamment  sa  virulence,  à  colui  qui  so  développe 
dans  l'organismo  ;  on  le  sait,  cotte  condition  n'est  pas  toujours  réalisée, 
les  germes  fournis  par  les  cultures  étant  souvent  plus  accessibles  aux 
facteurs  de  la  défense  quo  ne  le  sont  ceux  dont  la  multiplication  s'est 
faite  dans  les  tissus. 

Les  sérums  normaux  possèdent  un  pouvoir  opsonique  bien  évident, 


(1)  Signalonsà  ce  propos  que,  selon  toute  apparence,  les  microbes 
touchés  par  l'opsonine  se  laissent  englober  plus  facilement  quel  que  soit 
le  lype  de  phagocyle  en  jeu.  Briscoe  a  mentre  notammentque  les  efTets 
des  opsonines  s'observcnt  aussi  lorsqu'on  fait  intervenir  les  cellules  à 
poussière  des  alvéoles  pulmonaires. 


234       LES    FACTEUfìS    ADJUVANTS   DE    LA    PHAGOCYTOSE 

dont  la  puissance  varie  d'ailleurs  selon  l'espèce  animale  et  la  nature 
du  microbe  soumis  à  l'expérience.  Mais,  en  règie  très  generale,  l'activitó 
du  sérum  s'exalte  considérablement  par  la  vaccination.  Cet  accroisse- 
ment  est  très  nettement  spécifique  :  l'immunsérum  ne  se  distingue  du 
sérum  normal  de  méme  espèce  que  si  l'on  met  en  jeu  le  microbe  vis-à- 
vis  duquel  la  vaccination  s'est  opérée.  Ce  fait,  démontré  par  l'expéri- 
mentation  sur  les  animaux,  se  vérifie  aussi  dans  l'espèce  humaine, 
notamment  chez  les  sujets  traités  par  la  vaccinothérapie.  Ainsi  les 
personnes  injectées  de  vaccin  antituberculeux  fournissent  un  sérum 
riche  en  opsonines  impressionnant  le  bacille  tuberculeux,  mais  non  le 
staphylocoque.  et  inversement  (Bulloch  et  Western).  Les  immun- 
sérums  communiquent  le  pouvoir  opsonique  qui  les  caractérise  au 
sérum  des  organismes  normaux  auxquels  on  les  injecte,  l'immun- 
opsonine  spécifìque  se  diluautdan^i  lishumeurs-  de  ces  derniers  commc 
le  font  les  antitoxines,  agglulinines  et  autres  ai.'icorps  engendrés  par 
la  vaccination. 

La  puissance  opsonique  des  immunsérums  est  parfois  enorme  ;  on 
peut  la  mesurer  en  diluant  plus  ou  moins  fortenu  :it  le  sérum  avant 
de  l'ajouter  aux  microbes  destinés  à  étre  portés  ensuite  ;  u  ontpct  des 
leucocytes. 

Lorsqu'on  réalise  des  expériences  relatives  aux  opsonines,  il  n'est 
nullement  indispensable  que  les  leucocytes  et  le  sérum  qui  doiver ' 
étre  mélangés  à  l'objet  phagocytable  proviennent  de  la  méme  espè  i> 
animale  (Hektoen,  Rùdiger  et  Davis).  Ce  fait  s'harmonise  avec  la  notio.i 
que  le  sérum  impressionne,  non  pas  le  phagocyte,  mais  l'élément  dt  s- 
tiné  à  subir  l'englobement.  Il  va  sans  dire  que  le  sérum  ne  doit  pas 
manifester  de  toxicité  notable  pour  les  cellules,  ou  doit  intervenir  à 
dose  assez  minime  pour  que  cette  influence  perturbatrice  ne  s'exerce 
pas  d'une  manière  appréciable.  On  sait  d'ailleurs  que  le  sérum  de 
méme  espèce  représente  pour  le  leucocyte  le  milieu  idéal.  Aussi  les 
opsonines  produisent-elles  d'habitude  des  effets  plus  prononcés  lorsque 
les  leucocytes  et  le  sérum  viennent  de  la  méme  espèce.  Sawtchenko  et 
Barikine  notamment  (1910)  ont  insistè  sur  ce  point. 

Index  opsonique.  —  Wright  et  ses  coUaborateurs  ont  introduit  en 
clinique  l'examen  du  sérum  au  point  de  vue  de  ses  qualités  «  excito- 
phages  ».  Estimant  que  celles-ci  sont  en  rapport  avec  le  degré  d'immu- 
nité,  ils  ont  précise  les  règles  techniques  permettant  d'évaluer  au  moins 
approximativement  le  pouvoir  opsonique.  Une  petite  quantité  de  sang 
est  recueillie  dans  volume  égal  de  solution  physiologique  contenant 
0,5  à  1  p.  100  de  citrate  sodique,  lequel  empéche  la  coagulation.  Gràce 
à  des  lavages  à  la  solution  physiologique  et  à  des  centrifugations  répé- 
tées,  les  cellules  sanguines  sont  débarrassées  de  tonte  trace  de  plasma, 
et  forment  un  dépót  dont  on  enlève  la  partie  supérieure,  particulière- 
ment  riche  en  leucocytes,  lesquels  sont,  comme  on  sait,  plus  légers  que  les 


POU  volli    UPSONIOUE   DU    SÉ  RUM  235 

globules  rouges;  on  obtient  ainsi  une  t'mulsion  que  l'on  mélange,  d'une 
part  aux  microbes  et  au  sérum  (servant  de  tc'moin)  de  pcrsonne  nor- 
male, d'autre  part  à  des  doses  correspondantes  de  microbes  et  de 
sérum  provenant  du  sujet  étudié.  Les  mélanges  introduits  dans  des 
tubes  capillaires  séjournent  à  l'étuve  pendant  un  temps  determinò  (un 
quart  d'heure,  par  exemple,  à  37°),  puis  sont  étalés  sur  lame  et  colorés. 
Pouf  chaque  mélange,  on  examine  un  nombre  égal  de  leucocytcs, 
100  par  exemple,  on  compte  toutes  les  bactéries  englobées  par  ccs 
cellules,  on  établit  la  moyenne  des  germes  qu'une  cellule  est  capable 
de  capturer  ;  les  chifTres  obtenus  sont  les  index  phagocytaires.  En  divi- 
sant  par  l'index  phagocytaire  du  mélange  pris  comme  terme  de  corr- 
paraison,  c'est-à-dire  contenant  le  sérum  normal,  l'index  phagocytaire 
du  mélange  renfermant  le  sérum  soumis  à  l'évaluation,  on  obtient 
l'index  opsonique  de  ce  dernier.  Cet  index  est  dono  relatif  ;  il  exprime 
la  puissance  opsonique  du  sérum  étudié  par  rapport  à  celle  d'un 
sérum  considéré  comme  normal. 

Leishmann  avait  employé  une  méthode  plus  simple,  consistant  à 
mélanger  à  l'cmulsion  microbienne,  en  quantités  correspondantes, 
d'une  part  le  sérum  de  personne  normale,  de  l'autre  celui  du  sujet 
soumis  à  l'épreuve,  et  à  comparer  les  nombres  de  bactéries  englobées 
par  un  nombre  donne  de  leucocytes.  Au  lieu  de  compter  les  microbes 
englobés  par  un  certain  nombre  de  leucocytes,  Simon  se  borne  à  détei- 
miner,  dans  les  deux  mélanges,  la  proportion  de  leucocytes  qui  psr- 
ticipent  à  la  phagocytose.  Il  faut  tenir  compte,  en  efTet,  de  ce  que  cei- 
tains  leucocytes  englobent  un  nombre  considérable  de  germes,  tandis 
que  d'autres  restent  totalement  inactifs  ;  il  n'est  pas  irrationnel  de 
penser  que  si  le  pouvoir  opsonique  peut  se  mesurer  d'après  la  quantité 
des  germes  ingérés,  on  peut  aussi  l'évaluer  en  tenant  compte  du 
nombre  de  cellules  qui  entrent  en  action.  Pour  déterminer  la  force 
opsonique  d'un  sérum,  Dean  recherche  à  quelle  dilution  ce  liquide  se 
montre  capable  encore  d'exercer  sur  la  phagocytose  une  influence  percep- 
tible.  Enfìn  Neisser  et  Guerrini  énumèrent,  en  s'aidant  de  procède s 
particuliers,  non  pas  les  germes  capturés,  mais  ceux  qui  restent  libres. 

Ces  divers  procédés,  qui  thcoriquement  présentent  tous  des  avan- 
tages,  ne  conduisent  malheureusement  pas,.  lorsqu'on  les  compare,  à 
des  résult.ats  bien  concordants.  Tous  sont  d'ailleurs  sujets  à  des  caufes 
d'erreur  assez  importantes  (1). 


(1)  La  technique  présente  d'inévilables  imperfecUons.  Les  leucocytes 
peuvent  étre  plus  cu  moins  altérés,  Icur  nombre  est  variable  d'un  essai  à 
l'autre.  La  quantité  de  microbes  qu'on  leur  présente  n'est  pas  toujours 
la  mème,  les  suspensions  élant  plus  ou  moins  épaisses,  et  les  chiffres 
obtenus  s'en  resseutent.  D'autre  part,  lorsqu'on  éprouve  la  valeur  opso- 
nique du  sérum  d'un  malade,  on  emploie  bien  entendu  dans  l'expérience 
le  microbe  identique  à  celui  qui  a  déterminé  l'infection,  mais  le  germe 
développé  sur  les  cultures  artiflcielles  peut  ne  point  posseder  une  viru- 


236      LES   FACTEURS    ADJUVANTS   DE   LA    PHAGOCYTOSE 

Il  n'est  pas  douteux  que  l'activité  opsonique  des  humeurs  ne  soit 
un  facteur  très  important  de  résistance  ;  peut-on  cependant  admettre, 
sans  restrictions,  et  quelle  que  soit  la  maladie  considérée,  qu'en  le 
mesurant  on  mesure,  par  le  fait  méme,  l'immunité?  Bornons-nous  à 
rappeler  que  la  destruction  des  virus  exige  non  seulement  que  ces 
germes  soient  englobés,  mais  encore  que  les  phagocytes  puissent  sup- 
porter  le  contact  des  produits  microbiens  absorbés,  et  surtout  que  le 
processus  de  digestion  intracellulaire  se  réalise  efficacement.  IJ  convient 
desepréoccupernon  seulement  de  la  puissance  des  opsonines,  mais  aussi 
dela  valeur  baetéricide  intrinsèque  des  leucocytes  (1) .  Dansla  tuberculose 
notamment,  le  parallélisme  théoriquement  prévu  entre  le  pouvoir 
opsonique  et  la  résistance  ne  s'est  pas  vérifié  ;  aussi  l'index  opsonique 
ne  s'est-il  point  révélé  dans  cette  maladie  comme  élément  important 
du  pronostic  (2).  Mais  dans  diverses  maladies  aiguès  susceptibles  de 
guérison,  on  constate  généralement  que  l'index  opsonique,  faible  au 
début  de  la  maladie,  s'élève  très  notablement  vers  le  moment  de  la 
convalescence;  c'est  ce  qu'on  observe  dans  la  pneumoniepar  exemple 
(Macdonald),lorsque  la  crise  apparaìt.  Quand  des  lésions  dues  à  l'in- 
fection  staphylococcique  rétrocèdent,  l'index  opsonique  monte  plus 
ou  moins  rapidement  au-dessus  de  la  normale.  Chez  les  gens  bien  por- 
tants,  l'index  opsonique  se  maintient  d'habitude  à  un  niveau  assez 
Constant.  Wright  a  beaucoup  insistè  sur  cette  idée  que  l'obj et  essentiel 
visé  par  la  vaccinothérapie  est  l'accroissement  de  l'index  opsonique 
relatif  au  germe  responsable  de  la  maladie  que  l'on  traite.  Aussi  ce 
savant  suit-il  avec  une  attention  soutenue  toutes  les  fluctuations  que 
cet  index  subit  au  cours  des  injections.  Fréquemment,  celles-ci  déter- 
minent  d'abord  un  fléchissement  qui,  selon  la  dose,  est  plus  ou  moins 
prononcé  et  durable  ;  ensuiteune  ascension  se  constate.  Les  estimations 
opsoniques  répétèes  doivent,  d'après  Wright,  guider  l'intervention 
dans  la  détermination  des  doses  et  du  nombre  des  injections 
nécessaires,  elles  renseignent  sur  l'energie  de  la  réaction  et,parconsé- 
quent,  sur  l'efficacité  du  traitement,  En  rèalitè,  la  vaccinothérapie, 
pourvu  qu'elle  mette  en  oeuvre  des  doses  convenables,  susceptibles 
d'inciter  la  défense  organique  sans  provoquer  de  troubles  sérieux,  et 
que  la  pratique  a  reconnues  telles,  peut,  dans  les  maladies  qui  com- 
portent  ce  mode  d'intervention,  procurer  de  bons  résultats,  sans  qu'il 
soit  nécessaire   de   s'astreindre  pour   chaque  cas  à   de   nombreuses 


lence  égale  à  celle  du  germe  vivant  dans  l'organisme,  auquel  cas  le  phé- 
nomène  observé  in  vitro  ne  reflète  pas  fìdèlement  ce  qui  se  passe  dans  les 
tissus  {voir  plus  loin  ce  qui  est  relatif  aux  anti-opsonines). 

(1)  Il  est  bien  probable  que  l'energie  propre  des  phagocytes  se  deprime 
dans  certains  états  pathologiques.  Dans  un  cas  de  leucemie  myélogène, 
les  leucocytes  se  sont  montrés  incapables  d'englober  les  microbes  (Parvii). 

(2)  Ove  WullT  formule  la  méme  conclusion  pour  ce  qui  concerne  les 
infections  urinaires. 


PO  U  VOI  li    OPSONIQUE   DU    SÉRUM  -237 

mesurcs  de  l'index  opsonique.  Bien  qu'en  rapport  avec  la  résistance, 
celui-ci  ne  la  mesure  pas  avec  une  éxactitiide  math»'matique  ;  le  pou- 
voir  opsonique  n'est  qu'un  des  éléments  de  l'immunité,  et,  selon 
les  microbcs  en  jeu,  l'importance  relative  des  divers  facteurs  varie. 

Influences  antagonistes.  —  Au  fur  età  mesure  que  nous  avangons 
(lans  l'ctude  de  l'infection  et  de  l'immunité,  le  fait  qu'à  chaque  qualité 
difensive  de  l'organisme  peut  correspondre,  en  s'y  appropriant,  une 
qualité  agressive  microbienne,  nous  apparait  avec  une  régularité 
remarquable.  Le  protoplasme  phagocytaire  est  capable  d'englober, 
certains  virus  se  protègent  contre  lui  en  s'entourant  d'une  gaine  qui 
l'impressionne  défavorablement  ou  ne  possedè  pas  les  propriétés 
d'adhésion  voulues.  Il  élabore  des  principes  digestifs,  certains  virus  se 
montrent  inattaquables.  Il  a  mission  de  détruire  les  microbes,  plusieurs 
d'entre  eux  tentent  de  renverser  les  ròles  en  fabriquant  des  leucoci- 
dines.  D'autre  part,  on  a  pu  établir  que  divers  microbes  exercent  sur 
les  opsonines  du  sérum  une  influence  antagoniste,  sans  doute  méme 
neutralisante.  Ils  produisent  des  anti-opsonines  (Rosenau,  1907),  ou 
antiphagines  (Tchistovitch  et  Yourevitch,  1908).  Tandis  que  les  pneu- 
mocoques  faiblement  pathogènes  absorbent  l'opsonine,  c'est-à-dire 
se  montrent  désormais  phagocytables,  méme  lorsqu'en  les  lavant  on 
les  débarrasse  du  sérum  actif  auquel  ils  ont  été  mélangés,  les  pneu- 
mocoques  virulents  ne  s'en  imprègnent  pas.  Bien  plus,  ils  la  neutra- 
lisent  ou  tout  au  moins  l'empéchent  de  se  fixer.  En  effet,  les  sécrétions 
anti-opsoniques  du  microbe  virulent,  ajoutées  à  la  culture  atténuée, 
protègent  celle-ci  contre  la  phagocytose  (Rosenau).  Des  faits  analogues 
ont  été  constatés  par  Tchistovitch  et  Yourevitch  à  propos  du  microbe 
du  choléra  des  poules.  Chose  remarquable,  ces  antiphagines  sont  spé- 
cifiques,  en  ce  sens  que,  tout  en  mettant  à  l'abri  de  l'englobement  les 
cultures  atténuées  du  microbe  de  méme  espèce,  elles  ne  protègent  pas 
contre  lui  des  bactéries  diflérentes.  Ce  fait  se  rattache  au  problème, 
dont  nous  parlerons  plus  loin,  de  la  spécificité  des  opsonines. 

Il  paraìt  bien  établi  que  les  agressines,  produits  microbiens  favori- 
sant  l'infection,  et  sur  lesquels  Ball  et  Weil  notamment  ont  vivement 
attirél'attention,  sont,  pour  une  part  importante  tout  au  moins  (1),  des 
anti-opsonines.  On  peut  récolter  dans  la  plèvre  d'uniapin  venant  de 
succomber  à  l'inoculation  du  microbe  du  choléra  des  poules,  prati- 
quée  dans  cette  région,  un  cxsudat  qui,  débarrasse  des  germ^s  et 
mélange  à  une  trace  de  culture,  la  rend  beaucoup  plus  dangereuse  pour 
le  cobaye,  animai  cependant  fort  résistant.  On  peut  immuniser  les 
animaux  contre  les  agressines,  il  semble  bien  aussi  qu'on  puisse  vac- 
ciner  contre  les  anti-opsonines.  Par  exemple,   d'après  Huggenberg 

(1)  NaturelIement,Iesleucocidincs,  celle  du  staphylocoque  par  exemple, 
fonclionuent  aussi  commc  agressines  Irès  actives. 


238       LES    FACTEURS    ADJUVANTS   DE    LA    PHAGOCYTOSE 

(1910),  ce  sont  les  streptocoqucs  les  plus  difficilement  phagocytables 
qui,  injectés  aux  animaux,  perméttent  d'obtenir  les  sérums  les  plus 
fortement  opsoniques.  Les  exsudats  péritoncaux  agressiques  obtenus 
par  inoculation  du  bacille  coli  virulent  inhibent  in  vitro  la  phagocytose, 
mais  l'addition  d'immunsérum  très  opsonique  annihile  cette  influence 
antagoniste  (Dante  de  Blasi,  Levi  della  Vida,  1908). 

Nature' intime  de  l'influence^opsonique.  —  Les  microbes  tou- 
chés  par  un  sérum  opsonique  sont  impressionnés  d'une  manière  pure- 
ment  passive.  Les  opsonines  préparent  à  la  phagocytose  aussi  bien 
des  microbes  morts  que  des  microbes  vivants.  Lorsqu'un  microbe  n'est 
pas  spontanément  phagocytable,  il  ne  le  devient  pas  en  périssant  ;  le 
concours  de  l'opsonine,  en  règie  generale,  est  encore  nécessaire. 

Ghose  remarquable,  les  sérums  peuvent  agir  aussi,  en  les  rendant 
plus  accessibles  à  l'englobement,  sur  des  particules  inertes,  grains  de 
melanine,  de  carmin,  de  charbon,  d'amidon,  etc.  (Wright  et  Douglas, 
Dudgeon  et  Shattock,  Rosenthal,  Porges,  Sawtchenko  et  Barikine). 
Il  est  probable  que  ces  particules  s'emparent  par  adsorption  d'éléments 
sans  doute  albuminoi'des  qui  constituent  ainsi  autour  d'elles  une 
gangue  douée  de  propriétés  de  contact  plus  favorables  à  la  phagocy- 
tose ;  desTapprochements  intéressants  se  présenteront  à  nous  lorsque 
nous  cónsidérerons  les  phénomènes  de  fixation  de  l'alexine  et  de  con- 
glutination. 

Il  est  acqui?  que  les  opjonines  déteroiinent,  chez  l'élém^ntqu'elles 
impressìonnent,  une  modification  physico-chimique  telle,  que  celui-ci 
s'attache  désormais  plus  facilement  au  protoplasme  phagocytaire.  Un 
phénomène  relevant  de  l'affìnité  de  contact,  entrant  en  conséquence 
dans  la  catégorie  des  faits  d'adsorption,  et  qui  en  somme  rappelle 
beaucoup  la  précipitation  mutuelle  de  deux  colloì'des,  intervient  au 
moment  où  l'objet  voué  à  l'englobement  touche  fortuitementlepha- 
gocyte.  Ultérieurement,  les  prolongements  amiboides  enserrentla  par- 
ticule  et  réalisent  l'ingestion.  L'acte  total  de  l'englobement  comprend 
ainsi  deux  phases  bien  distinctes.  Dans  la  première,  la  vitalité  du  pha- 
gocyte  n'intervient  pas  :  s'il  possedè  les  propriétés  de  contact  voulues, 
et  notamment  si  l'influence  opsonique  lea  a  fait  apparaìtre,  l'élément 
étranger  qui  vient  à  toucher  la  cellule  se  colle  au  protoplasme.  Dans 
la'seconde,  celui-ci  met  à  profit  sa  mobilité  pour  effectuer  l'englobe- 
ment. Peut-ètre  mème,  au  moins  lorsqu'elles  sont  très  petites,  les  par- 
ticules peuvent-elles  parfois,  sans  que  le  phagocyte  ait  à  faire  preuve 
de  vitalité,  s'incorporer  dans  le  protoplasme  gràce  à  un  phénomène 
de  confluence  dù  à  la  tension  superflcielle,  etcomparable  à  celui  dont 
il  a  été  question  plus  haut  à  propos  de  tentatives  d'explication  du  mou- 
vement  amiboide.  Lorsqu'il  s'agit  d'objets  d'un  volume  appréciable, 
il  va  de  soi  que  le  phagocyte  est  force,  pour  les  entourer  et  les  absorber, 
de  pousser  de  longs  prolongements  susceptibles  de  se  rétracter  ensuite. 


PO  uva  IH    OPSONIQUE   DU    SÉHIJM  239 

ot  qu'en  pareil  cas  la  vitalité  cellulaire  se  trahit  de  la  facon  la  plus 
tangible. 

En  1906,  Ledingham  constata  qu'en  présence  d'opsonines  les 
microbesonttendance  à  adhérer  aux  leucocytes,  memo  si  la  tempera- 
ture est  assez  basse  pour  supprimer  tout  mouvement  amiboi'de.  Ulté- 
rieurement,  les  phénomènes  de  ce  genre  ont  été  étudiés  attentivement 
parSavvtchenko,  Levaditi  et  Mutermilch,  Barikine.  Ainsi  que  Laveran 
et  Mesnil,  Mesnil  et  Brimont  (1908)  l'avaient  observé,  chez  les  ani- 
maux  activement  ou  passivement  immunisés  contreles  trypanosomes, 
les  leucocytes  manifestent  la  curieuse  propriété  d'arréter  ces  parasites  au 
passage  ;  ceux-ci  restent  attachés  au  protoplasme  par  l'une  de  leurs 
<^xtrémités  ;  malgré  leurs  vifs  mouvements,  ils  ne  parviennent  que 
rarement  à  se  dégager.  Or,  Levaditi  et  Mutermilch  (1910)  constatèrent 
que  ce  phénomène  est  indépendant  de  la  vitalité  des  leucocytes  ;  les 
parasites  s'engluent  encore  lorsqu'ils  touchent  le  protoplasme  des  cellules 
tuées  par  le  chaufTage  à  45°  ou  refroidies  à  zèro  degré.  Sawtchenko, 
Sawtchenko  et  Barikine  (1910)  recueillirent  des  données  analogues  en 
opérant  sur  des  globùles  traités  par  l'immunsérum  approprié.  D'ingé- 
nieuses  recherches  dues  à  Barikine  mirent  à  profit  le  fait  que  les  leuco- 
cytes, dont  le  protoplasme  est  visqueux  et  adhésif,  se  collent  bientót 
à  la  surface  d'une  plaque  de  verre  sur  laquelle  on  les  depose  ;  ils  y 
adhèrent  assez  solidement  pour  ne  point  étre  entraìnés  par  un  jet  de 
solution  physiologique.  Si,  sur  de  pareils  leucocytes  fìxés,  on  verse 
une  émulsion  de  globùles  rouges  normaux,  ceux-ci,  mèmeaprès  un 
contact  assez  prolongé,  s'éliminent  aisément  par  ringage.  Au  contraire, 
lorsque  les  globùles  ont  été  soumis  à  l'influence  de  l'opsonine  appro- 
priée,  ils  se  collent  aux  leucocytes,  soudés  eux-mémes  à  la  lame,  de 
Ielle  sorte  qu'un  jet  liquide  méme  assez  violent  est  impuissant  à  les 
balayer  (1). 

D'aprèsManwaring  et  Coe  (1916),  les  microbes  traités  par  l'opsonine 
manifestent  également  une  tendance  adhésive  vis-à-vis  de  certains 
éléments  endothéliaux  :  si  l'on  fait  passer  une  suspension  de  pneumo- 
coques  normaux  par  le  foie  (lave  de  son  sang)  d'un  lapin,  les  microbes 
ne  sont  pas  arrétés  au  passage.  Au  contraire,  si  les  pneumocoques  ont 
été  traités  par  l'immunsérum,  ils  se  fixent  sur  l'endothélium  des  capil- 
laires.  Sans  doute  une  influence  opsonique  intervient-elle  aussì  dans 
l'accolement,  signalé  par  Delrez  et  Govaerts,  des  microbes  peu  viru- 
lents  aux  plaquettes  sanguines  (2). 

(1)  II  est  intéressant  de  rapprocher,  du  fait  observé  par  Barikine, 
cette  consta tation,  due  à  Gengou  (1915),  que  les  globùles  sensibilisés, 
mélangés  à  un  extrait  leucocytaire  (obtenu  par  l'action  d'un  acide  dilué), 
s'agglutinent  fortement  en  s'unissant  à  des  matières  de  nature  vraisem- 
blablement  protéique.  Les  globùles  non  sensibilisés  ne  s'agglomèrent 
pas  ou  no  s'accolent  que  très  lentement. 

(2)  Selon  Rieckenberg  (1917),  les  trypanosomes  peuvent,  sous  l'in- 


240      LES   FACTEURS   ADJUVANTS   DE    LA    PHAGOCYTOSE 

Nécessité  des  opsonìnes.  —  Leur  concours  est-il  toujours  indis- 
pensable  à  raccomplissemcnt  de  la  phagocytose?  En  d'autres  ternies, 
certains  éléments  ne  présentent-ils  pas  par  eux-mémes,  et  sans  devoir 
subir  aucune  modifìcation  préalable,  la  constitution  ou  la  texture 
voulue  pour  que  l'englobement  soit  possible? 

Bordet  avait  décrit,  en  1895  et  1896,  la  phagocytose  in  vitro  de  nom- 
breuses  espèces  microbiennes  dans  l'exsudat  obtenu,  chez  le  cobaye, 
par  injection  intrapéritonéalede  bouillon.  Lambotte  et  Stiennon  (1906) 
montrèrent  que  les  leucocytes  de  tels  exsudats  peuvent,  mème  après 
un  minutieux  lavage,  englober  encore  divers  microbes  et  les  digérer 
dans  leur  protoplasme.  Lòhlein  observa  le  méme  fait.  Il  n'y  a  pas  lieu 
d'admettre  que  les  phagocytes  aient  toujours  besoin  de  l'aide  des  opso- 
nìnes, pas  plus  qu'on  ne  doit  croire  qu'ils  pourraient  régulièrement 
s'en  passer.  Ces  matières  sont  utiles  surtout  lorsqu'il  s'agit  de  microbes 
virulents,  ou  plutòt,  le  fait  que  certains  microbes  réclament  pour  étre 
englobés  l'intervention  opsonique  constitue  pour  eux  un  gage  de  viru- 
lence.  Tout  dépend  du  microbe  en  jeu.  Nous  savons  d'ailleurs  combien, 
au  sein  d'une  méme  culture,  sont  inégalement  développées  les  apti- 
tudes  virulentes  des  divers  individus  microbiens  ;  souvent,  peu  après 
l'injection,  quelques-uns  d'entre  eux  seulement  résistent  à  l'attaque 
phagocytaire,  mais,  se  multipliant  ensuite  avec  exubérance,  déterminent 
bientòt  l'infection  mortelle  ;  de  quel  secours  n'eùt  pas  été,  en  pareli 
cas,  l'administration,  au  moment  opportun,  d'une  puissante  opsonine  ì 

Résorption  de  cellules.  —  Les  opsonines  interviennent-elles  dans 
les  phénomènes  de  résorption  des  cellules  avariées?  Pourquoi  les  pha- 
gocytes, en  general,  respectent-ils  les  tissus  en  bon  état,  tandis  qu'ils 
s'appliquent  à  faire  disparaìtre  les  éléments  altérés?  En  se  détériorant, 
ceux-ci  n'acquièrent-ils  pas,  précisément,  l'aptitude  à  reagir  avec  des 
matières  en  solution  dans  le  sérum,  lesquelles,  exergant  sur  eux  une 
influence  opsonique,  les  rendent  phagocytables?  S'il  en  était  ainsi, 
la  collaboration  des  humeurs  et  des  cellules  s'observerait  dans  l'éli- 
mination  des  débris  et  l'épuration  de  l'organisme,  peut-étre  aussi  dans 
les  processus  de  métamorphose,  aussi  bien  que  dans  l'immunité  anti- 
microbienne.  Ce  sujet  est  encore  très  obscur.  Lorsqu'on  injecte  dans 
le  péritoine  des  globules  rouges,  ceux-ci  sont  activement  phagocytes 
s'ils  proviennent  d'une  espèce  differente,  restent  pour  la  plupart  libre& 
et  sont  repris  par  les  lymphatiques  si  l'espèce  est  identique  (Metchni- 
kofT).  Toutefois,  méme  dans  ce  dernier  cas,  la  phagocytose  s'effectue 
si  les   globules  ont  été  touchés  par  un  immunsérum  approprio  (1). 


fluence  des  anticorps,  s'agglutiner  non  seulement  entre  eux,  mais  aussi 
avec  les  plaquettes  présentes  dans  du  plasma  citraté  (lequel,  commc  on 
sait,  ne  se  coagulo  pas). 

(1)  Lorsqu'on  injecte  à  un  animai,  dans  les  veines,  un  sérum  hémoly- 


PRINCIPES    ISSUS   DES   LEUCOCYTES  241 

Dans  certaines  formes  d'anemie,  dans  divers  cas  d'infection,  au  coura 
d'afTections  du  foie,  du  pancreas,  etc,  on  a  signalé  une  phagocytose 
intense  des  globules  rouges.  Ne  s'agit-il  pas  d'un  trouble  du  mécanisme 
régulateur,  d'un  déséquilibre  dù  à  la  production  exagérée  de  matières 
favorisant  l'englobement?  Les  éléments  constitutifs  des  tissus,  lors- 
qu'ils  s'affaiblissent  cu  qu'un  traumatismo  les  isole  de  leurs  connexions 
naturelles,  n'acquièrent-ils  pas  l'aptitude  à  absorber  des  principes  sus- 
ceptibles  de  les  opsoniser?  Cesi  possible  ;  nous  verrons  plus  loin  que 
les  tissus  broyés  absorbent  assez  avidement  l'alexine,  principe  qui 
intervient  dans  le  phénomène  opsonique.  Sans  doute  aussi  la  phago- 
cytose de  spermatozoìdes  introduits  dans  le  péritoine  d'un  animai 
d'espèce  identique  ou  difTórente  est-elle  favorisée  par  la  fìxation  de 
l'alexine.   Mais,  d'une  fagon  generale,   le  problème  de  l'intervention 
éventuelle  d'opsonines  dans  la  résorption  des  éléments  avariés  appar- 
tenant  à  l'organisme  n'a  point  encore  regu  de  solution. 


INFLUENCE  ADJUVANTE,  DANS  LES  EXSUDATS, 
DES   PRINCIPES  ISSUS  DES  LEUCOCYTES 

11  est  certain  que  l'englobement  de  certains  microbes  peut  s'opérer 
sans  concours  appréciable  des  substances  en  solution  dans  les  humeurs 
Dans  d'autres  cas,  c'est-à-dire  lorsque  les  microbes  ne  sont  pas  sponta 
nément  phagocytables,  le  pouvoir  opsonique  intervient  souvent  avec 
beaucoup  d'efTicacité,  pour  imprimer  au  germe  une  modification  préa- 
lable  et  qui  est  nécessaire.  Mais  l'influence  exercée  par  les  opsonines 
est-elle  toujours  sufTisante?  N'est-il  pas  indispensable  parfois  que  le 
microbe  subisse,  pour  pouvoir  étre  capturé,  une  altération  plus  pro- 
fonde encore,  exigeant  la  coopération  de  matières  plus  actives?  Nous 
allons  voir  que  certains  virus,  doués  d'une  virulence  extréme,  ne  se 
laissent  englober  qu'à  la  condition  d'avoir  longtemps  macere  dans  un 
exsudat  très  riche  en  leucocytes.  Il  existe  tous  les  intermédiaires  entre 
les  microbes  phagocytables  d'emblée  et  ceux  qui  opposent  à  l'effort 
des  cellules  une  rósistance  excessive. 

Un  cobaye  dans  la  cavitò  peritoneale  duquel  les  leucocytes  ont 
afflué  ì\  la  suite  d'une  injection  de  bouillon  supporte,  nous  le  savons, 
une  inoculation  intrapéritonéale  assez  copieuse  de  vibrions  cholériques  : 
ces  microbes  sont  promptement  phagocytés.  Mais  la  dose  que  l'animai 
peut  tolérer  est  bien  plus  grande  encore  si  les  microbes  ont  été  addi- 


tique  nctif  à  l'égard  de  ses  globules,  mais  en  dose  trop  faible  pour  pro- 
voquer  rhémolysc  iulensc;  et  la  mori,  les  globules  som  cependant  assez 
impressionués  pour  dovenir  phagocytables.  On  en  relrouve  beaucoup 
dans  les  macrophages  delarat(!  et  des  capillaires  du  foie  (Sawtchenko, 
1902). 

L'Immunilé.  16 


242      LES    FACTEURS   ADJUVANTS   DE   LA    PHAGOCYTOSE 

tionnés  au  préalable  d'un  peu  de  sérum  anticholérique,  lequel  est  for- 
tement  opsonique.  Dans  ces  conditions,  la  phagocytose  est  d'une  rapi- 
dité  surprenante,  les  leucocytes  peuvent  en  quelques  instants  capturer 
des  quantités  extraordinaires  de  vibrions  ;  à  ce  moment,  comme  Met- 
chnikoff  l'a  signalé,  ceux-ci  se  retrouvent  inclus  avec  leur  morpho- 
logie  normale,  mais  ils  se  résolvent  bientòt  en  granulations  et  sont 
digérés.  Comme  l'ont  vu  Denys  et  Leclef,  des  streptocoques  doués 
d'une  virulence  notable,  additionnés  de  sérum  antistreptococcique, 
sont  également,  sous  l'influence  des  opsonines,  promptement  capturés. 
Dans  de  tels  cas,  la  phagocytose,  gràce  aux  opsonines,  ne  subit 
«ucun  délai.  Il  en  va  de  méme  lorsqu'à  un  lapin  dont  le  péritoine  a 
été  préparé  la  veille  par  une  injection  de  bouillon,  et  qui  en  outre  a 
regu  à  titre  préventif  du  sérum  antistreptococcique,  on  injecte  une  dose 
très  faible  (0^0,1  au  maximum)  du  streptocoque  extrèmement  virulent 
dont  il  a  été  question  plus  haut,  et  qui,  méme  injecté  en  quantité  pour 
ainsi  dire  infinitesimale,  tue  en  quelques  heures  le  lapin  non  protégé 
par  le  sérum.  Chez  ce  dernier,  méme  si  le  péritoine  a  été  préparé  par 
le  bouillon,  et  méme  si  la  dose  inoculée  est  très  minime,  le  germe  se 
multipliant  rapidement  produit  des  poisons  qui  détruisent  les  leuco- 
cytes ;  il  pénètre  dans  le  sang  et  s'y  cultive  abondamment,  détermi- 
nant  bientot,  comme  Bordet  (1897)  l'a  signalé,  gràce  à  une  hémolysine 
très  active,  la  dissolution  de  la  totalité  des  globules  rouges. 

Inoculons  d'autre  part,  dans  le  péritoine  d'un  lapin  traité  à  la  fois  par 
le  sérum  préventif  et  par  le  bouillon,  une  quantité  assez  forte,  0<><^,ò  par 
cxemple,  de  ce  streptocoque  si  dangereux.  Cette  fois,  la  phagocytose, 
bien  qu'étendue,  laisse  échapper  quelques  germes  spécialement  résis- 
tants,  qui  promptement  s'entourent  de  cette  aurèole  défensive  dont 
nous  avons  parie,  et  se  multiplient  dès  lors  avec  exubérance,  échappant, 
gràce  à  cette  gaine,  à  l'attaque  des  phagocytes.  Ceux-ci,  de  leur  coté, 
affluent  en  nombre  toujours  croissant,  peu  à  peu  l'exsudat  devient 
blanc  et  épais,  il  prend  l'aspect  du  pus.  Chose  remarquable,  les  cellules 
ne  paraissent  guère  incommodées  par  les  sécrétions  streptococciques, 
lesquelles  à  coup  sur,  si  l'animai  n'avait  point  rcQu  de  sérum,  leur 
«ussent  bientot  infligé  des  lésions  manifestes  :  le  sérum  protège  les 
phagocytes  contre  les  produits  toxiques. 

Examiné  une  dizaine  d'heures  après  l'inoculation,  l'exsudat  épais  et 
purulent  se  montre  constitué  de  leucocytes  innombrables,  mélangés  à 
d'innombrables  streptocoques,  qui  sé  maintiennent  à  l'état  libre.  La 
situation  se  prolonge  ainsi  quelque  temps  encore.  A  un  moment  donne, 
on  constate  l'apparition  subite  de  la  phagocytose,  qui  s'efTectue  dès 
lors  avec  une  brusquerie  et  une  intensité  extraordinaires.  Bientot,  si 
la  dose  de  sérum  a  été  suffisante,  la  totalité  des  streptocoques  qui 
fourmillaient  hors  des  cellules  est  capturée.  On  remarque  que  les 
mononucléaires,  particulièrement  les  grands  macrophages,  prennent 
à  l'englobement  une  part  prépondérante.  Tandis  que    de    nombreux 


PHINCIPES    ISSUS   DES    LEUCOCYTES  243 

iiiiciopiiages  restent  vides,  Ics  mononuclóés  englobent,  presque  tous 
dcs  quantités  considérables  de  microbes. 

Cette  phagocytose  tardive,  si  intense  et  si  inattendue,  qui  après  un 
délai  si  long  se  réalise  soudain,  Bordet  (1897)  l'a  désignée  sousle  nom 
de  crise  phagoeytaire.  Comment  l'expliquer?  Peu  avant  qu'elle  n'appa- 
raisse,  l'examen  microscopique  mentre  que  l'aspect  des  microbes  n'est 
plus  ce  qu'il  était  au  début.  lls  sont,  en  general,  devenus  beaucoup 
plus  petits,  et  se  colorent  par  le  bleu  en  une  teinte  si  pale  que  souvent 
on  les  distingue  malaisément  ;  l'altération  est  manifeste  ;  on  constate 
aussi  que  l'aurèole  est  beaucoup  moins  nette  et  tend  à  s'efTacer.  Et 
c'est  précisément  lorsque  l'altération  des  microbes  a  atteint  le  degré 
voulu  que  la  phagocytose  devient  possible,  et  que,  tout  à  coup,  l'en- 
globement  s'opère  avec  une  extraordinaire  energie. 

En  résumé,  l'intégrité  cellulaire  que  l'efTet  anti-agressique  (1)  du 
sérum  garantii,  permet  à  l'organisme  de  localiscr  l'infection,  gràce  au 
courant  d'émigration  qui  s'établit  vers  le  théàtre  de  la  lutte.  La  pro- 
lifera tion  des  éléments  ganglionnaires,  et  vraisemblablement  aussi  celle 
de  l'endothélium  turgescent  des  vaisseaux  lymphatiques,  qui  se  rem- 
plissentdecellules, s'opposent  à  la  résorptiondesgermes.  Dans  l'exsudat 
purulent  se  rencontrent,  à  coté  de  nombreuses  cellules  restées  très 
actives,  des  phagocytes  qui,  gènés  par  leur  accumulation  mème,  flnale- 
ment  s'épuisent  et  meurent,  confluant  en  amas  visqueux,  et  laissant  se 
diffuser  autour  d'eux  leurs  sucs  digestifs.  La  partie  liquide  de  l'exsudat 
retiré  à  ce  moment  se  montre  d'ailleurs  nettement  bactéricide  pour  le 
streptocoque,  tandis  que  le  sérum  sanguin  ne  l'est  pas.  Un  véritable 
extrait  concentré  de  leucocytes,  un  jus  phagoeytaire  imprègne  dono 
les  microbes,  qui  peu  à  peu  sont  atteints  ;  ils  se  multiplient  encore, 
mais  leurs  modifìcations  d'aspect  témoignent  de  la  dégénérescence 
qu'ils  subissent  progressivement  et  qui  fìnalement  les  rend  phagocy- 
tables. 

La  guérison  de  l'animai  exige,  d'une  manière  absolue,  que  cette 
phagocytose  tardive  soit  totale.  Encore  peut-il  mourir  ultérieurement, 
après  un  stade  assez  prolongé  (une,  deux,  ou  mème  trois  semaines) 
de  parfaite  guérison  apparente  :  quelques  germes  englobés  parviennent, 
comme  nous  l'avons  signalé  plus  haut,  à  resister  à  l'influence  dclétère 
du  protoplasme,  se  réveillent  et  se  multiplient  en  donnant  naissance  à 
desindividusdoués  d'aptitudes  virulentes  très  prononcées,  présentant 
l'aspect  et  les  diraensions  normales,  et  entourés  d'une  forte  capsule 
protectrice.  Mais  lorsque,  soit  que  la  dose  de  sérum  ait  été  insufiìsante, 
soit  que  l'inoculation  des  germes  ait  été  trop  copieuse,  la  crise  phago- 
eytaire ne  s'effectue  qu'incomplètement,  l'animai  ne  bénéficie  pas 
d'un  répit  aussi  prolongé.  Des  germes  restés  libres  continuent  à  se 


(1)  Le  fait  que  le  sérum  antistreptococcique  ncutralise  des  agressines 
résuite  également  des  recherches  plus  recente»  de  Bailet  Kleinhaus  (1912). 


244       LES    FACTEURS    ADJUVANTS   DE    LA    PHAGOCYTOSE 

reproduire.  Fait  intéressant,  on  constate  alors  que  ces  microbes  réfrac- 
taires  sont  précisément  ceux  qui  n'ont  pas  présente  les  altérations  que 
nous  venons  designaler:  diminution  de  taille,  atténuation  de  la  capsule, 
affaiblissement  de  la  colorabilité.  On  distingue  alors,  dans  l'exsudat 
purulent,  parmi  des  streptocoques  visiblement  dégénérés  dont  la  crise 
phagocytaire  vient  à  bout,  quelques  microbes  plus  résistants,  ayant 
conserve  leur  morphologie  normale  et  qui  ne  se  laissent  pas  englober  : 
c'est  d'eux  que  derive  une  generation  microbienne  nouvelle,  qui  déjoue 
l'effort  phagocytaire  et  qui,  après  une  lutte  durant  parfois  près  de  deux 
jours,  fait  perir  l'animai. 

Cet  exemple,  où  l'on  voit  un  virus  doué  d'aptitudes  agressives  très 
prononcées  aux  prises  avec  un  organisme  disposant,  gràce  à  l'injection 
de  sérum  et  à  ses  ressources  naturelles,  d'éléments  défensifs  importants» 
est  l'un  de  ceux  qui  nous  permettent  le  mieux  de  suivre,  au  sein  d'un 
exsudat,  les  phases  d'un  conflit  opiniàtre.  En  outre,  il  est  remarqua- 
blement  appropriò  à  nous  faire  saisir  les  particularités  qui  distinguenfc 
l'immunité  naturelle  de  l'immunité  acquise.  Nous  comparerons  à  ce 
propos,  lorsque  nous  considérerons  la  part  des  humeurs  et  des  cellules 
dans  l'immunité  totale,  le  mécanisme  de  la  défense  contre  le  strepto- 
coque,  d'une  part  chez  le  cobaye  normal,  animai  doué  d'une  immunité 
naturelle  notable,  die  l'autre  chez  le  lapin  originellement  très  réceptif, 
mais  qu'une  injection  de  sérum  a  rendu  résistant.  Il  nous  suffira  d'ail- 
leurs  de   rapprocher  les  faits  que  nous   avons    rencontrés  jusqu'ici. 

Les  données  que  nous  venons  de  résumer  concernant  l'immunité 
antistreptococcique  sont  en  harmonie  avec  les  résultats  des  recherches 
ultérieures  de  Salimbeni.  Cet  auteur  a  étudié  (1898),  non  l'immunité 
passive  due  à  l'injection  de  sérum,  mais  la  résistance  active  des  chevaux 
qui  fournissent  celui-ci.  Chez  ces  animaux  inoculés  sous-  la  peau,  la 
phagocytose  n'est  pas  non  plus  immediate  ;  elle  s'effectue  vingt  à 
vingt-quatre  heures  après  l'injection  virulente  et  se  fait  alors  complè- 
tement.  Mais  on  peut  observer  dans  la  suite  une  repullulation  du  virus 
provoquant  un  nouvel  afflux  leucocytaire,  gràce  auquel  l'organisme 
remporte  défìnitivement  la  victoire. 

En  résumé,  dans  le  cas  de  microbes  obstinément  rebelles  à  la  phago- 
cytose, celle-ci  peut  néanmoins,  dans  les  exsudats  très  concentrés, 
s'effectuer  au  bout  d'un  temps  fort  prolongé,  et  alors  avec  une  brus- 
querie  remarquable,  gràce  à  l'influence  alterante  exercée  sur  les  germes 
par  les  principes  sortis  des  leucocytes.  On  pourrait  dire  qu'avant  de  se 
réaliser  intracellulairement,  l'acte  digestif  phagocytaire  s'extériorise 
et  débute  dans  le  liquide  ambiant,  rendant  ainsi  l'englobement  plus 
aisé.  Nul  doute  qu'un  tei  phénomène  ne  se  déroule  fréquemment  dans 
lesabcès;  nous  verrons  plus  loin,  d'ailleurs,  qu'il  ne  caractérise  pàs 
exclusivement  la  défense  contre  le  streptocoque,  et  qu'il  intervient 
aussi  au  cours  d'autres  infections,  le  charbon  par  exemple.  Inutile 
au  surplus  d'insister  sur  la  distinction  très  nette  qu'il  convient  d'établir 


PRINCIPES    ISSUS  DES   LEUCOCYTES  245 

entre  ces  deux  facteurs  adjuvants,  le  pouvoir  opsonique  propre  au 
scruni,  l'influence  alterante  que  les  phagocytes  eux-mémes  peuvent, 
en  macérant  dans  l'éxsudat,  exercer  tout  autour  d'eux  sur  les  germes. 
Le  second,  n'étant  qu'une  manifestation  particulière  des  qualités 
propres  aux  phagocytes,  représente  un  élément  de  protection  qui,  bien 
qu'intervenant  plus  aisément  gràce  aux  garanties  accordées  aux  ccllules 
par  les  anticorps  anti-agressiques,  préexistait  néanmoins  à  l'immuni- 
sation  et,  comme  le  phénomèné  de  l'englobement  lui-méme,  fait  partie 
des  ressources  de  l'immunité  naturelle.  Le  premier,  le  pouvoir  opso- 
nique du  sérum,  existe  déjà  à  un  certain  degré  dans  le  sérum  normal» 
mais  il  est  susceptible  de  prendre  une  ampleur  bèaucoup  plus  grande 
dans  l'immunité  acquise  :  aussi  le  retrouverons-nous  lorsque  nous  con- 
sidérerons  l'inmiunité  dite  Immorale. 


TBOISIÈME  PARTIE 

IMMUNITÉ  HUMORALE 


e H  API  THE    PREMIER 

PRÉLIMINAIRES 


A  part  quelques  substances  simples  et  stables,  telles  que  des  sels,  qui 
sont  absorbées  en  nature  et  traversent  l'economie  sans  changement, 
toiis  les  matériaux  qui  constituent  les  tissus  ou  qu'on  trouve  en  solution 
dans  les  humeurs  sont  les  produits  de  l'activité  cellulaiie  ou  ont  été 
modifiés  par  elle.  Il  n'est  dono  aucun  processus  physiologique  que  l'on 
ne  soit  en  droit,  en  raison  de  l'origine  des  principes  qui  y  prennent 
part,  de  qualifier  de  «  cellulaire  ».  On  sait  néanmoins  que  le  travail  des 
cellules  peut  produire  ses  effets  dans  des  conditions  difTérentes.  Ou 
bien  les  substances  actives  commandant  le  phénomène  restent  étroi- 
tement  confìnées  dans  la  trame  vivante  où  elles  ont  pris  naissance,  ou 
bien  elles  sont  déversées  dans  les  humeurs  auxquelles  elles  commu- 
niquent,  sans  que  la  présence  actuelle  de  cellules  soit  encore  nécessaire, 
l'aptitude  à  développer  le  processus  en  question.  Ainsi  se  distingue,  de 
l'immunité  dite  cellulaire  et  consistant  essentiellement  dans  la  phago- 
cytose,  l'immunité  dite  humorale  ou  chimique,  c'est-à-dire  l'ensemble 
des  modifications  que  les  microbes  ou  leurs  produits,  et  éventuellement 
d'autres  matériaux,  peuvent  subir  dans  les  humeurs  et  notamment 
dans  le  liquide  sanguin,débarrassés  au  préalable  de  tout  élément  struc- 
turé.L'Immunité,en  conséquence,  pénètre  largement  dans  la  Serologie  ; 
l'étude  des  réactions  humorales  s'est  étendue  depuis  vingt-cinq  ans 
au  delà  de  tonte  prévision.  Il  s'agit  d'une  science  en  voie  de  formation  j 
de  nombreux  problèmes  sont  encore  discutés  et  prètent  à  la  contro- 
verse ;  sans  doute  les  solutions  proposées  ne  sont-elles  parfois  que  provi- 
soires.  Nous  aurons  soin,  lorsque  nous  aurons  à  considérer  des  notions 
encore  indécises  ou  douteuses,  de  les  déclarer  telles. 

Par  sa  nature  mème,  l'immunité  humorale  se  prète  particulièrement 
à  l'expérimentation  in  vitro,  si  précieuse  pour  la  dissection  des  phé- 
nomènes  et  l'analyse  des  influences  déterminantes.  Encore  faut-il,  et 
l'on  doit  insister  sur  ce  point,  s'astreindre  à  rechercher  si  les  processus 
observés  in  vitro  correspondent  fìdèlement  à  ceux  qui  prennent  cours 
dans  l'organisme  mème  et  en  sont  le  reflet  sincère.  Notamment,  on 
doit  se  demander  si  les  substances  dissoutes  dans  le  sérum  se  trouvaient 


250  IMMUNI  TÉ   H UMORALE 

également  à  l'état  libre,  in  vivo,  dans  le  plasma  circulant,  et  n'ont  pas 
exsudé  des  cellules  précisément  vers  ce  moment  critique  où  le  sang 
retiré  du  corps  subit  pour  se  coaguler  des  changements  plasmatiques 
et  cellulaires  importants.  Anticipons  quelque  peu  pour  dire  que  les 
matières  actives  que  nous  aurons  surtout  à  considérer,  et  qui  sont  les 
anticorps,  se  trouvent  réellement  en  solution  dans  le  plasma  circulant. 
Quant  à  l'alexine,  autre  substance  importante,  divers  auteurs  pensent 
que  normalement  elle  reste  confinée  da'ns  certaines  cellules,  et  n'est 
libérée  que  sous  certaines  influences  ;  d'autres  affirment  le  contraire, 
nous  reviendrons  sur  ce  point. 

C'est  peu  après  que  MetchnikolT  eut  jeté  les  bases  de  la  théorie 
phagocytaire,  c'est-à-dire  il  y  a  une  trentaine  d'années,  que  l'on  s'avisa 
de  rechercher  si  des  microbes  transportés  dans  du  sang  défibriné  ou 
du  sérum  n'y  sont  pas  exposés  à  des  influences  destructives  et  si,  en 
conséquence,  on  ne  peut  expliquer  l'immunité  par  la  vertu  stérilisa- 
trice  des  humeurs.  Les  noms  de  Fodor,  de  Flùgge,  et  surtout  de 
Nuttall  et  de  Buchner  restent  attachés  à  ces  premières  recherches. 
A  vrai  dire,  les  données  recueillies  alors  sont  d'intérét  très  inégal.  Cer- 
tains  essais  mirent  en  évidence  des  pouvoirs  bactéricides  qui  n'ont  point 
pour  l'immunité  de  signification  bien  réelle.  Par  exemple,  Fodor  (1886) 
constata  qu'm  viiro  le  sang  de  lapin  est  nettement  bactéricide  pour 
le  microbe  du  charbon,  mais  Lubarsch  démontra  dans  la  suite  (1889) 
que  le  sang  de  chien  ne  l'est  pas  ou  ne  l'est  guère.  Or,  le  chien  resiste 
à  l'infection  charbonneuse  beaucoup  mieux  que  le  lapin,  le  pouvoir 
bactéricide  ne  concorde  donc  pas  avec  l'immunité  et  ne  peut  l' expliquer. 
Gomme  nous  l'avons  rappelé  déjà,  le  principe  antimicrobien  en  question 
n'existe  pas  à  l'état  libre,  iVi  yiyo,dans  le  plasma  du  lapin  (Gengou,  1901), 
il  s'exsude  in  vitro  des  cellules  blanches  du  sang  (Gruber  et  Futaki)  ; 
au  surplus,  il  n'agit  pas  sur  la  plupart  des  virus  et  n'impressionne  guère 
que  le  microbe  du  charbon  (1). 

Nuttal  (1888)  montra  que  le  sang  défibriné  de  divers  animaux 
exerce  une  influence  microbicide  plus  ou  moins  prononcée  sur  certains 
germes,  et  que  cette  propriété  s'évanouit  par  chauffage  à  55°.  Elle 
disparaìt  aussi  lorsqu'on  mélange  le  sang  aux  bactéries  ;  les  choses  se 
passent,  en  d'autres  termes,  comme  si  elle  s'usait  en  agissant  (Nissen). 
D'importantes  recherches  de  Buchner  (1889-1893)  montrèrent  que  le 
pouvoir  destructif  se  retrouve  dans  le  sérum  soigneusement  débarrassé 
des  éléments  cellulaires  sanguins,  et  que  ce  liquide  peut  impressionner 
non  seulement  des  microbes,  mais  aussi  des  cellules  d'organismes  diffé- 
rents  telles  que  des  globules  rouges  :  il  manifeste,  vis-à-vis  de  ces  élé- 


(1)  Il  s'agit  donc  d'un  fait  dénué  de  signiflcation  generale.  Nous  ver- 
rons  que  cette  matière  n'est  pas  identique  h  l'alexine.  Cette  remarquo 
s'applique  aussi  au  principe  qui  confère  au  sérum  de  rat  son  pouvoir 
bactéricide  pour  le  microbe  du  charbon,  lequel  a  élé  signalé  par  Behring, 


PRÉLIM  IN  AIRES  251 

rncnts,  conime  Landois  l'avait  déjà  remarqué  en  1875,  une  energie 
hcmolytique  souvent  modérée,  mais  parfois  prononcée.  De  mème  que 
le  pouvoir  bactéricide,  ce  pouvoir  hémolytique  est  détruit  par  chauffage 
à  55".  Buchner  designa  le  principe  actif,  de  nature  inconnue  du  reste, 
qui  prèside  à  la  destruction  des  microbes  ou  des  globules,  sous  le  noni 
d'alexine  (a>.£;eiv,  défendre).  Ainsi  furent  recueillis  les  premiers 
renseignements  concernant  cette  substance,  qui,  comme  Bordet  le 
montra  plus  tard,  joue  un  róle  considérable  dans  l'activité  bactério- 
lytique  ou  hémolytique  des  immunsérums. 

S'il  est  indéniable  que  les  sérums  exercent  une  influence  délétère 
sur  diverses  espèces  microbiennes  et  détruisent  une  certaine  propor- 
tion  des  germes  qu'on  y  introduit,  encore  ne  faudrait-il  pas  s'exagérer 
l'energie  de  ce  pouvoir  microbicide,  et  penser  que  les  humeurs  nor- 
males  se  comportent,  en  general,  comme  des  antiseptiques  violents. 
Pour  fixer  quelque  peu  les  idées,  considérons  par  exemple  le  pouvoir 
bactéricide  du  sérum  de  lapin  vis-à-vis  du  bacille  typhique.  Versons^ 
dans  une  sèrie  de  tubes,  2  ou  3  centimètres  cubes  de  sérum  frais  de 
lapin  normal.  D'autre  part,  délayons  dans  100  centimètres  cubes  de 
solution  physiologique  de  sei  marin  la  conche  microbienne  qui  s'est 
développéeen  vingt-quatre  heures  sur  la  surface  d'un  tube  de  gelose  de 
format  ordinaire.  Si  nous  ensemengons  l'un  des  tubes  de  trois  ou  quatre 
gouttelettes  de  cette  émulsion  typhique,  nous  constatons  que  la  mul- 
tiplication  à  l'étuve,  un  peu  lente  au  début,  s'opère  bientòt  avec  luxu- 
riance.  Si  nous  ne  mettons  en  jeu  qu'une  goutte  d'émulsion,  le  sérum 
se  maintient  limpide  plus  longtemps,  vingt-quatre  heures  par  exemple, 
le  développement  est  visiblement  gene,  une  proportion  assez  notablc 
des  individus  microbiens  introduits  périssent,  mais  d'autres  résistent. 
et  au  bout  de  deux  jours  environ  la  culture  obtenue  est  florissante.  Si 
méme  nous  nous  bornons  à  plonger  dans  le  sérum  l'extrémité  d'une 
line  baguette  de  verre  préalablement  trempée  dans  l'èmulsion  micro- 
bienne, nous  n'obtenons  pas  encore  de  stériHsation  complète,  et  le 
développement  fmit  par  s'efTectuer.  Certes  le  pouvoir  bactéricide  du 
sérum  de  lapin  se  révèle  plus  manifestement  lorsqu'on  l'éprouve  vis-à- 
vis  d'autres  microbes  tels  que  le  vibrion  cholérique;  mais,  mème  en 
pareli  cas,  l'energie  stérilisatrice  se  mentre  très  inférieure  à  ce  qu'elle 
devrait  ètre  pour  qu'on  soit  autorisé  à  lui  imputer  la  destruction  in  vivo 
des  grandes  quantitès  de  germes  dont  l'animai  teière  l'inoculation  ; 
nous  avons  insistè  à  ce  propos  sur  le  ròle  considérablement  plus  impor- 
tant  de  la  phagocytose  et  l'absolue  nécessité  de  cette  fonction  pour  la 
défense  de  l'organisme.  Semblablement,  lorsqu'on  ajoute  à  une  goutte 
de  sang  défìbriné  de  cobaye  trois  ou  quatre  gouttes  de  sérum  frais  de 
lapin,  le  mélange  rougit  par  suite  de  la  destruction  d'un  certain  nombre 
de  globules,  mais  l'hémolyse  totale  reclame  une  proportion  de  sérum 
notablement  plus  élevée.  Certes,  il  est  des  cas  où  l'energie  globulicide 
des  sérums  normaux  est  beaucoup  plus  accusée,  mais,  d'une  fagon 


252  IM MUNITE   H UMORALE 

generale,  il  faut  pour  obtenir  des  sérums  hémolytiques  très  puissants, 
recourir  à  l'immunisation. 

Qu'il  s'agisse  de  microbes,  de  cellules,  de  produits  bactériens,  végé- 
taux  ou  animaux,  et  quelle  que  soit  la  fonction  envisagée,  pouvoir 
agglutinant,  antitoxique,  lytique,  etc,  ce  soni  les  immunsérums  qu'il 
convieni  de  considerar  en  premier  lieu,  d'abord  parce  qu'ils  sont  plus 
actifs  que  les  sérums  normaux,  ensuite  et  surtout,  parce  qu'étant  le 
produit  d'une  réaction  spécifìque  vis-à-vis  d'un  excitant  défìni,  ils 
révèlent  ipso  facto  le  rapport  de  causalité  et  d'étroite  appropriation 
par  lequel  l'anticorps  se  rattache  directement  à  l'antigene. 

Tout  élément  qui,  introduit  dans  les  tissus,  provoque  l'apparition 
d'un  anticorps  dans  le  sérum,  est  par  défmition  un  antigène;  tonte 
substance  spécifìque  du  sérum  élaborée  par  l'organisme  en  réponse  à 
l'administration  d'un  antigène  et  capable  de  reagir  avec  celui-ci  s'ap- 
pelle  un  anticorps.  Il  paraìt  donc,  à  première  vue,que  ce  soit  un  non- 
sens  de  parler  d'anticorps  lorsqu'il  s'agit  de  sérums  provenant  d 'ani- 
maux qui  n'ont  été  soumis  à  aucune  injection  preparante,  puisque, 
comme  les  mots  eux-mémes  l'impliquent,  la  notion  d'anticorps  et  celle 
d'antigene  sont  inséparablement  associées.  Nous  aurons  pourtant  à 
nous  préoccuper  des  anticorps  présents  dans  les  sérums  normaux. 
Après  que  les  propriétés  principales  des  anticorps  propres  aux  immun- 
sérums eurent  été  précisées,  on  s'apergut,  en  effet,  de  ce  que  les  sérums 
d'animaux  neufs  peuvent  contenir  des  substances  offrant  avec  ces 
anticorps  typiques  d'indéniables  analogies,  relatives  au  mode  d'action, 
à  la  manière  de  se  comporter  vis-à-vis  de  la  chaleur  ou  de  certains 
réactifs.  Réserve  faite  des  constatations  préliminaires  que  nous  venons 
de  rappeler,  et  dont  l'importance  et  la  signification  réelle  ne  pouvaient 
d'ailleurs,  à  ce  momsnt,  étre  bien  exactement  appréciées,  l'étude 
attentive  des  anticorps  normaux  fut  donc,  très  naturellement,  posté- 
rieure  à  celle  des  anticorps  engendrés  par  l'immunisation,  et  profìta 
largement  des  données,  relatives  à  ceux-ci,  que  l'on  avait  rassemblées  ; 
il  est  juste  que  notre  exposé  s'inspire  de  cet  enchaìnement  chrono- 
logique. 

Un  lapin  qu'on  injecte  de  vibrion  cholérique  fournit  bientót  un 
sérum  doué,  à  l'égard  de  ce  microbo,  d'un  pouvoir  agglutinant  très 
énergique.  On  démontre  aisément,  d'autre  part,  que,  tout  en  s'agglu- 
tinant  en  présence  du  sérum,  les  vibrions  en  absorbent  le  principe  actif  : 
en  effet,  si  l'on  centrifugo  un  mélange  forme  de  sérum  et  d'une  dose 
suffisante  de  suspension  de  vibrions,  on  trouve  que  le  liquide  surna- 
geant  décanté  n'impressionne  plus  de  nouveaux  microbes  de  m3m3 
espèce.  G'est  un  fait  aussi  essentiel  que  general  :  l'anticorps  se  fìxe 
en  agissant.  Ces  constatations  faites,  la  question  se  pose  immédiatement 
de  savoir  si  le  sérum  d'un  lapin  neuf  ne  jouit  point  déjà  de  quelque 
qualité  similaire.  Or,  on  trouve  que  ce  sérum  neuf  agglutino  aussi  le 
vibrion,  mais  beaucoup  plus  discrètement  et  seu'ement  à  dose  relati- 


PRÉLI  MIN  AIRES  253 

vcment  ólevóe  ;  au  surplus,  l'anticorps  en  jeu  est,  comme  le  précédent, 
absorhé  par  les  microbes.  N'était  l'observation  antórieure  relative  à 
l'immunsérum,  cette  propriété  légèremcnt  agglutinante  du  sérum 
normal  aurait  sans  doute  longtemps  passe  inapergue  ;  c'est  l'analogie 
avec  l'immunsérum  qui  la  rend  intéressante  et  la  met  en  relief. 

Chimiquement,  les  anticorps  sont  mal  connus.  En  l'absence  de  ren- 
seignements  précis  quant  à  la  constitution  de  ces  matières,  et  fante  de 
pouvoir  les  rapprocher  ou  les  identificr  d'apròs  leur  composition  et  leur 
structure,  on  appelle  anticorps  normaux  les  principes  qui  dans  les 
sérums  neufs  produisent  sur  les  antigènes  des  elTets  comparables  à  ceux 
que  provoquent  les  anticorps  (immuncorps)  caractéristiques  des 
immunsérums,  et  offrent  à  d'autres  égards,  avec  ces  immuncorps,  des 
ressemblances  sinon  complètes,  au  moins  satisfaisantes.  L'alexine, 
par  exemple,  est-elle  un  anticorps?  Non,  car  aucun  immunsérum  ne  se 
distingue  par  l'alexine  qu'il  renferme  :  cette  substance  se  rencontre 
tant  dans  les  sérums  normaux  que  dans  les  immunsérums,  avec  les 
mémes  caractères  de  qualité  et  de  quantité  (Bordet)  ;  en  d'autres 
termes,  elle  ne  se  ressent  pas  de  l'immunisation  ;  d'autre  part,  elle  est 
nettement  plus  sensible  au  chauffage  que  ne  le  sont  les  anticorps.  Par 
contre,  les  pouvoirs  agglutinant,  sensibilisateur,  etc,  se  développent 
bcaucoup  par  l'immunisation  ;  la  parente  des  agglutinines  ou  sensibi- 
lisatrices  normales  avec  les  immuncorps  de  mème  nom  est,  à  beaucoup 
d'égards,  evidente.  Faut-il  admettre  qu'elle  va  jusqu'à  l'identité? 
Faut-il  conclure  que  le  sérum  d'un  lapin  neuf,  par  exemple,  contieni 
déjà  des  traces  de  l'agglutinine  spécifique  impressionnant  le  vibrion 
cholérique,  et  que  la  vaccination  contre  ce  microbe  a  simplement  pour 
effet  d'accroìtre  dans  d'énormes  proportions  la  quantité  de  cette 
matière  en  circulation  dans  le  sang?  Faut-il,  en  conséquence,croire  que 
le  processus  est  d'ordre  non  qualitatif,  mais  seulement  quantitatif? 
Ou  bien  l'immunagglutinine ,  tout  en  se  rattachant  à  l'agglutinine  normale 
par  de  réelles  analogies  de  propriétés  et  de  constitution,  représente- 
t-elle  cependant  une  substance  chimiquement  distincte,  la  vaccination 
a-t-elle  vraiment  apporté  un  élément  nouveau?  Cette  question  si 
importante  n'est  pas  résolue;  nous  la  discuterons  plus  loin,  à  propos 
de  l'origine  des  anticorps. 

Anticorps,  expression  de  la  réaction  contre  l'antigene,  cette  notion 
fondamentale  fut  pressentie  le  jour  où  l'idée  vint  à  l'esprit  des  expé- 
rimentateurs  que  peut-étre  l'organisme  injecté  d'un  microbe  répondrait 
en  produisant  dans  son  sang  des  principes  antagonistes  capables  de 
protéger  un  organisme  neuf.  Raynaud  eut  dès  1877  cette  intuition 
lorsqu'il  injecta  à  des  veaux  neufs,  en  vue  de  les  immuniser,  le  sang  de 
veaux  vaccinés  contre  le  cow-pox.  Mais  ce  furent  Richet  et  Héricourt 
(1888)  qui  les  premiers  démontrèrent  nettement  le  bien-fondé  de  cette 
notion  :  le  sérum  des  animaux  immunisés  contre  le  staphylocoque  est 
jinvcntif.  Ce  n'est  pas  à  vrai  dire  l'un  des  sérums  les  plus  actifs.  Le 


254  IMMUNITÉ   H UMORALE 

hasard  sans  doute  eùt  pu  fournir  à  ces  initiateurs  de  la  sérothérapie 
un  exemple  mieux  approprié  et  plus  saisissant,  mais  c'est  l'idée  qui 
vaut  et  c'est  le  principe  qui  importe.  Cette  découverte  fut  hrillamment 
précisée,  étendue  et  pratiquement  utilisée  lorsque  Behring  et  Kita- 
sato  (1890)  mirent  en  relief  la  vertu  antitoxique  du  sérum  antidiphté- 
rique  et  antitétanique,  lorsque  de  nombreuX  exemples,  énumérés  plus 
haut,  de  pouvoir  préventif  d'immunserums  furent  signalés,  et  lorsque, 
sous  l'impulsion  de  Roux,  le  traitement  sérothérapique  de  la  diphtérie 
s'imposa. 

Les  exemples  si  décisifs,  apportés  par  Behring  et  Kitasato,  où  le 
pouvoir  préventif  et  curati!  du  sérum  est  dù  essentiellement  à  une 
antitoxine,  disposèrent  les  esprits  à  attribuer  à  cette  catégorie  d'anti- 
corps  une  importance  tout  à  fait  prépondérante  et  méme  exclusive  : 
on  crut  que,  pour  se  montrer  préventif,  un  sérum  devait,  nécessaire- 
ment,  étre  antitoxique.  Mais  on  découvrit  bientót  des  immunsérums 
qui,  tout  en  protégeant  les  animaux  neufs  contre  l'inoculation  de  mi- 
crobes  vivants,  c'est-à-dire  contre  l'infection,  ne  neutralisent  pas  le 
poison  sécrété  par  ces  germes  :  les  expériences  de  Metchnikoff  (1892) 
relatives  au  microbe  considéré  alors  comme  l'agent  du  hog-choléra 
apportèrent  à  ce  propos  un  exemple  très  net  et  mirent  en  relief  le  fait 
que  la  propriété  preventive  de  l'immunsérum,  que  Selander  avait 
signalée,  est  de  nature  anti-infectieuse,  c'est-à-dire  plutót  antimicro- 
bienne  qu'antitoxique  (1).  Il  est  juste  de  le  remarquer,  la  conception 
qu'on  se  faisait  alors  des  toxines  était  toutefois  un  peu  étroite  :  pour 
qu'un  microbe  fùt  considéré  comme  toxigène,  on  exigeait  que  le  liquide 
nutritif  où  il  s'était  développé  se  montràt,  après  élimination  des  germes, 
capable  de  tuer  les  animaux  ou  tout  au  moins  de  provoquer  chez  eux 
de  très  graves  symptomes,  lesquels  fréquemment  trahissent  une 
atteinte  du  système  nerveux.  Mais  il  existe,  on  le  sait,  des  produits  bac- 
tériens  qui,  sans  pouvoir  développer  par  eux-mémes  et  en  l'absence  des 
microbes  des  troubles  généraux  inquiétants,  sont  par  contre  très 
redoutables  en  cas  d'infection,  parce  qu'ils  entravent  la  défense  pha- 
gocytaire  :  ce  sont  les  substances  du  groupe  des  agressines  (leucoci- 
dines,  anti-opsonines  ou  antiphagines).  Et  l'on  peut,  a  priori,  concevoir 
qu'un  sérum  agisse  sur  ces  produits  sans  étre  apte  à  neutraliser  toutes 
les  substances  toxiques  qu'un  liquide  de  culture  fìltré  est  susceptible 
de  contenir.  Certes,  il  est  de  nombreux  anticorps  qui  réagissent  avec 
la  trame  elle-méme  des  microbes,  mais  on  comprend  qu'il  ne  soit  pas 


(1)  Les  sérums  antipneumococcique  (Klemperer,  1891;  Issaeff  1893), 
antityphique  (Chantemesse  et  Widal,  1892;  Sanarelli,  1893),  aniicholé- 
rique  (Klemperer,  Lazarus,  1892;  Pfeiffer  et  Wassermann,  Metchni- 
koff,  1893),  actif  contre  le  Vibrio  Metchnikovi  (Behring  et  Nissen,  1891); 
Sanarelli,  1893)  donnentlieu,  dans  une  mesure  plus  ou  moins  grande,  à  la 
mème  observation. 


PRÉL IMINA IRES  255 

toujoiirs  aisé  de  préciser  la  part  revenant  à  chaque  type  d'anticorps 
dans  le  pouvoir  préventif,  lequel  représente  la  somme  de  toutes  Ics 
influences  utiles  que  le  sérum  est  capable  d'exercer.  Pour  certains 
sérums,  tels  que  le  sérum  anticharbonneux,  la  nature  du  principe 
conférant  à  titre  principal  le  pouvoir  préventif  n'est  pas  encore  définie 
avec  une  entière  certitude  ;  nous  consacrerons  d'ailleurs  quelques  lignes 
à  l'évaluation  des  aptitudes  protectrices  des  diverses  catégories  d'anti- 
corps. 

Malgré  l'ingéniosité  dépensée  par  divers  auteurs  en  vue  de  definir 
la  structure  des  anticorps,  ces  principes  nous  sont,  il  faut  le  dire, 
connus  surtout  par  leurs  efìets,  et  cette  remarque  est  de  nature  à 
réfréner  les  spéculations  trop  hardies  et  à  suggérer  une  prudence  que 
vient  recommander  d'autre  part  le  peu  que  nous  savons  encore  des 
antigènes  et  de  leur  constitution  véritable.  Les  réactions  qui  per- 
mettent  aux  anticorps  de  manifester  leurs  efTets  et,  par  conséquent, 
nous  décèlent  leur  présence,  sont  d'une  sensibilité  et  d'une  fìdélité 
relatives.  Les  sérums  d'animaux  immunisés  contre  certains  microbes 
se  montrent,  vis-à-vis  de  l'inoculation  de  ces  germes,  régulièrement 
préventifs  à  dose  très  faible  (ou,  pour  parler  plus  exactement,  certaines 
infections  se  laissent  prevenir  par  une  dose  très  faible  de  l'immun- 
sérum  approprié)  ;  dans  d'autres  cas,  au  contraire,  la  dose  indispensable 
de  sérum  est  très  élevée,  la  quantité  requise  n'étant  d'ailleurs  pas  for- 
cément  la  méme  suivant  l'espèce  animale  que  Fon  traite  (1).  Lorsque 
l'efTet  protecteur  observé  est  minime,  l'insuffisance  du  sérum  employé 
s'explique  peut-étre  par  la  pauvreté  de  ce  liquide  en  anticorps,  mais 
peut  aussi  bien  résulter  de  ce  que,  par  suite  de  la  résistance  speciale 
du  microbe  ou  de  la  réceptivité  extréme  de  l'organisme  traité,  les  anti- 
corps, bien  qu'en  abondance  normale,  sont  inefficaces  :  un  germe  trop 
virulent,un  animai  trop  susceptible,  est,  pour  les  propriétés  prévéntives, 
un  réactif  rebelle  ou  défaillant.  Les  animaux  fournisseurs  d'un  tei 
sérum  ne  doivent  donc  pas,  en  pareli  cas,  au  moins  jusqu'à  plus  ampie 
informe,  étre  accusés  de  n'avoir  pas  su  réaliser  l'effort  réactionnel  et 
sécrétoire  auquel  on  se  serait  attendu.  Certains  microbes  présentent 
une  aptitude  extréme  à  étre  agglutinés  par  le  sérum  approprié  et 
décèlent  en  conséquence  des  traces  de  l'anticorps  ;  d'autres,  opposant 
à  l'agglutination  une  résistance  beaucoup  plus  grande,  font  naìtre 
l'impression,  dont  il  faut  dans  une  réelle  mesure  se  garder,  que  le  sérum 
correspondant  ne  contient  pas  l'anticorps  nécessaire.  Lorsqu'il  s'agit 

(1)  Nous  avons  fall  remarquer,dans  l'Aporgu  general,  que,  vis-à-vis  de 
certains  virus,  certaines  espèces,  en  raison  de  la  faiblesse  de  leurs  moyens 
de  défense  naturels,  ne  peuvent  tirer  de  l'intervention  sérothérapique 
tout  le  parti  attendu.  Le  cobaye,  très  sensible  au  charbon,  benefìcio  peu 
de  l'administration  du  sérum  anticharbonneux.  Une  remarque  semblable 
s'applìque  au  lapin  à  propos  du  microbe  du  hog-choléra.  Le  traitcment 
sérothérapique  de  la  tuberculose  échoue. 


256  IM MUNITE    H UMORALE 

d'éléments  impropres  à  subir  une  régression  lytique  aisément  percep- 
tible,  la  présence  de  sensibilisatrice  ne  peut  guère  se  déceler  que  gràce 
à  la  technique  dite  de  la  fixation  d'alexine.  Seulement  cette  méthode, 
par  sa  nature  méme,  ne  met  en  évidence  que  les  sensibilisatrices  rela- 
tivement  très  énergiques  :  un  résultat  negati!  de  la  recherche  n'autorise 
dono  pas  à  affirmer  avec  une  certitude  absolue  que  le  sérum  éprouvé 
est  entièrement  dépourvu  de  sensibilisatrice. 

Mais  c'est  au  moment  où  nous  tentons  de  classer  les  anticorps  et  de 
les  distinguer  les  uns  des  autres  qu'il  importe  particulièrement  d'appré- 
cier  comment  ont  été  recueillis  et  se  sont  multipliés  les  renseignements 
que  nous  possédons  concernant  ces  substances.  En  réalité,  nous  consta- 
tons  des  efiets  antitoxiques,  agglutinants,  précipitants,  etc,  mais, 
sacrifiant  à  ■  la  commodité  du  langage,  nous  parlons  d'antitoxines, 
d'agglutinines,  de  précipitines,  etc.  Nous  nous  habituons  ainsi,  assez 
imprudemment,  à  accepter  sans  autre  enquéte  l'idée  que  ces  principes 
se  répartissent  en  catégories  très  tranchées,  c'est-à-dire  offrent  selon 
tonte  probabilità  dans  leur  composition  ou  leur  structure  des  dissem- 
blances  profondes  en  rapport  avec  la  variété  des  phénomènes  qu'ils 
déclanchent.  Mais  le  fait  que  les  antitoxines,  agglutinines,  etc,  ne  pro_ 
duisent  pas  des  effets  identiques,  est-il  dù  nécessairement  à  ce  que 
ces  matières  ne  sont  pas  constituées  de  méme?  Ne  tient-il  pas  plutòt  à 
ce  que  les  antigènes  qu'elles  impressionnent  respectivement  témoignent 
d'aptitudes  différentes?  C'est  par  l'intermédiaire  des  antigènes,  à  la 
faveur  de  certaines  altérations  dont  ils  sont  susceptibles,  et  qui  fort 
heureusement  sont  aisément  constatables,  que  nous  avons  connu  les 
anticorps  et  perQU  leur  influence.  Pour  qu'un  élément  s'agglutine,  il 
faut  certes  qu'il  soit  touché  par  le  principe  approprié,  mais  il  faut  sur- 
tout  que  sa  nature  lui  permette  de  subir  ce  genre  de  modification.  Si 
par  hasard  elle  le  lui  interdit,  et  si  par  hasard  aussi  cet  élément  est 
toxique,  l'anticorps  qui  réagit  avec  lui  s'appellerà  non  une  agglutinine, 
mais  une  antitoxine  :  rien  n'autorise  cependant  à  penser  que  la  consti- 
tution  propre  à  l'anticorps  en  jeu,  et  qui  le  distingue  d 'autres  anticorps 
impressionnant  des  éléments  difTérents,  soit  forcément  et  précisément 
en  rapport  avec  les  caractères  d'agglutinabilité  ou  de  toxicité  de  l'anti- 
gene considéré.  Il  est  clair  que  si  tous  les  animaux  faisaient  preuve  à 
l'égard  du  poison  tétanique  de  la  résistance  extréme  que  manifeste 
la  poule  (laquelle,  à  moins  d'injection  intracérébrale,  tolère  fort  bien 
cette  toxine),  jamais  on  n'aurait  songé  à  décorer  du  nom  d'antitoxine 
l'anticorps  qui  agit  sur  ce  produit  microbien  ;  il  est  méme  fort  probable 
d'ailleurs  que  cet  anticorps  nous  serait  toujours  reste  totalement 
inconnu.  Seraìt-il  légitime  que  nos  hypothèses  relatives  à  la  structure 
de  ce  principe  se  ressentissent  de  cette  circonstance  (assurément 
étrangère  à  ce  problème  d'ordre  chimique)  que  de  nombreux  animaux 
diffèrent  de  la  poule  quant  à  'a  sensibilité  vis-à-vis  des  sécrétions  téta- 
niques?  Il  est  à  presumer  que  certains  antigènes  (certains  albuminoides 


PRÉLIMINAIRES  257 

végétaux  par  exemple)  sont  à  la  fois  toxlques  et  sujceptibleà  de  s'agglo- 
mérer  en  flocons,  tout  en  devenant  inoffensifs,  sous  l'influcnce  de  l'anti- 
corps  ;  celui-ci,  en  pareil  cas,  est-il  une  precipitine,  ou  une  anf'toxine? 
Lorsqu'on  considère  divers  animaux  de  trait,  et  qu'on  vcut  les  classer 
rationnellement,  on  s'inspire  des  caractères  qui  vraim\!nt  sont  les  leurs, 
et  non  des  particularités  distinguant  les  divers  véhicules  auxquels  ils 
sont  attelés.  Semblablemsnt,  on  ne  saurait  scientiriquem3nt  grouper 
les  anticorps  en  invoquant,  plutót  que  des  qualités  leur  appartenant 
réellement,  des  aptitudes  ou  des  tendances  propres  aux  antigene? 
auxquels  ils  s'accolent  et  qui,  se  révélant  largement  dans  les  raanifes- 
tations  observées,  donnent  à  celles-ci  l'allure  speciale  qui  nous  frappe. 
Si  élémentaires  qu'elles  soient,  Bordet  a  cru  devoir,  à  plusieurs  reprises» 
insister  sur  ces  considera tions,  car  divers  auteurs,  loin  de  regarder  les 
termos  d'antitoxine,  sensibilisatrice,  etc,  commo  des  étiquettes  sim- 
plcm^nt  comraodes,  estim^nt  qu'ils  correspondent  à  une  répartition 
des  principes  actifs  en  catégories  naturelles  et  très  tranchées,  carac- 
térisées  chacune  par  la  conformation  moléculaire  speciale  des  anticorps 
qu'elle  comprend  ;  nous  reviendrons  d'ailleurs  sur  ce  point  à  propos 
de  la  nature  de  ces  principes  actifs. 

De  ce  que  l'on  n'est  pas  contraint  d'attribuer  à  deux  anticorps 
assortis  à  des  antigènes  distincts,  à  une  agglutinine  et  une  antitoxine 
par  exemple,  pour  cette  unique  raison  que  l'un  condense  des  particules 
en  grumeaux,  tandis  que  l'autre  abolit  un  pouvoir  nocif,  une  architec- 
ture  moléculaire  foncièrement  differente,  faut-il  néanmoins  inférer  que 
tous  les  anticorps  quels  qu'ils  soient,  et  quel  que  soit  aussi  l'antigene 
irapressionné,  sont  bàtis  tous  exactem'^nt  sur  le  méme  pian,  doués  tou- 
jours  de  propriétés  physico-chimiques  identiques?  Il  va  sans  dire  que 
non.  Les  anticorps  sont  spécifìques,  chacan  s'unit  à  l'antigene  qu'i 
impressionne,  et  respecte  les  autres.  Ghacun,  par  conséquent,  doit 
posseder  des  qualités  physico-chimiques  particulières,  le  désignant 
comme  le  réactif  par  excellence  de  l'antigene  qu'il  sélectionne,  et  ces 
qualités,  afln  précisément  que  l'emboìtement  soit  possible,  doivent 
offrir  avec  les  qualités  de  l'antigene  correspondant  des  rapports  de 
convenance  et  d'appropriation  très  défìnis.  Ce  qui  donc  confère  à  chaque 
anticorps  son  individuante  et  le  distingue  de  ses  congénères,  c'est  la 
capacité  de  se  souder  à  tei  élément  pour  former  un  complexe,  et  de 
rester  indifférent  à  tei  autre,  c'estjl'affìnité  spécifìque,  ce  sont  les  parti- 
cularités physico-chimiques  dont  cette  affinité  est  l'expression  ;  ce  ne 
sont  point  les  caractères  que  le  complexe  issu  de  la  réaction  peut  ulté- 
rieurement  et  secondairement  manifester.  Car  si  dans  une  certaine 
mesure  ces  caractères  peuvent  se  ressentir  des  propriétés  inhérentes  k 
l'anticorps  constituant  et  en  garder  la  trace,  ils  dópendent  d 'autre  part 
très  largement,  nous  venons  de  le  rappeler,  de  la  nature  speciale  de 
l'antigene  enjeu  et  de  ses  aptitudes  propres.  Lorsque,  par  exemple,  on 
observe  un  phénomène  d'agglutination  dans  un  m3lange  de  microbes 
L'Immunilé.  17 


258  IM MUNITE   H UMORALE 

et  du  scrum  spécifique,  peut-on  croire  que  la  tendance  à  l'agglutination 
était  dès  l'origine  inserite  en  quelque  sorte^au  sein  de  la  molécule  de 
j'antieorps,  sous  forme  de  quelque  groupement  atomique  determinante 
et  que  cette  molécule  est  réellement  dotée  de  vertu  agglutinati  ve? 
Évidemment  non,  Est-il£méme  tout  à  fait  juste  de  dire  que  c'est  le 
microbe  qui  s'agglutine?  Pas  davantage.  Ce  qui  se  réunit  en  amas, 
c*est  un  produit  nouveau,  doué  de  propri étés  qui  sont  bien  à  lui,  c'est 
le  complexe  microbe-anticorps.  Certains  auteurs  ont  mème  émis  cette 
hypothèse,  laquelle  a  priori  n'a  rien  d'invraisemblable,  que  Tanticorps 
altère  une  matière  dont  le  microbe  est  imprégné  et  qui  normalement 
l'empéchait  de  s'agglutiner  spontanément,  A  vrai  dire,  ce  n'est  là 
qu'une  possibilité,  mais  n'est-elle  pas  de  nature  à  faire  concevoir  clai- 
rement  qu'ilne  faut  pas  prendre  trop  à  la  lettre  cette  dénomination 
d'agglutinine,  laquelle  semble  impliquer  que,  foncièrement  et  de  par 
sa  constitution,  l'anticorps  dont  il  s'agit  est  nécessairement  agglo- 
mérant? 

Considérons  théoriquement  un  antigène  ;  supposons-le  vénéneux  et 
capable  aussi  de  se  troubler  et  d'absorber  l'alexine  sous  l'influence  de 
l'immunsérum  appropriò.  Qu'allons-nous  conjecturer?  Le  sérum  ren- 
ferme-t-il  trois  anticorps  distincts,  tous  actifs  sur  ce  mème  antigène, 
mais  dont  l'un  (antitoxine)  lui  enlève  sa  toxicité,  l'autre  (precipitine) 
le  condense  en  flocons,  le  troisième  (sensibilisatrice)  lui  communique 
l'affinité  pour  l'alexine?  Ou  bien  croirons-nous  qu'en  s'immunisant 
l'animai  a  fabriqué  un  anticorps,  lequel,  s'unissant  à  l'antigene  et  le 
modifiant,  lui  confère  corrélativement  les  diverses  propriétés  obser- 
vées?  N'est-ce  pas  la  seconde  opinion  qui,  de  beaucoup,  est  la  plus 
rationnelle?  Non  pas  qu'il  faille  pousser  les  choses  à  Textréme  et  affir- 
mer  -sans  réserves  que  pour  un  antigène  donne  il  ne  saurait  exister 
qu'un  anticorps  combinable.  Rien  a  priori  ne  s'oppose  à  ce  que  cet 
antigene  puisse  mànifester  de  l'affinité  pour  des  substances  distinctes  (1). 
Nous  l'avons  dit,  il  ne  faut  pas  s'imaginer  non  plus  qu'un  'antigène 
quelconque,  touché  par  l'anticorps,  va  forcément  donner  lieu  de  ce 
chef,  quelle  que  soit  sa  nature,  à  toutes  les  manifestations  possibles, 
agglutination,  fixation  d'alexine,  etc.  Tout  dépend  de  l'élément  con- 
sidéré,  de  ses  tendances  et  des  dispositions  qu'il  apporte  au  complexe 
qu'avec  l'anticorps  il  constitue  ;  en  principe,  rien  ne  s'oppose  mème  à 
ce  que  certains  antigènes  puissent  s'unir  à  leur  anticorps  sans  que  le 
complexe  forme  soit  susceptible  de  présenter  des  manifestations  per- 

(1)  Par  exemple,  il  se  peut  que  deux  anticorps  similaires,  présente 
l'un  dans  le  sérum  normal,  l'autre  dans  l'immunsérum,  ne  soient  pas 
entièrement  identiques,  bien  qu'agissant  sur  le  mème  antigène.  D'autre 
part,  on  a  des  raisons  de  penser  que  les  anticorps  de  mème  nom,  impres- 
sionnant  de  la  mème  fagon  le  mème  élément,  mais  obtenus  par  l'immu- 
nisation  d'espèces  animales  différentes,  présentent  cntre  eux  certaincs 
difTérences. 


PRÉLIMINAIRES  250 

ceptibles  ù  nos  seus  et  décelables  par  nos  méthodes  ;  sans  doute  Ics 
sérums  renfennent-ils  à  notre  insù  des  anticorps  que  seuls  pourront 
raettre  eii  évidence  les  progrès  de  la  technique.  Mais  ce  qu'on  est  en 
droit  d'énoncer,  et  ceci  est  le  point  essentiel,  c'est  qu'aucun  argument 
valable  ne  démontre  qu'au  cours  de  l'immunisation  il  se  forme  néces- 
sairement  autant  d'anticorps  spéciaux  que  l'antigene  peut  ofTrir  de 
modiflcations,  ni  que  chaque  anticorps  produit  un  eflet  déterminé 
sans  étre  jamais  capable  d'engendrer  d'autres  effets. 

Sans  doute  parviendra-t-on  quelque  jour  à  definir,  pour  chacun  des 
anticorps,  les  caractères  physico-chimiques  qui  commandent  sa  spé- 
qifìcité.  Sans  doute  pourra-t-on  méme,  en  comparant  les  principes 
actifs  au  point  de  vue  de  ces  qualités  décisives,  saisir  les  analogies  ou 
les  dissemblanccs  qui  les  rapprochent  ou  les  éloignent,  et  esquisser 
ainsi  une  classi fication  rationnelle  invoquant  des  rapports  de  véritable 
parente.  Mais  ce  qu'on  peut  prévoir,  c'est  qu'une  telle  classification 
ne  coinciderà  pas  avec  celle  que  consacrerait  inévitablement,  si  l'on 
n'avait  soin  de  faire  ressortir  son  caractère  purement  conventionnel, 
l'arbitraire  nomenclature  actuelle. 

Un  facteur  important  à  considérer  dans  l'analyse  des  propriétés  -des 
sérums,  c'est  la  complexité  des  éléments  contre  lesquels  on  immunise 
les  animaux.  Un  microbo,  parexemple,  est  un  ensemble  de  matières 
nombreuses  et  diverses  parmi  lesquelles  plusieurs  à  coup  sur  sont  sus- 
ceptibles  de  fonctionner  comme  antigènes  :  la  vaccination  déterminé 
donc  l'apparition  de  plusieurs  anticorps.  Il  est  naturel  quo  ces  divers 
antigènes  non  seulement  n'exercent  pas  sur  l'organisme  injecté  la 
méme  influence  (ainsi  certains  d'entre  eux  sont  toxiques,  tandis  que 
d'autres  ne  le  sont  pas),  mais  encore  ne  forment  pas  avec  leurs  anticorps 
respectifs  des  complexes  doués  des  mémes  dispositions,  les  uns  repré- 
sentant  mieux  que  les  autres  un  matèrici  propice  par  exemple  au 
phénomène  d'agglutination  ou  de  precipita tion.  Il  est  à  presumer, 
en  outre,  que  tous  ces  antigènes  ne  jouent  pas  dans  le  fonctionnement 
de  Tètre  microscopique  auquel  ils  appartiennent  un  róle  également 
important,  de  sorte  que  les  altérations  que  Ics  uns  et  les  autres  subissent 
sous  l'action  de  l' anticorps  correspondant  n'entralnent  pas  pour  ce 
fonctionnement  des  conséquences  également  compromettantes.  Ces 
remarques  sur  la  multiplicité  des  antigènes  permettent  notamment  de 
comprendre  sans  peine  que  la  puissance  agglutinante  d'un  sérum  puisse 
n'étre  pas  parallèle  au  pouvoir  qu'il  manifeste  de  provoquer  la  fixation 
de  l'alexine  (1).  On  concoit  encore  que  l'absorption  de  Talexine  par  un 
matèrici  complexe  tei  qu'une  culture  microbienne  ou  du  sang  défì- 
briné  puisse  entraìner  des  conséquences  très  dilTérentes  selon  la  nature 

(1)  Dans  le  sérum  des  convalescents  de  flèvre  typholde,  par  exemple, 
Bordet  et  Gengoit  (1901)  ont  constate  que  le  pouvoir  agglutinant  et  le 
pouvoir  sensibilisateur  ne  marchent  pas  de  pair. 


260  IMMUNITÉ   HUMORALE 

de  l'antigene  sur  lequel  cette  fìxation  s'eflectue.  Pouvoir  agglutinant , 
pouvoir  antitoxique,  pouvoir  bactéricide  cu  hémolytique,  etc,  ces 
qualités  peuvent,  dans  des  sérums  pourtant  identiques  par  la  fagon 
dont  ils  ont  été  obtenus,  étre  inégalement  développées  :  ainsi,  on  a 
fréquemment  signalé  notamment  que  les  agglutinines  semblent  bien 
étre  indépendantes  des  sensibilisatrices.  Il  convient  cependant  (nous 
aurons  l'occaslon  de  nous  en  rendre  compte)  de  ne  pas  pousser  à 
l'extréme,  comme  certains  auteurs  ont  eu  tendance  à  le  faire,  cette 
notion,  juste  en  soi,  de  la  multiplicité  des  antigènes  dans  des  éléments 
complexes  tels  que  les  microbes  ou  les  cellules. 

Il  y  a  lieu  également  de  presumer,  a  priori,  que  deux  espèces  ou 
variétés  mìcrobiennes  peuvent  se  ressembler  en  ce  qu'elles  possèdent 
en  commun  certaines  matières  capables  de  se  comporter  comme  anti- 
gènes, et  par  contre  se  distinguer  nettemep.t  en  ce  que  d'autres  anti- 
gènes existent  seulement  chez  l'une  d'entre  elles.  Dans  de 
telles  conditions,  l'immunsérum  obtenu  par  vaccination  contre  l'un 
des  microbes  confondra  les  deux  races  si  l'on  prend  comme  critèrium 
l'une  des  propriétés,  par  exemple  le  pouvoir  de  provoquer  la  fìxation 
de  l'alexine,  tandis  qu'il  les  différenciera  si  l'on  choisit  comme  réactif 
une  autre  qualité,  telle  que  le  pouvoir  agglutinant.  Des  cas  de  ce  genre 
se  présentent  dans  l'étude  de  la  spécifìcité. 

Nous  nous  sommes  borné  à  énoncer  très  brièvement  plus  haut  ce 
fait  fondamental  que  les  anticorps  s'unissent  à  l'antigene  correspon- 
dant  :  nous  le  retrouverons  à  propos  de  chacune  des  propriétés  sériques 
que  nous  étudierons.  Signalons  cependant  dès  à  présent,  d'une  fagon 
tonte  generale,  que  les  affmités  présidant  à  cette  union  peuvent,  suivant 
les  cas,  étre  d'energie  très  inégale  ;  par  exemple,  celles  des  anticorps 
qu'on  trouve  dans  les  sérums  normaux  sont,  d'habitude,  moins  pro- 
noncées  que  celles  des  anticorps  d'immunsérums  (Kraus,  Landsteiner 
et  Reich).  Aussi,  la  combinaison  peut-elle,  selon  les  principes  en  jeu, 
s'effectuer  avec  une  rapidité  très  variable,  et,  d'autre  part,  étant  plus 
ou  moins  solide,  resister  plus  ou  moins  obstinément  aux  influences 
décomposantes.  Nous  le  verrons,  on  est  fréquemment  parvenu  à  disso- 
cier  les  complexes,  en  mettant  en  oeuvre  soit  divers  réactifs  tels  que  les 
acides,  soit  l'action  ménagée  du  chaufTage,  soit  ancore  en  faisant  inter- 
venir après  coup  une  dose  nouvelle  de  l'antigene,  qui,  cherchant  à 
satisfaire  ses  affinités,  tend  à  s'approprier  une  fraction  de  l'anticorps 
déjà  engagé  dans  le  complexe  antérieurement  forme.  Parfois  mème, 
le  complexe  manifeste  par  lui-méme  et  spontanément  une  certaine 
tendance  à  la  décomposition  :  il  est,  dans  une  certaine  mesure,  réver- 
sible. 

D'autre  part,  les  complexes  issus  de  la  juxtaposition  de  l'anticorps 
et  de  l'antigene  sont  quelquefois  doués  d'une  tendance  assez  accusée  à 
s'accoler  secondairement  à  d'autres  matières  présentes  aussi  dans  le 
sérum  mais  qui  toutefois  ne  sont  pas  des  anticorps.  Ainsi,  le  produit 


PRÉHMINAIRES  261 

de  l'union  de  certains  antigènes  à  l'anticorps  correspondant  manifeste 
(et  l'anticorps  en  cause  prend  alors,  nous  le  savons,  le  nom  de  sensi- 
bilisatrice)  une  remarquable  avidité  pour  l'alexine.  Mais  le  processus 
peut  se  compliquer  encore  :  parfois,  des  élcments  déjà  chargés  de  sen- 
sibilisatrice  et  d'alexine  entralnent  ensuite  d'autres  matières  du  sérum  ; 
Ics  complexes  formés  de  precipitine  et  de  l'antigene  précipitable 
peuvent  témoigner  aussi  de  tendances  analogues.  Remarquons-le  à  ce 
propos,  lorsqu'un  phénomène  de  fìxation  se  rcalise,  il  n'est  pas  tou- 
jours  aisé  de  décider  si  les  matériaux  absorbés  consistent  en  une  seule 
ou  en  plusieurs  substances  (1).  Diverses  réactions  auxquelles  nous 
consacrerons  quelques  lignes,  et  qui  paraissent  un  peu  embrouillées, 
peuvent  prendre  cours  par  condensation  successive  de  nouveaux 
éléments  sur  un  support  déjà  complexe  et  qui  fait  ainsi  boule  de  neige. 

Nous  avons  implicitement  accepté  jusqu'ici,  comme  suffisamment 
démontrée,  l'idée  que  l'antigene,  c'est-à-dire  la  substance  dont  l'injec- 
tion  détermine  chez  l'animai  la  production  de  l'anticorps,  est  bien 
identique  à  celle  qui  jouit  de  la  propriété  de  s'unir  à  ce  principe  actif, 
et  qui  peut,  comme  Ehrlich  l'a  propose,  étre  désignée  sous  le  nom  de 
récepteur.  Bien  qu'à  vrai  dire  cette  notion  que  l'antigene  et  le  récepteur 
se  confondent  ait  été  révoquée  en  doute  par  certains  auteurs,  nous 
continuerons  dans  l'exposé  qui  va  suivre  à  la  considérer  comme  acquise, 
car  elle  se  fonde  sur  de  très  fortes  présomptions  et  ne  se  heurte  à  aucune 
objection  vraiment  convaincante. 

Nous  avons  maintenant,  pour  commencer,  à  passer  successivement 
en  revue  les  modalités  principales  de  l'activité  des  sérums  ;  il  convient, 
nous  l'avons  dit,  d'envisager  d'abord  les  immunsérums,  et  d'exposer 
ensuite  quelques  données  relatives  aux  sérums  normaux.  Insistons 
encore  sur  ce  point,  ce  que  nous  allons  considérer,  ce  ne  sont  pas  des 
substances  bien  défmies  dont  il  s'agit  d'énumérer  les  propriétés,  ce 
sont  des  manifestations  que  notre  esprit  habitué  à  remonter  aux 
causes  attribue  dès  qu'il  les  pergoit  à  des  matières  actives,  prompte- 
ment  affublées  d'un  nom,  mais  sur  la  nature  desquelles  règne  encore 
la  plus  fàcheuse  obscurité.  Dans  cette  partie  de  l'exposé,  et  autant  qua 
faire  se  pourra,  nous  nous  préoccuperons,  en  énumérant  les  faits,  de^ 
signaler  comment  ils  ont  été  recueillis  et  par  quelle  filiation  naturelle 
et  quel  enchaìnement  les  découvertes  se  rattachent.  Nous  examinerons 
ensuite,  dans  leurs  propriétés  générales  et  leur  mode  de  réaction,  les 
antigènes  et  anticorps. 

(1)  Ceci  est  de  nature  à  compliquer  par  exemple  le  problème  de  la 
nature  et  de  la  composilion  de  l'alexine. 


e H  API  TRE  II 

LES   PRINCIPALES   FONCTIONS 
DES  IMMUNSÉRUMS 

POUVOJR  ANTITOXIQUE 

Exemples  d'antitoxines.  —  Les  recherches  de  Richet  et  Héricourt 
concernant  le  staphylocoque  avaient,  en  1888,  établi  ce  principe  que 
1©  sérum  des  animaiix  immunisés  peut  étre  doué  du  pouvoir  préventif . 
De  l'eur  còt/é,  Babès  et  Lepp  (1889)  reconnurent  au  sérum  des  animaux 
immunisés  contre  la  rage  certaines  propriétés  antivinilentes.  Au  cours 
de  recherches  sur  lesquelles  nous  reviendrons  à  propos  des  aggJutinines, 
Charrinet  Roger,  cn  1889,  constatèrent  les  premiers  qu'un  immunsérura 
peut  faire  subir  in  vitro,  au  microbe  contre  lequei  la  vaccmation  s'est 
faite,  certaines  modifìcations  que  le  sérum  normal  est  incapable  de 
produire.  Les  mémorables  travaux  de  Behring  et  Kitasato,  qui  abou- 
tirent  en  1890  à  la  décou verte  de  la  fonction  antitoxique,  commiaiii- 
quèrent  à  l'étude  des  sérums  la  plus  vigoureuse  iampulsion. 

Le  travail  classique  de  Roux  et  Yersin  (1888)  avait  fait  oonnaltre 
la  toxine  diphtériqae  «t  ses  propriétés  ;  la  toxine  tétanique  avait  été 
oMenue  ensudte  par  Knoad  Faber,  Brieger  et  Fraemkel  (1890).  Mais  les 
petits  animaux  de  laborafcoire  supporteat  si  mal  Ja  toxine  diphtérique 
qu'il  estjmpossable  de  les  immuniser  en  employant  oe  poasom  à  l'état 
actif.  L'admini&tration  de  doses  mème  très  faibks  deteriore  l'orga- 
nisme  au  point  de  le  rcndre  hypersensible  au  lieu  d'aacroltre  sa  tósìb- 
tance  ;  cette  remarque  s'aipplique  mieux  encore  à  la  toxànie  tétanique . 
G.  FrtfeTakel  montra  qu'on  peut  accouturaer  ces  aniraaux  au  poisoai 
diphtérique  en  injectant  de  la  toxine  affaiblie  par  le  cbauffageàGOoDu 
70o,  et  qui,  bien  que  devenue  presque  ino fTensive,  possedè  encore  le 
pouvoir  vaccinant.  De  mème,  Behring  et  Kitasato  réussirent  à  immu- 
niser^contre  les  poisons  tétanique  ou  diphtérique  en  employant  des 
toxines  additionnées  au  préalable  de  trichlorure  d'iode,  qui  les  rend 
beaucoup  moins  dangereuses. 

Behring  et  Kitasato  constatèrent  que  le  sérum  des  animaux  ainsi 
immunisés  jouit  d'un  pouvoir  antitoxique  très  prononcé,  c'est-à-dire 
^ue,  mélange  au  poison  correspondant,  il  le  rend  inofTensif  pour  des 


POUVOIR    ANTJTOXIQUE  2S3 

aiiimaux  neufs  ;  bien  entendu,  cette  propriété  est  sp<;cirique,  le  sérum 
aiititétanique,  par  exemple,  n'exergant  aiicune  influence  sur  la  toxine 
(lij)htérique. 

Bientót  après  (1891),  Ehrlich  obLint  des  antitoxines  capables  de  neu- 
I  raliser  des  poisons  végétaux,  l'abrine,  la  ricjne  et  la  robine,  et  montra 
ainsi,  pour  la  première  fois,  que  l'immunisation  peut  développer  des 
anticorps  impressionnant  des  substances  vénéneuses  ne  provenant 
pas  des  microbes.  Rappelons-le  en  passant,  ces  antitoxines  Inter- 
vinrent  dans  les  recherches  d'Ehrlich  qui  mirent  on  évidence  le  passage 
des  anticorps  à  travers  le  placenta  ou  dans  le  lait  et  établirent  ainsi, 
cornme  nous  l'avons  vu  plus  haut,  d'importantes  notions  relatives  k 
la  transmission  de  l'immunité  maternelle  à  la  progéniture. 

En  ISy  1,  Calmette,  Phisalix  et  Bertrand  immunisèrent  des  animaux 
€ontre  le  venin  des  serpents  et  démontrèrent  que  le  sérum  obtenu 
<''tait  antitoxique. 

Depuis  lors,  de  nombreuses  antitoxines  ont  été  obtenues,  actives 
soit  à  l'égard  de  produifcs  microbiens,  soit  vis-à-vis  de  poisons  végétaux 
cu  animaux.  Gultivés  sur  des  milieux  appropriés,  le  vibrion  cholérique 
et  d'autres  vibrions  analogues  fournissent  des  poisons  rapidement 
mortels  qui,  injectés  aux  animaux  en  doses  convenables,  provoquent 
l'apparition  d'antitoxines  (Ransom,  MetchnikoIT,  Roux  et  Salimbeni, 
Kraus).  Il  en  est  de  méme  du  bacille  pyocyanique  (Wassermann). 
Le  sérum  antidysentérique  doit  une  bonne  part  de  sa  valeur  à  une 
antitoxine  (Shiga,  Kruse,  Rosenthal,  Todd,  Kraus  et  Dcerr,  Vaillard 
et  Dopter).  Grassberger  et  Schattenfroh  étudièrent  attentivement  le 
poison  du  microbe  du  charbon  symptomatique  et  l'antitoxine  corres- 
pondante.  Kempner  obtint  l'antitoxine  de  ce  poison  si  intéressant  que 
fabrique  le  microbe  du  botulismo  découvert  par  Van  Erraengem. 
Divers  poisons  détruisant  les  leucocytes,  ou  les  globules  rouges,  peuvent 
étre  neutraliséspar  des  antitoxines.  G'est  ce  que  Denys  et  Van  de  Velde 
constatèrent  dès  1895  à  propos  de  la  leucocidine  si  abondante  dans 
les  exsudats  où  le  staphylocoque  vègete  :  des  animaux  vaccinés  contre 
de  tels  exsudats  débarrassés  au  préalable  des  microbes  fournissent 
un  sérum  qui,  ajouté  à  l'exsudat  toxique,  l'empéche  de  détruire  les 
leucocytes  introduits  dans  le  mélange.  Le  bacille  fcétanique  produit 
une  substance  (tétanolysine)  qui  dissout  les  globules  rouges,  mais  que 
le  contact  avec  le  sérum  antitétanique  rend  inactive  (Ehrlich,  Mad- 
sen,  1899).  On  peut  obtenirde  méme  une  antistaphylolysine  (Neigser  et 
Wechsberg,  1901)  et  des  antitoxines  analogues  actives  vis-à-vis  d'autres 
hémolysines  bactériennes.  Divers  auteurs,  Bail,  Weil,  Gtron,  etc,  ont 
étudié  des  anti-agressines  supprimant  le  pouvoir,  dont  certains  produits 
microbiens^sont  doués,  de^favoriscr^l'infection  ea'contrariant  la  pha- 
gocytose";  au  surplus,  les  matières  noeives  pour  les  cellules  sanguines, 
notamment  les  leucoeidines,  fonctionnent,  nous  le  savons,  comrae 
a  gressines  très  actives. 


264     PRINCIPALES   FONCTIONS   DES    IMMUNSÉRUMS 

Plusieurs  auteurs,  et  tout  particulièrement  Besredka,  se  sont  préoc- 
cupés  d'obtenir  des  anticorps  capables  de  neutraliser  ces  poisons  qui, 
au  lieu  de  se  diffuser  librement,  restent  assez  obstinement  attachés  à 
la  trame  microbienne,  et  qui  sont  les  endotoxines.  A  vrai  dire,  nous 
l'avons  vu,  la  démarcation  entre  toxijies  proprement  dites  ou  diffu- 
sibles  et  endotoxines  n'est  pas  toujours  très  tranchée.  C'est  ce  qu'on 
remarque  par  exemple  à  propos  du  vibrion  cholérique  :  comme  l'ont 
observé  Ranscm,  Metchnikofl,  Roux  et  Salimbeni,  le  liquide  de  culture 
simplement  fìltré  peut  se  montrer  très  toxique,mais  il  est  certainqu'une 
grande  partie  de  ce  mème  poison  (Brau  et  Denier)  se  maintient  dans 
les  corps  microbiens.  Le  bacille  typhique  se  comporte  assez  sembla- 
blement.  Chantemesse,  Rodet  et  LagrifToul,  Aronson  ont  obtenu  une 
antitoxine,  Macfadyean  et  Rowland,  Besredka,  Kraus  et  Stenitzer, 
injectant  l'endotoxine  extraite  gràce  à  des  procédés  particuliers,  ont 
preparò  des  anti-endotoxines.  Signalons  encore  les  anti-endotoxines 
pesteuse  et  dysentérique  de  Besredka.  Chose  remarquable,  tandis  que 
l'injection  sous-cutanée  convient  particulièrement  à  l'obtention  des 
antitoxines  neutralisant  les  toxines  difTusibles  (tétanique,  diphté- 
rique,  etc),  le  meilleur  procède  pour  faire  apparaìtre  les  anti-endo- 
toxines est  l'injection  intraveineuse;  Besredka  a  beaucoup  insistè  sur 
ce  point.  Introduites  dans  les  veines,  les  cultures  vivantes  de  vibrion 
cholérique  provoquent  la  formation  d'anti-endotoxines(Brau  etDenier) 
beaucoup  plus  activement  que  ne  le  fait  l'injection  sous-cutanée  de 
ces  microbes.  Bien  que  certaines  d'entre  elles  soient  douées  d'une  acti- 
vitè  assez  remarquable,  la  puissance  des  anti-endotoxines  n'est  pas 
comparable  à  celle  des  sérums  qui  neutralisent  les  toxines  véritables 
telles  que  les  poisons  diphtérique  ou  tétanique. 

Il  est  certaines  toxines  dont  on  n'a  pu  obtenir  l'antitoxinc,  telle  est 
la  tuberculine.  Les  animaux],  tuberculeux,  le  cobaye  par  exemple 
peuvent  s'accoutumer  à  celle-ci  dans  une  certaine  mesure,  mais,  memo 
après  de  nombreuses  injections,  leur  sérum,  bien  que  précipitant  la 
tuberculine,  ne  lui  enlève  pas  le  pouvoir  dont  elle  est  douèe  de  provc- 
quer  une  rèaction  chez  les  animaux  tuberculeux  (Vallèe,  Calmette  et 
Massol).  On  n'a  pu  obtenir  d'anticorps  capable  de  rendre  inoffensive 
l'endotoxine  coquelucheuse. 

Pai  mi  les  travaux  relatifs  aux  antitoxines  de  poisons  vègètaux, 
citons  encore  ceux  de  Ford,  Abel,  Rockwood  :  ces  savants  ont  obtenu 
un  immunsèrum  neutralisant  le  principe  très  hèmolytique  que  Kobert 
avait  retiré  du  cbfmpignon  vènèneux  Amaniia  phalloìdes.  Dunbar, 
Weichardt  ont  prèconisé  pour  le  traitement  de  l'asthme  des  foins 
l'emploi  de  sérums  agissant  sur  des  principes  irritants  contenus  dans 
le  pollen  des  graminées. 

Outre  le  sérvm  actif  sur  le  venin  des  serpents,  on  connaìt  diverses 
antitoxines  prèparées  par  im.munisation  contre  des  poisons  animaux. 
Telle  est  l'antitoxinc  du  poison  contenu  dans  la  peau  des  crapauds 


POUVOIR    ANTITOXIQUE  265 

(Proscher),  ou  bien  encore  l'anti-arachnolysine  (Sachs).  Calmette  a 
montré  qu'on  peut  immuniser  Ics  aiiimaux  contre  le  venin  des  abcilles. 
Un  immunsérum  intéressant  obtenu  par  Camus  et  Gley,  Kossel  (1898), 
et  beaucoup  étudié  aussi  par  Tchistovitch  (1899),  est  celui  qui  neutra- 
lise  la  toxicité  et  le  pouvoir  hémolytique  intenses  dont  le  sérum  d'an- 
guille est  doué.  Il  y  a  lieu  de  considérer  aussi  comme  des  antitoxines 
les  anti-alexines  et  Ics  anti-anticorps  (anti  agglutinines,  antisensibilisa- 
trices)  sur  lesquels  Bordet  (1899,  1900)  a  attirò  l'attention,  mais  nous 
consacrerons  à  ces  «  antisérums  »  un  paragraphe  special. 

Antiferments.  —  Les,  immunsérums  actifs  vis-à-vis  des  ferments 
méritent  une  mention  particulière.  Le  sérum  normal,  et  nous  revien- 
drons  sur  ce  point,  possedè  déjà  par  lui-mcme  le  pouvoir  de  s'opposer 
d'une  fagon  très  visible  à  l'influence  protéolytique  de  ferments  tels  que 
la  trypsine  ou  à  l'efTet  coagulant  de  la  presure.  Hammarsten  a  vu  le 
premier  (1887)  qu'en  présence  d'une  quantità  suffisante  de  sérum  de 
cheval  la  presure  n'agit  pas  sur  le  lait.  L'albumine  d'oeuf  coagulée,  la 
fibrine,  la  caseine,  ne  se  digèrent  que  lentement  ou  méme  résistent  à 
la  trypsine  si,  le  mélange  a  été  additionné  de  sérum  ;  divers  auteurs 
(Roeder,  Feimi  et  Pernossi,  Hahn,  Camus  et  Gley,  Hedin,  Zunz,  etc.) 
ont  étudié  attentivement  cette  influence  antagoniste,  laquelle  s'exerce 
d'ailleurs  aussi  sur  des  ferments  protéolytiques  provenant  d'animaux 
inférieurs,  tels  qu'actinies  et  amibes  (Mesnil,  Mesnil  et  Mouton)  ou  de 
bactéries  (v,  Dungern,  Malfìtano).  Mais  le  pouvoir  empèchant  du 
sérum  est  susceptible  de  s'accroìtre  nettement,  sinon  considérablement, 
par  immunisation  contre  les  ferments  ;  par  exemple,  dès  1893,  Hilde- 
brandt  a  obtenu  une  anti-émulsine. 

En  1894,  Fermi  et  Pernossi  ont  préparé  une  antitrypsine.  D'après 
Achalme  (1901),  on  peut  chez  le  cobaye  obtenir  un  immunsérum  anti- 
tryptique  dont  l'activité  est  huit  fois  supérieure  à  celle  du  sérum 
normal.  Selon  Delezenne,  Bayliss  et  Starling,  on  accroìt  le  pouvoir 
antitryptique  du  sérum  en  injectant  à  l'animai  du  sue  intestinal,  mais 
non  en  le  traitant  par  le  sue  pancréatique  pur  ;  ces  auteurs  estiment 
que  l'activité  du  sérum  est  due  à  une  antikinase. 

Morgenroth  (1899)  et  Briot  (1900)  ont  réussi  à  faire  produire  aux 
animaux,  par  injections  répétées  du  ferment,  un  sérum  antiprésurant 
assez  actif,  dont  les  propriétés  résistent  au  chaufTage  à  58°,  mais  dis- 
paraissent  lorsqu'on  élève  la  temperature  vers  65°.  D'après  Morgenroth» 
la  spécificité  de  ce  sérum  est  assez  tranchée  ;  lorsqu'on  injecte  de  la 
presure  animale,  le  sérum  obtenu  rcspecte  la  presure  vegetale  (cyna- 
rase)  ;  il  n'agit  pas  sur  la  presure  animale  lorsqu'on  a  vaccine  contre 
la  cynarase  ;  d'après  Hedin  (1912),  le  sérum  actif  vis-à-vis  d'une  pre- 
sure provenant  d'une  espèce  animale  déterminée  n'impressionne  guère 
les  présures  fournies  par  des  espèces  différentes  (1). 

(1)  Il  convieni  de  remarquer  toutefois  que  les  ferments  sont  vraisem- 


266     PRINCIPALES   FONCTIONS   DES    JMMUNSERUMS 

Par  injection  d'extraits  leucocytaires  à  des  animaux  appartenant  à 
une  espèce  differente  de  celle  qui  fournit  les  cellules  employées,  on 
peut  obtenir  un  sérum  s'opposant  aux  effets  digestifs  de  ces  extraits 
et  aussi  de  la  trypsine  (Jochmann  et  Kantorowicz,  1908). 

Peut-on  obtenir  des  immunsérums  antagonistes  de  la  pepsine? 
L'accord  n'est  pas  complet  sur  ce  point  ;  certains  auteurs,  notamment 
Landsteiner  {1905),  disent  avoir  réussi  ;  d'autres  (Cantacuzène  et 
Jonescu-Mihaiesti,  1909)  n'ont  obtenu  que  des  résultats  négatifs  : 
dans  leurs  essais,  le  sérum  des  animaux  injectés  de  pepsine  ne  retardait 
pas  sensiblement  mieux  que  ne  le  fait  le  sérum  normal  la  digestion 
des  albuminoides  par  ce  ferment. 

En  1901,  Bordet  et  Gengou  ont  étudié  le  pouvoir  anticoagulant  de 
sérums  obtenus  par  injection  à  un  organisme  donne,  tei  que  le  cobaye, 
du  sérum  normal  provenant  d'une  espèce  differente,  telle  que  le  lapin 
ou  l'oie.  Ces  immunsérums  entravent,  en  manifestant  une  spécificité 
sinon  absolue,  au  moins  prononcéc,  la  coagulation  du  sang  de  l'espèce 
contre  le  sérum  de  laquelle  l'immunisation  s'est  effectuée  ;  l'analyse 
des  phénomènes  mentre  que  leur  influence  se  porte  sur  le  fìbrin- 
ferment;  à  vrai  dire,  comme  nous  le  verrons  plus  loin,  de  tels  sérums 
sont  également  précipitants  à  l'égard  du  fibrinogène. 

Gitons  encore,  parmi  les  tentatives  visant  l'obtention  d'antiferments, 
celles  d'Ascoli  et  Bonfanti,  Preti,  concernant  l'amylase,  celles  de 
Schùtze,  de  Gessard,  relatives  respectivement  à  la  lactase,  à  la  tyro- 
sinase,  etc.  D'après  Docher  et  Avery  (191G),  les  immunsérums  anti- 
microbiens  pourraient  contenir  des  antiferments  capables  parfois  de 
troubler  la  nutrition  des  microbes  et  de  gener  ainsi  leur  culture  ;  ains 
s'expliquerait  le  fait  que  le  sérum  antipneumococcique  exerce  une 
influence  retardatrice  sur  la  multiplication  du  pneumocoque.  Bertiau 
(1914)  a  obtenu  par  immunisation  un  sérum  actif  sur  le  ferment  bac- 
térien  qui  liquéfie  la  gelatine. 

Pseudo-antitoxines.  —  L'étude  des  antigènes  hémolytiques  tels. 
que  le  venin  des  serpents,  la  tétanolysine,  etc.,  a  attiré  l'attention  sur 
des  substances  éminemment  capables  aussi  de  détruire  les  globules 
rouges,  mais  qui  toutefois  ne  se  comportent  pas  comme  antigènes, 
c'est-à-dire  qui,  injectées  aux  aninraux,  ne  déterminent  pas  l'appari- 
tion  d'antitoxines.  Telle  est  la  saponine.  Ransom  (1901)  a  démontré 
queceglucoside  détermine  l'issue  de  l'hémoglobine  parce  qu'il  attaque 
la  cholestérine  contenue  dans  le  stroma  du  globule.  Le  sérum  normal 
s'oppose  à  cette  action  et  se  comporte  donc  comme  s'il  était  antitoxique. 


blablemcnt  liés  à  des  substances  albuminoides  qui  leur  servent  en 
quelquc  sorte  de  support  ;  rèste  à  savoir  si  ce  n'est  pas  le  substrat, 
plutòt  que  le  ferment  lui-mème,  qui  est  touché  spécifiquement  par  le 
sérum. 


POUVOIR   ANTITOXIQUE  .         267 

Co  n'est  là  qu'une  apparence  :  il  ne  contient  pas  de  véritable  anfitoxine, 
mais  la  cholestérine  qu'ii  renferme  lui-mème  satisfait  les  alifinités  de 
la  saponine,  laquelle  en  conséquence  n'est  plus  capable  désormais  d'agir 
sur  les  globules.  La  lécithine  se  comporte  comme  la  cholestérine  {Meyer» 
l>ei,  Arrhenius).  Il  semble  bien  résulter  dcs  recherches  de  Madscn  et 
Xoguchi  (1904),  de  Windaus  (1910),  que  la  sapotiiae  réagit  chimique- 
(iient  sur  la  cholestérine  et  la  solubilise.  La  cholestérine,  les  lipoides 
•'xtraits  du  sérum  protègent  les  globules  également  contre  la  téta- 
iiolysine  (Noguchi,  Detre  et  Seliei),  et  d'autres  lysines  bactériennes  cu 
animales  (Landsteiner  et  Heyrowski,  Bechhold,  etc).  Au  cours  de 
recherches  très  démonstratives,  Pascucci  a  construit  des  dialyseurs 
lormés  d'étofTe  de  soie  imprégnée  de  cholestérine  et  de  lécithine,  et 
remplis  d'une  solution  d'hémoglobine.  L'addition  à  ce  liquide  de  sapo- 
nine, de  solanine,  de  venin  de  cobra  ou  de  tétanolysine  déterrnine  le 
passage  de  la  raatière  colorée  à  travers  l'étofTe,  eh  attaquant  la  cho- 
lestérine ou  la  lécithine  qui  en  assuraient  l'imperméabilité.  Divers 
agents  hémolysants,  l'éther,  les  alcalis,  le  chloro forme,  dissolvant  la 
lécithine  et  la  cholestérine,  produisent  des  effets  analogues.  Quel  que 
soit  l'intérét  de  ces  constatations,  elles  ne  sont  pas  susceptiblesdenous 
éclairer  beaucoup  sur  la  nature  des  anticorps,  ceux-ci  n'ayant,  comme 
nous  le  verrons,  aucun  rapport  avec  des  substances  telles  que  la  cho- 
lestérine òu  la  lécithine. 

Action  directe  des  antìtoxines  sur  les  toxines  ;  décomposìtion 
des  complexes.  —  L'étude  des  principales  antìtoxines  a  large- 
juent  contribué  au  développement  de  la  science  de  l'immunité.  Notam- 
ment,  c'est  à  propos  des  antìtoxines  que  l'on  a  tout  d'abord  établi  cette 
notion  capitale  que  les  anticorps  agissent  directement  sur  les  antìgènes* 

Que  les  anticorps  spécifìques  dont  l'apparition  dans  le  sérum  résulte 
(le  l'immunìsation  contre  des  éléments  figurés  tels  que  les  microbes, 
agissent  directement  sur  ceux-ci,  on  s'en  convainc  très  aisément, 
puisque,  souvent,  ils  modifient  ces  éléments  d'une  faQon  très  visible, 
(léterminant  par  exemple  leur  agglutination.  Pour  de  tels  anticorps,  le 
problème  est  résolu  aussitot  que  pose,  et  il  eiìt  semblé  bien  légitime 
(l'étendre  aux  antigènes  en  solution  et  invisibles,  tels  que  les  toxines, 
les  conclusions  valables  pour  les  microbes.  Mais  les  antìtoxines  ont  été 
découvertes  avant  les  anticorps  impressionnant  les  microbes,  et  Fon 
ne  savait  guère,  lors  des  premières  constatations,  si  elles  protègent 
l'organìsme  contre  les  poisons  en  forti flant  sa  résìstance  et  le  rendant 
réfractaire,  ou  bien  en  atteignant  directement  le  poison  lui-mème  et 
le  transformant  en  un  produit  inolTensif.  Les  deux  thèses  ont  été  défen- 
dues  ;  la  première  est  condamnée  dcpuis  longtemps,  les  expériences 
qui  ont  fait  triompher  la  seconde  gardent  encore  leur  intérét. 

Les  premières  constatations  de  nature  à  éclairer  le  débat  furent 
recueiUies  par  Denys  et  Van  de  Velde(1896):  ces  auteurs  montrèrent 


268     PRINCIPALES   FONCTIONS   DES    IMMUNSÉRUMS 

que  le  sérum  d'animaux  immunisés  contre  la  leucocidine  staphylo- 
coccique,  ajouté  à  ce  poison,  préserve  les  leucocytes  qu'on  introduit 
ensuite  dans  le  mélange.  Cette  expérience,  à  vrai  dire,  comportant  des 
cellules  vivantes  susceptibles  peut-étre  de  percevoir  la  présence  du 
sérum  et  de  reagir  en  devenant  plus  résistantes,  n'était  pas  absolument 
convaincante  ;  elle  fournissait  cependant  une  présomption  nette  en 
faveur  de  l'idée  que  l'antitoxine  agit  directement  sur  le  poison.  La  solu- 
tion definitive  du  problème  fut  apportée  bientòt  après  par  Kanthack, 
Ce  savant  montra  que  le  pouvoir  dont  le  venin  est  doué  d'empécher 
la  coagulation  du  sang  disparaìt  si  le  poison  est  au  préalable  additionné 
de  sérum  antivenimeux.Trèsdémonstrativesaussi  furent  les  recherches 
d'Ehrlich,  semblables  à  celles  de  Denys  et  Van  de  Velde,  sauf  que/[au 
lieu  de  mettre  en  jeu  de  la  leucocidine  et  des  leucocytes,  elles  fìrent 
intervenir  de  la  ricine  et  des  globules  rouges,  éléments  qui,  moins  sus- 
ceptibles que  les  globules  blancs  de  réaction  vitale,  se  comportent  selon 
tonte  vraisemblance  d'une  fagon  passive.  La  ricine  agglutine  violem- 
ment  les  globules  rouges,  mais  lesrespecte  lorsqu'onl'additionne  d'abord 
de  sérum  provenant  d'animaux  immunisés  contre  ce  poison.  D'autre 
part,  lorsqu'on  traite  au  préalable  des  globules  rouges  par  le  sérum 
antitoxique,  et  que,  les  ayant  lavés,  on  les  mélange  à  la  ricine,  ces 
éléments  s'agglutinent.  L'anticorps  n'agit  donc  pas  sur  les  globules 
pour  les  rendre  réfractaires,  il  atteint  directement  la  toxine  et  la  neu- 
tralise.  Des  expériences,  réalisées  également  in  viiro,  et  dues  à  Stephens 
et  Myers  (1898),  montrèrent  que  le  sérum  antivenimeux  protège  les 
globules  rouges  contre  l'action  hémolytique  du  venin.  Le  sérum  très 
fortement  hémolytique  de  l'anguille  se  prète  à  des  expériences  tout  à 
fait  analogues  (Camus  et  Gley,  Kossel)  ;  les  recherches  de  Bordet  sur 
les  anticorps  qui  suppriment  l'influence  des  alexines  ou  des  agglutinines 
sur  les  cellules  ou  les  microbes  conduisirent  aux  mémes  conclusions. 
A  citer  encore,  dans  ce  méme  ordre  d'idées,  la  neutralisation  de  la 
tétanolysine  (Ehrlich,  Madsen)  ou  autres  poisons  microbiens  hc'moly- 
tiques  par  les  antitoxines  correspondantes,  celle  des  ferménts  tels  que 
la  presure  ou  la  thrombine  par  les  immunsérums  appropriés.  Il  convient 
de  rappeler  aussi  les  ingénieuses  recherches  de  Martin  et  Cherry  (1898) 
sur  le  venin  et  le  sérum  antivenimeux.  Ces  savantsmontrent  tout  d'abord 
qu'à  l'état  isole  le  venin  passe  aisément,  sous  l'efTet  d'une  pression 
convenable,  à  travers  un  fìltre  forme  d'une  conche  de  gelatine,  lequel, 
d'autre  part,  constitue,  pour  l'antitoxine,  un  obstacle  insurmontable. 
Mais  si  le  venin  est  au  préalable  additionné  d'antitoxine,onnele  retrouve 
pas  dans  le  liquide  fìltré.  Il  est  retenu  par  l'antitoxine  qui,  se  combi- 
nant  à  lui,  l'empéche  ainsi  de  franchir  la  barrière  qu'elle  ne  peut  elle- 
méme  traverser. 

Souvent  rapide,  la  réaction  entre  le  poison  et  son  antidote  reclame 
parfois  un  temps  notable  pour  s'effectuer  ccmplètement.  C'est  ce  qui 
résulte  de  diverses  recherches,  faites  notsmment  par  Ehrlich^à  propos 


POUVOIR    ANTITOXIQUE  269 

de  la  toxine  tétanique,  par  Ehrlich  et  Madsen  concernant  la  tétanoly- 
sine,  par  Morgcnroth  qui  a  étudié  à  ce  point  de  vue  la  toxine  diphté- 
rique,  et  par  Otto  et  Sachs  qui  ont  considéré  la  toxine  botulinique. 
Lorsqu'on  éprouve  vis-à-vis  des  globules  rouges,  et  après  avoir  attenda 
plus  ou  moins  longtemps,  des  mélanges  préparós  en  proportions  con- 
venables  de  tétanolysine  et  de  l'antitoxine  correspondante,  on  trouve 
que  l'influence  protectrice  de  l'anticorps  se  révèle  environ  quarante 
iois  plus  forte  si  le  mélange  est  fait  depuis  deux  heures  que  si  les  glo- 
bules y  sont  introduits  quelques  instants  après  sa  confection.  On 
croyait  autrefois  que  l'union  de  la  toxine  diphtérique  avec  son  anti- 
toxine  s'accomplissait  très  rapidement.  Mais  on  injectait  d'habitude 
les  mélanges  sous  la  peau,  et  la  combinaison  s'achevait  dans  le  tissu 
sous-cutané  avant  que  la  résorption  du  liquide  eùt  eu  le  temps  de 
s'opérer.  Si  l'on  élimine  le  facteur  résorption,  c'est-à-dire  si  l'on  inocule 
dans  les  veines,  on  trouve,  pour  des  proportions  convenables,  que  les 
mélanges  se  montrent  très  notablement  moins  toxiques  lorsqu'on  a 
soin  d'attendre  quelque  temps  avant  de  les  injecter  (Morgenroth). 
Otto  et  Sachs  montrent  qu'un  mélange  de  toxine  botulinique  et  de 
l'antitoxine  correspondante,  préparé  depuis  trois  heures,  est  inoffensif 
lorsqu'on  l'injecte  sous  la  peau,  mais  est  dangeréux  si  on  l'introduit 
dans  les  veines  ;  or,  cette  diflérence  ne  s'observe  plus  quand  on  répète 
l'expérience  en  employant  des  mélanges  identiques,  sauf  qu'ils  datent 
de  vingt-quatre  heures.  Le  temps  requis  pour  la  neutralisation,  étant 
en  rapport  avec  la  puissance  de  l'affinité  (Ehrlich,  Knorr),  est  suscep- 
tible,  on  le  congoit,  de  varier  selon  les  doses  relatives  de  poison  et 
d'antitoxine  que  l'on  met  en  présence. 

Peut-on,  lorsqu'un  complexe  toxine-antitoxine  a  pu  se  former, 
récupérer  l'un  ou  l'autre  de  ses  constituants?  Calmette  le  premier  (1895) 
a  réussi  à  régénérer  un  poison  déjà  neutralisé,  en  mettant  à  profit  le 
fait  que  le  venin  resiste  mieux  que  son  antitoxine  à  l'élévation  de  la 
temperature  :  un  mélange  inoffensif  de  venin  et  d'antivenin  peut  rede- 
venir  nettement  toxique  lorsqu'on  le  chauffe  (1).  Des  mélanges  de 
poison  pyocyanique,  qui  est  également  thermostabile,  et  de  l'anti- 
toxine correspondante,  se  comportent  de  mème  (Wassermann).  La 
staphylolysine  et  son  anticorps  permettent  des  expériences  analogues 


(1)  Le  venin  resiste  au  chaufTage  à  SO».  L'antitoxine  s'altère  déjà  vers 
eSo-TO".  Dans  ses  premiers  essais,  Calmette  chauffait  le  complexe  venin- 
antivenin  vers  70°,  en  vue  de  récupérer  le  venin,  mais  il  reconnut  plus 
tard  que  les  résultats  sont  beaucoup  plus  conslanls  et  plus  nels  si  l'on 
élève  la  temperature  jusqu'à  75o-8Jo.  Eu  efTet,  l'antitoxine  resiste  mieux 
à  la  chaleur  lorsqu'elle  est  associée  au  venin  que  lorsqu'elle  se  trouve  à 
l'état  libre.  Au  surplus,  en  milieu  neutre,  la  libera tion  du  venin  par 
chauffage  vers  80°  n'est  que  partielle.  Elle  devient  totale  si  l'on  fait 
intervenir  en  mème  temps,  comme  il  est  dit  plus  loin,  l'influence  disso- 
cianle  d'un  acide  dilué. 


270     PRINCIPALES    FONCTIONS   DES    IMMUNSÉfìUMS 

(Madsen,  Famulener  et  Walbum).  De  tels  faits  n'ébranlent  en  rien  la 
notion  que  l'antigene  et  l'anticorps  s'unissent,  ils  montrent  seulement 
que  cette  union  consiste  en  une  juxtaposition  n'impliquant  pas  une 
altération  profonde  de  la  molécule  toxique,  c'est-à-dire,  selon  toute 
vraisemblance,  en  un  simple  accolement  moléculaire  ;  ceci  s'harmonise 
avec  l'idée,  dont  nous  reconnaìtrons  plus  loin  la  légitimité,  que  cette 
réaction  représente  un  phénoraène  d'adsorption. 

Morgenroth  et  ses  collabora teurs  Willanen  et  Ascher  (1906-11) 
ont  beaucoup  étudié  ces  phénomènes  de  décomposition  des  complexes  ; 
ils  ont  mis  en  évidence,  à  ce  propos,  le  ròle  dissociant  des  acides  et 
notamment  de  HCl  dilué.  En  milieu  acide,  les  complexes  ne  se  consti- 
tuent  pas,  ou,  s'ils  sont  déjà  formés,  se  décomposent.  L'expérience  de 
Calmette  réussit  mieux  et  restitue  plus  de  venin  si  l'on  chauffe  en 
milieu  acide.  Les  acides  chlorhydrique  et  tartrique  s'opposent  à  l'union 
de  l'abrine  et  de  l'anti-abrine;  lorsqu'on  les  ajoute  à  des  mélanges  pré- 
parés  méme  depuis  plusieurs  jours,  ils  dissocient  le  complexe  ;  si  Fon 
neutralise  ensuite  par  addition  d'alcali,  la  combinaison  des  deux  élé- 
ments  se  reconstitue.  Des  faits  entièrement  analogues  se  constatent 
pour  ce  qui  concerne  les  toxines  et  les  antitoxines  diphtériques  et 
botuliniques. 

Calmette  et  Massol  (1907)  ont  eu  recours  à  l'influence  combinée  de 
l'acide  et  de  l'alcool  :  à  une  concentration  voisine  de  60°,  celui-ci 
precipite  l'antitoxine  et  la  rend  inactive,  mais  il  ne  modifle  pas  le  venin, 
qui  se  montre  soluble  méme  dans  l'alcool  à  80°.  Quand  la  combinaison 
venin-an  ti  venin  s'est  déjà  réalisée,  l'alcool  à  60°  employé  seul  preci- 
pite le  complexe  sans  le  dissocier  ou  détruire  l'antitoxine  ;  l'influence 
ultérieureraent  mise  en  oeuvre  de  l'acide  provoque  la  décomposition  et 
restitue  le  venin  qui  passe  en  solution  dans  l'alcool,  lequel,  d'autre 
part,  rend  bientòt  inactive  l'antitoxine  libérée.  Employés  concurrem- 
ment,  l'alcool  et  l'acide  permettent  la  décomposition  du  complexe  à 
la  temperature  du  laboratoire.  Scaffidi,  Sachs  ont  constate  que  les 
alcalis  en  doses  convenables  jouissent  aussi  de  propriétés  dissociantes. 

Parfois,  la  simple  dilution  suffit  à  décomposer  le  complexe  dans  une 
certaine  mesure.  G'est  le  cas  par  exemple,  comme  l'ont  montré  Behring, 
Madsen,  des  toxines  et  antitoxines  tétaniques  et  botuliniques  (1).  D'après 
Arthus  (1914),  un  mélange  neutre  de  venin  et  d'antivenin  peut  libérer 
du  venin  par  forte  dilution  dans  l'eau  distillée,  mais  non  par  addition 
de  solution  physiologique  de  NaCl   (2).   Oue  de  telles  dissociations 


(l)Ce  phénomène,à  vrai  dire,  est  beaucoup  moins  net  si  Fon  emploie 
dans  l'expérience  des  mélanges  préparés  depuis  longtemps.  Les  com- 
plexes se  consolident  ea  quelque  sorte  en  vieillissant  ;  nous  reviendrons 
sur  ce  point. 

(2)  En  general,  les  sels  favorisent  les  phénomènes  de  condensation  et 
d'accolement  mutuel,  ainsi  qu'en  témoigne  leur  influence  floculante  sur 


POUVOIR   ANTITOXIQUE  271 

puissent  se  produire  méme  in  vivo,  au  moins  pour  certaines  toxines, 
c'est  ce  qui  résulte  de  certaines  expériences  de  Wassermann  et  Bruck 
sur  le  poison  tétanique. 

Il  résulte  de  ces  données,  avec  une  parfaite  évidence,  que  l'antitoxine 
ne  déiruit  pas  à  proprement  parler  la  toxine.  Elle  se  soude  à  elle,  elle 
l'enrobe,  et  cet  accolement  suflit,  si  l'antitoxine  intervient  à  dose  assez 
élevée,  à  faire  disparaltre  totalement  cu  pour  une  grande  partie  les 
propriétés  nocives  dont  l'antigene  jouissait  ;  en  d'autres  termes,  le 
complexe  obtenu  se  montre,  soit  absolument,  soit  relativement  inolTen- 
sif.  Ces  deux  éventualités  en  effet  sont  possibles  ;  dans  la  première,  le 
complexe  peut  san3  déterminer  d'accidents  étre  injecté  aux  animaux 
en  quantité  pour  ainsi  dire  illimitée  ;  c'est  le  cas  par  exemple  de  la 
toxine  et  de  l'antitoxine  diphtériques  ;  dans  la  seconde,  le  complexe 
ayant  conserve,  méme  en  présence  d'un  excès  d'antitoxine,  une  cer- 
taine  toxicité,  ne  peut  étre  administré  impunément  qu'à  dose  plus 
modérée  ;  c'est  ce  qu'on  observe  notamment  pour  la  toxine  et  l'anti- 
toxine pyocyaniques.  On  le  concoit  dès  lors,  c'est  seulement  dans  la 
première  alternative  que  la  loi  dite  des  multiples  s'affirmera  d'une 
manière  frappante.  Cette  loi  consiste,  on  le  sait,  en  ceci  :  S'il  faut  une 
certaine  dose  d'antitoxine  pour  neutraliser  exactement  un  volume 
donne  de  poison,  il  faudra  10,  100,  ...  fois  plus  d'antitoxine  pour 
neutraliser  de  la  méme  fagon  10, 100,  ...fois  plus  de  poison. Lorsqu'on 
se  sert  comme  réactif  de  l'organisme  vivant,  la  vérification  de  ìa  loi 
exige,  cela  va  sans  dire,  que  'celui-cijpuisse  tolérer  sans  troubles  des 
quantités  relativement  considérables  du  complexe,  c'est-à-dire  que  la 
toxicité  primitive  du  poison  soit  susceptible  d'étrc  pour  ainsi  dire  com- 
plètcment  abolie  sous  l'influence  de  l'antidote. 

Rapports  des  toxines  avec  les  antitoxines  et  les  r'cellules 
sensibles,     action     preventive    [cu    curative    de    'l'anticorps.     — 

L'antitoxine  manifeste  de  l'afììnité  pour  le  poison,  mais  nous  savons 
d'autre  part  que  le  poison  tend  à  s'unir  h  la  cellule  sensible,  et  il 
iraporte  de  considérer  le  conflit  qui  s'engage  entre  celle-ci  et  l'anticorps 
pour  la  possessìon  du  principe  vénéneux,  ciar  son  issue  est  assurément 
de  nature  à  intéresser  hautement  l'organisme.  Lorsque  l'antitoxine 
est  administrée  avant  que  le  poison  ait  eu  le  temps  de  se  flxer  sur 
la  cellule,  et  à  condition  que  ses  affmités  soient  suflìsamment  éner- 
giques,  elle  s'empare  de  la  toxine  et  la  détourne  de  l'élément  menacé, 
elle  agit  ainsi  à  titre  proventi!  (1).  Sa  tftche  est  natureilement  plus 


les  Solutions  colloldales;  nous  retrouverons  ce  fait  à  propos  notamment 
de  la  flxation  de  certaines  hémolysines  sur  les  globuics  rouges. 

(1)  Dans  le  traitement  de  la  diphtèrie  déclaréc,  le  sérum  antitoxique, 
bien  qu'administré  à  un  organisine  déjà  nialade,  intervient  à  proprement 
parler  préventivement  plulòt  quo  curativement.  Son  ròle  est  en  effet 


272     PRINCIPALES   FONCTIONS   DES    IMMUNSERUMS 

ardue  lorsque  le  poison  qu'elle  rencontre  se  trouve  uni  déjà  à  la  cellule. 
Il  s'agit  alors  (ces  deux  alternatives,  ù  priori,  sont  possibles)  soit  de  le 
dégager  de  ses  liens  et  de  l'entralner  au  dehors,  soit  de  le  neutraliser 
sur  place. 

Nous  rencontrons  a  ce  propos  une  question  à  laquelle  il  a  été  répondu 
d'une  manière  très  précise,  peut-ètre  mème  trop  péremptoire.  Le 
problème  qu'on  se  pose  est  de  savoir  si  ces  deux  éléments  rivaux  qui  se 
font  concurrence  pour  accaparer  le  poison,  l'anticorps  et  la  cellule,  sont 
capables  d'atteindre  au  méme  point,  et  de  la  mème  facon,  la  molécule 
toxique.  Cherchent-ils  à  y  occuper  la  méme  place,  et,  éventuellement, 
à  se  substituer  l'un  à  l'autre  si  l'un  d'eux  s'y  est  installé  déjà?  Visent- 
ils,  en  d'autres  termes,  le  méme  pòle  d'affinité,  est-ce  le  mème  grou- 
pement  atomique  combinable  qu'ils  se  disputent?  D'autre  part,  l'anti- 
toxine  altère-t-elle  directement,  au  sein  de  la  molécule  du  poison,  le 
groupement  atomique  auquel  les  aptitudes  toxiques  sont  inhérentes, 
ou  bien  se  borne-t-elle,  sans  annuler  à  proprement  parler  le  caractère 
vénéneux,  à  mettre  la  toxine  hors  d'état  d'agir  en  l'empèchant  de 
s'unir  à  la  cellule  impressionnable?  D'après  Ehrlich,  les  deux  pro- 
priétés  dont  les  toxines  sont  douées,  celle  de  se  combiner  aux  éléments 
cellulaii'es  et  celle  de  les  empoisonner,  dcpendent  de  deux  groupements 
atomiques  distincts  qui,  dans  la  molécule,  les  représentent  et  en  sont 
le  substrat.  11  appelle  groupement  haptophore  le  groupement  combi- 
nable, et  désigne  sous  le  nom  de  groupement  toxophore  le  groupement 
toxique.  Pour  que  le  second  puisse  agir,  il  est  naturellement  indispen- 
sable  que  le  premier,  servant  d'introducteur,  ait  as&uré  l'incorporation 
de  la  toxine  à  la  cellule.  En  faveur  de  cette  idée  que  les  groupements 
sont  difTérents,oninvoquecertainsfaits  expérimentaux.  Ainsi,  lorsqu'on 
opere  à  temperature  basse,  voisine  de  zèro  degré,  on  trouve  quelatéta- 
nolysine  ne  détruit  pas  les  globules  rouges  ;  pourtant,  -on  démontré 
aisément  que  dans  ces  conditions  elle  se  fìxe  sur  eux  ;  si,  après  avoir 
lave  les  globules,  on  les  transporte  à  l'étuve,  ils  se  détruisent  (Madsen). 
Courmont  et  Doyon  avaient  vu  qu'à  froid  les  grenouilles  résistent  à 
l'injection  de  toxine  tétanique,  mais  qu'ultérieurement  elles  con- 
tractent  la  maladie  typique  si  on  les  expose  à  une  temperature  assez 
élevée.  Nous  savons  d'autre  part  que  si  le  poison  tétanique  a  eu  le 
temps  déjà  de  se  fixer  sur  les  éléments  nerveux,  l'administration  du 
sérum  ne  prévient  plus  les  symptòmes.  Or,  à  des  grenouilles  inoculèes 
de  poison,  et  maintenues  à  froid,  Morgenroth  injecte  quelques  jours 
plus  tard  de  l'antitoxine,  puis  transporte  les  animaux  à  l'étuve.  Ils 
prennent  le  tétanos,  on  en  conclut  que  le  poison  s'était  fixé,  mais 


d'annihiler,  plutòt  que  la  toxine  déjà  flxée  et  dont  les  néfastes  effets 
se  sont  déjà  produits,  celle  que  le  microbe  est  susceptible  de  sécréter 
dans  la  suite  et  qui,  déversée  dans  les  humeurs,  y  rencontrera  l'anti- 
corps appropriò  avant  d'avoir  pu  porter  préjudice  aux  cellules. 


POUVOIR    ANTITOXIOUE  273 

quo  le  groupem«nt  toxophore.  n'opère  qu'à  temperature  élevée.  En 
somme,  l'expórience  équivaut  à  la  précédente  où  il  s'agit  de  globules, 
mais  elle  n'entraìne  pasdavantage  la  conviction  quanta  l'existence  de 
deuxgroupementsatomiques  distincts.  Rien  apr/on  n'empéche  de  presu- 
mer que  l'union  delatoxineà  la  cellule  sensible,aulieu  de  dépendre  d'une 
alTmité  chimique  véritable,  comportant  l'intervention  d'un  groupement 
défìni  et  spécialisé,  ne  puisse  résulter  d'une  afTmité  de  contact  analogue 
à  celle  qui  accole  la  toxine  à  des  précipités  inertes  ou  permet  l'absorp- 
tion  de  matières  colorantes  par  le  noir  animai.  Il  est  possible  en  outre 
que  déjà  méme  à  froid  les  toxines  fassent  subir  aux  globules  rouges 
ou  aux  éléments  nerveux  la  modifìcation  qu'il  est  en  leur  pouvoir 
d'imprimer,  mais  que  les  elì'ets  fàcheux  de  cette  modifìcation  exigent, 
pour  se  dérouler  et  se  trahir  par  une  lyse  ou  des  symptòmes  morbides, 
que  l'élévation  de  la  temperature  ait  porte  le  protoplasme  à  un  état 
physico-chimique  particulier.  Au  surplus,  d'après  Marie,  les  grenouilles 
peuvent  contracter  le  tétanos  méme  à  froid,  mais  très  lentement  et  à 
condition  de  recevoir  une  dose  élevée  de  toxine. 

En  faveur  de  l'existence  dans  la  molécule  toxique  de  deux  groupe- 
ments  indépendants,  on  invoque  encore  l'argument  que  voici  :  la  toxine 
diphtérique  est  susceptible  de  s'altérer  par  la  conservation  en  devenant 
moins  vénéneuse.  jMais  on  constate  que  cette  toxine  modifìée,  et 
qu'Ehrlich  appelle  toxoìde,  a  gardé  intégralement  l'aptitude  à  se  com- 
biner  à  l'antitoxine  :  malgré  la  baisse  du  pouvoir  nocif,  un  volume 
donne  de  toxine  neutralise  une  quantité  d'antitoxine  égale  à  celle 
qu'il  saturait  au  début  (1).  Les  choses  se  passent  un  peu  comme  dans 
le  cas  duphosphore  qui,  d'abordjaune  et  toxique,  devient,souseertaines 
influences  (sans  posseder  d'ailleurs  plusieurs  groupements),  rouge  et 
inoflensif  tout  en  restant  susceptible,  en  brùlant,  de  s'unir  à  la  méme 
quantité  d'oxygène.  Ehrlich  traduit  le  fait  en  disant  que  le  groupe 
toxophore  est  atteint,  tandis  que  le  groupe  haptophore  reste  intact  ; 
d'après  ce  savant,  ce  dernier  groupement  prèside  aussi  bien  à  l'union 
de  la  toxine  à  la  cellule  sensible  qu'à  sa  combinaison  à  l'antitoxine, 
et  cela  pour  la  raison  péremptoire  que  l'élément  chimique  (récepteur), 
qui  dans  la  cellule  sensible  se  sonde  au  poison,  est  identique  à  l'anti- 
corps.  Cette  conception  implique  d'abord  que  la  toxine  transformée 
en  toxoìde,  mise  en  présence  de  la  cellule  sensible,  est  encore  capable 
de  se  fixer  sur  elle,  ce  qui  n'est  aucunement  démontré.  D'autre  part, 
l'affirmation  que  le  récepteur  cellulaire  se  confond  avec  l'antitoxine 
est  purement  gratuite  et  n'a  jamais  rcQU  de  consécration  expérimentale. 

(1)  Il  convieni  de  signalcr  que  loutes  Ics  toxines  ne  se  comportent 
pas  de  cette  fagon  et  qu'en  conséquenee  les  phénomèues  observés  à 
propos  du  poison  diphtérique  n'ont  pas  de  significa tion  generale.  Ainsi, 
la  toxine  du  charbon  symptomatique,  conservée  ou  chaufTée,  perd 
simultanément  sa  toxicité  et  l'aptitude  à  s\turer  l'antitoxine  (Grassber- 
ger  et  Schattenfroh). 

L'Immunilé.  lo 


274     PRINCIPALES    FONCTIONS   DES    IMMUNSÉRUMS 

L'unique  raison  qui  la  motive  et  invite  à  l'accepter,  c'est  qu'elle  sert 
■de  base  à  la  théorie  dont  il  sera  question  plus  loin  et  qu'Ehrlich  a 
•édifìée  en  vue  d'expliquer  l'origine  des  anticorps. 

Il  faut  bien  reconnaìtre,  en  résumé,  que  la  constitution  des  toxines 
«st  encore  trop  mystérieuse  pour  que  des  conceptions  de  ce  genre 
puissent  n'ètre  pas  artificielles  et  offrir  un  réel  intérèt.  Mieux  vaut  ne 
point  anticiper  sur  les  données  que  l'avenir  nous  réserve  et  nous  en 
lenir  à  la  méthode  expérimentale,  seule  guide  éprouvé  et  sincère. 

Il  est  superflu  de  dire  que  l'antitoxine,  anticorps  agissant  directe- 
ment  et  spécifiquement  sur  la  toxine,  n'a  pas  qualité  pour  réparer  les 
dommages  que  le  poison  peut  avoir  causés  déjà  à  la  cellule  touchéc  : 
■elle  s'attaque  à  la  cause  et  non  pas  aux  effets.  Nous  savons  aussi  que 
l'accès  de  certaines  régions  de  l'organisme  est  difficile  aux  anticorps  ; 
notamment,  ils  se  diffusentà  peine  dans  le  liquideen  céphalo-rachidien. 
Dansl'Apercu  general,  nous  avons  signalé  le  peu  d'efficacité  du  sérum 
antitétanique  administré  quelque  temps  après  le  poison,  et  avons  cité 
à  ce  propos  les  recherches  de  Dònitz,  par  exemple.  Cependant  l'expé- 
rimentation  in  vitro  a  fourni  la  preuve  indubitablo  que  dans  certains 
cas  l'antitoxine  peut  guérir  deséléments  déjà  touchés  par  le  poison,  à 
€ondition,  bien  entendu,  que  les  lésions  caractéristiques  n'aient  point 
encore  apparu.  IMadsen  a  montré  en  1899  que  la  tétanolysine  (1)  se 
fixe  à  basse  temperature  sur  les  globules  rouges,  mais  que  l'hémolyse 
dans  ces  conditions  est  très  lente  :  le  séjour  à  l'étuve  l'accélère  beau- 
coup.  Or,  si  l'on  traite,  par  le  sérum  antitétanique,  des  globules  qui  déjà 
ont  absorbé  à  froid  la  tétanolysine,  on  constate  qu'ils  supportent  ensuite 
Félévation  de  la  temperature  :  bien  que  s'étant  déjà  fìxé,  le  poison  est 
neutralisé  avant  d'avoir  pu  produire  ses  effets  destructeurs.  Si  à  une 
solution  de  ricine  on  mélange  des  globules  rouges,  ceux-ci  s'agglu- 
tinent  et  absorbent  le  poison,  le  liquide  surnageant  qu'on  décante  après 
centrifugation  se  montre  inofTensif,  tandis  que  les  globules  développent, 
lorsqu'on  les  injecte  aux  animaux,  des  symptomes  d'intoxication. 
Mais  si  l'on  porte  des  globules  ainsi  traités  au  contact  du  sérum  anti- 
ricinique,  ils  se  désagglutinent  et  peuvent  ètre  impunément  injectés 
(Rehns,  1902).  Nousverrons  bientot  que  des  globules  rouges  addition- 
nés  de  la  sensibilisatrice  appropriée  s'hémolysent  rapidement  lors- 
qu'ensuite  on  ajoute  de  l'alexine.  Mais  si,  avant  d'introduire  celle-ci, 
on  plonge  les  globules  sensibilisés  dans  un  sérum  capable  de  neutraliser 
la  sensibilisatrice,  ils  supportent  ultérieurement  sans  dommage  le 
contact  de  l'alexine  (Bordet,  1904).  Des  globules  touchés  par  la  vibrio- 
lysine,  mais  que  l'on  traite,  avant  que  l'hémolyse  n'apparaisse,  par  de 


(1)  La  tétanolysine,  substance  hémolytique,  et  la  toxine  tétanique 
propremcnt  dite,  poison  nerveux,  ne  se  confondent  pas  :  ce  sont  deux 
sécrétions  distinctes  du  bacille  tétanique  ;  mais  le  sérum  antitétanique 
atteint  ces  deux  principes. 


PO  U  VOI  li    ANTITOXIQUE  275 

l'antivibriolysine,  restent  définitivement  intacts  (Kraus  et  Amirad- 
zilti;  l'JlO).  On  le  sait,  les  tissus  d'embryonsde  poulet  se  cultivent  aisé- 
nx'nt  in  vilro,  gràce  à  la  technique  d'Harrison,  de  Garrel  et  Burrows. 
Daiis  des  fragments  de  cceur,  par  exemple,  on  constate  l'apparition  de 
cellules  fusiformes,  on  observe  de  la  multiplication  kaiyokinétique. 
La  ricine  et  la  toxine  diphtérique,  empoisonnant  les  cellules,  empéchent 
co  phénomène  de  se  produire.  Mais  leur  influenee  délétère  est  levée  par 
aiidition  de  l'antitoxine  appropriée,  mémc  lorsque  celle-ci  intervient 
quelques  minutes  après  le  poison  (Levaditi  et  Mutermilch,  1913). 

Divers  auteurs  ont  pensé  que  les  antitoxines  ne  pouvaient  guérir 
Ics  cellules  qu'à  la  condition  d'en  extraire  le  poison,  de  l'arracher  de 
sa  combinaison  avec  le  récepteur.  Il  n'est  pas  démontré  avec  une 
entière  certitude  que  l'anticorps  puisse  développer  un  tei  elTet.  Kraus 
et  Amiradzibi  estiment  que  la  neutralisation  s'elTectue  pourune  bonne 
part  en  dehors  de  la  cellule,  que  le  poison,  sous  l'influence  de  l'anti- 
toxine, abandonne,  On  ne  voit  pas  bien  à  vrai  dire  par  quel  moyen 
l'anticorps  pourrait  chasser  la  toxine  de  la  cellule  où  elle  a  pénétré. 
Mais  il  faut  tenir  compte  de  ce  que  la  réaction  de  la  toxine  avec  le  récep- 
teur est  parfois,  danaunecertainemesure,  réversible  (1).  Onpeutdèslors 
supposer  que  l'antitoxine,  sans  extraire  réellement  le  poison,  le  sature 
au  fur  et  à  mesure  qu'il  se  diffuse  de  l'élément  cellulairc.  Les  conditions 
d'ailleurs  peuvent  ótre  dii'férentes  ;  par  exemple,  on  démontré  aisé- 
ment  que  les  antisensibilisatrices  neutralisent  in  sita  les  sensibilisa- 
trices  :  en  d'autres  termos,  elles  se  précipitent  sur  les  sensibilisatrices 
fìxées  elles-mcmes  sur  les  globules  rouges  ou  les  microbes.  Au  surplus, 
l'expérience  montre  encore  qu'une  dose  additionnelle  de  sensibilisatrice, 
introduite  après  qu'un  tei  complexe  a  pu  se  constituer,  ravit  à  celui-ci 
au  moins  une  partie  de  l'antidote,  et  remet  ainsi  en  liberté  au  moins 
mie  partie  de  la  sensibilisatrice  qui  avait  été  neutralisée.  Dans  les 
réactions  qui  s'engagent  lorsque  ces  trois  éléments  sont  en  prés^nce, 
cellule  sensible,  poison  et  contrepoison,  des  compétitions  peuvent 
surgir  entre  les  affinités  rivales  :  on  congoit  que  l'issue  de  tels  conflits 
soit  susceptible  de  varier  selon  les  cas,  l'energie  relative  des  affinités 
dépendant  de  la  nature  des  éléments  en  jeu  ;  il  est  certain  d'ailleurs 
que  les  actions  de  masse  peuvent  jouer  un  r51e  important.  On  com- 
prend  également  que  dans  ces  conditions  la  valeur  thérapeutique  des 
divers  sérums  antitoxiques  soit  inégale,  et  que  l'immunisation  des  ani- 


(1)  Par  exemple,  si  à  des  globules  rouges  que  l'arachnolysine  a  hémo- 
lysés  et  réduits  ainsi  à  leurs  stromas,  et  qu'on  a  lavés  ensuite,  on  ajoute 
de  nouveaux  globules  rouges,  ceux-ci  se  détruisent  à  leur  tour  ;  le  poison 
diffuse  lentement  des  stromas  (Sachs).  Signalons  en  passant  que  l'acide 
chlorhydrique  dilué,  qui  decompose  les  complexes  toxine-antitoxine, 
degagé  aussi  certains  poisons  de  leur  union  avec  les  réccpb'urs  cellu- 
laires.  Ainsi,  il  peut  extraire  la  ricine  des  globules  rouges  (Lnndsleiner 
et  Jagic,  Liebermann). 


«76     PfìlNCIPALES    FONCTIONS   DES    IMM UNSERUMS 

maux  contre  certains  poisons  doive  étre  conduite  avec  une  prudence 
particulière.  L'union  de  la  toxine  tétanique  et  de  l'antitoxine  corres- 
pondante  est  assez  lente,  l'affinité  qui  les  rapproche  est  mediocre. 
Le  poison,  d'autre  part,  témoigne  pour  l'élément  nerveux  d'une  très 
vive  sympathie  et  se  sonde  à  lui  promptement  ;  pour  l'en  détourner 
sùrement,  il  faut  dono  que  l'antitoxine  présente  dans  l'organisme  soit 
en  abondance  telle,  que  l'action  de  masse  puisse  intervenir.  Aussi  est-il 
indispensable,  quand  on  immunise  les  chevaux  destinés  à  fournir  le 
sérum,  de  procéder  avec  ménagements,  de  ne  pas  accroìtre  trop  brus- 
quement,  d'une  injection  à  la  suivante,  les  quantités  de  poison  mises 
en  oeuvre.  Si  l'animai  recevait  une  dose  un  peu  copieuse  au  moment  où 
le  titre  du  sérum  est  encore  peu  élevé,  les  centres  nerveux  pourraient 
étre  touchés  avant  que  le  poison  ait  eu  le  temps  d'étre  entièrement 
neutralisé. 

Lorsque  le  complexe  toxine-antitoxines'est  constitué,  que  devient-il? 
Il  est  à  presumer  que  l'organisme  s'en  débarrasse.  ^Nlais,  à  vrai  dire, 
nous  ne  connaissons  guère  que  le  premier  acte,  l'union  de  l'anticorps 
et  de  l'antigene  ;  la  suite  des  opérations  nous  reste  cachée.  Il  est  légi- 
time  de  penser  toutefois  que  la  fonction  phagocytaire  entre  en  scène 
à  ce  moment,  car  nous  la  voyons  s'exercer  dans  des  conditions  très 
semblables  lorsqu'il  s'agit  d'éléments  plus  visibles  dont  nous  pouvons 
plus  facilement  suivre  le  sort.  Les  complexes  que  les  microbes  forment 
avec  leurs  anticorps  représentent  pour  les  phagocytes,  nous  l'avons  vu 
à  propos  des  opsonines,  une  proie  dont  la  capture  est  particulièrement 
aisée.  Pour  des  raisons  très  plausibles  d'analogie,  on  peut  admettre 
que  le  poison  chargé  d'antitoxine  se  comporte  de  méme  et  que,  saisi 
par  les  cellules,  il  subit  alors  dans  le  protoplasme  des  altérations  plus 
profondes  et  défìnitives. 

Répartition.  —  G'est  à  propos  des  antitoxines  que  l'on  a  recueilli 
les  premières  données  relatives  à  la  répartition  des  anticorps  dans  l'or- 
ganisme. Elles  se  trouventà  l'état  de  liberté  dans  le  plasma  et  passent 
aisément  dans  le  liquide  d'oedème  qui  s'épanche  dans  les  tissus  lors- 
qu'une  compression  (met  obstacle  à  la  circulation  veineuse  ;  c'est  ce 
que  Roux  et  Vaillard  ont  démontré  (1893)  ";  ces  savants  ont  vu  égale- 
ment  que  l'humeur  aqueuse  ne  contient  qu'une  très  faible  quantité 
d'antitoxine;  leurs  données  ont  été  confirmées  notamment  par  Morax 
et  Loiseau  (1910).  Toutefois,  l'humeur  aqueuse  qui,  après  ponction 
d^e  la  chambre  antérieure  de  l'oeil,  se  reforme  et  vient  remplacer  le 
liquide  extrait,  contient  plus  d'antitoxine  que  celui-ci  ;  il  est  aussi 
plus  riche  en  albuminoide&.  Nous  verrons  plus  loin  d'ailleurs  dans 
quelle  mesure  l'inflammation  traumatique  ou  due  à  l'infection  est 
susceptible  de  modifier  la  composition  des  sucs  intercellulaires,  des 
sérosités  ou  des  transsudats.  Le  lait  contient  de  l'antitoxine,  beau- 
coup  moins  toutefois  que  le  sang  (Ehrlich,  1894).  La  salive  et  l'urine 


POUVOin    ANTITOXIQUE  277 

n'en  reccicnt  qiie  des  traces  (Roux  et  Vaillard).  Lo  pus  est  fortement 
antitoxique,  il  l'est  cependant  moins  que  le  sérum  (Houx  et  Vaillard, 
Salomonsen  et  Madsen).  L'antitoxine  ne  passe  pas  dans  le  blanc  d'ceuf, 
mais  se  retrouve  dans  le  jaune  (Vaillard,  Klemperer).  La  pauvreté 
en  antitoxine  du  liquide  encéphaloraclydien  a  été  régulièrement  recon- 
nue  par  de  nombreux  obseryateurs,  notamment  Meyer  et  Ransom, 
et  ce  fait  a  des  conséquences  sur  lesquelles  Roux  et  Dorrei  (1898)  ont 
particulièrement  attiré  l'attention.  L'inoculation  intracranienne  des 
poisons  est  particulièrement  dangereuse,  nous  avons  déjà  insistè  sur 
co  point.  Des  animaux  immunisés  contro  le  tétanos,  et  dont  le  sérum 
est  très  actif,  contractent  le  tétanos  lorsqu'on  leur  introduit  directe- 
ment  le  poison  à  travers  les  méninges,  par  trépanation,  à  moins  bien 
entendu  qu'on  n'introduise  simultanément  de  l'antitoxine  dans  la 
memo  région.  Dans  l'immunité  passive,  l'antitoxine  fournie  à  l'orga- 
nisme  se  distribue  de  méme  fagon  que  dans  l'immunité  active,  la  répar- 
tition  est  identique.  Ainsi,  des  chiens  injectés  de  sérum  antitétanique 
fournissent  (Lemaire  et  Debré,  1911)  un  liquide  encéphalorachidien 
qui  ne  renferme  quo  très  peu  d'antitoxine  (400  ou  500  fois  moins  que 
le  sérum). 

Certains  sérums  antitoxiques  présentent  un  intérét  particulier,  en 
raison  soit  de  leur  ròle  dans  la  thérapeutique,  soit  des  données  que  leur 
étude  théorique  a  fournies  à  l'immunité. 

Sérum  antivenimeux.  —  Les  charmeurs  de  serpents  se  laissent 
mordre  de  temps  en  temps  par  de  jeunes  cobras  ayant  trop  peu  de 
venin  pour  étre  fort  dangereux.  Aussi  possèdent-ils,  selon  tonte  vrai- 
semblance,  un  certain  degré  d'immunité  antitoxique.  Pour  immuniser 
les  chevaux  contro  le  venin  des  serpents,  Calmotte  injecte  tout  d'abord 
le  poison  additionné  d'hypochlorite  de  chaux  à  1  p.  100,  qui  deprime 
beaucoup  la  toxicité  et  dont,  lors  des  injections  ultérieures,  on  róduit 
progressivement  la  dose.  Au  bout  de  quelque  tomps,  les  animaux  sont 
en  état  de  supporter  le  venin  non  modifié  :  on  en  administre  alors, 
d'abord  la  moitié  de  la  dose  minima  mortelle,  puis  des  quantités  gra- 
duellement  croissantes  (1).  On  obtient  ainsi  une  antitoxine  très  puis- 
sante  (2), mais  qui,  si  l'onn'a  mis  en  oeuvre  qu'une  seule  espèce  de  venin, 
n'impressionne  pas  suffisamment  les  poisons  provenant  de  serpents 
différents.  Aussi,  depuis  longtemps,  Calmette  prépare-t-il  des  sérums 
polyvalents,  agissant  à  la  fois  sur  des  venins  de  colubridés  et  de  vipé- 

«1)  L'immunisation  est  longue  ;  au  bout  de  seize  mois  environ,  lo 
choval  tolère  80  dosos  mortelles. 

(2)  Mélange  à  1  milligrammc  de  vonin  (cobra),  le  sérum  doit,  h  la  dose  do 
1  contimòtre  cube,  rendrc  le  poison  inoffensif  pour  le  lapin  ;  d'aulre 
pari,  injccté  sous  la  peau  à  la  dose  de  2  centimètros  cubcs,  le  sérum  doit 
proléger  le  lapin  contro  les  elTets  de  l'inoculation  sous-cutanée,  praliquée 
deux  heures  plus  tard,  de  I  milligramme  de  venin. 


278     PfìlNCIPALES    FONCTIONS   DES    IMMUNSÉRUMS 

ridés,  doués  d'une  grande  energie,  et  qui  dans  la  pratique  rendent 
d'inappréciables  services,  à  condition,  bien  entendu,  de  n'étre  pas- 
appliqués  trop  longtemps  après  la  morsure. 

Les  caractères  des  divers  venins  et  les  propriétés  des  antitoxines. 
correspondantes  ont  fait  l'objet  de  nombreuses  recherches.  Les  prin- 
cipes  actifs  de  chaque  venin  sont  nombreux  et  les  venins  de  divers  ser- 
pents  peuvent  posseder  des  propriétés  communes.  Mais  elles  ne  sont  pas 
développées  chez  tous  au  méme  degré  et  certains  venins  sont  doués 
de  caractères  spéciaux.  Il  en  résulte  que  la  morsure  des  serpents  veni- 
meux  entraine  la  mort  par  un  mécanisme  qui  n'est  pas  toujours  le 
méme.  Noe  (1904)  a  insistè  sur  les  propriétés  diflérentes  des  venins  des. 
colubridés  et  de  ceux  des  vipéridés.  Le  venin  de  crotale  est  doué  d'un 
pouvoir  hémorragique  très  prononcé  ;  sans  doute  altère-t-il  l'endo- 
thélium  vasculaire.  Arthus  a  montré  que  le  venin  de  cobra  tue  par 
paralysie  analogue  à  celle  qu'on  observe  dans  la  curarisation,  c'est-è~ 
dire  que  l'influence  toxique  atteint  les  terminaisons  motrices  des  nerfs 
périphériques  :  aussi  la  vie  peut-elle  étre  prolongée  gràce  à  la  respira- 
tion  artificielle  ;  néanmoins,  la  mort  survient  fìnalement,  dans  ces  con- 
ditions,  par  abaissement  progressi!  de  la  pression  artérielle.  D'autres 
venins,  tels  ceux  de  daboia  et]  de  crotale  adamantin,  ne  sont  pas  cura- 
risants  ;  celui  de  crotale  est  essentiellement  dépresseur  ;  celui  de 
crotale  adamantin  et  celui  de  serpent-tigre  tuent  par  coagulation 
intravasculaire  (1). 

Soumis  au  contact  de  l'antitoxine  correspondante,  en  dose  appro- 
priée,  les  venins  deviennent  totalement  inactifs.  Mais  l'anticorps  mani- 
feste, sinon  d'une  manière  absolue,  au  moins  très  nettement,  le  carac- 
tère  de  la  spécificité  «  zoologique»,  c'est-à-dire  en  rapport  avec  la  pro- 
venancedu  venin  (Flexner  et  Noguchi,  1904  ;Lamb,  1905;  Arthus,  1911). 
Par  exemple,  lesérum  antidaboia  n'agit  pas  sur  le  venin  des  colubridés, 
le  sérum  anticobra  n'agit  pas  sur  le  venin  de  crotale,  etc. 

Les  phénomènes  de  destruction  des  globules  rouges  que  le  venin  de 
cobra  est  susceptible  de  provoquer  ont  été  beaucoup  étudiès,  en  raison 
des  analogies,  plus  apparentes  d'ailleurs  que  réelles  et  fort  exagéréea 
par  certains  auteurs,  qu'ils  présentent  avec  l'hémolyse  due  aux  sérums 
hémolytiques.  Le  venin  de  cobra  attaque  les  globules  rouges  de  divers 
animaux,  mais,  chose  remarquable,  les  globules  de  certaines  espèces, 
telles  que  le  bceuf,  ne  s'hémolysent  sous  son  influence  qu'à  la  condition 
de  n'avoir  pas  été  débarrassés  par  lavage  du  sérum  où  ils  baignaient  : 
pour  que  le  venin  détruise  les  globules  lavés,  il  faut  restituer  le 
sérum.  Or,  nous  verrons  plu&loin  que  les  sensibilisatrices  hémolytiques 
ont  précisément   besoin,    pour  opérer    l'hémolyse,    du    concours    de 

(1)  Los  venins  se  distinguent  aussi  les  uns  des  autrcs  par  leur  résis- 
tance  au  chauffage  et  à  d'autres  agcnts.  En  general,  le  poison  'des  colu- 
bridés est  plus  sLable  que  celui  des  vipéridés. 


POUVOIR   ANTITOXIQUE  27^ 

l'alfxìne,  matière  quo  le  sérum  frais  contient  en  al)ondancc,  et  qiie  le 
chaiilTagc  à  òó"  rend  inactivc.  Le  venin  renferme-t-il  une  matière 
eomi^rable  aux  sensibilisatrices,  c'est-à-dire  réclamant  la  collabora- 
tion  do  l'alexine?  Tandis  que  l'aloxine  se  montre  très  altcrable,  Cal- 
meLle  (1902)  constate  que  le  sérum  chaufTc  à  SS**  est  encore  parfaitement 
apte  à  permettre  l'hémolyse  en  présence  du  venin,  Kyes  et  Sachs 
m-onlrent  que  le  principe  auquel  le  sérum  doit  ce  pouvoir  est  en  réalité 
la  lécithine  ;  d'après  Kyes,  le  venin  se  combine  à  celle-ci  pour  former 
le  «  cobralécithide  »,  matière  soluble  dans  l'eau,  l'alcool,  insoluble  dans^ 
l'étlier  et  l'acetone.  Ce  nouveau  produit  est  très  puissamment  hémo- 
lytique,  mais  non  neurotoxique.  Le  sérum  antivenimeux  enlève  au^ 
venin  de  cobra  l'aptitude  à  reagir  avec  la  lécithine,  mais  est  inactif«.' 
à  l'égard  du  cobralécithide  (ISIorgenroth,  1905)  ;  en  efTet,  si  en  l'abscnce' 
d'antitoxine  on  mélange  le  venin  et  la  lécithine,  le  pouvoir  hémolytique 
cngendré  ne  disparait  pas  lorsqu'ensuite  on  ajoute  l'immunsérum^ 
En  réalité,  il  résulte  des  recherches  d